jeudi, 02 juillet 2009
Bussereau : «Il faut une liste noire mondiale»
Interview de Dominique Bussereau,
Secrétaire d'Etat aux Transports,
publiée dans Le Figaro,
le 02 juillet 2009.
LE FIGARO.- La catastrophe des Comores révèle que la compagnie Yemenia Airlines transporte fréquemment des passagers, dont des ressortissants français, à bord d'un avion qui est interdit dans l'Hexagone. Peut-on lutter contre cette pratique ?
Dominique BUSSEREAU. - D'une manière générale, on constate malheureusement que la création d'une liste noire européenne, de même que la multiplication des contrôles «Safa» (Safety Assessment Foreign Aircraft), conduit les compagnies de certains pays lointains à sélectionner les meilleurs appareils pour desservir l'Europe. Cela revient de fait à réserver les avions les moins rigoureusement entretenus aux autres destinations. Aujourd'hui, je demande donc la création d'une liste noire mondiale.
Y-a-t-il un consensus international à ce sujet ?
Je souhaite en tout cas qu'une majorité se dégage à l'Organisation de l'aviation civile internationale. Ce n'est pas acquis, tous les pays n'ayant pas les mêmes exigences en matière de sécurité. Mais la France est déterminée à agir en ce sens auprès des instances européennes et mondiales. J'ai d'ailleurs parlé longuement avec le commissaire européen, Antonio Tajani, de ce sujet dès hier. Par ailleurs, les passagers doivent disposer de toutes les informations utiles. Les décisions de la Commission Européenne sur les différentes compagnies aériennes sont publiques, mais seule la liste noire est connue.
Lors de son dernier passage sur un aéroport français, le 4 juillet 2007, de nombreux défauts ont été constatés sur l'Airbus 310 de Yemenia Air. En quoi consistaient-ils?
En 2007, une vingtaine d'observations ont été adressées à Yemenia Air. Elles portaient en partie sur des anomalies inquiétantes. Les contrôleurs de la Direction générale de l'aviation civile avaient en effet signalé des sièges pour l'équipage et pour les passagers hors service, une pression insuffisante pour manœuvrer en ouverture de secours les portes de l'avion ainsi que du matériel de soute qui n'était pas convenablement attaché. D'autres anomalies étaient plus mineures comme des trousses de sécurité hors d'usage ou des filets de protection des bagages en mauvais état. Nous avions également constaté que la documentation de bord n'était pas à jour et que les bouteilles d'oxygène n'étaient pas attachées. Depuis lors, la compagnie assure avoir remédié à ces différents défauts. Je ne suis pas en mesure de le confirmer car cet appareil ne s'est plus posé sur le sol français depuis deux ans. Ce sera désormais à l'enquête de le déterminer.
Des Français originaires des Comores affirment vous avoir alerté par écrit , plusieurs mois avant la catastrophe, sur les conditions de transport à bord de Yemenia Air. Que leur répondez-vous ?
Je n'ai pas connaissance de courriers de cette nature. Mais, je tiens à souligner que Yemenia Air a été contrôlé par les autorités européennes à 36 reprises depuis 2006, dont 20 fois sur le sol français. Je confirme donc que cette compagnie est placée sous haute surveillance.
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vendredi, 26 juin 2009
Développement durable en Méditerranée.
Par Elisabeth Guigou et Alain Juppé.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 25 juin 2009.
Dans ce monde plein d'incertitudes, il y a des évolutions évidentes : le développement durable et la croissance verte constituent l'une de ces évidences, car nul ne peut réfuter l'idée du réchauffement climatique ni celle du nécessaire recours à la croissance verte.
L'autre évidence est la future accession des pays arabes méditerranéens au rang des pays émergents. Le Financial Times titrait «The time of the Mediterranean» : après l'émergence de la Chine dans les années 1990, l'émergence des pays d'Amérique latine en 2000, le moment est venu de voir les pays arabes méditerranéens accélérer leur développement. Mais quel développement ? Nous partageons une intime conviction : le développement durable en Méditerranée permettra de transformer en excellence trois peurs communes aux deux rives :
La peur du réchauffement climatique. Une étude réalisée en 2008 pour l'Ipemed (Institut de prospective économique sur le monde méditerranéen) confirme que le réchauffement climatique sera particulièrement cruel en Méditerranée du Sud et du Nord : + 3° à + 4° d'ici à 2050, la montée des eaux de + 50 cm associés à des anomalies climatiques à répétition. Dans un tel contexte, les gouvernements des pays du Nord, comme ceux du Sud, ne peuvent que préconiser une économie décarbonée. C'est une question de survie.
La peur de l'après-pétrole. Dans quarante à cinquante ans, les ressources naturelles en pétrole et en gaz des pays de la rive sud déclineront sérieusement. Comme ceux du Nord, ces pays sont donc condamnés à opérer dès maintenant les reconversions énergétiques qui s'imposent vers les énergies renouvelables et le développement durable.
La peur de sombrer dans le déclin historique. Le monde multipolaire qui se dessine, privilégie actuellement les États américains et ceux d'Asie de l'Est. Dès lors les 500 millions d'Européens et les 400 millions d'Arabo-musulmans proches de la Méditerranée n'ont d'autre issue que de s'associer pour créer eux aussi une grande «région Nord-Sud» susceptible de soutenir la comparaison et, mieux, de devenir un laboratoire du développement durable à inventer.
Ces trois peurs ont été exprimées le 13 juillet 2008 par les 44 chefs d'État de l'Europe et de la Méditerranée réunis à Paris pour lancer l'Union pour la Méditerranée.
Au-delà, la crise financière actuelle renforce elle-même l'impératif de développement durable. En effet, chacun sait que les motivations économiques (le coût de dégradation de l'environnement qui risque de réduire très fortement notre croissance «normale» ; la volatilité des coûts des énergies fossiles, la mise en place de la taxe carbone, si elle est confirmée) sont souvent plus stimulantes que les exhortations morales.
Ce n'est pas un hasard si, après l'interruption diplomatique consécutive à la guerre de Gaza en décembre 2008, les négociations sur les projets de l'UPM (Union pour la Méditerranée) reprennent à Paris le 25 juin rassemblant les ministres de l'Environnement de tous les pays européens et des pays riverains de la Méditerranée. L'Union pour la Méditerranée n'a pas d'autres choix que de promouvoir, à travers les énergies renouvelables, l'eau, l'agriculture, l'habitat et les transports, des formes originales qui permettront au pays du Sud de sauter une étape et aux pays de la rive nord d'être les modèles de la croissance verte. Les élections européennes nous encouragent à emprunter cette voie.
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mardi, 23 juin 2009
Remaniement ministériel: la composition du nouveau gouvernement.

Sur la proposition du Premier ministre, le président de la République a nommé :
Jean-Louis Borloo ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, en charge des Technologies vertes et des Négociations sur le climat ;
Michèle Alliot-Marie ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la Justice et des Libertés ;
Brice Hortefeux ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales ;
Xavier Darcos ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville ;
Eric Woerth ministre du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat ;
Luc Chatel ministre de l’Education nationale, porte-parole du Gouvernement ;
Bruno Le Maire ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche ;
Frédéric Mitterrand ministre de la Culture et de la Communication ;
Michel Mercier ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire ;
Henri de Raincourt ministre auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement ;
Christian Estrosi ministre auprès de la ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, chargé de l’Industrie ;
Valérie Létard secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie et du Développement durable, en charge des Technologies vertes et des Négociations sur le climat ;
Jean-Marie Bockel secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Justice et des Libertés ;
Hervé Novelli secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services et de la Consommation, auprès de la ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi ;
Rama Yade secrétaire d’Etat chargée des Sports, auprès de la ministre de la Santé et des Sports ;
Hubert Falco secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, auprès du ministre de la Défense ;
Nadine Morano secrétaire d’Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, auprès du ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité ;
Pierre Lellouche secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes ;
Nora Berra secrétaire d’Etat chargée des aînés, auprès du ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité ;
Benoist Apparu secrétaire d’Etat, chargé du Logement et de l’Urbanisme, auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie et du Développement durable ;
Marie-Luce Penchard secrétaire d’Etat chargée de l’Outre-Mer, auprès du ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales ;
Christian Blanc, secrétaire d’Etat chargé du Développement de la Région capitale auprès du Premier ministre.
Par ailleurs,
Bernard Kouchner
Christine Lagarde
Patrick Devedjian
Valérie Pécresse
Hervé Morin
Roselyne Bachelot
Eric Besson
Laurent Wauquiez
Nathalie Kosciusko-Morizet
Dominique Bussereau
Fadela Amara
Alain Marleix
Anne-Marie Idrac
Alain Joyandet
Chantal Jouanno
Martin Hirsch
sont confirmés dans leurs fonctions.
Au total huit ministres ont quitté le Gouvernement. Huit nouveaux sont nommés.
21:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, gouvernement, sarkozy, ump, nc, modem, ps, verts
vendredi, 19 juin 2009
Accoyer : «Le Congrès est un moment historique»
Entretien avec Bernard Accoyer,
Président de l'Assemblée nationale.
Interview publiée dans Le Figaro,
le 19 juin 2009.
LE FIGARO. Qu'attendez-vous du discours du chef de l'État, lundi, devant le Congrès ?
Bernard ACCOYER. Le premier discours du président de la République devant le Congrès constitue un moment historique. Il devra être empreint d'une certaine solennité, puisqu'il s'agit d'une rencontre entre le chef de l'État, chef de l'exécutif, et la représentation nationale. En venant s'exprimer devant leurs représentants, c'est naturellement aux Français que le président s'adresse. C'est une marque de considération pour les élus de la nation. Les parlementaires attendent du président de la République qu'il délivre sa vision de l'état de la France et du monde frappés par la crise, ainsi que les orientations qu'il entend donner à la politique de notre pays pour en sortir dans les meilleures conditions. Cette crise financière et économique se double d'un défi environnemental qui l'aggrave, mais que nous devons également relever.
Cette expression directe du président devant le Parlement va-t-elle devenir une institution ?
C'est un des signes de la modernisation de nos institutions et de la revalorisation du Parlement, même si les grands principes de la Ve République n'ont pas changé. À l'avenir, j'en suis convaincu, les présidents utiliseront cette prérogative nouvelle. Des circonstances importantes ou graves pourront justifier qu'ils le fassent pour s'adresser aux Français. Depuis plus de cent trente ans, les royalistes ayant voulu, à l'origine, priver de parole le républicain Thiers, nos institutions interdisaient au chef de l'État de s'adresser au Parlement autrement que par un message écrit. Le général de Gaulle l'avait regretté. Ce qui l'a conduit à inventer, magistralement, l'expression politique télévisée.
En l'absence des communistes et des Verts, puis du PS qui ne participera pas au débat, cette réunion ne va-t-elle pas se réduire à une grand-messe de la majorité ?
Les débats sur la révision constitutionnelle et ses textes d'application ont été très politiques, parfois difficiles. Ces divergences, ces affrontements dans l'hémicycle, ne sont pas encore tous cicatrisés. Certains groupes politiques ont choisi de marquer leurs réserves ou leur opposition. L'attitude des communistes me semble s'inscrire dans leur opposition constante à la logique de la Ve République. Quant aux socialistes, sans porter de jugement, leur décision me paraît relever d'un compromis. Je regrette ces choix, car l'expression des groupes politiques, et en particulier de ceux d'opposition, trouve son plus large écho dans l'hémicycle.
Le premier ministre sera présent, sans intervenir. Faut-il réinventer le rôle du chef du gouvernement ?
L'intervention du chef de l'État devant le Congrès s'inscrit dans la pratique des présidents de la Ve République : fixer les grandes orientations de la politique de la nation. Leur mise en œuvre relève toujours du premier ministre et du gouvernement. Rien n'a changé. Le rôle du premier ministre est toujours essentiel.
N'assiste-t-on pas à l'émergence d'une Ve République bis ?
Non. Nous n'avons pas changé de République.
L'opposition pourrait-elle déposer une motion de censure suite au discours du président devant le Congrès ?
Différents mécanismes constitutionnels prévoient, en effet, que les grandes orientations de la politique gouvernementale peuvent faire l'objet d'un vote de confiance, à l'initiative du gouvernement, ou de censure à l'initiative des députés. Il ne serait pas anormal que l'Assemblée nationale soit amenée à se prononcer, d'une manière ou d'une autre, dès lors que des réformes majeures seraient annoncées.
Propos recueillis par Philippe Goulliaud et Sophie Huet pour Le Figaro.
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jeudi, 04 juin 2009
Alain Juppé - Michel Rocard : l'UE face à la Turquie.
Alain JUPPÉ. - S'agissant de la Turquie, il y a le cœur et la raison. Du côté du cœur, je suis turcophile. J'aime ce pays où j'ai souvent voyagé. C'est un pays formidable, et ses habitants le sont aussi. Pourtant, la raison me fait dire que transformer la Turquie en 28e ou 29e État de l'Europe, c'est changer d'Europe. Et je n'y suis pas favorable. Je rappelle que c'est sous ma présidence que l'UMP a pris position contre l'adhésion de ce pays et pour un partenariat privilégié. Cette position n'obéit pas à des motifs religieux ou culturels. L'Europe est laïque, et toutes les religions y ont leur place, y compris l'islam, deuxième religion de France et troisième d'Europe. Mon refus n'est pas d'ordre civilisationnel non plus. La Turquie est-elle en Asie ou en Europe ? Ce que je sais, c'est qu'en 1453, Constantinople était la capitale de l'Empire romain d'Orient et que Sainte-Sophie était une basilique chrétienne. J'ai vu les plus beaux sites antiques sur la côte ionienne de Troie à Milet en passant par Pergame et Éphèse, et, en Cappadoce, j'ai vu aussi des monastères chrétiens du IV e au XI e siècle. On trouve en Turquie toutes les couches de civilisation des cinq mille ou six mille dernières années en Europe. Ma motivation est économique et politique, j'y viendrai au cours du débat…
Michel ROCARD. - D'accord pour dire que nous changeons d'Europe si la Turquie la rejoint. Mais l'Europe a déjà tellement changé ! L'Europe fédérale, telle que nous, démocrates-chrétiens et socialistes, la voulions, c'est-à-dire capable de parler d'une seule voix en matière diplomatique et militaire, est morte. Elle a été assassinée au moment du traité de Maastricht quand a été choisi le principe d'unanimité. Principe confirmé par les traités d'Amsterdam et de Nice et le projet de Constitution européenne que la France et les Pays-Bas ont rejeté. Telle est la conséquence de la politique britannique en Europe. Admise depuis 1972, l'Angleterre a toujours refusé l'émergence d'un bloc continental. Elle préfère que nous soyons divisés… ! L'Europe unie n'existe donc pas. On l'a vu en Yougoslavie, durant la guerre ; on continue de le vérifier dans nos relations avec la Chine. Nous sommes un ensemble de pays qui se sont donné des règles économiques parallèles et un club de nations qui gardent leur identité. Chacun conservant sa langue, sa diplomatie, sa vision du monde. Dans ce contexte, je ne vois pas au nom de quoi nous refuserions aux Turcs l'accès à une Europe qui serait le moyen de renforcer une paix régionale dont ce pays peut être l'artisan.
Une Europe des États ne peut donc pas être un acteur politique de poids sur la scène internationale ?
M. R. - Sa chance est beaucoup plus faible que si elle était fédérale. Le rêve des pères fondateurs était que l'Europe puisse se conduire comme les États-Unis, la Russie, la Chine grâce à une diplomatie unifiée. C'est impossible aujourd'hui. Pour que l'Europe agisse, il faut le temps d'obtenir l'unanimité au Conseil des ministres ! Il y a, c'est vrai, des exceptions : quand quelqu'un entraîne les autres sans respecter les procédures. C'est arrivé grâce au dynamisme de Sarkozy. L'Europe ne pèse aujourd'hui que quand la coalition de ses grandes nations tombe d'accord. Pourquoi ne pas associer la Turquie à cette configuration ? Nous y aurions intérêt sur un plan géopolitique.
A. J. - L'Europe fédérale est morte, mais comme cela n'a jamais été le projet de ma formation politique, je ne m'en plains pas. Contrairement à vous, je crois que l'Europe politique existe même s'il n'y a pas un président qui parle en son nom de manière constante. Il le fait pendant six mois dans le cadre d'une construction qui réussit à associer des États-nations qui ont leur culture et leur histoire. Malgré cela, des processus de décision donnent aux instances communautaires de vrais pouvoirs. Prenons l'exemple du G20 : ce n'est pas la France seule qui a pesé, c'est la France et l'Allemagne. À l'OMC, c'est de même l'Europe qui pèse avec un commissaire qui s'exprime en son nom. Et aujourd'hui, il peut y avoir des actions communes dans le domaine de la défense, comme en ce moment au large des côtes de Djibouti. Pour revenir à la Turquie, mon opposition est d'abord d'ordre économique. L'Europe n'est pas l'Aléna ni le Mercosur, c'est une zone de solidarité dans laquelle les plus avancés aident les plus faibles. Nous l'avons fait avec la Grèce, le Portugal et l'Irlande, et en ce moment pour la Pologne et les pays d'Europe centrale et orientale. Mais il y a une limite : nous n'avons pas la capacité d'absorber un pays comme la Turquie. Ensuite ma réticence est aussi politique. Si l'Europe n'a pas de frontière, elle n'est plus l'Europe. Et si on fait entrer la Turquie, au nom de quoi refuser l'Ukraine, la Moldavie, le Maroc ou Israël ? Ce serait une Europe américaine. Or je continue de penser que l'Europe peut être porteuse d'un projet de civilisation original.
M. R. - Si Les Turcs étaient prêts à accepter le partenariat privilégié que vous proposez, je comprendrais votre position, mais celui-ci me paraît compromis. Pour trois raisons. D'abord une question d'honneur. L'Europe a donné sa parole en 1963. Ensuite, il y a l'aide à apporter à la Turquie et enfin la question géostratégique. La première demande d'adhésion de la Turquie est de 1959. Nous avons mis quatre ans à répondre, mais en 1963 le texte stipulait que la Turquie avait vocation à être membre. La déclaration européenne était unanime et de Gaulle l'avait paraphée. Enfin, il y a l'histoire turque elle-même. Depuis Pékin aux murailles de Vienne, l'Empire turc a régné, et leur territoire actuel est pour les Turcs une forme d'humiliation. C'est un peuple fier, puissant militairement, la deuxième armée du Moyen-Orient. Or ce pays a joué son destin sur son tropisme européen. Ses derniers sultans se sont inspirés de l'Occident, et Kemal Atatürk a accentué ce processus. Des liens spéciaux existent avec nous depuis longtemps et on ne peut aller plus loin dans le partenariat avec ce pays membre de l'Otan ! Que faire de plus ? Pour les Turcs, ce refus est une gifle qui risque de renforcer le nationalisme
En quoi pourrait consister un partenariat plus important ?
A. J. - C'est vrai qu'en 1963 l'Europe a dit : nous allons vous accueillir. Nous étions en 1963, on était neuf et il y avait les deux blocs. Il faut respecter sa parole, mais ce ne serait pas la première fois dans l'histoire qu'on l'adapte aux circonstances. Vous avez raison de dire que la Turquie est un pays d'importance stratégique. Il joue un rôle de médiation positive dans une région du monde où la paix est fragile. Il faut donc tout faire pour éviter qu'il ne glisse dans le camp de l'intégrisme. Nous avons déjà avec lui un accord d'association économique ratifié quand j'étais ministre des Affaires étrangères. Dans le cadre d'un partenariat privilégié, nous pouvons aller plus loin dans la coopération politique, universitaire, culturelle, de recherche. Il faut avoir le courage, à l'instar de Nicolas Sarkozy, de proposer autre chose. Pour l'instant, la Turquie s'y refuse ; pour des raisons de fierté compréhensibles. Ce n'est pas une raison pour ne pas assumer notre position. Entrer dans l'Union européenne relève d'abord de notre décision.
M. R. - En Turquie, les sondages donnent désormais une opinion défavorable à l'Union européenne. Je ne vois pas bien ce que peut apporter un nouveau partenariat à des Turcs qui ont le sentiment qu'on leur a craché au visage. On ne peut oublier non plus que les cinq républiques turcophones à la lisière de ce pays constituent une seconde Arabie saoudite du point de vue des réserves de pétrole. Or ces nations sont soumises à trois types d'influence : influence mafieuse de l'héritage communiste, influence islamiste et influence turque. Si dans ces zones, auxquelles nous avons besoin d'accéder pour des raisons commerciales et stratégiques, l'influence turque devient europhobe, nous serons lésés. En plus, la Turquie a besoin de notre aide pour régler la question du génocide arménien, ou aussi pour régler l'affaire kurde. C'était la pression de l'adhésion à l'Europe qui permettait cela ! Nous courons le risque de voir la Turquie aller dans le sens d'un blocage des réformes et d'un durcissement de l'armée. Ou de les renvoyer dans les bras américains…
A. J. - Je comprends vos inquiétudes. Moi-même j'ai évolué sur la question. Vous auriez raison si notre refus devait précipiter la Turquie dans l'extrémisme. Mais je n'y crois pas. Nous dire que si nous n'accueillons pas la Turquie il va se produire le pire relève d'une forme de chantage. J'ai confiance dans la responsabilité des élites et du peuple turc. Ils n'ont pas envie de basculer dans l'europhobie. En outre, vous dites aussi : si on ne les intègre pas, on les rejette dans les bras américains ! Il faut choisir ! Regardez ce qui se passe avec l'Arménie. Le dialogue aura le dessus sur l'immobilisme. Et puis, l'interland turcophone que vous avez évoqué, faut-il aussi le faire entrer dans l'Union ?
Pour vous, Michel Rocard, l'intégration de la Turquie faciliterait nos relations avec le monde musulman ?
M. R. - L'adhésion turque familiariserait l'Europe à la présence de l'Islam, et le monde musulman serait, de son côté, moins tenté par l'europhobie. Mais je suis moins optimiste que vous. Il y a dans l'histoire des glissements de terrain qui peuvent être surprenants. Nous allons payer d'une hostilité croissante notre refus. La Turquie avait connu avant la crise financière une croissance de 5 à 6 % par an pendant sept à huit ans, notamment grâce à des investissements venus d'Europe qui s'étaient développés dans la perspective de l'union au marché commun. Le repli de la Turquie va ralentir sa croissance, ce qui va réactiver l'émigration vers l'extérieur. Alors que nous sortons d'une période où la Turquie cherchait à rapatrier chez elle les plus qualifiés de ses membres. C'est une situation dramatique dont je crains les conséquences belligènes…
A. J. - Vous nous avez dit que l'intégration économique était déjà réalisée. Une fois la crise surmontée, je suis persuadé que la coopération économique et les investissements européens reprendront dans un pays qui restera attractif et dynamique. La question est de savoir si on peut éviter le tout ou rien. S'il n'y a pas de choix entre les deux, alors effectivement, cela pose un problème. Mais je suis convaincu que la solution de partenariat privilégié, une fois la déception passée, pourra prospérer.
M. R. - Si l'Europe s'était faite conformément à mon rêve fédéraliste, je dirais non à la Turquie, comme je dirais non à l'Ukraine, mais comme on a cassé ce rêve et qu'il nous faut un extrême labeur pour tomber d'accord, il me semble que cette recherche ne doit pas nous interdire de partager nos règles du jeu. Ces règles - État de droit et démocratie -, le monde entier les demande. Que notre club s'élargisse en dehors des frontières géographiques de l'Europe, ici vers la Turquie, là vers l'Ukraine, j'y vois d'immenses avantages pour le monde de demain. Shimon Pérès me disait, voilà quelques années, que son rêve était de rejoindre l'Europe, Territoires palestiniens compris, parce que seule cette intégration pourrait mettre un terme à un conflit sans fin avec les Palestiniens.
A. J. - Après la Turquie, le Maroc, Israël, la Palestine… Si on allait dans ce sens, il faudrait alors refaire l'Europe avec ceux qui veulent une politique de sécurité commune, des actions de politique étrangère et une politique économique soutenant une monnaie commune. Bref, revenir à la petite Europe. C'est encore évitable : l'Union telle qu'elle est, élargie aux Balkans, tient la route et se fait entendre sur la scène mondiale.
C'est une déception pour vous, Michel Rocard, que les États-nations subsistent en Europe ?
M. R. - Oui, car les États-nations, c'est la guerre, François Mitterrand l'avait dit au Bundestag où il avait été approuvé.
A. J. - Mitterrand avait condamné le nationalisme, pas l'État-nation. Il faut distinguer «le patriotisme, qui est l'amour de soi, du nationalisme, qui est la haine de l'autre», disait Jaurès… ou de Gaulle. Je suis pour les États-nations, c'est la différence entre le rêve américain et le rêve européen. L'Amérique est un État fédéral constitué à partir d'éléments qui n'étaient pas des nations. L'Europe s'est constituée à partir des identités nationales. Nous avons démontré que l'on pouvait concilier l'existence de l'Europe et de l'État-nation. Il nous faut continuer sur cette voie.
Alain Juppé, que répondez-vous à ceux qui affirment que c'est sur la pression de l'opinion «populiste» que vous avez évolué ?
A. J. - Tenir compte de l'opinion de 65 % de la population, est-ce du populisme ou de la démocratie ? Mais ce n'est pas cela qui m'a décidé. J'ai réfléchi et évolué. Le fait que je sois d'accord avec 65 % des Français me rassure plutôt.
M. R. - Il faut évidemment respecter l'opinion publique, mais on n'a pas fait le travail d'explication nécessaire. Toute l'élite turque est européanisée et largement francophone. Ceux-là ne veulent pas entendre parler de partenariat spécial. Et nous allons les décevoir terriblement. C'est ce que je regrette…
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jeudi, 14 mai 2009
Les engagements de Fillon.
Entretien avec François Fillon,
publié dans Le Figaro,
le 14 mai 2009.
Dans une interview au Figaro, le premier ministre assure notamment que la fiscalité n'augmentera pas. Ses relations avec le président, les universités, la réforme de l'hôpital… Tour d'horizon de ses propos les plus marquants.
-La conjoncture : « Quelques éléments positifs permettent de croire (…) à une reprise lente en Europe en 2010. En France, l'inflation est très basse, la consommation résiste bien et les banques demeurent solides. Ce sont des signaux encourageants, mais rien n'est encore gagné, et nous ne sommes pas à l'abri de nouveaux à-coups ».
- Le déficit : «Nous acceptons l'idée d'un creusement du déficit dans les conditions économiques que nous connaissons. Personne en Europe ne reviendra à l'équilibre en 2012. Mais je prépare un budget 2010 avec l'ambition et la volonté de réduire les dépenses de l'Etat».
- Les impôts : « Nous n'augmenterons pas les impôts : c'est contre-productif en période de récession, car cela pèse sur la consommation, et c'est dangereux si la situation s'améliore, car cela risque de freiner la reprise».
- La réforme de l'hôpital : « L'équilibre auquel nous sommes parvenus est le meilleur qui puisse être trouvé. Le gouvernement ne bougera plus de cette ligne».
- Les universités : « Nous n'accepterons jamais que les examens soient bradés (…) Là où la situation reste tendue, j'ai demandé à Valérie Pécresse d'étudier deux solutions : un report des examens en septembre et l'organisation des épreuves en dehors de l'enceinte des universités bloquées. »
- Les européennes : « Ce scrutin se déroule dans un contexte totalement inédit. (…) Pour la première fois, le débat européen est concentré sur la réponse que l'Europe doit apporter à la mondialisation, c'est-à-dire sur l'Europe efficace. Cette Europe politique, à laquelle personne ne croyait dans le passé, est devenue crédible grâce à la présidence française. Mais aussi, il faut le dire, à la présidence allemande ».
- La campagne du Parti socialiste : « La gauche reste très divisée même si le PS s'est mis d'accord sur un texte de façade ».
- Ses relations avec Nicolas Sarkozy : « Je suis dans une relation de confiance totale avec le président de la République». « Ce travail, pour lequel le président m'a choisi, je m'y consacre entièrement sans penser à mes lendemains. »
- Les ministres d'ouverture : François Fillon s'est déclaré favorable à une «amplification» de l'ouverture de son gouvernement. « C'est une vieille conviction chez moi : les vieux clivages politiques ont volé en éclats. L'intuition du président était la bonne. L'idée d'associer des hommes et des femmes qui n'ont pas les mêmes convictions permet à un gouvernement et à une majorité d'éviter l'enfermement et la tentation du sectarisme »
- François Bayrou : «Sa démarche, qui consiste à être dans un dénigrement systématique, j'estime qu'elle le décrédibilise. Il tombe dans les mêmes travers que le Parti socialiste. »
- Dominique de Villepin : « Il a eu des jugements parfois excessifs. Quand il juge le climat social en France prérévolutionnaire, il se laisse emporter par le goût des formules. »
- Christine Lagarde commissaire européen ? : « Christine Lagarde a comme caractéristique de pouvoir occuper beaucoup de fonctions. C'est la raison pour laquelle je souhaite qu'elle continue d'être ministre de l'Économie »
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lundi, 11 mai 2009
L'Union pour la Méditerranée: pour une vision humaniste de l'avenir.
A la suite de la misssion que nous a confiée la Présidence de la République, le Club Nouveau Siècle, avec le concours de La Diagonale et de plusieurs expères, restitura le contenu de ses travaux, le samedi 16 mai 2009, à partir de 10 heures, dans la salle de presse de l'UMP (55, rue La Boètie - 75008 Paris).
Cette réunion publique sera honorée de la présence du Ministre Philippe Dechartre, Doyen du Conseil économique, social et environnemental, du Ministre Olivier Stirn, du Président Bernard Reygrobellet ainsi que de celle du Préfet Thierry Coudert.
N'hésitez pas à vous inscrire sur le site internet du Club Nouveau Siècle: www.club-nouveau-siecle.org
Nicolas CALLEGARI
Secrétaire général adjoint du Club Nouveau Siècle
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mercredi, 06 mai 2009
Nicolas Sarkozy : un second souffle ?
Par Jean d'Ormesson,
de l'Académie française.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 06 mai 2009.
Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy était élu président de la République avec une large avance sur Ségolène Royal. Il célébrait le travail, la réussite, le retour de la France au premier plan des nations. Il enflammait les foules. Il rendait confiance aux Français découragés. Tout semblait lui sourire. Les acclamations montaient vers lui. Deux ans plus tard, il est passé des sommets de la popularité aux abîmes de l'impopularité : d'un peu moins de 60 % à un peu plus de 30 %. Une chute de moitié ou presque. Une baisse en tout cas de l'ordre de vingt-cinq points. Que s'est-il passé ?
• Une descente aux enfers
Allons vite. Deux choses surtout : d'abord, il n'était pas rond, il ne fumait pas la pipe, il n'était pas radical-socialiste, il n'était pas sensible à la beauté de La Princesse de Clèves, il aimait trop ce qui brille, il s'était rendu successivement au Fouquet's et sur un yacht de luxe au lieu de faire retraite dans un couvent, il était nerveux, super-actif, impulsif, et on le traitait de bling-bling ; et puis, par vagues successives, est arrivée d'Amérique la crise la plus sévère depuis le jeudi noir de 1929. Dès la fin de 2007, la popularité du président fléchit pour des raisons surtout privées et qui lui sont imputables ; dès la rentrée de 2008, le système bancaire se déglingue un peu partout, l'économie mondiale vacille, et il n'y est pour rien. Sarkozy était victime du Fouquet's et de Madoff. Il payait cher ses propres erreurs et les méfaits des autres.
César le savait déjà, il y a un peu plus de deux mille ans : les Français sont difficiles à gouverner. Et ils sont changeants. Regardez les chiffres : un ou deux ans après leur élection, les trois derniers présidents de la République, Giscard, Mitterrand, Chirac, ont connu aussi une baisse importante de leur popularité. Et la crise économique emporte tout sur son passage. Il n'est pas légitime de tirer argument de ce qui n'a pas eu lieu. Il est pourtant permis de se demander - et à gauche et à droite - où le pays en serait aujourd'hui si Ségolène Royal avait été élue, il y a deux ans, à la place de Nicolas Sarkozy.
Tout va mal partout. Tout le monde souffre et se plaint partout. En Angleterre, le travailliste Gordon Brown est dans une situation bien pire que Sarkozy. Le chômage frappe l'Espagne du socialiste Zapatero plus durement que la France de Sarkozy. N'empêche. Les choses vont moins bien en France pour Sarkozy qu'en Amérique pour Obama, acclamé de toutes parts ; où qu'en Italie pour Berlusconi, encore étonnamment populaire. Un étranger, peu au courant des affaires françaises, qui arriverait à Paris comme les Persans de Montesquieu pour tomber sur les grèves et les manifestations, qui écouterait la radio, qui regarderait la télévision, qui jetterait un coup d'œil sur les hebdomadaires, considérerait à coup sûr la chute de Sarkozy comme inéluctable. Il pourrait même se demander si elle n'est pas imminente.
• Les atouts du président
Deux ans après son élection, la force de Sarkozy réside peut-être seulement dans la faiblesse de ses adversaires. Longtemps, la France a été le pays d'une dispersion politique qui allait jusqu'à l'atomisation. Il y avait dans ce pays autant de partis politiques que de fromages. À force de vivre dans ce système, son remplacement par une bipolarisation à l'anglaise ou à l'américaine est passé presque inaperçu. Le Parti communiste, naguère si puissant, qui a même été, un temps, le premier parti de France, n'existe plus. Le Parti radical, longtemps cœur de la nation, s'est pour ainsi dire infusé dans les autres partis : Giscard était radical par opposition au gaullisme, Chirac était radical par fidélité au gaullisme, et, en fin de compte, le socialiste Mitterrand était radical lui aussi. La droite, traditionnellement divisée, a été rassemblée et unifiée par Sarkozy - c'est même ce que la gauche et une frange de la droite lui reprochent le plus vivement. Il n'y a plus que deux forces en France comme dans la plupart des démocraties : l'UMP et le Parti socialiste. Et le Parti socialiste est en mauvais état. Ce ne sont pas ses adversaires qui dénoncent la décadence du Parti socialiste. Ce sont ses propres partisans et, plus étrangement encore, ses propres dirigeants qui n'en finissent pas de s'en désoler bruyamment. Les choses en sont parvenues à un tel point que, par un paradoxe merveilleusement français, la dégringolade du Parti socialiste, loin de réjouir le parti du président, commence à l'inquiéter sérieusement.
• Une double impopularité
Deux ans après l'élection de Sarkozy, la situation est assez simple. Pour impopulaire qu'il soit - aux yeux au moins des médias qui n'en finissent pas de résonner de cette impopularité -, Nicolas Sarkozy n'a plus d'adversaire. Il n'en a pas, bien sûr, à droite, malgré Dominique de Villepin qui croit, plus que Besancenot, plus que les communistes et plus que Martine Aubry, à une révolution imminente. Mais, bizarrement, il n'en a plus à gauche. Les choses, naturellement, peuvent changer du tout au tout en trois ans. Mais, aujourd'hui, ni Ségolène Royal, ni Martine Aubry, ni Dominique Strauss-Kahn, ni, bien sûr, Laurent Fabius, ni personne ne représente un danger réel pour Nicolas Sarkozy. Si l'élection se déroulait demain, le président, au comble de l'impopularité, aurait pourtant de bonnes chances d'être réélu. Oui, Nicolas Sarkozy a cessé d'être populaire. Il est peut-être franchement impopulaire. Mais ses adversaires le sont encore plus que lui.
• Le seul à droite
C'est là que le destin risque de tourner sur ses gonds. La faiblesse du Parti socialiste, loin d'être une chance pour le président, est plutôt un drame pour lui comme pour tout le monde - ou pour presque tout le monde. Le danger pour Sarkozy est que l'effondrement du Parti socialiste permette à François Bayrou, qui avait été troisième il y a deux ans, d'être deuxième dans trois ans.
Quelle est la ligne politique de Bayrou ? Le moins qu'on puisse dire est qu'elle est floue. Est-il à droite ? Est-il à gauche ? Qui le sait ? Personne. Et peut-être pas lui-même. C'est sa force. Et sa faiblesse. Beaucoup de gens de droite pensent qu'il est passé à gauche. Mais beaucoup de gens de gauche sont persuadés qu'il est resté à droite. La vérité est qu'il essaie simplement de grappiller des voix et à droite et à gauche. Il est l'héritier de Lecanuet qui était l'adversaire du général de Gaulle ; il est l'héritier de Poher qui était l'adversaire de Pompidou. Et, héritier avec évidence des adversaires du gaullisme, il est l'allié de Villepin qui est l'héritier du gaullisme. L'ambiguïté règne avec une clarté éclatante sur la démarche de Bayrou qui n'a pas d'autre ambition et pas d'autre programme que de devenir président à la place du président. Il ne sort de cette ambiguïté que sur un seul point, qu'il partage avec Villepin, et qui est décisif chez presque tous ceux qui se disent ses partisans : la détestation presque physique de Sarkozy. Cette détestation est le ressort à peu près unique et fort bien formulé de son livre de combat : Abus de pouvoir où une absence d'idées et de propositions est dissimulée avec talent sous le ressentiment.
Le calcul de Bayrou est simple : s'il arrive deuxième à l'élection présidentielle dans trois ans, la gauche tout entière sera contrainte de voter pour lui contre Sarkozy. Arrivé second en 2002, Le Pen n'a pas réussi à l'emporter contre Chirac parce qu'il se situait à sa droite. Se situant à la gauche de Sarkozy, Bayrou espère l'emporter contre lui à l'élection de 2012. On voit le sort cruel des socialistes affaiblis par la montée de Besancenot comme la droite avait été affaiblie naguère par la montée de Le Pen : les voilà menacés d'être contraints à voter demain pour Bayrou comme ils avaient été contraints hier à voter pour Chirac.
Dans ce jeu d'enfer, Sarkozy, en mauvaise position apparente, joue pourtant sur du velours. Malgré Villepin et les siens qui le poursuivent de leur vindicte, il est le seul à droite - et, au lieu d'avoir à sa gauche et au centre un adversaire unique et puissant, il en a deux qui se détestent et se méfient l'un de l'autre, François Bayrou et le Parti socialiste.
• Trois ans pour convaincre
Beaucoup de périls nous menacent aujourd'hui : la grippe porcine, peut-être déjà en recul ; un chômage que Sarkozy avait fait baisser de façon spectaculaire et qui s'est remis à grimper comme partout, avec toutes les souffrances qu'il entraîne ; les réformes qui patinent parce que tous les Français les veulent pour les autres et que chaque Français les refuse pour lui-même ; la crise surtout qui frappe le monde entier et qui bouleverse l'économie. Sur tous ces points, qui échappent pour la plupart au contrôle de qui que ce soit, Nicolas Sarkozy fait ce qu'il peut, et plutôt moins mal que les autres. Comment ne pas comprendre, comment ne pas partager la colère de ceux qui manifestent par crainte de perdre leur travail et de voir baisser leur niveau de vie ? Et comment ne pas constater en même temps que les racines de tous les maux qui fondent sur nous sont à chercher dans cette crise mondiale dont les effets finiront bien par s'estomper.
Tout dépend désormais de Sarkozy, de ce qu'il va vouloir, de ce qu'il va faire. Son destin personnel. Et le sort du pays. Il lui faut un nouveau souffle. Après avoir réussi avec éclat à rassembler la droite, il reste trois ans à un président éminemment pragmatique, devenu par la force des choses un négociateur hors pair, pour convaincre ce pays dont de Gaulle pensait qu'il n'était ni de droite ni de gauche, mais qu'il était la France. C'est la grâce qu'on lui souhaite. Ses adversaires n'y croient pas. Ses partisans lui font confiance. L'avenir tranchera.
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lundi, 04 mai 2009
«Un nouvel engagement américain pour le XXIe siècle»
Par le général James L. Jones (R), conseiller à la Sécurité nationale des États-Unis.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 30 avril 2009.
Principal conseiller stratégique du président américain, le général Jones dresse le bilan des cent premiers jours de Barack Obama au pouvoir, invitant à ne pas confondre les offres de dialogue de la nouvelle Administration avec de la faiblesse.
Il y a cent jours, les États-Unis fêtaient l'investiture de notre 44e président. Nombreux furent ceux à travers le monde qui se joignirent à nous dans la célébration de cette occasion historique pour le peuple américain et pour tous ceux qui espéraient un avenir meilleur.
L'enthousiasme et l'optimisme que nous, Américains, avons ressentis le 20 janvier n'ont fait que croître depuis, même confrontés à une grave crise économique mondiale, à l'apparition d'un nouveau virus de la grippe et aux défis colossaux du XXIe siècle (terrorisme et prolifération nucléaire, changements climatiques et pauvreté, conflits persistants et dangereuses maladies.) Ces problèmes n'ont pas été provoqués par une nation en particulier, et ils ne pourront être résolus par une nation toute seule. Comme l'a déclaré le président Obama dès son deuxième jour en fonction, « dans l'intérêt de notre sécurité nationale et des aspirations communes des peuples à travers le monde, l'ère d'un nouvel engagement américain dans le monde doit s'ouvrir maintenant ».
Durant les cent premiers jours de son Administration, le président Obama a déjà montré au monde à quoi ressemblera le nouvel engagement américain.
En premier lieu, il s'est engagé avec son gouvernement en faveur d'une politique étrangère qui assure la sécurité des Américains et celle de nos amis et alliés. Un engagement global sur la base d'intérêts et de respect mutuels constitue le point de départ de notre politique étrangère. Même s'il y a des circonstances dans lesquelles cette approche risque d'échouer, les États-Unis seront avant tout prêts à écouter et à parler avec des adversaires potentiels pour faire progresser nos intérêts et ceux de la communauté internationale qui compte sur notre leadership en matière de sécurité. Dans les cas où un usage plus démonstratif de notre puissance est inévitable, aucun adversaire ne doit se faire d'illusions sur ce qu'il adviendra. C'est pourquoi nous maintiendrons nos forces armées comme les meilleures du monde, mais aussi les plus admirées et les plus respectées.
Pour mettre en œuvre nos stratégies d'engagement, le président a désigné, pratiquement dès sa prise de fonction, quelques-uns des diplomates les plus talentueux pour servir comme représentants et émissaires spéciaux pour la paix au Proche-Orient, l'Asie du Sud-Ouest, le Soudan, l'Afghanistan et le Pakistan, le changement climatique.
Ce seul fait illustre combien au XXIe siècle les stratégies régionales seront au premier plan de nos efforts et de nos préoccupations. C'est une reconnaissance claire que nous devons nous occuper du monde tel qu'il est aujourd'hui et non tel qu'il était au XXe siècle. Au cours des trois derniers mois, notre appareil de sécurité nationale, incluant nos diplomates à l'étranger, a entamé une diplomatie active et efficace pour répondre aux nombreux défis qui nous sont posés. À ce jour, les résultats sont encourageants, mais il reste beaucoup à faire.
Le président Obama a, d'autre part, clairement exprimé son intention de poursuivre un dialogue profond et positif avec les communautés musulmanes à travers le monde. C'est la raison pour laquelle il a donné sa première interview télévisée à al-Arabiya. C'est aussi pourquoi il a dit au peuple et aux dirigeants iraniens qu'il recherche un nouveau dialogue sur l'éventail complet des questions en suspens, et c'est encore pourquoi il a défendu, dans son discours devant le Parlement turc, l'idée de nouveaux partenariats sur l'éducation, la santé et l'égalité des chances. Enfin, c'est pour cette raison qu'il a déclaré sans ambiguïté que les États-Unis ne sont pas, et ne seront jamais, en guerre avec l'islam.
En deuxième lieu, nous n'avons pas fait mystère de notre projet de désorganiser, de démanteler et de vaincre al-Qaida. En mars, le président a rendu publics les résultats d'une revue stratégique pour le Pakistan et l'Afghanistan, qui va enfin fournir les ressources dont nous avons besoin pour atteindre nos objectifs, tout en aidant les populations pour leur sécurité et leur développement. À Strasbourg, lors du 60e anniversaire de la création de l'Otan, il a reçu un large soutien international pour sa stratégie et un engagement de nos alliés à créer un nouveau concept stratégique, afin que l'Alliance réponde mieux aux défis du XXIe siècle. Et à Bagdad, le président a réitéré son engagement de réduire nos forces de manière responsable, conformément à l'accord négocié avec l'Irak, en aidant parallèlement les Irakiens à assumer la responsabilité de leur avenir souverain.
Troisièmement, le président Obama s'est employé à bâtir des approches communes sur toute une série de défis internationaux. À Londres, il a contribué à l'élaboration d'un solide consensus sur des mesures concrètes pour répondre à la crise financière mondiale, y compris un nouveau cadre de régulation internationale, une aide accrue aux pays en voie de développement et un engagement renouvelé en faveur d'un marché libre et équitable. À Prague, il a lancé un programme ambitieux pour sécuriser en quatre ans tous les matériaux nucléaires laissés sans surveillance de par le monde, pour inverser le courant de la prolifération nucléaire et tendre vers un monde débarrassé des armes atomiques.
Plus près de chez nous, le président Obama a admis notre responsabilité partagée dans la demande de drogue et le trafic illicite d'armes, et il a lancé un nouveau plan pour combattre la violence des cartels le long de la frontière avec le Mexique. Il a aussi annoncé la levée des restrictions sur les transferts d'argent et les voyages vers Cuba, et il a marqué un nouveau départ avec nos voisins (…) au Sommet des Amériques.
Le président a également travaillé de manière efficace avec les organisations multilatérales. Ces dernières semaines, les États-Unis se sont joints à la communauté des nations en réaction au lancement d'un missile nord-coréen, et ils intensifient l'effort international pour combattre la piraterie au large des côtes de Somalie. Enfin, ils montrent la voie en poussant des partenariats sur les énergies propres et les changements climatiques.
Pour terminer, le président Obama a rejeté comme une fausse alternative le choix entre la sécurité de l'Amérique et ses idéaux. Dès son premier jour au pouvoir, il a ordonné la fermeture de Guantanamo d'ici à un an, a interdit les techniques de détention renforcées et a fait savoir, sans exception ni équivoque, que les États-Unis soutiennent totalement les Conventions de Genève et ne pratiquent ni ne cautionnent la torture. Là aussi, on attend de nous que nous dirigions par la force de notre exemple.
Même si beaucoup a été dit et accompli durant les cent premiers jours, ceux d'entre nous qui ont le privilège de servir en ces temps remarquablement complexes et stimulants réalisent parfaitement que nous ne sommes qu'au début du voyage. Nous pensons que nous avons déjà fait des progrès en relevant certains des grands défis pour restaurer le standing de l'Amérique, amie et partenaire de tous ceux qui recherchent un avenir de paix, de prospérité et de dignité.
Traduit de l'américain par Philippe Gélie
11:03 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : usa, diplomatie, politique, ump, sarkozy, ps, modem, europe
vendredi, 01 mai 2009
Pr Berche: "Je suis très inquiet, cette situation est pandémique."
Entretien publié dans Le Figaro,
le 30 avril 2009.
Le professeur de microbiologie, chef de service à l'hôpital Necker, estime que les personnes ayant des symptômes de grippe devraient se faire soigner à domicile, sauf en cas de forme grave.
Pr Patrick BERCHE. - Je suis très inquiet. Pour moi, la situation est clairement pandémique. Ce virus nouveau, hybride entre le porc, l'homme et l'oiseau, vient de passer à l'homme qui n'a jamais été en contact avec lui. Sa virulence tient en partie au fait qu'il va frapper une population «vierge» de toute immunité à son égard et donc très sensible. Le fait qu'il soit apparu à Mexico où vivent 20 millions d'habitants, dans des mauvaises conditions d'hygiène, permet de penser que le virus a pu se développer depuis au moins un mois, sans que l'on contrôle sa propagation. Pour l'instant, il y a eu 150 morts présumés, plus de 1 900 cas déclarés. Il y en a sans doute beaucoup plus au Mexique. Par ailleurs, ce virus se propage très vite dans l'espèce humaine. On peut s'attendre à ce qu'il touche le monde entier très rapidement. Enfin, il ressemble à celui de la grippe espagnole très meurtrier en 1918. Dans les pays occidentaux, nous disposons d'antiviraux, d'antibiotiques, d'infrastructures sanitaires, de masques… Les principales victimes seront dans les pays en voie de développement qui n'ont pas accès aux soins, pas de médicaments, pas de structures médicales…
Les mesures prises jusqu'à présent en France sont-elles pertinentes ?
Dès que l'on sait qu'un virus grippal se propage à partir d'un endroit connu, il faut arrêter tous voyages avec la zone concernée. En France, nous avons un plan, des médicaments, des masques. Tout le monde répète que l'on a le meilleur plan. Il ne faut pas être lénifiant. Tout dépendra de notre aptitude à le mettre en pratique, de la capacité des pouvoirs publics à distribuer les antiviraux, les masques de manière optimale. Cela va imposer de répondre de manière très précise à des problèmes de logistique et de communication.
Que faire avec les cas suspects ? Faut-il mettre en quarantaine les personnes revenant du Mexique ?
Il faut impérativement que le gouvernement demande à ce que les personnes présentant une grippe restent chez elles et évitent de se rendre aux urgences des hôpitaux pour réduire la propagation vers le personnel soignant et les autres malades. Sauf si leur état est grave. Les prélèvements devraient être faits à domicile. Il serait sage de recommander aux voyageurs qui reviennent du Mexique de rester à domicile pendant quelques jours, le temps de l'éventuelle phase d'incubation ou de contamination asymptomatique. Une telle mesure aurait dû être prise dès le début de l'épidémie. Si les cas augmentent en France, il faudra interdire provisoirement les rassemblements, fermer les écoles, éviter les transports en commun…
Combien de temps peut durer cette épidémie ?
La grippe devrait disparaître en Europe dans les semaines qui viennent avec l'arrivée de l'été. En revanche, elle pourrait se développer dans l'hémisphère Sud, en Nouvelle-Zélande, en Australie, pendant l'hiver austral. Ensuite, le virus pourrait revenir en octobre-novembre dans l'hémisphère Nord quand les conditions climatiques lui seront plus favorables.
Le vaccin qui a été utilisé cet hiver peut-il être utile contre ce virus ?
Une bonne mesure est d'utiliser le vaccin disponible, composé de trois souches H1N1 (différente de la souche mexicaine), H2N2, H3N2. Si quelqu'un présente une grippe, bien que vacciné, on pourra dire, sans tests compliqués, qu'il s'agit vraisemblablement d'une nouvelle souche. Par ailleurs, le vaccin actuel contient une souche de H1N1 qui pourrait induire une protection partielle contre la souche mexicaine. Cela pourra être rapidement vérifié s'il apparaît que les personnes vaccinées en octobre dernier souffrent moins de cette grippe que celles qui ne le sont pas.
Pourquoi meurt-on de la grippe dans certains cas?
Vous avez la grippe, 40 de fièvre, des douleurs musculaires, des maux de tête, vous êtes très mal. La situation devient inquiétante quand vous présentez des difficultés importantes à respirer qu'il faut prendre en charge en réanimation. Il peut s'agir d'une pneumopathie virale ou d'une surinfection pulmonaire. Dans la majorité des cas, les antiviraux prescrits précocement sont efficaces, tout comme les antibiotiques. Les réactions au virus sont variables : certains n'auront qu'une forme asymptomatique, d'autres une pneumopathie grave. Les morts de cette grippe mexicaine sont âgés de 20 à 45 ans, la même population cible que celle de la grippe espagnole. La forme saisonnière frappe avant tout des jeunes enfants et les personnes âgées. Lors des pandémies de 1957 et 1968, le taux de mortalité a été de 0,1 %, en 1918 il pouvait atteindre de 2 à 4 %. Lorsqu'il y a une pandémie, plus de la moitié de la population du monde est infectée. Mais une proportion importante est représentée par les porteurs sains, qui pourraient contribuer à propager le virus.
Propos recueillis parMartine Perez.
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mercredi, 29 avril 2009
Votons vraiment pour l'Europe le 7 juin !
par Gérard Larcher
Cela fait trente ans que le Parlement européen est élu au suffrage universel direct. En près d'un tiers de siècle, son rôle a fondamentalement changé : en 1979, il était essentiellement consultatif ; aujourd'hui, il est l'institution-clé de l'Union européenne.
Pourtant, en France, les électeurs ne semblent pas avoir perçu cette évolution. L'élection européenne paraît, pour nombre d'entre eux, un scrutin sans grande conséquence.
Au mieux, il leur permet de punir le gouvernement en place, voire de se défouler en votant pour des partis extrêmes. Au pire, pour beaucoup d'autres, c'est un scrutin sans enjeu qui ne mérite pas qu'on s'y intéresse : lors des élections de 2004, moins de la moitié des électeurs avaient jugé utile de se déplacer.
Est-ce raisonnable que les citoyens français se privent du droit qui leur est donné d'agir sur la marche de l'Europe ? Nous ne le croyons pas.
Ceux qui critiquent la Commission européenne doivent savoir qu'elle agit sous le contrôle du Parlement européen. Celui-ci investit le président de la Commission, auditionne chacun des commissaires pressentis, puis investit l'ensemble du collège des commissaires ; il peut à tout moment renverser la Commission.
Et ces pouvoirs ne sont pas théoriques. En 2004, le Parlement européen a récusé deux commissaires pressentis. En 1999, il a provoqué la chute de la Commission présidée par Jacques Santer. Est-il cohérent de se plaindre, comme on aime à le faire dans notre pays, d'une Commission européenne trop "lointaine", trop "bureaucratique" et de se désintéresser en même temps des élections européennes, qui donnent aux citoyens le moyen de la contrôler par l'intermédiaire de leurs représentants ?
Ceux qui critiquent la législation européenne ou le budget européen doivent savoir que, depuis les changements apportés par les traités de Maastricht, d'Amsterdam et de Nice, aucune décision essentielle en Europe ne peut être prise sans l'accord du Parlement européen. Avec le traité de Lisbonne, ce pouvoir de codécision ne connaîtra pratiquement plus d'exceptions. Qu'on se souvienne, par exemple, de la "directive Bolkestein", qui a été si souvent mise en avant lors du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel : si ce texte a cessé de susciter la controverse, c'est parce qu'il a été complètement réécrit par le Parlement européen, qui a pris en compte les inquiétudes qui s'étaient exprimées. Là également, est-il cohérent de se plaindre de la "législation imposée par Bruxelles", et de rester chez soi quand il s'agit de choisir ceux qui la font ?
La construction européenne demeure la grande affaire politique de notre temps. C'est elle qui permet aux pays qui constituent l'Union européenne d'avoir, ensemble, un poids dans un monde de géants.
Et qu'on ne dise pas que l'Europe est incapable d'utiliser ce poids : durant la présidence française, l'Union a montré qu'elle était capable d'être réactive et d'avoir un grand rôle dans la concertation mondiale pour lutter contre la crise financière et économique. Grâce à la construction européenne, nos pays qui, après deux guerres mondiales, avaient cessé d'être des acteurs de l'histoire, sont en train de reconstituer, ensemble, un pôle d'influence. N'est-ce pas un débat majeur que de savoir dans quel sens cette influence va s'exercer ?
Le choix des députés européens est un des plus importants de ceux que doivent faire les citoyens. Céder à la tentation du vote protestataire, c'est prendre le risque que l'influence des représentants français soit réduite à presque rien ! Au sein du Parlement européen, l'extrême gauche comme l'extrême droite sont là pour entretenir une agitation purement négative : ce n'est pas sur elles qu'on peut compter lorsque les intérêts et les valeurs de notre pays sont en jeu.
Or le Parlement européen, qui sera élu le 7 juin, aura à se prononcer sur ces questions essentielles : faut-il conserver une politique agricole commune ? L'Europe doit-elle se doter d'une politique industrielle ? Faut-il aller plus loin dans la libéralisation ou mettre en place de nouvelles régulations du commerce mondial ? Comment réorienter nos économies et nos sociétés vers le développement durable ? Faut-il aller vers plus d'harmonisation sociale en Europe ?
Lorsque ces questions capitales seront abordées, ne serait-il pas consternant que la plupart de nos représentants incarnent un folklore politique dérisoire au lieu d'être des élus responsables, capables de peser sur l'issue des débats ?
La construction européenne est une affaire sérieuse. Nous avons besoin de députés européens - qu'ils soient de droite, de gauche ou du centre - se reconnaissant dans les valeurs européennes et décidés à agir efficacement pour sortir l'Europe d'une crise économique et sociale sans précédent.
C'est dans la construction européenne que se joue une part déterminante de notre avenir. Il est temps que tous ceux qui en sont conscients s'emparent du scrutin du 7 juin pour participer au choix de cet avenir. Il faut se saisir de ce scrutin comme d'une chance !
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mardi, 28 avril 2009
L'Union pour la Méditerranée: une opportunité historique.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 28 avril 2009.
A l'occasion des réunions internationales consacrées à la crise mondiale, nous exprimons notre conviction que la Méditerranée peut être une source de croissance durable pour l'économie mondiale, un nouveau modèle de développement et de relations internationales.
Certes, la guerre à Gaza a plongé l'opinion publique mondiale dans la stupéfaction et le pessimisme. Elle a remis sur le devant de la scène cette image négative d'une Méditerranée source de problèmes pour l'ensemble du monde. Nous pensons qu'il y a erreur ! La Méditerranée peut être une chance !
Au-delà de conflits qui, pour être très douloureux, relèvent d'un passé qu'il faudra solder, le Bassin méditerranéen redevient un des carrefours stratégiques des échanges mondiaux. Il est la porte de l'Europe, avec un énorme potentiel de croissance : le sud et l'est de la Méditerranée, ainsi que l'Afrique subsaharienne.
Pour le grand dessein régional qui associe l'Europe à la Méditerranée puis plus tard à l'Afrique, l'Asie orientale a montré la voie : elle a su construire des relations internationales sur un modèle nouveau, dépassant les approches classiques d'échanges Nord-Sud fondés sur la domination, la délocalisation et le partage inégal. Les pays d'Asie de l'Est ont construit un espace commun fondé sur une économie productive, partageant de plus en plus la valeur ajoutée. Ils jouent au maximum des trois composantes des nouvelles relations internationales : la proximité géographique, la complémentarité, et les solidarités de fait - notamment environnementales.
La crise annonce une mutation fondamentale de l'économie mondiale et de la globalisation jusqu'ici sans régulation sérieuse, donc de nouveaux rapports sociaux et politiques. Cette mutation s'effectue selon trois axes : une économie fondée sur la production de valeurs dans l'économie réelle et non virtuelle ; une croissance économe des matières premières, promouvant de nouvelles activités durables et de nouveaux modes de consommation ; une géographie renouvelée par les solidarités de proximité, en lieu et place de la distinction obsolète entre Nord et Sud.
L'Union pour la Méditerranée doit être relue dans ce nouveau contexte qui appelle instamment à la redéfinition des relations entre les pays européens et les pays des rives sud et est. Tout ce qui manque à la rive nord, le dynamisme démographique, les marchés, l'énergie, on le trouve à quelques centaines de kilomètres au sud ; réciproquement tout ce qui manque au sud, notamment la technologie, l'organisation, et le cadre favorable à l'investissement et la productivité, on le trouve sur la rive nord.
Au-delà de ces nouvelles relations économiques, le Bassin méditerranéen peut être un laboratoire du nouveau modèle de développement, valorisant la diversité de ses civilisations, faisant face ensemble au terrible défi climatique de la région, inventant l'énergie de demain. Les besoins de rattrapage de la rive sud mais aussi ses potentialités sont tels qu'ils sont une occasion exceptionnelle pour l'essor d'industries nouvelles, de nouveaux comportements de consommation requis par la rareté des ressources et le danger climatique. Il est de l'intérêt du monde de voir cette Union se structurer sur ces bases nouvelles.
Nous sommes conscients que de nombreux obstacles se dressent sur ce chemin. En particulier, nous jugeons indispensable que l'Union européenne soutienne de manière plus décisive l'initiative arabe de paix au Proche-Orient. L'Europe se doit également d'aider la nouvelle administration américaine dans ses efforts pour trouver une solution juste au conflit entre Israéliens et Palestiniens en exigeant le respect par l'Etat d'Israël du droit humanitaire, des résolutions des Nations unies sur le conflit et des conventions de Genève.
Les mutations en cours commandent de mettre en oeuvre les projets qui se multiplient en Méditerranée dans le domaine de l'eau, de la dépollution, de l'énergie et notamment de l'énergie solaire, du transport, des technologies numériques, de la formation, de la santé, des mobilités circulaires. Cela passe prioritairement par la construction d'un espace financier intégré qui assure aux pays du sud et de l'est de la Méditerranée le flot des ressources et d'investissements nécessaires à une véritable convergence économique accélérée des deux rives, ainsi qu'un traité international qui sécurise les investissements et les transactions financières, et débouche sur une cour arbitrale euroméditerranéenne.
Notre appel est double :
- Aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne, nous disons qu'ils ont une opportunité historique : avec le renouvellement de leur Parlement, de leur Commission, de leur budget et de leur gouvernance, ils doivent avoir pour objectif de mettre en place une ambitieuse politique méditerranéenne commune.
- Aux chefs d'Etat des rives sud et est, nous disons qu'ils doivent être les acteurs de cette Union pour la Méditerranée.
Il s'adresse aussi aux chefs d'entreprise des deux rives de la Méditerranée pour qu'ils intègrent leurs projets de développement dans ce nouvel espace.
La croissance de cette région, son avenir et sa place internationale en dépendent. Le monde en a besoin.
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Les signataires sont tous membres du comité de parrainage politique de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen, l'IPEMed :
André Azoulay, président de la fondation Anna-Lindh (Maroc) ;
Emma Bonino, vice-présidente du Sénat (Italie) ;
Georges Corm, ancien ministre des finances (Liban) ;
Kemal Dervis, ancien ministre des affaires économiques et des finances (Turquie) ;
Felipe Gonzalez, ancien président de gouvernement (Espagne) ;
Elisabeth Guigou, députée, ancienne ministre (France) ;
Abderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la Banque centrale (Algérie) ;
Mouloud Hamrouche, ancien chef de gouvernement (Algérie) ;
Alain Juppé, ancien premier ministre (France) ;
Fathallah Oualalou, ancien ministre des finances (Maroc) ;
Josep Piqué, ancien ministre des affaires étrangères (Espagne) ;
Romano Prodi, ancien président du conseil, ancien président de la Commission européenne (Italie) ;
Panagiotis Roumeliotis, ancien ministre de l'économie et des finances (Grèce) ;
Ismaël Serageldin, ancien vice-président de la Banque mondiale (Egypte) ;
Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères (France).
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mardi, 21 avril 2009
Obsèques de Maurice Druon.
J'ai assisté hier après-midi, en compagnie de mon amie Marthe Mercadier, aux obsèques de Maurice Druon, en la Cathédrale Saint-Louis des Invalides.
La cérémonie religieuse et les honneurs militaires, présidés par le chef de l'Etat, étaient remplis d'émotion lorsque Le Chant des partisans, qu'il avait rédigé il y a 63 ans avec son oncle Joseph Kessel, retentit dans la cour des Invalides pour son dernier voyage.
De nombreux académiciens étaient venus rendre un dernier hommage à leur collègue, doyen d'élection de la célèbre compagnie du quai Conti.
Adieu Monsieur le Secrétaire perpétuel !
NCL
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lundi, 20 avril 2009
Maurice Druon, toute une vie pour l'Académie.
Par Hélène Carrère d'Encausse.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 20 avril 2009.
Le secrétaire perpétuel de l'Académie française Hélène Carrère d'Encausse rend hommage à l'écrivain disparu, dont les obsèques sont célébrées lundi aux Invalides.
Dans la vie protéiforme de Maurice Druon, un personnage domine les autres, en parcourt pratiquement tous les moments, c'est l'académicien.
Élu à l'Académie française en 1966 à quarante-huit ans, il en fut membre pendant quarante-quatre ans, ce qui est à peu de chose près la moitié de son existence, et aussi longtemps que Victor Hugo. Cette longévité académique qui, à l'heure de sa mort et depuis la disparition de son ami Henri Troyat en faisait le doyen d'élection de la Compagnie, était déjà remarquable. Mais en réalité la vie d'immortel de Maurice Druon avait commencé bien plus tôt. Il n'avait que dix ans quand il décida - Pasteur Vallery-Radot le rappela en le recevant sous la Coupole - qu'il serait académicien. Et dans un de ses premiers romans, Les Grandes Familles, qui lui valut le prix Goncourt à l'âge de trente ans, il met en scène un académicien et un candidat dont il décrit les manœuvres adaptées aux arcanes d'une institution que de toute évidence il connaît déjà parfaitement. Rien d'étonnant s'il est élu sans mal à sa première tentative. C'est pourquoi sa vie académique qui combine le temps virtuel et le temps réel s'étend sur huit décennies et là, il pulvérise tous les records, loin devant le maréchal de Richelieu (soixante-huit ans) et Fontenelle (soixante-six ans). On pourra sourire de ce mode de calcul d'une vie académique, de ce que fut en réalité la Compagnie pour Maurice Druon : la constante de toute sa vie et la volonté passionnée de s'inscrire dans sa longue durée et de la servir jusqu'à sa dernière heure.
Passionné d'histoire - ses fresques comme celles d'Alexandre Dumas, hautes en couleur, apprirent aux Français leur passé -, Maurice Druon était fasciné par la singularité de l'Académie ; « plus ancienne assemblée d'Europe après la Chambre des lords et l'Académie florentine », se plut-il à souligner dans son discours de remerciement sous la Coupole. Il en avait compris toutes les implications. Une Compagnie unique, se recrutant librement et ayant une dignité reconnue dans l'État. Compagnie chargée de veiller à la langue dont François Ier avait précisé en 1539 la place dans la vie du pays, « souveraine en matière de langage, c'est-à-dire au bout du compte, dira Maurice Druon, en matière de civilisation ». La force de cette Compagnie, sa capacité à résister au temps et aux coups du sort, même à la suppression décidée par la Convention en août 1793, tout tient, il le savait, à ses principes d'organisation, proches de ceux des institutions anglaises qu'il admirait tant pour leur esprit de liberté. Un règlement bref mais des coutumes longues, subtiles, fondées sur l'usage ; guère de pouvoir mais une autorité morale et une propension constante à chercher un équilibre entre tradition et progrès. C'est cette compréhension profonde du sens de l'institution, cette volonté passionnée de contribuer à le maintenir et à le transmettre qui expliquent le rôle particulier et considérable qui y aura joué Maurice Druon. De même que l'enfant rêva très tôt de l'Académie, de même le lycéen s'identifia-t-il d'emblée à la langue française où il atteignit toujours une certaine perfection. Peut-être cette passion précoce pour la langue est-elle liée à la diversité de ses origines. Ses ancêtres étaient venus du Brésil, de Flandre, de l'Oural et du Narbonnais. La langue dont d'emblée il eut une maîtrise incomparable lui conféra l'identité à laquelle il aspirait. Pour lui la langue et la France s'unirent dans une même et constante passion.
Faut-il s'étonner que l'Académie ait d'abord été pour lui le lieu privilégié du combat pour faire vivre la langue ; non pour la conserver pieusement telle une relique, mais pour en assurer l'évolution harmonieuse en accord avec celle de son pays et des esprits. On lui imputa, à tort, une conception immobiliste de la langue, parce qu'il combattit la féminisation des titres et des fonctions décidée par le pouvoir exécutif. Mais ce que Maurice Druon récusait ainsi, c'est l'alignement forcé de la langue sur l'évolution des idées et des mœurs, au nom de règles simples - le caractère invariable de la fonction, mais non des métiers -, et surtout de la certitude que le bon usage finit toujours par l'emporter et moderniser de manière naturelle et non autoritaire la langue. Son combat pour protéger le français d'une invasion de termes anglais ou d'une altération grammaticale par une influence anglaise reposait sur une même conviction, que toute langue importe spontanément les termes étrangers qui lui sont utiles et nourrit les autres de son propre vocabulaire : mais cela doit se faire en tenant compte de la nécessité et surtout dans le respect de la structure grammaticale de chaque langue. Cette vision sage mais ouverte à la vie naturelle de la langue explique aussi combien le combat de Maurice Druon pour la francophonie fut entendu et compris hors de nos frontières où nul n'imagina jamais de lui reprocher d'être conservateur, mais au contraire où il fut perçu comme le meilleur représentant de la communauté d'esprit réunie autour de la langue française.
Il allait de soi qu'à la mort de Jean Mistler, nul autre que Maurice Druon ne pouvait devenir secrétaire perpétuel. Durant quinze ans cet homme si conscient du rôle unique de l'institution et de sa capacité à participer à l'évolution des esprits grâce à une langue vivante, moyen premier d'exprimer cette évolution, mit tous ses efforts à adapter l'Académie à ce que l'accélération de l'histoire lui imposait. Il la dota - alors que jusqu'alors elle fonctionnait de manière légère grâce au concours de personnes charmantes, fantaisistes et de bonne volonté, qu'on eût pu croire échappées d'un roman de Giraudoux - d'une véritable administration capable de gérer les problèmes des temps modernes. Le Dictionnaire que lui avait confié son fondateur, et dont la dernière édition datait de 1935, devait se renouveler selon des techniques et avec des moyens nouveaux. L'édition actuellement en cours est deux fois plus importante en nombre de mots que la précédente. Il en est ainsi parce qu'elle est ouverte à un vocabulaire nouveau, porteur de réalités nouvelles ; mais en même temps elle transmet la langue de la longue durée. Nul autre dictionnaire ne peut prétendre transmettre et innover aussi totalement. Cet exploit tient à la volonté de Maurice Druon que l'Académie accomplisse sans faiblir le devoir assumé il y a près de trois siècles en accord avec le siècle présent. Et ce n'est pas un hasard si cet immortel si attaché à sa fonction décida de s'en démettre à l'aube de l'an 2000, pour passer avec l'accord de ses pairs le flambeau du secrétariat perpétuel à une femme. Il voulut par ce geste symbolique, révolutionnaire (n'oublions pas que Marguerite Yourcenar, première femme élue à l'Académie n'y entra qu'en 1980) montrer que contrairement à une légende bien ancrée, l'Académie n'était pas hostile aux femmes, même si elle s'opposait à la confusion fâcheuse entre leur promotion et la désignation de leurs titres et fonctions.
Devenu secrétaire perpétuel honoraire, Maurice Druon entreprit avec énergie et la même passion de mettre à jour le répertoire des académiciens des origines à 1905 constitué par un érudit amoureux de l'Académie, Émile Gassier. Et il continuait à ferrailler sur tous les fronts pour la langue française, et pour ce qu'il n'en séparait pas, la civilisation française. Et aussi, si présent chaque jeudi parmi nous il continua à nous guider dans la connaissance de cette institution unique, l'Académie et dans la fidélité à ses usages. L'immortalité, qui ne signifie pas qu'être académicien protège de la mort, mais qui est avant tout fidélité aux principes fondateurs de notre Compagnie, à ce qui est permanence, c'est-à-dire la langue française et l'esprit de la France, c'est cela que vous avez incarné à l'Académie, cher Maurice Druon, et que vous continuerez à représenter pour nous. Vous êtes donc bien immortel et vous le resterez.
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samedi, 18 avril 2009
Maurice Druon : la voie de la france s'est tue.
Par Jérôme Béglé,
journaliste.
Hommage publié dans Le Figaro Magazine,
le 17 avril 2009.
Jamais un académicien n'aura mieux mérité le titre d'Immortel. Avec « Le Chant des partisans », et « Les Rois maudits », il laisse une œuvre déjà passée à la postérité.
Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l'autre devront choisir.» 1973, Maurice Druon ministre des Affaires culturelles fustige ces directeurs de théâtres qui réclament des subventions tout en critiquant le pouvoir pompidolien. Trente-six ans plus tard, beaucoup d'hommes politiques lui envient cette tirade qui n'a pas pris une ride.
Toute sa vie, l'auteur des Rois maudits, né le 23 avril 1918, a réaffirmé l'autorité de l'Etat et des institutions qu'il présida. A Faise, dans le prieuré qu'il acheta avec sa femme Madeleine au milieu des années 70, il avait fait dresser deux mâts blancs. Lorsque des étrangers de marque répondaient à son invitation, il faisait hisser les couleurs de leur pays aux côtés du drapeau tricolore ! Imprégné de son importance, il voulait croire qu'à travers lui, c'était un peu de la France qui s'exprimait. Et ses hôtes ne le démentaient pas. Le roi du Maroc Hassan II dont il fut l'ami intime ou Vladimir Poutine qui, lors de son dernier passage à Paris en 2008, lui demanda audience avaient l'impression de converser avec un personnage entré de son vivant dans les livres d'histoire.
Druon n'a pas 25 ans quand, replié à Londres, il écrit avec son oncle Joseph Kessel Le Chant des partisans qui devient l'hymne de la Résistance. En décembre 2006, le manuscrit signé des deux auteurs fut classé monument historique par le ministère de la Culture. A la Libération, cet orphelin de père imagine les règlements de comptes qui agitent une famille de notables versée dans les affaires. Les Grandes Familles décroche le prix Goncourt en 1948 et reste le meilleur témoignage du capitalisme familial au début du XXe siècle. Il a 30 ans et sa carrière littéraire décolle. Elle connaîtra son apogée Les Rois maudits. Débutée en 1955 et achevée en 1977, la publication de ces sept tomes fera de lui l'auteur français le plus vendu de l'après-guerre. Pour venir à bout de cette histoire de la monarchie française des XIIIe et XIVe siècles, Maurice Druon met en place un atelier d'écriture. Il en est le chef d'orchestre et Edmonde Charles-Roux le premier violon. Derrière eux, Matthieu Galey et une demi-douzaine de jeunes plumes se plongent dans les méandres du Moyen Age. Ils convertissent à l'Histoire des générations d'adolescents emballés par cette saga romanesque. Quelques années passent et c'est au tour de la télévision d'être gagnée par la fièvre médiévale. Hélène Duc, Jean Piat, Geneviève Casile et Louis Seigner y gagnent leurs couronnes d'acteurs populaires tandis que Philippe le Bel, Marguerite de Bourgogne ou Mahaut d'Artois deviennent des héros aussi populaires que le seront JR ou le Dr House !
Au même moment - nous sommes en 1973 - l'écrivain entame une brève carrière politique. Ministre de Pierre Messmer et Georges Pompidou pendant une année, puis député de Paris, il renonce en 1981 à ses mandats. En privé, il fustigera la lâcheté des hommes politiques et leur manque de fibre patriotique. De son passé de résistant, et de son voyage éclair dans les arcanes du pouvoir, il gardera un éternel respect pour le général de Gaulle. C'est par fidélité à celui-ci qu'en 2003 il s'oppose violemment à l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à l'Académie française. En plus de fouler aux pieds l'héritage du libérateur, le successeur de Pompidou avait eu le mauvais goût de congédier Druon de son ministère comme un laquais, sans le recevoir...
Elu en 1966, il est pendant plus de treize ans secrétaire perpétuel de l'Académie. Garant de la culture française, il a compris que celle-ci ne pourrait être enfermée dans un bocal de formol, qu'elle devait s'aérer, se régénérer pour mieux prospérer et perdurer.
En 1980, plutôt que de combattre l'élection de Marguerite Yourcenar, la première femme à siéger chez les Immortels, il laisse faire. Quelques années plus tard, il échoue d'un cheveu à faire entrer Charles Trenet. Mais pendant vingt ans, aucune élection ne se fait sans que le grand homme ne donne sa bénédiction. Dutourd, d'Ormesson, Lévi-Strauss, Rheims, Déon... tous lui doivent leur épée. On ne compte plus ces écrivains débutants qui regardaient les petits hommes verts avec dédain avant de se raviser l'âge venant. Maurice Druon avait alors le chic pour leur rappeler leurs propos de jeunesse, leur interdisant ainsi l'entrée de son cénacle. Dans les années 90, il mène une croisade pour la sauvegarde de la langue française. Evolution oui, mais révolution non, professe-t-il, en fustigeant anglicismes, barbarismes et féminisation des mots. Ses détracteurs y voient le combat d'un vieil homme empêtré dans son conservatisme. Il leur répond en débattant avec MC Solaar dans Le Figaro Magazine et en encourageant quelques slameurs.
Jamais en retard d'une bataille, le général Druon s'était lancé ces dernières années dans deux combats qui le faisaient rugir. Il voulait faire reconstruire le château des Tuileries, symbole de la grandeur déchue du royaume de France. «Les plans existent, les financements se trouvent. Seule manque pour l'instant la volonté politique», répétait-il à ses visiteurs. Son autre croisade portait sur la litanie des repentances et des regrets que la République s'infligeait. Sa recension était à ce point probante qu'il avait établi un calendrier. Pas une semaine sans que l'Etat ne demande pardon ou ne s'excuse. Une occasion supplémentaire de tonner et de vitupérer contre ceux qui rabaissaient la grandeur de la France.
A la veille de ses 91 ans disparaît un personnage baroque, unique et peut-être égaré dans son siècle. Maurice Druon avait la voix de Guitry, l'amour de la France de De Gaulle, l'élégance d'un grand d'Espagne et la faconde de Cyrano de Bergerac. Son monocle, son costume trois pièces, sa canne à pommeau d'argent, ses cigares, son sens de la polémique et sa voix de stentor ne trouveront pas d'héritiers. L'Académie perd son doyen d'élection, la liberté de pensée l'un de ses chantres, et la littérature l'un de ses derniers monstres sacrés.
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jeudi, 16 avril 2009
Ethique, politiques et entreprises.
Par Laurent Wauquiez,
Secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 16 avril 2009.
Cette crise a deux visages. Sur le devant de la scène, la réalité abrupte des chiffres, celle d'une récession qui traîne son cortège de destructions d'emplois. Elle est suffisamment douloureuse pour mobiliser toutes nos énergies. Mais derrière, sachons voir que se joue aussi une seconde crise, une crise de valeurs.
Quand la croissance était là, le système économique s'autojustifiait. Avec la récession, nos concitoyens doutent de sa capacité à partager équitablement les efforts. Notre système économique est-il capable de s'amender pour gagner en équité ? Il y a un besoin de justice. Les salariés ont le sentiment de faire les frais d'une crise survenue sur un autre continent, dans une sphère financière lointaine. Les PME déploient des efforts insensés pour maintenir leurs emplois, comme dans la vallée de l'Arve, où les industriels du décolletage font preuve d'une remarquable solidarité.
A côté de cela, la rémunération des dirigeants alimente le feuilleton médiatique : bonus des traders d'AIG, stock-options de la Société générale, parachute doré chez Valeo. Chaque jour, un nouvel épisode vient souligner que certains ne comprennent pas ce qui se joue dans la société. Le comportement de quelques-uns menace d'emporter tous les dirigeants d'entreprise dans le même amalgame. Il exacerbe la violence, comme chez Caterpillar ces derniers jours.
Mais il serait trop facile de réduire la question de l'éthique à ce seul feuilleton. Une demande plus profonde d'exemplarité est en cause.
Qu'on nous fasse grâce d'un malentendu. Quand les politiques interviennent sur le terrain de l'éthique, ce n'est ni par volonté de s'ingérer dans la gestion des entreprises ni par poujadisme.
Il ne faut y voir aucune hostilité de principe, mais juste le fait que les politiques sont comptables de la situation économique et des efforts déployés pour l'améliorer : il est dans leur rôle d'appeler les acteurs à prendre leurs responsabilités. Pas plus qu'il n'y a de raison d'Etat, il ne saurait y avoir de raison d'entreprise. Et ce d'autant moins qu'éthique et profit n'ont rien d'incompatible : Franck Riboud l'a montré avec Danone, Nicole Notat avec l'agence de notation Vigeo, et les dirigeants de groupes allemands, tel Siemens, ont renforcé leur image en s'engageant pour l'emploi.
Esquissons les contours d'une démarche d'exemplarité en termes d'emploi. Premier postulat : en période de récession, tout doit être fait pour éviter les licenciements. Quand l'entreprise licencie, elle se prive de son savoir-faire et de ses forces vives, elle fragilise le tissu social et accentue les effets de la crise. Le président de la République et les partenaires sociaux ont mis des outils sur la table, comme l'activité partielle. Aux entreprises de s'en saisir, ainsi que l'ont fait Peugeot ou Renault.
INVESTIR DANS L'HUMAIN
Deuxième postulat : la crise est paradoxalement le bon moment pour investir dans l'humain. Plutôt que de sacrifier les seniors et les jeunes, faisons de l'apprentissage et de la transmission des savoir-faire des réflexes automatiques. Misons sur la formation des salariés. C'est tout l'objet de la réforme de la formation professionnelle menée par le gouvernement et les partenaires sociaux.
Enfin, je crois aux partenariats passés avec les entreprises. C'est une autre approche de la politique de l'emploi : ne plus passer systématiquement par la loi, mais développer des actions concrètes au coeur de la réalité des entreprises, comme avec l'opération "Nos quartiers ont des talents", conduite avec Fadela Amara. L'exemplarité se construit à partir de démarches expérimentales appelées à être généralisées.
Nous sommes à la croisée de deux chemins. Le premier revient à appliquer froidement la rationalité économique : licencier, couper dans les coûts, mettre dehors les seniors, fermer la porte aux jeunes. C'est un choix de courte durée, qui ne peut qu'attiser le sentiment d'injustice et être préjudiciable à l'entreprise.
Le second consiste à parier sur une démarche solidaire et finalement gagnante pour tous : actionner tous les leviers pour garder les salariés dans l'entreprise, investir dans la formation et les politiques innovantes de gestion des âges... Seule cette voie peut permettre de sortir de la crise vite et par le haut. Aux politiques, aux partenaires sociaux, mais aussi aux entreprises de faire le bon choix face à l'histoire.
13:06 Publié dans Politique sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, emploi, ump, sarkozy, ps, pc, verts, modem
mercredi, 15 avril 2009
Maurice Druon est mort: un baron s'est envolé.
C'est avec une très profonde émotion que j'apprends la disparition de Maurice Druon, décédé hier à quelques jours de ses 91 ans.
Du Chant des partisans, qu'il écrivit avec son oncle Joseph Kessel, à l'Académie française, où il avait été élu en 1966 au fauteuil de Georges Duhamel et dont il était Secrétaire perpétuel honoraire, Maurice Druon à toujours défendu avec courage les convictions qui l'animaient. De son engagement auprès des Forces Françaises Libres en 1940, au combat qu'il a mené jusqu'à son dernier jour pour la défense de la langue française et de la mémoire du Général de Gaulle, l'auteur des Rois Maudits incarnait une certaine idée de la France, de plus en plus diffuse.
A titre personnel, je pleure le grand écrivain, lauréat du Prix Goncourt en 1948 avec Les Grandes Familles, mais surtout l'homme courtois et amical avec lequel je prenais plaisir à refaire le monde autour d'une coupe de champagne ou d'un wisky. Beaucoup nous séparait, du talent à la gloire, mais une chose nous réunissait, notre fidèlité à l'Homme du 18 juin.
C'est donc l'un des derniers gardiens du temple gaulliste qui s'en va, emmenant avec lui sa part d'histoire, d'humanisme et d'espoir.
A son épouse Madeleine, à ses confrères de l'Académie française, j'adresse mes condoléances les plus sincères.
NCL
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mardi, 14 avril 2009
Le désarmement nucléaire est une urgence pour la planète.
Par Aleksander Kwasniewski, Lech Walesa et Tadeusz Mazowiecki.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 09 avril 2009.
Après la provocation de la Corée du Nord, les auteurs, respectivement anciens présidents de la Pologne et ancien premier ministre, plaident pour une dénucléarisation militaire.
L'accord entre les présidents américain et russe visant à renouveler l'accord de réduction stratégique de l'armement redonne l'espoir de parvenir à une abolition générale de l'armement nucléaire. Il est difficile d'en exagérer l'urgence : des pays susceptibles d'utiliser l'arme nucléaire pourraient bientôt l'acquérir, de même que des terroristes internationaux - créant de nouvelles menaces de proportion inimaginable.
Ce qui était un beau rêve il y a seulement quelques années, l'élimination de la bombe atomique, n'est plus l'apanage des populistes et des pacifistes, car l'idée a été reprise par des gens très bien placés - hommes politiques connus pour leur réalisme et universitaires connus pour leur sens des responsabilités.
L'invention de la bombe atomique - qui a permis la dissuasion durant la guerre froide, quand le monde était divisé en deux blocs opposés - répondait aux besoins et aux risques de l'époque. La sécurité reposait sur l'équilibre de la terreur, autrement dit la certitude de la destruction mutuelle en cas de conflit.
Dans ce monde bipolaire, seules cinq grandes puissances, toutes membres permanents du Conseil de sécurité, détenaient la bombe atomique. Aujourd'hui la situation est différente. Un mouvement amorcé par le mouvement polonais Solidarité a conduit à la dissolution du pacte de Varsovie, l'Union soviétique s'est désintégrée et le monde bipolaire avec son clivage Est/Ouest a disparu.
L'ordre basé sur la dangereuse doctrine de la dissuasion nucléaire n'a cependant pas été remplacé par un système basé sur la coopération et l'interdépendance. Il s'en est suivi déstabilisation et chaos, dans une atmosphère d'incertitude.
Trois pays détenteurs de la bombe sont maintenant engagés dans des conflits : l'Inde, le Pakistan et Israël. Et compte tenu du développement de leur programme nucléaire, la Corée du Nord et l'Iran pourraient bientôt en disposer aussi. Il y a un risque réel de voir le groupe des pays détenteurs de la bombe s'élargir jusqu'à inclure des pays qui ne sont pas toujours guidés par des considérations rationnelles - sans compter le risque de voir la bombe tomber dans les mains d'acteurs non étatiques, des groupes terroristes par exemple.
On ne parviendra à la non-prolifération que si les principales puissances nucléaires, notamment les États-Unis et la Russie, prennent de toute urgence des mesures en faveur du désarmement. Ensemble, ils détiennent près de 25 000 ogives nucléaires - 96 % de l'arsenal nucléaire mondial.
Nous espérons que le président américain Barack Obama a conscience de ces dangers. Nous notons avec satisfaction que le nouveau gouvernement américain ne fait pas la sourde orei lle aux hommes d'État et aux scientifiques responsables qui demandent le démantèlement de l'armement nucléaire. L'objectif d'un monde dénucléarisé figure dans le programme de désarmement et de contrôle de l'armement du gouvernement américain. Nous apprécions à sa juste valeur les propositions du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne, tandis que la Russie a indiqué récemment à Genève qu'elle était disposée à s'engager dans cette voie.
Les opposants au désarmement nucléaire disent que cet objectif n'est pas réalisable en l'absence d'un système efficace de contrôle et de vérification. Mais la communauté internationale peut disposer aujourd'hui des moyens de contrôle voulus. Les garanties que peut apporter l'Agence internationale pour l'énergie atomique sont de toute première importance.
Le monde doit pouvoir être assuré que les réacteurs nucléaires civils ne seront pas détournés vers des objectifs militaires - une condition pour que les pays non détenteurs de l'arme atomique aient un accès sans restriction à la technologie nucléaire, ainsi que l'a proposé récemment le premier ministre britannique Gordon Brown dans son initiative en faveur d'un pacte nucléaire mondial pour notre époque. C'est particulièrement urgent actuellement, avec la recherche de nouvelles sources d'énergie et la « renaissance » de cette source d'énergie.
La conférence 2010 de réexamen du traité de non-prolifération appelle de toute urgence à une reformulation des priorités. Son comité préparatoire va se réunir en mai à New York. C'est à ce moment-là que les décisions nécessaires devraient être prises.
On peut espérer que la réunion débouchera sur une réduction de l'armement nucléaire, une diminution du nombre d'ogives nucléaires en état d'alerte (de-alerting), ainsi que sur des négociations portant sur un traité d'interdiction de la production de matières fissiles, sur la ratification d'un traité mondial d'interdiction des tests nucléaires et sur d'autres moyens pour renforcer l'application du traité de non-prolifération nucléaire, notamment son adoption universelle.
Le temps est venu d'un changement fondamental dans le déroulement de la Conférence sur le désarmement à Genève qui, depuis des années, ne parvient pas à répondre à l'attente de la communauté internationale. Nous partageons le point de vue des universitaires, des responsables politiques et des experts internationaux du Groupe de réflexion international de Varsovie, qui estiment que l'option zéro doit être prise en considération comme base éventuelle d'un futur accord sur le désarmement nucléaire multilatéral.
Rédigé par l'universitaire britannique Ian Anthony du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), le rapport qu'a élaboré ce groupe sous la présidence du Polonais Adam D. Rotfeld est basé sur les travaux de spécialistes en matière de sécurité de pays qui ont déjà détenu l'arme nucléaire (l'Afrique du Sud) et de pays postsoviétiques où elles furent stockées dans le passé (Biélorussie, Kazakhstan et Ukraine). Le fait que ces pays aient été dénucléarisés dans le cadre d'un programme de désarmement constitue un exemple précieux.
Il faut amorcer le processus de désarmement nucléaire progressif. Cela ne donnera pas des résultats du jour au lendemain, mais cela indiquera une direction, fournira une occasion de renforcer les mécanismes de non-prolifération et sera l'occasion d'établir un système de sécurité non nucléaire mondial fondé sur la coopération.
La menace la plus grave pour la sécurité mondiale vient d'un nouveau type de prolifération nucléaire. Les puissances qui disposent de l'arsenal le plus important portent la principale responsabilité. Nous pensons que les présidents américain et russe, ainsi que les dirigeants des autres puissances nucléaires, en tant qu'hommes d'État, auront assez de sagesse et de courage pour engager le processus consistant à libérer le monde de cette menace.
» Copyright : Project Syndicate, 2009. www.project-syndicate.org (Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz)
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samedi, 11 avril 2009
Disparition de René Monory.
L'ancien Président du Sénat René Monory est décédé cette nuit à l'âge de 86 ans.
Issu de la mouvance centriste et humaniste, cet autodidacte dirigea la haute assemblée de 1992 à 1998, après plusieurs passages au gouvernement. D'abord ministre de l'Industrie et de l'Economie dans le gouvernement de Raymond Barre, à la fin des années 70, il occupera le poste délicat de l'Education nationale dans le gouvernement de Jacques Chirac, sous la première cohabitation de l'histoire de la Ve république, entre 1986 et 1988.
Retiré de la vie politique depuis 2004, René Monory était malade depuis de nombreux mois.
A sa famille, j'adresse mes condoléances les plus attristées.
NCL
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vendredi, 10 avril 2009
«L'Europe politique doit se hisser au niveau des États-Unis et de la Chine»
Entretien avec Bruno Lemaire,
Secrétaire d'Etat aux Affaires européennes.
Interview publiée dans Le Figaro,
le 08 avril 2009.
LE FIGARO. - Quel bilan pour l'Europe faites-vous du G20 et du sommet de l'Otan ?
Bruno LE MAIRE. - Un bilan positif, à la fois pour l'Europe et pour le couple franco-allemand, qui a joué un rôle décisif. Au G20, la détermination et l'engagement du président de la République comme l'unité de la France et de l'Allemagne ont fait la différence. Quant au sommet de l'Otan, il s'est tenu sur les deux rives du Rhin. C'est un beau symbole d'unité entre les pays de l'Alliance.
Ce moment privilégié de la relation franco-allemande peut-il se prolonger ?
La preuve est faite qu'un accord entre Paris et Berlin est indispensable pour que l'Europe pèse face aux États-Unis et à la Chine. À l'avenir, maintenons au plus haut niveau cet élan : la chancelière et le président de la République y sont déterminés. Il faut aussi un travail technique quotidien. Deux groupes de travail franco-allemands, l'un sur l'automobile, l'autre sur l'énergie, ont été mis en place. Enfin, entre la France et l'Allemagne, il est important que nous définissions ensemble où nous voulons aller dans un monde qui change très rapidement.
La préparation du G20 a permis de progresser dans la coordination économique entre la France et l'Allemagne. Y a-t-il là matière à de nouvelles avancées ?
Sur la régulation financière, l'encadrement des fonds spéculatifs, la liste des paradis fiscaux, la question des rémunérations, nous avions les mêmes positions. Mais nous pouvons aller plus loin. Je rappelle que le dernier Conseil des ministres franco-allemand a ouvert la voie à une coordination des politiques économiques entre la France et l'Allemagne.
Concrètement, comment se met en place cette coopération économique ?
Si nous prenons une décision de politique économique importante en France, nous en informerons l'Allemagne et nous l'étudierons ensemble. De la même manière, l'Allemagne agira en concertation étroite avec la France. Cela doit servir d'impulsion à la constitution d'une politique économique et d'une politique industrielle européennes dans les dix années à venir. Le travail qui est fait par la France et l'Allemagne doit être fait au service des vingt-sept États membres de l'Union européenne.
Les Allemands ont-ils levé leurs objections à une gouvernance économique européenne ?
Évitons les querelles de mots. Ce qui compte, c'est la réalité. Et la réalité, c'est la coordination de nos politiques économiques.
Dans l'industrie automobile, n'a-t-on pas vu chaque pays défendre ses intérêts ?
La coopération dans l'industrie automobile européenne est absolument indispensable si nous voulons rivaliser avec l'industrie asiatique. Il faut mettre en commun nos moyens pour financer un moteur compétitif pour l'avenir, que ce soit un moteur hybride ou un moteur électrique. Désormais, nous aurons autour de la table les responsables politiques allemands et français, notamment Luc Chatel, avec les dirigeants des grands constructeurs automobiles des deux pays, PSA, Renault, Daimler, Volkswagen et BMW. C'est sans précédent.
Les choix allemands dans le nucléaire ne sont-ils pas le signe d'une tentation de rechercher des alliances à la carte ?
Nous pouvons avoir sur certains sujets des positions divergentes. Mais l'intérêt des deux pays, pour les exportations allemandes comme pour la compétitivité française, est d'aller vers davantage de coopération. Coopérer, c'est financer ensemble les investissements technologiques nécessaires pour être plus compétitifs demain. Le dialogue et la coopération doivent être les maîtres mots en Europe des dix années à venir.
Vous préconisez un changement radical de la politique de concurrence de la Commission !
Dans la compétition avec les pays émergents, le temps où la concurrence était à elle seule l'alpha et l'oméga de toute politique européenne est révolu. Il faut maintenant aussi une vraie politique industrielle, encourageant le regroupement autour de grands groupes industriels européens. C'est tout l'enjeu pour demain. Les industriels en France mais aussi en Allemagne et en Italie tirent la sonnette d'alarme. Et ils ont raison. L'industrie européenne de demain se construit maintenant. Sinon, je crains qu'elle ne s'affaiblisse durablement.
Venons-en aux questions institutionnelles. Comment répondre à la crise ouverte par la démission du premier ministre tchèque, Mirek Topolanek ?
Nous attendons de la présidence tchèque qu'elle exerce son mandat dans les meilleures conditions jusqu'à son terme. En outre, la République tchèque a pris l'engagement de ratifier le traité de Lisbonne dans les meilleurs délais. Cet engagement doit être tenu. J'insiste sur un point essentiel : il n'y aura pas de nouveau débat institutionnel. Aucun État ne s'engagera dans de nouvelles discussions institutionnelles. Si le traité de Lisbonne n'est pas ratifié, nous en resterons au traité de Nice, mais il faudra en tirer les conséquences, notamment sur la taille de la Commission et sur l'élargissement.
Comment imaginer la suite de la construction européenne alors que nous sommes toujours en pleine crise institutionnelle ?
N'oublions pas que l'Union européenne est une construction récente. Pour assurer son avenir, il faut faire preuve de volonté et d'imagination. Nous faisons face à un tel bouleversement dans le monde que la question est simple : voulons-nous que le monde se réduise à un face-à-face entre les États-Unis et la Chine ? Avec, entre ces deux géants, un continent prospère et ouvert, mais sans identité, sans puissance politique, incapable de défendre ses valeurs et ses intérêts dans le monde ? Ou voulons-nous, au contraire, une Europe politique qui se hisse au niveau des États-Unis et de la Chine, et qui affirme ses valeurs et sa vision, une Europe à l'avant-garde pour le monde de demain ? Dans les deux cas, nous ne construirons pas la même planète. Qui défendra le développement durable, sinon l'Europe, comme cela a été le cas pendant la présidence française ? Qui défendra le règlement des conflits par le droit, sinon notre continent ? Le président de la République et le premier ministre sont déterminés à construire cette Europe politique.
Comment faire pour en arriver là ?
L'Europe doit s'affirmer économiquement, militairement et culturellement.Économiquement, on ne peut avoir une monnaie commune sans politique économique européenne.
La première étape est d'avoir une vraie politique industrielle. Je propose que nous soyons les champions en matière d'innovation. Il faut réviser la stratégie de Lisbonne et l'assortir de critères obligatoires pour l'innovation, des critères aussi ambitieux que pour les finances publiques.
Deuxième proposition : construire de grands champions industriels européens dans les domaines de compétences privilégiés de l'Europe. Aujourd'hui, nous dispersons nos moyens. Nous devons les concentrer sur quelques secteurs d'excellence pour l'Europe : les transports à grande vitesse, le spatial, les infrastructures, l'énergie solaire, les moteurs du futur pour l'automobile.
Troisième proposition : sachons mieux défendre nos intérêts stratégiques en affirmant très clairement le principe de réciprocité, comme l'a dit le président de la République. Aux États-Unis, des clauses juridiques interdisent toute prise de participation majoritaire dans un groupe stratégique américain. Pourquoi la Commission ne disposerait-elle pas du même pouvoir d'examen et de veto sur toute prise de participation étrangère dans des actifs stratégiques européens ?
Sur le plan militaire... Renforçons la défense européenne. Le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan clarifie notre position. Il doit donc nous permettre de marquer de nouveaux progrès en matière de défense européenne, dans le prolongement de ce qui a été accompli sous présidence française, qu'il s'agisse des capacités militaires des opérations ou de l'Europe de l'armement. Ainsi, nous allons bientôt établir le « commandement européen de transport aérien stratégique ». L'objectif d'un « état-major » de planification pour les opérations européennes doit être maintenu. Je note que la nouvelle Administration américaine est désormais favorable à une défense européenne forte.
Et sur le plan culturel...
Le pari doit être fait sur l'éducation et les jeunes. Tous les programmes de mobilité des jeunes comme Erasmus doivent être revus pour faire en sorte que la moitié d'une classe d'âge puisse en bénéficier et pas seulement quelques milliers.
Faut-il arrêter l'élargissement ? L'élargissement est un succès historique qui nous a permis de retrouver l'unité européenne. Nous devons intégrer les Balkans, en commençant par la Croatie, sous réserve que le traité de Lisbonne entre en vigueur. Mais nous ne pouvons pas poursuivre l'élargissement comme si l'Europe était un espace indéterminé, sans capacité d'affirmation politique. Il n'y a pas deux projets possibles à la fois. L'Europe politique n'est pas compatible avec la poursuite d'un élargissement sans fin.
La campagne pour les élections européennes sera-t-elle l'occasion d'un débat et de propositions pour améliorer le fonctionnement de l'Union ?
Bien sûr. Le problème de l'Europe est un problème de responsabilité. Les citoyens ne savent pas qui est responsable de quoi. Pour y remédier, nous devons nous entendre sur l'équilibre institutionnel. Faut-il mettre la Commission de côté et miser exclusivement sur le travail intergouvernemental ? Je ne le crois pas. À l'inverse, donner tout le pouvoir à la Commission n'est pas acceptable non plus parce que ce serait priver les citoyens de leur propre souveraineté. La solution tient donc dans un équilibre entre une Commission forte, un Parlement fort et un Conseil fort où les responsabilités de chacun sont clairement identifiées. Pour cela, je souhaite que la Commission présente, au moment de son investiture, une feuille de route sur chacun des sujets qu'elle aura à traiter : l'industrie, l'environnement, la politique extérieure... Elle fixera ainsi des objectifs, proposera un calendrier et mettra en oeuvre les moyens de contrôle. Une Commission forte et responsable, qui, au-delà des traditionnelles auditions parlementaires, présenterait une déclaration de politique générale au Parlement européen et au Conseil européen, voilà un moyen de changer l'Europe.
Quelles sont vos relations avec Dominique de Villepin ?
La parole d'un ancien premier ministre est légitime dans le débat public. Chacun sait l'amitié et l'admiration que je lui porte. Elles ne m'interdisent pas d'avoir parfois des divergences avec lui. C'est le cas sur l'Otan : je considère que le retour de la France dans le commandement intégré est une bonne chose.
Propos recueillis par Pirre Rousselin.
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