dimanche, 29 novembre 2009
Gazprom à EDF : «Bienvenue» dans le projet South Stream !
Par Alexei Miller,
PDG de Gazprom.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 27 novembre 2009.
Gazprom et EDF signent vendredi un accord historique portant sur la construction du gazoduc South Stream. Ce projet améliorera non seulement la sécurité énergétique des pays européens, mais il aidera aussi l'UE à atteindre ses objectifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
Je suis fier de voir que les liens franco-russes dans le domaine de l'énergie sont chaque jour plus forts. En 2008, Gazprom a célébré 25 ans de livraisons ininterrompues en France. Cette année, la plus importante entreprise d'électricité française nous rejoint dans ce projet extraordinaire qu'est South Stream. C'est important pour nous d'être associés à EDF, « opérateur historique » et porte-drapeau de l'excellence économique française. Notre accord est aussi une étape fondamentale dans les relations économiques franco-russes, car South Stream devient aujourd'hui le projet commun de deux entreprises chères aux citoyens russes et français.
L'autre bonne nouvelle concerne la sécurité des approvisionnements. On ne peut sous-estimer l'importance du pas que la France réalise aujourd'hui vers une plus grande sécurité énergétique européenne. En janvier dernier, Gazprom a été confronté à une situation de force majeure : l'Ukraine n'avait plus de contrat pour ses approvisionnements en gaz et refusait de payer ses factures. L'interruption du transit de gaz russe vers l'Europe qui a résulté de cette situation nous a laissé dans l'incapacité d'assurer l'approvisionnement de l'ensemble de nos clients européens. Cet épisode regrettable a montré à quel point il est important de créer de nouveaux gazoducs vers l'Europe afin de réduire les risques liés au transit et d'améliorer la fiabilité des exportations de gaz. L'implication d'EDF, qui rejoint dans South Stream notre partenaire italien ENI, va dans ce sens. C'est une étape fondamentale vers une mise en œuvre rapide et efficace de ce projet - démontrant également, si quelqu'un en doutait encore, sa viabilité commerciale.
L'objectif de South Stream est simple : transporter des volumes additionnels de gaz vers l'Europe centrale et du Sud et réduire les risques liés au transit. Avec une capacité totale de 63 milliards de mètres cubes, South Stream traversera la mer Noire, la Bulgarie, la Hongrie, la Grèce et la Serbie. Il permettra de répondre à l'accroissement de la demande européenne dès 2015, tout en contribuant de façon déterminante à l'amélioration de la sécurité énergétique des pays de l'Union. Ce projet permettra enfin d'aider l'Europe à atteindre ses objectifs environnementaux.
En effet, une autre raison - et probablement la plus importante - pour laquelle nous célébrons aujourd'hui cette signature est qu'elle marque la reconnaissance du gaz naturel comme une source d'énergie prometteuse. Dans dix jours, se tiendra à Copenhague la conférence des Nations unies sur le changement climatique. Chacun espère que la communauté internationale y prendra des décisions essentielles pour diminuer les émissions de CO2 et combattre ainsi le réchauffement de notre planète. Je crois personnellement que le gaz naturel aura un rôle précieux à jouer dans cette lutte. Aujourd'hui, les énergies renouvelables ont encore besoin de temps et d'investissements colossaux pour se développer.
Le gaz naturel peut contribuer efficacement à réduire l'empreinte carbone de l'UE, dans des conditions économiques optimales. En effet, c'est la plus propre des énergies fossiles. Non seulement il émet moins de CO2 que le charbon et le pétrole, mais il est aussi beaucoup plus efficace. Le remplacement des centrales électriques fonctionnant au charbon par des centrales au gaz aboutirait, par exemple, à des réductions majeures d'émission de gaz et aiderait l'UE à réaliser ses objectifs environnementaux. En cela, et la signature de vendredi le confirme, le gaz naturel est le carburant du XXIe siècle.
vendredi, 27 novembre 2009
Laurent Wauquiez : "Il faut des mesures plus offensives sur l'emploi"
Interview de Laurent Wauquiez,
Secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi.
Entretien publié dans Le Monde, le 26 novembre 2009.
Les chiffres du chômage du mois d'octobre sont publiés jeudi. Quelle est la tendance ?
On n'est pas sorti d'une phase difficile. On va y rester, je le crains, jusqu'à la première partie de l'année 2010.
1,5 million de personnes ont bénéficié de dispositifs de soutien à l'emploi cette année. Allez-vous les maintenir ?
Il est hors de question d'arrêter des mesures qui ont permis d'amortir le choc de la crise. Je pense notamment aux dispositifs d'activité partielle qui permettent à une entreprise de garder ses salariés plutôt que de licencier. On doit continuer et même aller plus loin en matière de formation. Il faut aussi étendre à de nouveaux bassins d'emploi les contrats de transition professionnelle qui permettent aux salariés, qui ont perdu leur emploi, de se requalifier. Enfin, je ne considère pas que la bataille pour l'emploi des jeunes est gagnée.
Envisagez-vous de nouvelles mesures ?
Je pense qu'à partir de 2010, on aura besoin de mesures plus offensives pour accélérer la création d'emplois. Il faudra qu'on intensifie la montée en puissance des emplois "verts". Et que s'accélèrent les embauches dans les petites entreprises qui redémarreront les premières.
Eric Besson, ministre de l'immigration, a annoncé qu'environ 1 000 travailleurs sans papiers allaient être régularisés sur la base d'une nouvelle circulaire envoyée aux préfets. Vous confirmez ce chiffre ?
Ce que cette circulaire autorise, c'est une régularisation par le travail mais strictement encadrée, au cas par cas. Cela me semble raisonnable. Cela n'a rien à voir avec les propositions de Martine Aubry qui plaide pour une régularisation massive.
L'adjectif qu'elle a employé n'est pas "massive" mais "large"...
Elle revendique la possibilité de procéder à une régularisation très large sur des critères qui vont bien au-delà du travail. Franchement, c'est une folie. Lorsqu'elle était ministre du travail, elle a régularisé 80 000 personnes. Cela n'a strictement servi à rien puisque dans la foulée le nombre des demandes d'entrée en France a été multiplié par quatre. Un pacte européen a été adopté qui interdit à un pays de pratiquer seul des régularisations massives. Je m'interroge donc sur les arrière-pensées politiques de Mme Aubry. Je considère qu'elle est en train d'agiter un chiffon rouge en direction du FN et de renouer avec les vieux démons mitterrandiens,
Qu'allez-vous faire des travailleurs sans papiers qui n'entreront pas dans les 1 000 régularisations, les expulser ?
Il est évident que ceux qui sont entrés sur le territoire dans le mépris des lois de la République n'ont pas vocation à y rester. C'est normal, c'est l'application des lois.
Vous excluez toute nouvelle régularisation d'ici les élections régionales, même si le mouvement de grève se durcit ?
Eric Besson n'a pas dit : "C'est 1 000 et c'est fini." On va laisser se dérouler le travail d'instruction par les préfectures.
La période est difficile pour Nicolas Sarkozy. Doit-il s'impliquer dans la campagne des régionales ?
La meilleure façon pour le gouvernement et pour le président de la République de s'impliquer dans la campagne, c'est de continuer les réformes et de montrer clairement les différences qui nous séparent de la gauche. En matière fiscale, un choix très fort a été fait : ne pas augmenter les prélèvements parce que les classes moyennes souffrent suffisamment comme ça pour qu'on n'en rajoute pas. C'est une différence majeure par rapport aux régions socialistes qui ont fait le choix d'augmenter massivement la fiscalité.
Propos recueillis par Jean-François Achilli et Françoise Fressoz.
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jeudi, 26 novembre 2009
Strauss-Kahn : «Il faut revoir notre modèle de croissance»
Interview de Dominique Strauss-Khan,
Directeur général du FMI.
Entretien publié dans Le Figaro, le 25 novembre 2009.
La crise financière est « à peu près maîtrisée », même si les banques sont encore très loin d'avoir complètement nettoyé leurs bilans. L'économie mondiale commence à voir le bout du tunnel, mais ce n'est qu'à l'été 2010 que le chômage commencera à refluer aux États-Unis et en Europe. Dominique Strauss-Kahn a répondu aux questions du Figaro.
LE FIGARO. - La reprise mondiale est-elle solide ?
Dominique STRAUSS-KAHN. En Asie, elle est là. Ailleurs, elle se profile seulement - selon le FMI, elle viendra au premier semestre 2010. Mais la reprise est fragile. Quel est le risque aujourd'hui ? Que l'on ne continue pas à mettre en œuvre les politiques qu'il faut pour assurer la pérennité de la reprise. Nous ne croyons pas à une rechute, ce que l'on appelle un scénario de « W », mais nous ne pouvons pas complètement l'exclure. Il faut donc maintenir les soutiens publics, car la demande privée reste faible et le chômage va continuer à augmenter encore assez longtemps. On peut aujourd'hui considérer que la crise financière est à peu près maîtrisée. Elle a dégénéré en crise économique, dont on commence à voir le bout du tunnel. Mais la crise sociale reste très forte, principalement dans les pays avancés. C'est ma préoccupation majeure. Au delà, c'est notre modèle de croissance lui-même qu'il faut repenser.
Faudrait-il remuscler les plans de relance ?
Non, mais la question se pose aux États-Unis. Le risque est que dans certains pays on n'estime plus nécessaire de réaliser les programmes de relance prévus pour 2010, ce qui augmenterait la probabilité d'une rechute. En même temps, il faut préparer les plans de sortie de crise, annoncer comment on va revenir à des situations budgétaires plus soutenables, tout le monde a besoin de le savoir, et en même temps il ne faut pas les mettre en œuvre trop tôt. C'est une contradiction apparente qu'il faut gérer habilement.
Les dettes publiques atteignent des niveaux inquiétants. Peut-on les laisser dériver ?
Nous étions face à un incendie. Le FMI a été le premier à sonner le tocsin. On a sorti les grosses lances à incendie la coopération monétaire, bancaire et budgétaire. On a ainsi évité une crise comme celle de 1929 et on a éteint le feu. Mais, maintenant, il y a de l'eau partout. Il faudra du temps pour l'éponger et revenir à des niveaux raisonnables. Mais il faudra le faire.
Comment se sortir des déficits et de la dette ? Par l'impôt ?
Quand la reprise sera assurée, la stratégie budgétaire devra alors devenir la priorité. Le problème de la dette n'est pas le même pour tout le monde. Il dépend du niveau d'endettement avant la crise, de la démographie et, évidemment, du potentiel de croissance.
Le rendement de ces plans de relance n'est-il pas décevant ?
Au contraire ! Selon nos calculs, une dépense publique de 100 milliards aura entraîné une croissance de 100 milliards on dit que « l'effet multiplicateur » est, grosso modo, de un. C'est un bon rendement. Rendez-vous compte : certains pays auront été confrontés à des reculs de 10 à 15 % du PIB cette année. On a évité un effondrement généralisé.
N'a-t-on pas une déperdition quand les gens épargnent l'argent public au lieu de le dépenser ?
Effectivement. Le taux d'épargne américain est remonté à 6 % ; selon certains experts, l'objectif est de le faire remonter à 8 %. C'est salutaire à moyen terme, car cela contribue à réduire les déséquilibres mondiaux. Mais c'est un problème à court terme, car ce qui n'est pas consommé ralentit d'autant la reprise.
Ce qui a redémarré sur les chapeaux de roues, c'est la spéculation, notamment sur les matières premières…
Voilà pourquoi il faut revoir notre modèle de croissance, sinon chaque fois que la croissance repartira les tensions sur les matières premières et le pétrole referont surface. Le problème le plus important pour les pays émergents est l'abondance de liquidités mises en place pour lutter contre la crise. Ces flux de capitaux se déversent en masse dans certains pays émergents, comme le Brésil ou l'Indonésie. Je comprends que ces pays pensent à mettre en place des mesures pour empêcher que leur taux de change ne s'apprécie trop - y compris parfois des contrôles de capitaux.
On a l'impression que la coopération internationale s'est arrêtée sur les taux de change…
La coopération a porté sur les politiques monétaires des banques centrales, les soutiens aux banques et les instruments budgétaires. C'est la première fois que tous les grands pays du monde décident de la même politique, et c'est très positif. Pour les taux de change, c'est plus compliqué. L'élément le plus discuté concerne la valeur certaines monnaies asiatiques, y compris la monnaie chinoise. Une appréciation du yuan serait cohérente avec la stratégie de relance de leur demande intérieure que les autorités chinoises ont choisie.
S'acheminent-ils vers une simple réévaluation du yuan ou Pékin acceptera-t-il de le laisser flotter ?
Un jour ou l'autre viendra où l'importance de l'économie chinoise conduira le yuan à flotter. Mais aujourd'hui les Chinois veulent maîtriser la façon dont il s'appréciera. Cela prendra du temps, même s'il n'est pas inconcevable qu'il y ait un premier mouvement plus rapidement.
N'y a-t-il pas une complicité entre la Chine et les États-Unis qui forment de facto une zone monétaire commune ?
Oui et non. Cela n'arrange pas les exportateurs américains que le yuan soit sous-évalué, ce qui est le cas. Par ailleurs, un effondrement du dollar n'arrangerait pas les Chinois détenteurs d'énormes quantités de billets verts. Ce n'est donc pas une question de complicité : avec la mondialisation, tout le monde se tient par la barbichette ! Faisons en sorte que ce soit pour le meilleur.
Vue d'Europe, la situation des changes n'est-elle pas pire ? l'Europe a la reprise la plus faible et la monnaie la plus chère…
Ce sont en tout cas les Européens qui se plaignent le plus de la valeur de leur monnaie. Le FMI considère également que l'euro est sans doute un peu fort, mais il est très difficile de déterminer de façon incontestable la valeur d'équilibre des devises. Les Européens doivent cependant mieux affirmer leur stratégie économique s'ils ne veulent pas laisser le couple sino-américain dominer le débat mondial des vingt prochaines années.
Que peut faire l'Europe pour exister face au couple sino-américain ?
Pour être une puissance économique, aujourd'hui, il faut deux atouts : un effet de nombre c'est ce qui fait la force de la Chine - et une avance technologique - qui donne un avantage comparatif aux États-Unis. L'Europe élargie a une population importante, avec 500 millions d'habitants, mais sur le plan technologique les choses n'ont pas suffisamment avancé depuis qu'on a lancé la stratégie de Lisbonne en 2002. Et je constate que le débat technologique, aujourd'hui focalisé notamment sur l'énergie, est beaucoup plus vif aux États-Unis qu'en Europe.
En promettant des taux zéro pendant longtemps, la Fed n'encourage-t-elle pas une forme de spéculation à partir du dollar ?
L'objectif de Ben Bernanke est de faciliter la reprise américaine. Il a raison. Sa stratégie monétaire est la bonne. Mais toute solution a ses inconvénients. Le carry trade, c'est-à-dire la spéculation sur les différences de taux d'intérêt, est une source d'instabilité pour les pays émergents, car leurs monnaies se trouvent appréciées. Mais la priorité numéro un aujourd'hui, c'est le retour à la croissance.
Quel est aujourd'hui le niveau des pertes non reconnues des banques ?
Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. La proportion est plus forte en Europe qu'aux États-Unis. Je le redis : l'histoire des crises bancaires, notamment au Japon, démontre qu'il n'y aura pas de croissance vive et saine sans un nettoyage complet du bilan des banques.
Faut-il imposer une taille limite aux banques ?
Je ne crois pas qu'il faille imposer des tailles limites. En revanche, si une banque prend des risques tels qu'elle présente un danger pour le système financier tout entier, il n'est pas illégitime de lui demander une contribution financière. Cette prime d'assurance aurait un double avantage : inciter la banque en question à prendre moins de risques, et collecter des ressources pour répondre à une éventuelle crise bancaire future. Le FMI étudie toutes les propositions de taxation du système financier, comme le lui a demandé le G20, et rendra son rapport en avril.
Ne faudrait-il pas alors couper les banques en deux ?
J'adhère à l'objectif de limiter les risques mais, si la partie banque d'investissement est bien surveillée et si elle paye une prime d'assurance, l'intérêt de couper les banques en deux s'estompe.
Faut-il taper plus sur les bonus ?
Sur le plan éthique, après les soutiens publics dont ont bénéficié les banques, je comprends que ce qui se passe paraisse scandaleux. Sur le plan économique, les bonus posent aussi un problème systémique, car il y a un lien entre des rémunérations démesurées et des prises de risques excessives même s'il y a aussi d'autres problèmes à régler, à commencer par le niveau de capital des banques. Sur le plan politique, enfin, la question des bonus est essentielle, car une nouvelle crise financière peut toujours survenir et la réaction risque de ne plus être la même : on ne verra pas deux fois des centaines de milliards de dollars d'argent public ainsi déversés sur le secteur financier !
Par manque de moyens ?
Non ! Parce que les opinions publiques et les Parlements n'accepteront pas de payer deux fois une telle facture. D'où l'importance d'une nouvelle réglementation du secteur financier comme de cette prime d'assurance. Limiter les bonus, moraliser la finance, c'est aussi préparer l'avenir.
Les gouvernements ont déployé des moyens colossaux pour lutter contre la crise. Comment en sortir de façon concertée ?
Ce sera plus compliqué que ne l'a été la coordination des mesures de soutien. Mais c'est indispensable pour éviter les distorsions de concurrence. Politiquement, la sortie de crise ne sera pas facile à gérer non plus. Je n'ai pas d'inquiétude pour les banques centrales. La sortie des plans de relance par les gouvernements est techniquement et politiquement plus délicate…
Vous êtes l'opposant de Nicolas Sarkozy le plus populaire de France. Qu'est-ce que cela vous fait ?
Cela fait toujours plaisir que vos concitoyens vous aiment bien, mais ce n'est pas mon sujet aujourd'hui.
Propos recueillis par Alexandrine Bouilhet, Gaëtan de Capèle, Jean-Pierre Robin et Yves Thréard
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mercredi, 25 novembre 2009
Coopération sino-française : trois propositions à Lagarde.
Par Chen Deming,
ministre du commerce de la République populaire de Chine.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 24 novembre 2009.
En visite en France pour deux jours à partir de jeudi avec une délégation d'entrepreneurs, le ministre chinois du Commerce plaide pour trouver de nouvelles opportunités commerciales entre la Chine et notre pays, malgré la crise.
En avril dernier, les présidents Hu Jintao et Nicolas Sarkozy ont eu une rencontre fructueuse au sommet du G20 à Londres, remettant les relations sino-françaises sur le rail d'un sain développement. Récemment, ils se sont rencontrés à New York, réaffirmant leur attachement au partenariat global stratégique sino-français. Afin de concrétiser cette convergence de vue, de faire écho à l'appel des communautés d'affaires des deux pays et renforcer la coopération économique et commerciale bilatérale, une délégation du ministère du Commerce de Chine et une «mission de promotion du commerce et de l'investissement» composée de 290 entrepreneurs chinois venant de plus de 140 sociétés, se rendent ces jours-ci en France.
Malgré les défis de toutes sortes, la coopération économique et commerciale sino-française s'est toujours développée à un rythme régulier. En 2008, le volume de nos échanges commerciaux a atteint un record historique de 38,9 milliards de dollars, en hausse annuelle de 16 %. Aujourd'hui, plus de 2 000 entreprises françaises sont implantées en Chine, leurs chiffres d'affaires cumulés s'élèvent à 25 milliards de dollars par an, équivalant à deux fois le montant des exportations françaises vers la Chine. Nos deux pays ont mené des coopérations fructueuses dans divers secteurs, comme l'énergie, l'aéronautique et l'aérospatiale, le transport, etc. La France est le quatrième partenaire commercial européen de la Chine ; celle-ci le premier partenaire de la France en Asie.
Malgré la crise, nos entreprises ont su trouver de nouvelles opportunités commerciales. Sur les dix premiers mois de l'année, le volume du commerce bilatéral a atteint 27,75 milliards de dollars. Les exportations françaises vers la Chine se sont inscrites en baisse de 11,9 %, une meilleure performance que celle du commerce extérieur de la Chine et du commerce sino-européen, ce qui prouve l'ouverture de notre plan de relance aux exportations françaises. Plus de 140 sociétés à capitaux français ont été créées en Chine au cours de cette même période, soit en moyenne une nouvelle entreprise tous les deux jours.
Le chemin qui mène l'économie mondiale des débuts de la reprise vers un nouveau cycle de croissance sera long et sinueux. Le gouvernement chinois, mettant la priorité sur l'élargissement de la demande intérieure, a mis en place un plan global. Les résultats sont là et l'objectif de 8 % de croissance pour 2009 sera réalisé.
La Chine a aussi envoyé une dizaine de missions de promotion du commerce et de l'investissement vers plus de 30 pays et apporté ainsi sa contribution à la reprise économique mondiale. L'assertion qui veut que la crise soit issue du déséquilibre économique mondial dû aux excédents importants des pays asiatiques est sans aucun fondement. Le déséquilibre entre les pays développés et les pays en voie de développement mérite beaucoup plus d'attention. Hélas, cette néothéorie du déséquilibre économique mondial est en train de fomenter le protectionnisme commercial, ce qui menace le redressement économique. La septième réunion des ministres du Commerce de l'OMC aura lieu dans quelques jours, au cours de laquelle sera évaluée la progression des négociations du cycle de Doha. Le succès à brève échéance de ce cycle est essentiel pour freiner le protectionnisme commercial. J'aimerais aussi faire trois propositions sur la coopération bilatérale sino-française. Primo, multiplier les échanges entre nos entreprises. Récemment, nous avons salué la visite en Chine de Mme Christine Lagarde, qui a emmené avec elle des entreprises françaises renommées. Et début décembre, la troisième édition de la convention d'affaires «China Europa» se tiendra au Havre. Secundo, transformer les défis en opportunités, notamment dans les secteurs émergents comme l'économie verte.
Nos deux pays devraient approfondir la coopération dans les secteurs tels que les nouvelles énergies, la protection environnementale, le transport, l'aéronautique et l'aérospatiale, en mettant l'accent sur certains projets structurants. En même temps, la Chine affiche une forte demande dans les secteurs de services tels que la finance, la logistique, le tourisme, l'industrie créative, le développement de logiciels. Elle accueillera favorablement les entreprises françaises sur son marché. Tertio, fournir plus de facilités pour multiplier les investissements croisés, français en Chine et chinois en France.
La Chine et la France sont liées par une histoire d'amitié. Au début du XXe siècle, nombre de jeunes Chinois sont allés en France faire leurs études, parmi lesquels Zhou Enlai et Deng Xiaoping, devenus fondateurs de la nouvelle Chine. Le général de Gaulle a fait de la France le premier grand pays occidental à établir les relations diplomatiques avec la nouvelle Chine. Aujourd'hui c'est à nous de consolider l'amitié traditionnelle entre la Chine et la France.
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mardi, 24 novembre 2009
Les moyens du Téléthon ne sont-ils pas disproportionnés ?
Par Pierre Bergé, Line Renaud et Bertrand Audoin, président, vice-présidente et directeur général de Sidaction.
Tribune publiée dans Le Monde, le 24 novembre 2009.
L'Association française contre les myopathies (AFM), grâce au Téléthon, a pu créer de grands pôles de recherche, comme le Génopole ou le Généthon ; des PME travaillent à ses côtés dans les biotechnologies ; certaines de ses recherches bénéficient à d'autres pathologies, comme c'est aussi souvent l'inverse ; l'argent du Téléthon n'est pas détourné.
Tout cela, Sidaction l'a toujours affirmé, et n'a jamais dit le contraire. Mais ce constat – qu'une association fasse simplement son travail – doit-il pour autant interdire tout questionnement, toute divergence de vue, toute interrogation ? Nous ne le croyons pas.
Le Téléthon récolte, bon an mal an, 100 millions d'euros environ. Sans même comparer avec les 7 millions d'euros que récolte Sidaction chaque année, ou aux résultats des collectes dédiées aux autres causes, dont le Téléthon est le champion financier toutes catégories, nous est-il permis de comparer avec le budget annuel de l'Agence nationale – et publique – de recherche sur le sida et les hépatites : 40 millions d'euros environ ? Deux fois et demie moins.
Et quel budget public pour les recherches sur les myopathies et les maladies rares ? Quelle place, alors, quel poids pour les pouvoirs publics face à l'AFM dans les grands choix d'orientation de la recherche ?
AUCUNE CAUSE N'EST MEILLEURE QU'UNE AUTRE
Dans notre "monde idéal", les associations caritatives ne devraient pas exister, les impôts que paient tous les citoyens devraient suffire à répondre à leurs besoins, et les pouvoirs publics devraient suffisamment entendre ces besoins pour en faire des priorités d'action.
Mais dans notre monde réel, les citoyens doivent se mobiliser pour obtenir ce qu'ils veulent, et les associations caritatives comme Sidaction ou l'AFM doivent être les instruments de cette mobilisation. Une mobilisation qui doit se faire dans la mesure, et dans la complémentarité avec les pouvoirs publics; négocier et travailler avec les pouvoirs publics, oui, les remplacer, non.
De ce point de vue, nous est-il interdit de nous demander si les moyens dont dispose le Téléthon ne sont pas disproportionnés ? Dans la lutte contre les maladies, aucune cause n'est, per se, meilleure qu'une autre, car il n'y a pas d'échelle du malheur.
Cancers, myopathies, sida, maladies rares, nouveaux virus, d'autres encore, tous devraient pouvoir travailler ensemble et à armes égales dans un objectif commun : le mieux-être de l'humanité, la lutte contre des injustices sociales, pour des droits, contre des discriminations liées à la maladie, mais aussi à des choix de vie, comme en subissent trop souvent des malades, et beaucoup de séropositifs.
Quand nous devons défendre des idées ensemble, quand nous pensons que nous serions plus forts à négocier côte à côte, nous est-il interdit d'appeler de nos vœux, à nos côtés, une présence constructive, égalitaire, et positive, de l'association avec laquelle les Français montrent la plus grande générosité ?
EXHIBITION POPULISTE ET INDÉCENTE
La lutte contre les myopathies a été construite en grande partie par les malades, leurs familles et leurs proches. La lutte contre le sida aussi. A Sidaction, comme très sûrement à l'AFM, les malades et leur entourage ne sont jamais oubliés dans les prises de décision.
Nous est-il cependant interdit de constater que l'AFM et nous avons fait des choix différents, voire diamétralement opposés, dans l'image que nos deux associations donnent des malades et de la maladie ?
De constater que Sidaction a fait le choix de montrer, simplement, que les malades du sida sont avant tout des citoyens comme les autres, que les mettre à part n'a pas de sens, mais que nous n'avons pas vu le Téléthon nous montrer l'exemple d'un malade atteint de myopathie à inclusion des membres inférieurs, par ailleurs intégré dans la société, comme l'est par exemple l'un des signataires de cet article (Pierre Bergé) ?
Nous est-il interdit de penser que parler des myopathies et des maladies rares en ne mettant au premier rang que des enfants malades, et malheureusement très souvent gravement malades, peut être indécent ?
L'AFM pense sûrement que le respect de la dignité des malades et leur intégration dans la société passent par l'exposition médiatique de cas parmi les plus graves, ou les plus touchants – et graves et touchants, ils le sont.
Nous, nous trouvons cette exhibition populiste et, répétons-le, indécente. Nous pensons que ce combat passe par l'exposition d'exemples d'intégration réussis, par une lutte quotidienne et sur le terrain, mais, hélas, rarement par la télévision. Sur ce point, c'est certain, nous ne sommes pas d'accord.
MALGRÉ LA CRISE, LA SOLIDARITÉ N'A PAS FAIBLI
Alors, avons-nous voulu, à un moment quelconque, la mort du Téléthon, la disparition de la générosité des Français pour la lutte contre les myopathies et les maladies rares ? Certainement pas. Nous serions d'ailleurs mal placés pour cela.
Nous est-il interdit, en revanche, de nous demander simplement pourquoi le Téléthon est un si grand succès, alors que Plus de vie, ELA, les Pièces jaunes, les Restos du cœur et Sidaction, qui se succèdent dans les médias pour faire appel à la même générosité, ne collectent jamais le quart de ce même Téléthon ?
Ne pouvons-nous pas nous étonner que la lutte contre le cancer, seule, ne bénéficie pas du même soutien médiatique ?
Les Français sont généreux. Nous sommes plus de six millions à donner chaque année aux associations caritatives, et souvent à plusieurs. Malgré la crise, la solidarité avec les plus pauvres et les plus meurtris par la vie n'a pas faibli.
Mais ne pourrions-nous pas enfin tenter de nous organiser tous ensemble pour que nos appels à la générosité soient mieux coordonnés et cette générosité mieux répartie ?
Pour mettre plus souvent en place des programmes communs de recherche ou d'aide aux malades ?
Pour être, enfin, plus transparents et mieux organisés ?
C'est ce que nous appelons de nos vœux. De tout cœur, nous espérons être entendus.
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lundi, 23 novembre 2009
119e anniversaire de la naissance du Général de Gaulle.
J'ai assisté hier, au Mont Valérien, à la cérémonie d'hommage au Général de Gaulle, à l'occasion du 119e anniversaire de sa naissance, brillemment organisée par la fédération des Hauts de Seine de l'Association nationale des combattants volontaires de la Résistance (ANCVR).
Cette cérémonie, voulue sans discours ni lecture, était animée par les petits chanteurs de plusieues maîtrises des Hauts de Seine, qui ont interprété La Marseilleise et Le Chant des Partisans devant un parterre de personnalités civiles et militaires, parmi lesquelles le Préfet des Hauts de Seine, le Général de corps d'armée Jean Combette, Président d'honneur du Comité de la Flamme, M Jean Sarkozy, Président du groupe UMP au Conseil général des Hauts de Seine et de nombreux élus locaux.
La cérémonie s'est achevée dans la clairière des fusillés du Mont Valérien dans un moment de recueillement et de profonde émotion.
NCL
09:05 Publié dans Evénement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, pasqua, ps, pc, modem, nc, verts
samedi, 21 novembre 2009
Olivier Todd : "Il faut garder Camus vivant. Il permet de réfléchir"
Entretien avec Olivier Todd,
écrivain, biographe.
Interview publiée dans le Monde,
le 21 novembre 2009.
Avant le cinquantenaire de la mort d'Albert Camus, en janvier 2010, on publie un "Dictionnaire", dirigé par Jean-Yves Guérin, dans la collection "Bouquins" (992 p., 30 euros) et "Les Derniers Jours de la vie d'Albert Camus", de José Lenzini (Actes Sud, 144 p., 16,50 euros). L'écrivain est devenu une sorte d'icône. Vous qui avez été son biographe, comment l'expliquez-vous ?
On le mythifie dans un rôle de belle âme. Ce qu'il fut, à son honneur. Pour moi et pour ce Dictionnaire, fouillé, pas hagiographique, fondé sur une idée essentielle, Camus fut d'abord un écrivain, un artiste, un artisan, beaucoup plus qu'un philosophe dans la série Platon, Kant, Sartre, Wittgenstein. Un temps, il a tenté d'exprimer une philosophie à la française, très littéraire. Il en est revenu. Très tôt, il a dit "Je ne suis pas existentialiste" et admis très tard qu'il n'était pas philosophe. Tant mieux.
Il ne laissera pas une trace dans la philosophie conçue comme un savoir totalisant. Sa conception de l'absurde ne tient pas la route. Pour lui, c'est presque une substance entre l'homme angoissé et le monde irrationnel - le monde n'est ni absurde ni noir ou rose : il est. L'absurde, n'est-ce pas d'abord la contingence ? Il fut un penseur politique agissant à coups d'intuitions en se fondant sur son expérience.
Né en Algérie et Algérois, il venait d'une famille de pieds-noirs modestes. Il savait, lui, ce qu'étaient le prolétariat et la pauvreté. Camus n'est pas un visionnaire face aux événements mondiaux mais il se révèle bon analyste sur le moment.
Ce qui a cours désormais est que Camus a toujours eu raison et que Sartre s'est toujours trompé.
Camus est mort en 1960. On ne sait pas comment il aurait réagi aux événements, le Vietnam par exemple, sur lequel Sartre s'est prononcé plutôt vite. Camus, comme beaucoup d'intellectuels français, n'entendait rien à l'économie. Ce fut un homme honnête politiquement, même quand il avait tort à propos de l'Algérie et raison face au communisme. Il faut connaître toute sa vie politique pour le comprendre.
Jeune, excellent journaliste à Alger républicain, avant la guerre, il dénonça la misère en Kabylie. Prodigieux reporter, plus attachant que l'éditorialiste qu'il sera à Combat ou à L'Express - point de vue très personnel, je le reconnais. Il a adhéré au Parti communiste algérien en 1934 et s'en est séparé parce qu'il ne défendait pas assez les nationalistes algériens. Son silence au sujet de son adhésion m'a laissé perplexe. Quand il nia, en 1945, avoir été communiste, il était en instance de départ pour les Etats-Unis. Alors, les Américains n'accordaient pas de visas aux membres du Parti communiste. Péché véniel pour un homme qui haïssait le mensonge.
Revenons à l'Algérie. Il fut le seul, dans la presse française, en 1945, à dénoncer dans Combat la répression colonialiste à Sétif et Guelma - pour L'Humanité, des "émeutes réactionnaires". Seul aussi à rédiger un papier fulgurant sur la bombe atomique. Pendant la guerre d'Algérie - il l'appela "guerre", pas "opération de police" -, Camus fut déchiré et solitaire. Il refusait l'idée d'indépendance algérienne. Le grand dérapage fut la fameuse et maladroite phrase, peu logique, à Stockholm, après sa nobélisation, en 1957 : "Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice." Le Monde la publia hors contexte. Beuve-Méry avait prédit : "A Stockholm, Camus ne dira que des conneries..."
Sur Sartre et Camus, il faut aussi revenir au contexte quant à la querelle des Temps modernes à propos de L'Homme révolté. C'est un monument anthologique de l'histoire littéraire, pas de l'histoire politique. A part une cinquantaine de pages sur le communisme et un Marx messianique, je n'aime pas ce livre, mélange de littérature, de politique, de philosophie, de Rimbaud, de Breton... Une partie de L'Homme révolté avait été publiée dans Les Temps modernes. Naïf, Camus s'attendait à une bonne critique. Il rencontre Sartre qui le prévient : il y aura des réserves. Abasourdi, Camus découvre un éreintement de Francis Jeanson.
Dans ses Mémoires, Simone de Beauvoir affirme que Sartre avait pourtant appelé à une certaine modération. Camus, blessé et assez hidalgo, commence son article réponse par "M. le Directeur", ce qui exaspère Sartre. Camus se défend plutôt bien mais la rupture est consommée. Simone de Beauvoir, en 1954, dans Les Mandarins, fait de Camus un personnage répugnant, collabo même.
Toute sa vie, Camus a été un homme du doute, incertain de son talent. Sartre, lui, croyait en son génie. Politiquement - aujourd'hui, c'est facile -, je suis plus proche de Camus. J'aimerais aussi qu'on se souvienne que Sartre, crypto-communiste, ne s'est pas toujours trompé. Par exemple, sur Israël et les Palestiniens, sur le Biafra. Il faut cesser de dire qu'il nous a trompés. On s'est trompé avec lui. J'ai de l'admiration pour Camus et je garde de l'affection pour Sartre. J'ai toujours aimé leurs livres.
J'avais 19 ans lorsque j'ai connu Sartre, en 1948. Il a eu la gentillesse de me voir assez souvent. J'ai rencontré l'oeuvre de Camus. Pas l'homme. J'ai été frappé par le côté direct et simple de Sartre. Je n'ai pas l'impression que Camus ait été simple. Trop déchiré. On insiste maintenant sur la nécro de Sartre, dans France-Observateur, à la mort de Camus, sur le "Nous étions brouillés... une autre façon de vivre ensemble." Beau sartrisme ! Les rapports Camus-Sartre ont été asymétriques. De copinage, de connivence, de fiestas. Pas d'amitié.
Ils eurent une attitude fort différente face à l'action. Camus appartint à la Résistance active. Sartre, non. Les rapports écrits, imprimés, de Sartre et de Camus finissent comme ils ont commencé. Ils s'ouvrent sur un article de Sartre en 1942 : "Explication de "L'Etranger"". L'agrégé accorde un 21/20 à Camus écrivain et un 7/20 à Camus philosophe - licencié.
C'est précisément ce que Sartre refait dans la querelle des Temps modernes. Avec Jeanson, il reproche à Camus d'être incapable de lire L'Etre et le Néant. Ses personnages sont "métaphysiques". Il y avait pourtant eu, dans Les Temps modernes, deux articles plus que laudatifs sur les héros de La Peste - livre que je n'aime guère.
Que préférez-vous dans l'oeuvre de Camus ?
L'Etranger. Noces, pour son côté lyrique pur sans grandiloquence. Et, avant tout, La Chute. J'interrogeais souvent Sartre sur les livres de Camus. Il préférait La Chute, "parce qu'il s'y est mis et caché tout entier".
Et l'oeuvre de Sartre ?
Lui aussi est, pour moi, d'abord un écrivain. Même s'il se prenait surtout pour un philosophe dévoilant le monde dans sa totalité. J'aime La Nausée et ses nouvelles. Surtout, L'Enfance d'un chef. Autrefois, je détestais Les Chemins de la liberté. A reconsidérer. Par-dessus tout, Les Mots, un diamant noir, contrepoint à La Chute. Dans Situations, il y a des choses extraordinaires sur l'engagement et un fatras politico-dialectique. Huis clos que j'ai vu sous l'Occupation.
Que pensez-vous des rapports de Camus et de Malraux ?
Très importants. Asymétriques aussi. Leur correspondance est fascinante. Camus est un petit jeune homme inconnu et ils s'écrivent d'égal à égal. C'est grâce à Pascal Pia et Malraux que L'Etranger fut publié. Malraux n'a jamais parlé de l'oeuvre de Camus, je crois. Quand Camus reçoit le Nobel, il dit : "C'est Malraux qui aurait dû l'avoir..."
Dans les rapports d'homme à homme de Camus se profile sans cesse l'ombre du père qu'il n'a pas connu : Jean Grenier, Malraux, Sartre, René Char - encore qu'avec ce dernier il y avait une amitié un peu solennelle, à en juger par les lettres échangées. Puisque je parle de documents, il faut dire qu'il y a encore beaucoup de choses inédites. Les correspondances avec certaines femmes importantes de la vie de Camus, dont Maria Casarès ou Mi, le dernier amour de Camus. Ces lettres-là ont été données à la Bibliothèques nationale.
Camus-Clamence, dans La Chute, reconnaît qu'il ne pouvait voir une jolie femme sans se retourner. Le voir comme une icône désincarnée n'est pas lui rendre hommage. Il faut le garder vivant dans sa complexité et ses contradictions.
Ces mois-ci, on s'apprête à rebarbouiller l'icône. Les prétoriens intellectuels récupérateurs de l'Elysée lancent la grande manoeuvre pour, figurez-vous, je vous le jure, le "panthéoniser" ! Camus n'est ni exemplaire ni édifiant. Il permet de réfléchir. Qu'on le lise au lieu de débiter des généralités sans comprendre son parcours. J'aime sa réponse dans une de ses toutes dernières interviews. On lui demandait : "M. Camus, appartenez-vous encore à la gauche ?" "Oui, malgré elle et malgré moi." D'actualité, non ?
Propos recueillis pas Josyane Savigneau.
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vendredi, 20 novembre 2009
Soumettre le grand emprunt à une règle budgétaire.
Par Jacques Delpla,
économiste.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 19 novembre 2009.
Membre de la commission Rocard-Juppé sur le grand emprunt, dont le rapport est publié jeudi, l'économiste (1) souhaite qu'une règle de retour à l'équilibre budgétaire à moyen terme soit inscrite dans la Constitution.
Pour endiguer l'explosion de notre dette publique, il nous faut une règle budgétaire dans la Constitution. Ce n'est ni le grand emprunt ni les gigantesques déficits publics actuels liés à la récession qui mettent en péril nos finances publiques, car ce ne sont que des déficits temporaires. Le vrai danger vient des larges déficits structurels qui existaient déjà avant la crise (3 % du PIB de 1980 à 2007) et qui risquent de perdurer - il est vraisemblable qu'ils seront de 5 % du PIB, soit 100 milliards d'euros, à la sortie de la récession actuelle. Pour vaincre un tel danger, il faut un engagement durable et crédible à réduire nos déficits, avec une règle de retour à l'équilibre budgétaire à moyen terme, inscrite dans la Constitution.
En Allemagne, avec le plan de relance (50 milliards d'euros) de janvier 2009, la CDU et le SPD ont adopté une stricte règle budgétaire, insérée, en juin 2009, dans leur Constitution. Je suggère l'adoption, en 2010, lors du vote du grand emprunt, d'une règle semblable. Les grands principes de cette règle devraient être dans notre Constitution et les détails dans une loi organique. La règle serait ainsi : à partir de 2017 ou 2018, les budgets de l'État central (projet de loi de finances, PLF) et de la Sécurité sociale (PLFSS) sont votés en équilibre - hors cycle - sous peine d'inconstitutionnalité. En cas d'exécution du budget avec un déficit, ce déficit doit être amorti sur les cinq années suivantes. Pour éviter toute manipulation des chiffres, un comité budgétaire indépendant et crédible estime les déficits hors cycle et le PIB potentiel. Cette règle s'applique tant que la dette publique est supérieure à 40 % du PIB (à ce seuil, après une crise majeure, la dette n'excède pas trop les 60 %). Cette règle ne s'applique ni en cas de récession ni en cas de circonstance exceptionnelle (déterminée par un vote à la majorité qualifiée, afin que le gouvernement ne s'affranchisse de la règle que pour des raisons raisonnables et consensuelles). Avec une telle règle, la dette publique atteindrait 60 % du PIB vers 2026 et 40 % du PIB vers 2036.
Si l'on veut éviter qu'une telle règle ne comprime trop les dépenses d'avenir, on pourrait imaginer de contraindre le PLF à un surplus de 1 % à 2 % du PIB (comme l'ont fait les Scandinaves depuis dix ans) et d'affecter ce surplus à des «dépenses d'avenir», comme celles du grand emprunt.
Plusieurs critiques sont parfois adressées à ces règles. Tout d'abord, «elles ne marcheraient pas». C'est faux : celles qui ont échoué étaient soit mal faites en s'appliquant au déficit courant (en ignorant le cycle économique), soit incohérentes (en Californie, la Constitution interdit les déficits, les hausses d'impôts et la baisse de la plupart des dépenses !). «Elles abrogeraient le choix du Parlement et les choix politiques.»
Au contraire ! La grandeur du Parlement n'est pas de toujours faire payer à la génération suivante nos dépenses publiques de consommation (s'endetter pour payer les retraites n'a rien à voir avec la préparation de l'avenir). Par ailleurs, il existe déjà de nombreuses limites au pouvoir absolu du Parlement (le Conseil constitutionnel, les traités). Cette règle budgétaire est bipartisane : dans une démocratie saine, la gauche doit assumer ses choix (des impôts élevés pour financer des dépenses publiques élevées) et la droite les siens (des dépenses publiques modérées avec des impôts modérés), les déficits ne faisant que lisser le cycle économique ou préparer l'avenir. Ce qu'il faut éviter, c'est le populisme budgétaire, i.e. des dépenses de gauche et des impôts de droite. Chaque parti doit assumer les coûts de ses choix politiques devant les électeurs.
Enfin ne nous leurrons pas, l'Allemagne est entrée dans une grande phase de réduction de sa dette. Si nous faisons le chemin inverse, aux yeux des Allemands, du G20 et des marchés financiers, la France aura la crédibilité financière de l'Italie, puis celle de la Grèce. Adieu alors les rêves de puissance, de leadership européen et de coopération étroite avec l'Allemagne. C'est au plus profond de la crise budgétaire, alors la dette et le poids du grand emprunt deviennent un enjeu de crainte, que nous devons voter une telle règle pour redonner espoir dans l'avenir.
(1) L'auteur publiera une note détaillée sur la règle budgétaire en décembre à la Fondation pour l'innovation politique.
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jeudi, 19 novembre 2009
Rama Yade : "Je veux être jugée sur mon travail"
Interview de Rama Yade,
Secrétaire d'Etat chargée des sports.
Entretien publié dans Le Monde,
le 19 novembre 2009.
Aimez-vous le football ?
Oui, parce que c'est le sport le plus populaire dans le monde entier. C'est même devenu un phénomène politique. Ne pas saisir cette réalité-là, c'est passer à côté de quelque chose. Mais le foot n'échappe pas non plus aux dérives de la société, à travers les violences, le dopage. Par son caractère très populaire, il est aussi devenu une tribune politique pour certains. Ce n'est pas propre à la France. Le football est un relais politique pour tous ceux qui ont un message à faire passer, positivement ou négativement. Cela peut donner des rencontres à hauts risques.
La violence a-t-elle tendance à augmenter ?
Le phénomène a toujours existé, mais il évolue. Jusqu'à ces dernières années, ça se passait dans les stades. Maintenant, les violences ont lieu en dehors, bien avant le match ou bien après. Avant, les voyous s'en prenaient aux joueurs du club adverse. Maintenant, ils s'en prennent à leur propre club, leurs propres dirigeants, leurs propres joueurs. Ces évolutions doivent être prises en compte pour faire évoluer nos réponses. Ceux qui donnent du coup de poing ne sont pas des supporteurs, mais des voyous. Le ministère de l'intérieur met en place tous les dispositifs de sécurité nécessaires.
La réponse est-elle uniquement policière ?
C'est aussi aux clubs de faire le ménage. Ce n'est pas toujours évident, parce que les supporteurs ont un vrai pouvoir. Et les présidents de club ont du mal à porter plainte contre eux, mais il faut avoir le courage de le faire. Il n'est pas non plus normal qu'en France on ait moins de 200 interdits de stade, alors qu'en Angleterre on en compte plus de 3 000. La question de la sécurité fait aussi partie de la compétitivité du sport français.
Jugez-vous opportun le débat sur l'identité nationale ?
A partir du moment où c'est un débat, chacun est libre d'apporter sa contribution, de dire ce qu'il entend à travers l'identité nationale. Donc je ne comprends pas qu'on soit choqué
La gauche commet-elle une erreur en refusant d'y entrer ?
Oui, car la nation est aussi un acquis historique de la gauche. Je ne comprends pas pourquoi on devrait laisser ce débat confisqué par le Front national, qui ne manquerait pas de s'en emparer pour donner une vision restrictive, fermée et intolérante de l'identité nationale.
Peut-on porter en soi plusieurs identités nationales de façon cohérente ?
Je pense qu'on n'a pas à renier ses origines et qu'on n'en est pas moins français C'est précisément le charme de la France d'avoir su brasser de multiples populations et d'en avoir fait des Français à part entière.
Vous avez été sévèrement rappelée à l'ordre par Nicolas Sarkozy et François Fillon parce que vous avez tendance à tenir tête à vos ministres de tutelle.
Je veux être jugée sur mon travail. Nicolas Sarkozy m'a fait l'honneur de m'intégrer dans son gouvernement alors que j'avais à peine 32 ans. C'est pour cela que je lui en serai toujours reconnaissante. Et que les tentatives de division me choquent.
Mais c'est lui qui, début novembre, a dit : "Elle a du mal à s'intégrer dans une équipe"...
Moi, je ne l'ai pas entendu.
Qu'avez-vous décidé pour les élections régionales ?
J'irai là où on estimera que je suis le plus utile pour mon parti.
Propos recueillis par Jean-François Achilli et Françoise Fressoz
20:13 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, rama yade, ps, sports, pc, modem, verts
mercredi, 18 novembre 2009
Le Conseil économique et social se cherche un avenir.
Article de Cyrille Lachèvre,
publié dans Le Figaro,
le 18 novembre 2009.
La troisième Assemblée, dont les membres nommés sont censés représenter les différents corps intermédiaires de la nation, doit être prochainement réformée. Une plus grande place sera accordée aux femmes, aux jeunes et aux sujets écologiques.
Treize octobre 2009 : sollicités par le président de l'Assemblée nationale, les dix-huit groupes composant le Conseil économique social et environnemental (Cese) se prononcent contre la fiscalisation des indemnités d'accidents du travail. «L'abandon de ce projet, qui aurait mérité une étude d'impact, serait le bienvenu dans l'immédiat», écrit le président du Cese, Jacques Dermagne, à Bernard Accoyer. Une lettre restée sans suite. Cette taxe, défendue par Jean-François Copé, a été votée par l'Assemblée la semaine dernière…
26 décembre 2007 : saisi par le gouvernement Fillon qui cherche à se débarrasser du débat brûlant sur la TVA sociale, le Cese se prononce en faveur de son instauration sous une forme originale. La baisse des charges salariales pourrait être compensée par une taxe carbone ! Rendu pendant les fêtes, cet avis avant-gardiste est accueilli dans l'indifférence générale et ne sera jamais repris par Matignon…
Corps intermédiaires
Ces deux exemples résument tous les paradoxes de la troisième Assemblée de France, «celle du premier mot», comme aime à le répéter Jacques Dermagne. Une assemblée qui peine, en revanche, à avoir le dernier : coincés entre l'hyperprésidence et l'hyper-Parlement, les débats feutrés des 233 conseillers du Cese franchissent rarement les épais murs en béton - classés monuments historiques - du palais d'Iéna, à Paris. «Les travaux du Conseil économique ont toujours été remarquables depuis une trentaine d'années… mais vains… Ses activités se déploient dans le vide» : en 1958 déjà, Maxime Blocq-Mascart, pourtant un de ses défenseurs, faisait ce constat au général de Gaulle, qui lui demandait comment réformer cette assemblée si particulière, composée non pas d'élus, mais de représentants des corps intermédiaires.
Cinquante ans plus tard, Nicolas Sarkozy s'attelle à la tâche à son tour. La réforme constitutionnelle votée pendant l'été 2008 prévoit de transformer en profondeur l'institution. Le Conseil pourra être saisi par les citoyens ou par le Parlement, rendra ses avis plus vite - ce qui lui permettra de recoller à l'actualité politique - et devrait voir sa composition évoluer pour, en théorie, mieux représenter les Français. Le projet de loi qui gravera dans le marbre ces changements sera discuté dans quelques semaines. Mais la loi, seule, ne suffira pas à tout révolutionner. «Ici, on entend le ronronnement du conservatisme qui broie toute idée nouvelle», déplore un conseiller nommé par le Medef. La réalité est plus nuancée, même si le Conseil doit effectivement vaincre un grand nombre de résistances pour réussir sa mue.
«Depuis la Révolution, la France s'est toujours méfiée de ses corps intermédiaires», rappelle Dominique-Jean Chertier, l'auteur d'un rapport commandé par l'Élysée en début d'année pour servir de base à la réforme. D'autant que les corporations ont une tendance naturelle à l'immobilisme, pour protéger leurs statuts. Résultat, poursuit Dominique-Jean Chertier, «la composition actuelle du Conseil est le fruit de compromis successifs entre des pressions catégorielles et les résistances corporatistes de l'institution». Autrement dit, le Cese ne représente plus aujourd'hui le vrai visage des Français. De fait, l'agriculture bénéficie de vingt-cinq conseillers, soit plus de 10 % de l'assemblée. Or, la France compte moins de 1,5 % d'agriculteurs… À l'inverse, les artisans et les professions libérales, qui constituent la moitié des entreprises et le tiers des emplois en France, ne disposent que de treize sièges au total, soit à peine plus de 5 % des conseillers… Le Cese compte, enfin, moins de 25 % de femmes. La réforme voulue par l'Élysée prévoit notamment de réduire le poids de l'agriculture, de faire disparaître les représentants des entreprises publiques, d'instaurer la parité ou encore de faire entrer trente conseillers au titre de l'environnement. Un jeu de bonneteau qui s'est effectué, au passage, sans que les syndicats ne perdent un seul siège et au détriment des entreprises. Signe que les corporatismes résistent plutôt bien.
Deuxième critique récurrente adressée au Conseil : sa culture du consensus érigée en dogme absolu, qui l'empêche de peser dans le débat public. «Les discussions s'opèrent toujours dans le but d'obtenir l'adhésion de chaque groupe, ce qui signifie que seuls les plus petits multiples communs sont abordés, regrette Philippe Valletoux, membre de la section finances. Le Conseil devrait s'attaquer aux débats compliqués et avoir le courage de dire : «Voilà un point sur lequel nous ne sommes pas d'accord» pour que les politiques agissent ensuite de manière éclairée.» Résultat, si les analyses sont toujours jugées de grande qualité, les recommandations du Cese sont, à l'inverse, considérées comme trop timorées, compliquant singulièrement la communication auprès du grand public. «Difficile d'expliquer aux médias que l'on ne s'est pas battu avec son voisin de palier», reconnaît Jacques Dermagne. Qui se défend, toutefois, de toute compromission : «L'avis rendu sur le travail le dimanche allait bien plus loin que la loi votée par le Parlement au final.» Et le président de rappeler que le Cese a été le premier à parler de la vache folle, à se saisir du thème de la lutte contre la pauvreté ou à s'intéresser au travail des seniors dans les années 1990.
« Fromage » de la République
Une autre résistance à vaincre n'est pas de son fait. Pour jouer pleinement son rôle, le Cese doit regagner la confiance du pouvoir exécutif. Or, ce dernier a eu tendance, au contraire, à multiplier les instances de conseil depuis quelques années (Conseil d'orientation de l'emploi, des retraites…). Au final, le nombre de saisines gouvernementales directes du Cese se compte sur les doigts d'une seule main chaque année. Le reste du temps, le conseil s'autosaisit. Un éloignement du pouvoir regretté par ceux qui ont été des deux côtés de la barrière. «À partir du moment où ce conseil existe, la puissance publique devrait s'en servir», estime Jean-Jacques Aillagon. L'ancien ministre de la Culture, qui quittera le Cese l'an prochain, défend fermement cette assemblée qu'il a rejointe après son éviction du gouvernement Raffarin. «Si je l'avais saisi avant la réforme des intermittents du spectacle, j'aurais évité un certain nombre d'erreurs», confie-t-il.
Manque de représentativité, discrétion absolue, absence de saisine gouvernementale… Pas étonnant dans ces conditions que le Cese fasse aujourd'hui encore figure de «fromage» de la République où syndicats, patronat et pouvoir recaseraient leurs apparatchiks méritants. C'est la dernière bataille à gagner, sans doute la plus difficile : celle de l'opinion. Qu'en est-il exactement ? Un conseiller touche une indemnité d'environ 3 000 euros par mois - le tiers de celle des parlementaires - pour une réunion d'une matinée par semaine en commission et quatre après-midi par mois en séance plénière. Soit quatre journées pleines chaque mois au total. L'indemnité représente donc 800 euros par jour - frais de déplacement et d'hébergement compris pour les provinciaux -, soit le prix d'un consultant senior dans le privé.
Mais, au cas par cas, la situation est plus nuancée. Ainsi, les artisans, les patrons de PME ou les agriculteurs sont souvent obligés d'abandonner leurs entreprises pendant cette période, ce qui représente un coût. Quant aux syndicalistes, la règle tacite veut qu'ils reversent une large partie de leurs indemnités à leur organisation, dont ils sont salariés. Une manne théorique d'un peu plus de 2 millions d'euros à se partager entre les cinq syndicats représentatifs. À côté de ces indemnités, les conseillers bénéficient d'une caisse de retraite plutôt avantageuse. L'an dernier, celle-ci a versé 10 millions d'euros à un peu moins de 800 anciens conseillers ou leurs ayants droit (veuve, enfants). Soit une moyenne confortable de 1 000 euros par personne et par mois. Problème : les cotisations actuelles ne parviennent à financer que les deux tiers de cette caisse, ce qui oblige le Cese à financer les 3 millions d'euros restants en puisant dans ses réserves. Une situation intenable à long terme pour cette maison, par ailleurs bien gérée, mais qui affiche un budget modeste - par rapport au Sénat et à l'Assemblée nationale - de 37 millions d'euros par an.
Reste enfin la question des personnalités qualifiées, «ceux nommés par le fait du prince», ironise le navigateur Gérard d'Aboville. L'ex-député européen défend, lui aussi, cette institution pour laquelle il a réalisé trois rapports sur la pêche en cinq ans : «L'affaire Yvette Horner, nommée par Mitterrand pour échapper au RMI, a causé beaucoup de tort, mais elle n'est plus vraie, aujourd'hui.» De fait, même si certaines ne viennent jamais, les personnalités qualifiées figurent globalement parmi les plus assidus puisqu'elles représentent seulement 10 % des membres sanctionnés pour absentéisme. Et sont ceux qui produisent, proportionnellement, le plus de rapports. Faire du Cese une institution «plus écoutée», tel est l'objet du projet de loi à venir au Parlement. Une fois voté, le texte passera son premier test grandeur nature avant l'été 2010, lorsque les corps intermédiaires nommeront leurs nouveaux représentants. On mesurera alors leur volonté de réforme.
17:37 Publié dans Politique sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, cese, ps, verts, modem, pc































































































