jeudi, 09 octobre 2008
Nobel : un hommage à la recherche française.
Par Marc GENTILINI,
Professeur de Médecine.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 9 octobre 2008.
Président de l'Académie de médecine et ancien président de la Croix-Rouge, l'auteur réagit à la nouvelle du prix Nobel de médecine, qui vient d'être décerné aux chercheurs français Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi, pour la découverte du virus du sida.
C'est une excellente nouvelle pour la France. Le dernier prix Nobel français de médecine a été décerné il y aura bientôt trente ans à Jean Dausset, en 1980. Depuis, rien. Pourtant, l'une des affections émergentes les plus meurtrières, le sida, qui s'est avérée être une pandémie redoutable, avait donné lieu à une découverte précoce et fondamentale par les équipes françaises de chercheurs et de soignants.
Il y a plus d'un quart de siècle déjà, juste au moment où le triomphalisme médical ambiant promettait la maîtrise des maladies infectieuses, surgissaient en 1981 les premiers cas détectés chez des homosexuels et des toxicomanes endoveineux. Ce fut dès lors une longue et tragique histoire, traversée de peurs, de discriminations, de mépris, d'incompréhensions, de révoltes, de prises en main par les malades eux-mêmes de leur affection, avec finalement une extraordinaire avancée dans les domaines immunologique et thérapeutique ; malheureusement au prix de morts innombrables, emportés par cette maladie tueuse à près de 10 % dans les premières années, victimes de maladies opportunistes, conséquences de l'effondrement des défenses immunitaires.
En France, à l'Institut Pasteur, dans les hôpitaux, à Paris, en particulier à Claude-Bernard et à la Pitié-Salpêtrière, des médecins et des chercheurs, alertés par les informations inquiétantes venues des États-Unis d'Amérique, s'organisent afin de comprendre ces morts sans cause identifiée. Je me souviens de cette période héroïque avec ses morts en série (2 000 environ en moins de dix ans dans le service dont j'avais la charge), tous jeunes, tous frappés par des symptômes dont on recherchait fébrilement la cause. Fin 1982, j'accueillis un jeune assistant, Willy Rozenbaum, venu renforcer notre équipe. C'est sur l'un de ses patients, début 1983, que fut prélevé un ganglion dans lequel devait être recherché et décelé à l'Institut Pasteur le virus en cause, un rétrovirus, pathogène inhabituel chez l'homme à quelques exceptions près. On se souvient du combat que mena Luc Montagnier face à l'Américain Gallo, brillant mais douteux, pour que soit reconnue à la France, avec l'aide précieuse de Jacques Chirac, la paternité de la découverte du virus. On se souvient encore des premiers médicaments antiviraux (AZT, DDI…) aux résultats aléatoires et plus tard d'autres antirétroviraux beaucoup plus efficaces qui transformèrent la situation avec de spectaculaires résurrections, une reprise du travail et aujourd'hui une longévité des séropositifs voisine de celle des sujets en bonne santé.
L'histoire du sida prouve qu'il ne faut jamais désespérer de la science et que l'investissement dans la recherche est hautement rentable, même si la découverte réclame du temps et si ce délai paraît toujours et légitimement trop long pour le malade.
Dans cette course aux «armements», l'industrie pharmaceutique a joué un rôle capital par son potentiel de recherche et sa volonté de réussir. Les pouvoirs publics, en France au moins, ont conduit la prévention de la maladie et la prise en charge des malades avec détermination et une efficacité toujours perfectible en maintenant une vigilance permanente.
L'espoir, de nos jours, habite tous ceux qui sont atteints par le virus et dont la vie n'est plus en danger immédiat, même s'ils sont soumis à des règles contraignantes.
C'est dans ce contexte que l'annonce du prix Nobel de médecine à Luc Montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi est une excellente nouvelle pour la France, pour les instituts de recherche (Pasteur en priorité), pour le combat de tous contre le sida, chercheurs, soignants, responsables associatifs et politiques. C'est un honneur aussi pour l'Académie de médecine, qui détient avec Jean Dausset (élu en 1977)et Luc Montagnier (élu en 1989)… 10 % des prix Nobel de médecine français !
Toute la communauté médicale et scientifique française, tous les malades se réjouissent que l'équipe conduite par Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi dont les travaux sont enfin reconnus soit spectaculairement récompensée. Même si cette reconnaissance arrive tardivement, vingt-cinq ans après l'isolement du virus ! Reconnaissons en toute humilité que bien des erreurs de communication et des déclarations maladroites ont été commises et que les combats fratricides franco-français n'ont rien arrangé.
Mais en ces temps troubles où notre civilisation mondiale paraît dominée par l'argent et les trafics de toutes sortes, cette bonne nouvelle, en affichant la victoire de la science et celle de l'esprit, est réconfortante. Elle permettra aussi à ses bénéficiaires, avec tous les hommes de bonne volonté, de relancer le combat international contre le sida, qui continue en dépit des effets d'annonces et de tous les fonds mondiaux, de tuer hommes, femmes et enfants en particulier en Afrique où l'accès aux soins est notoirement insuffisant.
10:02 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sciences, médecine, recherche, prix nobel, politique
lundi, 06 octobre 2008
Deux Français récompensés par le Prix Nobel de Médecine.
Les Professeurs Jean-Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi ont été récompensés pour leurs travaux sur le virus du sida. Ils partagent le prix avec l'Allemand Harald zur Hausen.
Le prix Nobel de médecine 2008 a été attribué lundi aux Français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier pour la découverte du virus immunodéficitaire HIV, responsable du sida.
A travers eux, c'est l'ensemble de la médecine et de la recherche française qui est récompensée.
NCL
Sources: Le Figaro.
17:30 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sciences, médecine, recherche, prix nobel, politique
jeudi, 24 juillet 2008
Etienne-Emile Baulieu : "Je rêve que l'humanité vive le plus longtemps possible... en bonne santé"
Par Etienne-Emile BAULIEU,
Membre de l'Académie des Sciences,
Professeur honoraire au Collège de France, Grand Officier de la Légion d'Honneur.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 25 juillet 2008.
J'aime la vie. Et j'aimerais y goûter le plus longtemps possible. En "bonne santé", physique et mentale. Simple à énoncer, ce désir reste pourtant le plus grand défi de l'humanité. Bien sûr, Faust a toujours hanté la littérature. Mais, en matière de recherche scientifique, il faut reconnaître que la vieillesse et la mort sont presque des sujets tabous. Comme s'il était mauvais d'intervenir sur la nature, l'animal humain ne connaissant que trop son destin inéluctable.
Il y a seulement vingt-cinq ans, la recherche sur la longévité et le vieillissement n'était pratiquement pas à l'ordre du jour. Même le grand Darwin, dont l'oeuvre aborde pratiquement tous les sujets, avait évité ces questions. Quant aux jeunes diplômés en médecine, très peu des meilleurs étudiants s'orientaient jusqu'à présent vers la gériatrie. Moi-même, je ne suis venu que tardivement aux applications anti-âge de la DHEA. Peut-être l'ai-je fait d'ailleurs parce que je vieillis, moi aussi, et que l'atténuation des effets de l'âge est devenue plus urgente.
Mais je suis loin d'être le seul concerné. Songez que la moitié des enfants nés après 2000 deviendront centenaires, et que près de la moitié d'entre eux seront atteints d'une démence irréversible après 85 ans ! Il y a encore un demi-siècle, à 60 ans, on était un vieillard. On mourait relativement jeune et rapidement, d'accidents, d'infections, de maladies cardio-vasculaires. Or il faut se préparer, au XXIe siècle, à mourir plus lentement, beaucoup plus tard, de cancers et de maladies dégénératives atteignant le cerveau. Alors pourquoi ne pas oser le rêve de repousser les effets désastreux du vieillissement ? Je le crois, moi, réalisable.
Oh, je ne cherche pas à passer un pacte d'éternelle jeunesse avec le diable. Ni à créer des Mathusalem. Encore qu'il ne faille rien exclure. Jusqu'à présent, personne n'a dépassé les 122 ans et quelques mois de Jeanne Calment. Mais il n'y a aucune raison pour que ces 122 ans soient une limite absolue. On observe déjà, grâce aux registres d'état civil tenus très rigoureusement dans les pays nordiques, que depuis cent cinquante ans l'âge maximal augmente chaque année, légèrement certes, mais de façon continue. Depuis 1970, il augmente même d'un an tous les dix ans. Il faudrait donc encore quelques siècles pour atteindre les 150 ans, mais ce n'est plus une idée absurde.
En fait, ce n'est pas tant durer qui compte que bien vieillir. Et ce "bien vieillir" ne concerne pas seulement la médecine. Il pèse sur la société tout entière. Sachez que la dépendance a un coût de l'ordre de 3 000 euros par mois en institution et de 10 000 euros chez soi, alors même que la moyenne des retraites est actuellement de 1 000 euros mensuels !
Sachez encore que parvenir à retarder, ne serait-ce que d'un an, la survenue de la dépendance pour 10 % des victimes de la maladie d'Alzheimer représenterait en France 1 milliard d'euros d'économie ! Pour tester chez l'homme nos nouveaux composés neurostéroïdes actifs chez l'animal, mon laboratoire a besoin de 1 million d'euros par an pendant trois ans. Ne croyez-vous pas qu'investir 3 millions pour économiser 1 milliard par an mérite d'être tenté ?
Lorsque j'ai commencé à travailler sur la DHEA, je n'avais pas conscience des développements possibles en matière de prévention des troubles du cerveau. Certes, j'avais découvert, quand j'étais jeune chef de clinique, la sécrétion chez l'homme du sulfate de DHEA, qui diminue avec l'âge, ce qui en fait un marqueur reconnu du vieillissement. Mais, au fond, je n'étais pas très intéressé par le sujet. C'était la grande époque de la biologie moléculaire, et mon intérêt pour la cause des femmes me poussait bien plus à travailler avec cette nouvelle approche sur l'appareil reproductif et le contrôle des naissances. Mon mentor Gregory Pincus, l'inventeur de la pilule contraceptive, avait influencé mon travail de recherche en ce sens. Et j'ai consacré une grande partie de ma carrière de chercheur à l'invention du RU 486, cette pilule abortive qui est utilisée chaque année par des millions de femmes dans le monde entier et qui n'a pas fini de démontrer son utilité dans d'autres indications (accouchements difficiles, contraception d'urgence, fibromes utérins, etc.).
Ce n'est que dans les années 1980 que j'ai repris mes travaux sur la DHEA. Et, comme souvent en matière de recherche, le hasard, les échecs, la prise en considération d'hypothèses peu vraisemblables a priori ont joué un rôle essentiel. C'est ainsi qu'un jour, une de mes techniciennes est entrée dans mon bureau en me disant : "Monsieur, je m'ennuie, donnez-moi quelque chose à faire..." Son directeur de recherche était absent ; alors, pour l'occuper - et parce qu'elle connaissait la DHEA -, je lui ai proposé de reprendre le sujet. "Découpez-moi des rats en tranches, y compris le cerveau, afin que l'on voie s'il y a de la DHEA" (on n'en trouve pas dans le sang chez cet animal). Quelques jours plus tard, elle revenait me voir au comble de l'excitation : "Il y en a, monsieur, il y en a dans le cerveau !" Eh oui ! Dans le cerveau ! Cette hormone n'était donc pas seulement produite par les glandes, mais aussi dans le système nerveux. On découvrait rapidement que les effets de la DHEA sur différents systèmes enzymatiques et récepteurs cérébraux avaient un intérêt certain. Et elle tend non seulement à diminuer l'excès de graisses tissulaires venant avec l'âge, mais elle présente aussi des effets positifs sur la qualité de la peau, les symptômes dépressifs ou même sur les lésions des artères pulmonaires dues à l'insuffisance en oxygène.
Ayant forgé le concept de neurostéroïde, j'avais un instrument original pour étudier les effets du vieillissement, et je l'ai placé depuis au centre de mes travaux. Actuellement, je travaille sur le plus abondant des neurostéroïdes, celui dont la diminution compromet notamment le mécanisme de la mémoire. Or nous avons observé qu'il permet aussi d'augmenter la durée de la vie de petits vers nématodes, appelés C. elegans. Il faudrait donc passer rapidement aux tests sur les mammifères avant de passer à l'homme.
Hélas, la recherche publique ne dispose pratiquement pas de moyens pour ce type de sujet. L'Agence nationale de la recherche, destinée à soutenir des projets innovants, refuse d'inclure dans ses projets un appel d'offres sur le vieillissement. Quant aux laboratoires pharmaceutiques, ils sont peu incités à investir dans ces recherches : il s'agit de produits naturels, donc difficiles à protéger par un brevet, ou alors trop faciles à synthétiser, donc de faible rentabilité. Un peu comme s'il s'agissait de fabriquer d'emblée des médicaments génériques.
C'est l'armée américaine qui a proposé récemment de m'aider ! Dans le cadre des recherches médicales qu'elle finance à l'intention des soldats de la guerre d'Irak, l'US Army observe avec intérêt certains de nos stéroïdes, qui permettent de réparer plus vite et mieux les cellules nerveuses chez l'animal blessé. C'est encourageant, d'autant que, ayant atteint l'âge de la retraite, il m'est désormais interdit d'obtenir des contrats de recherche publique français. J'ai donc créé un site (www.institut-baulieu.org) afin de recueillir des dons, ainsi que la Fondation abritée Vivre longtemps.
Et je ne cesse d'en appeler aux baby-boomeurs, actuellement détenteurs du pouvoir économique, financier et politique. Ils ont cru incarner l'éternelle jeunesse. Pourquoi ne s'inquiètent-ils pas des conditions de leur future vieillesse ? Elle sera longue - tant mieux -, mais ne devraient-ils pas aider à financer une recherche soucieuse d'en éviter les effets déshumanisants ? Pourquoi pas un "lobby des futurs malades" ? Quand on pense qu'il suffirait de quelques millions d'euros pour tester ce que je pense être la genèse d'une pilule de la mémoire ! Oui, il y a des réserves de repotentialisation cérébrale, ce qui veut dire que certains aspects de la dégradation du fonctionnement du cerveau sont réversibles. N'est-ce pas prometteur ?
Si nous obtenions ces financements qui nous manquent tant, alors nos rêves seraient confrontés à la réalité. Retarder, contenir la maladie d'Alzheimer est une première étape urgente, avant de savoir la guérir. A plus court terme, la pilule corrigeant la diminution de la mémoire avec l'âge est une perspective raisonnable. Pour ma part, je "super rêve" que, demain, le plus grand nombre de personnes vieillissantes puissent profiter des fruits de ces recherches. La vie est un tel cadeau !
20:49 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sciences, physique, recherche, politique
mercredi, 10 octobre 2007
Le Professeur Albert FERT, Prix Nobel de Physique.
M. Albert Fert vient de recevoir, conjointement avec son collègue allemand, M. Peter Grunberg, le prix Nobel de physique.
Leurs travaux pionniers sur la magnétorésistance géante, et leurs applications concrètes, ont révolutionné les techniques de lecture des informations stockées sur disque dur.
En France, ces travaux sont le fruit d'une étroite collaboration entre Albert Fert et son équipe de chercheurs et les industriels réunis dans un laboratoire commun entre l'Université Paris XI-Orsay, le CNRS et Thalès.
C'est par cette collaboration entre la recherche publique et privée, allant de la connaissance fondamentale à l'application industrielle, que se maintiendra la tradition d'excellence de la science et de la recherche fondamentale française et européenne, qui ont vocation à faire rayonner, au plan international, le rang, l'influence et le prestige de l'Union européenne dans les domaines scientifiques et économiques.
Le Professeur Albert Fert rejoint ainsi deux grands noms de la recherche scientifique française à avoir été honorés de cette prestigieuse distinction: M. Georges Charpak et M. Pierre-Gilles de Gennes, décédé le 18 mai dernier. Ce dernier ayant été récompensé pour l'ensemble de ses travaux sur la matière condensée, en 1991; M. Georges Charpak fut honoré quant à lui, pour ses travaux sur les détecteurs, en 1992.
NCL
14:25 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sciences, Physique, Recherche, Politique































































































