jeudi, 27 août 2009

La franc-maçonnerie, ses valeurs et la crise.

article_grand_orient468.jpgPar Gilbert Abergel, Alain Bauer, Bernard Brandmeyer, Paul Gourdot (mort le 24 juin), Philippe Guglielmi, Patrick Kessel, Jacques Lafouge, Jean-Robert Ragache,anciens grands maîtres du Grand Orient de France.

 

Tribune publiée dans Le Monde, le 26 août 2009.

 

Le Grand Orient de France est né d'une volonté singulière : allier la démarche initiatique qui est une quête d'émancipation individuelle et de sagesse laïque et l'engagement citoyen en faveur d'une société "plus juste et plus éclairée". Nous sommes attachés à un Grand Orient fier de cette histoire, de son histoire. Etroitement associé aux conquêtes de la République indivisible, laïque, démocratique et sociale, fort de ses valeurs communes, au premier rang desquelles la liberté absolue de conscience, il est riche de la diversité de ses loges, de la pluralité de ses rites, de ses pratiques démocratiques, de l'engagement civique de ses membres.

Nous défendons un Grand Orient engagé par l'action de ses Frères comme par l'affirmation de ses engagements collectifs décidés par les convents successifs.

Nous souhaitons un Grand Orient plus uni et plus dynamique, conscience de la République, préparant l'avenir afin que les nouvelles conquêtes de la science (nouvelles technologies, énergies ou thérapies) et la maîtrise du vivant, dans le respect de l'environnement, soient mises au service de toutes les femmes et de tous les hommes et non d'intérêts particuliers. A cette fin, nous attendons du Grand Orient qu'en amont de la politique et dans le respect de la liberté d'opinion de chacun de ses membres, il contribue aux grands débats de société par l'élaboration de propositions concrètes visant à promouvoir la liberté et l'égalité des droits entre tous les citoyens.

La crise économique et sociale qui creuse dangereusement les inégalités à l'échelle de la planète ; les effets désastreux d'un système qui considère l'homme comme un moyen et non comme une fin, détériore les liens civiques et aiguise les égoïsmes ; le retour des peurs, des obscurantismes, des haines xénophobes, antisémites, racistes, sexistes, la montée des menaces sur la paix internationale : tout fait devoir aux francs-maçons de réaffirmer l'éthique républicaine, de défendre et d'étendre la démocratie.

L'effondrement des modèles, l'échec le plus souvent dramatique des grandes utopies politiques du XXe siècle donnent à certains le sentiment du vide, de dilution des repères, de perte de sens, de "désenchantement du monde".

L'Europe de la citoyenneté et des droits sociaux que nous appelions de nos voeux se révèle principalement un espace de libre-échange pour les marchands. La République, pour qui toutes les femmes et tous les hommes, quelles que soient leurs origines, leur sexe, leur couleur, leurs convictions religieuses, philosophiques, politiques, naissent et demeurent libres et égaux en droit, se fragilise en doutant de son identité, de ses valeurs, de son indivisibilité. La laïcité est partout attaquée et l'Organisation des Nations unies est devenue le champ clos d'offensives visant à contester les libertés garanties par la Déclaration universelle des droits de l'homme, à nier la liberté de croire ou de ne pas croire et de critiquer une religion, à censurer la liberté pour tout être humain, en particulier les femmes, à disposer de soi-même.

Partout, la société se crispe et laisse place, comme hier, à l'émergence de populismes et d'extrémismes. L'histoire nous enseigne que sur ce terreau prennent racine les pouvoirs autoritaires et parfois totalitaires. Cette situation ne peut nous laisser indifférents : le risque est mortel pour les valeurs que nous défendons.

Nous avons parfois été en désaccord, adversaires d'un moment ou d'un mandat, mais nous avons toujours placé le Grand Orient et ses principes au-dessus de nos divergences.

Anciens grands maîtres, nous ne tirons aucune vanité particulière de l'exercice de nos fonctions, mais n'avons aucune honte à assumer les responsabilités de nos bilans, largement validés par les votes des délégués à nos convents. Notre devoir est de rester à la disposition de notre obédience, de ses membres, de ses loges, de ses institutions et de ses élus au service de notre idéal commun.

Pour cela nous souhaitons un Grand Orient fédération de loges libres, fidèle à son éthique humaniste et laïque, à sa tradition initiatique, capable d'évoluer avec le monde. Une obédience qui gère démocratiquement l'ensemble de ses questions internes, les réformes nécessaires de son fonctionnement mais aussi les questions de la mixité (alors que les loges ont ouvert leurs portes aux soeurs depuis si longtemps) avec l'exigence de sauvegarder la liberté des loges et l'unité de l'obédience. Une obédience fière de sa recherche d'ouverture aux autres obédiences : tels sont les principaux objectifs que les signataires ont en commun.

C'est dans les périodes de crise et de doute que la franc-maçonnerie trouve tout son sens, sa raison d'être. Refusant la résignation, le Grand Orient doit contribuer à l'intérieur comme à l'extérieur à l'indispensable nouveau souffle des Lumières. S'il ne veut pas trahir son rôle séculaire, il doit donc s'opposer fermement à toute transformation préjudiciable des acquis sociaux qui n'auraient pas pour but une préservation de leur existence, mais au contraire un retour à des conceptions idéologiques révolues et rétrogrades.

Pour nous, ce n'est pas négociable. L'histoire sociale, comme celle du progrès des idées, est une marche en avant ; elles ne peuvent être une régression. Nous demeurerons indéfectiblement attachés à la défense de la liberté de conscience individuelle et de la laïcité sociale dont nous avons été souvent les promoteurs ; elles ont assuré la paix religieuse depuis plus d'un siècle dans notre pays.

Nous sommes disposés à participer à toute discussion, voire à toute collaboration, qui va dans le sens d'une meilleure société. Mais, fidèles à notre histoire et à la philosophie qui est la nôtre depuis trois siècles, nous ne pourrions que nous opposer à toute entorse aux droits de l'homme et à tout recul du progrès de la société républicaine et démocratique.

mardi, 25 août 2009

Hommage au Maréchal Leclerc de Hautecloque.

12_1_b.jpgJ'ai assisté ce matin à 9 heures 30, à l'hommage qui a été rendu au Maréchal Philippe Leclerc de Hautecloque, dans le Caveau des Gouverneurs, sous l'autel la Cathédrale Saint-Louis des Invalides.

Autour de Monsieur Hubert de Hautecloque, de sa famille et du père Cordier qui a prononcé une prière, une vingtaine de personnes, dont le Maire de Paris, Monsieur Bertrand Delanoë; le Gouverneur des Invalides, le Général Bruno Cuche; le Gouverneur militaire de Paris, le Général Bruno Dary; des représentants du Préfet de police et du Préfet de la Région Ile-de-France et Madame Rosette Peschaud, Rochambelle de la 2e DB, étaient venus se recueillir devant la sépulpture du libérateur de Paris, en ce 25 août.

Puisse l'exemple du Maréchal Leclerc nous inspirer dans notre vie quotidienne et dans nos projets.

Nicolas CALLEGARI-LEFEVRE

Interview du général Paloméros, nouveau CEMAA.

 

gaa_palomeros_itw.jpgEntretien avec le Général d'armée aérienne Jean-Paul Paloméros,

nouveau Chef d'état-major de l'armée de l'air.

Mon général, quels ont été les principaux enseignements en termes d’expérience professionnelle de vos quatre ans et demi en tant que major général de l’armée de l’air (MG AA) et quel profit en tirez-vous pour vos fonctions actuelles ?
Général Jean-Paul Paloméros : Le poste de major général de l’armée de l’air (MG AA) constitue, à mes yeux, une véritable cheville ouvrière dans l’organisation de l’armée de l’air. Il est à la fois l’adjoint du chef d’état-major de l’armée de l’air (CEMAA) et il est chargé de diriger son état-major. La force du poste repose sur le fait que le MG AA est à la fois en situation de proposer des directives au CEMAA, en s’appuyant sur les travaux de l’état-major et de ses adjoints directs au travers du comité exécutif, et de proposer une stratégie entérinée par le CEMAA en comité stratégique. Ensuite le MG AA est chargé de la mettre en œuvre. Il existe ainsi une réelle cohérence dans l’action. Le MG AA est également responsable du budget opérationnel du programme Air, c’est-à-dire de la programmation des ressources relatives à la masse salariale, au maintien en condition opérationnelle, aux activités aériennes et aux activités de fonctionnement. Fort de cette expérience de quatre ans et demi et de la confiance que m’a accordée le général Abrial, je me sens bien armé pour assurer ces hautes responsabilités.

Vous aviez occupé la fonction de major général à un moment où l’armée de l’air se réorganisait fortement à l’été 2005. Le plan Air 2010 visait à rationaliser et à simplifier les structures de commandement pour lui donner une meilleure capacité opérationnelle et une plus grande réactivité. Le plan Air 2010 a-t-il tenu ses promesses ?
Je le crois. Grâce à l’action déterminée de tous et à tous les niveaux, le plan 2010 a été mis en œuvre dès 2008, avec deux ans d’avance par rapport aux prévisions. Ce fut un long travail qui a permis de redéfinir le fonctionnement et le processus de commandement de l’armée de l’air. À l’époque, notre structure de direction était trop lourde et trop compliquée. L’intérêt d’Air 2010 était de se concentrer sur les commandements de l’armée de l’air avant d’entamer une réforme en profondeur, décrite dans le dernier Livre blanc de la défense et la sécurité nationale. L’armée de l’air a donc anticipé. De fait, elle a pris le temps d’analyser les nouveaux processus qui devaient diriger son action en se recentrant sur le cœur de ses métiers. Face aux nouveaux enjeux de la Défense, à savoir l’interarmisation et la réintégration pleine et entière dans l’Otan, cette nouvelle structure simplifiée de commandement nous permet d’être très réactifs, véritable force de proposition dans un cadre interarmées, international, voire interministériel. J’estime que le résultat est positif et que nous avons tout lieu d’en être fiers.

Chaque année, vous visitiez une dizaine de bases aériennes. Quel était l’objectif de ces déplacements sur le terrain ?
Pour employer une formule efficace : la connaissance et la reconnaissance. D’abord, la connaissance de notre outil, l’armée de l’air, qu’on ne connaît jamais assez en profondeur. Ensuite, la reconnaissance des hommes et des femmes qui la font vivre au quotidien. Au travers de ces rencontres, j’ai beaucoup dialogué et appris. Dans les fonctions opérationnelles et de soutien, j’ai pu évaluer la motivation ainsi que la qualité professionnelle de l’ensemble du personnel militaire et civil. Ces rencontres m’ont aussi permis de traiter des vrais problèmes qui se posent sur le terrain, et de recueillir les préoccupations des hommes et des femmes, leurs avis et leurs idées (…). L’état-major de l’armée de l’air n’est pas une administration sans âme ; il a le souci de satisfaire le besoin opérationnel et d’améliorer les conditions de vie et de travail du personnel.

Parmi les dossiers que vous aviez traités, figure l’application de la loi organique relative aux lois de finances (Lolf) et vous étiez le premier responsable de l’élaboration des budgets opérationnels de programme. Nous sommes passés d’une culture de moyens à une culture de résultats. Comment la Lolf a-t-elle influé sur l’activité de l’armée de l’air ?
J’ai participé aux travaux initiaux sur la Lolf lorsque j’étais à l’état-major des armées. J’ai ainsi pu avoir une vision globale des enjeux et des objectifs. C’est une réforme centrale du fonctionnement budgétaire des finances de l’État. En fait, la Lolf n’a pas été une révolution culturelle pour les armées. Elle était déjà inscrite dans leur mode de fonctionnement. Elles en appliquaient les principes, peut-être sans le savoir. Cependant, en recentrant les responsabilités budgétaires de chacune des armées, représentées en l’occurrence par leur major général respectif à la tête des budgets opérationnels de programme, elle a permis de mieux identifier les axes de performance des armées. C’était essentiel au moment où nous allions construire la future loi de programmation militaire, celle qui est mise en œuvre aujourd’hui. Nous devions être plus crédibles dans l’établissement des budgets et dans la dépense des deniers de l’État. En clair, l’application de la Lolf s’est traduite par une meilleure adéquation des ressources et des objectifs confiés à l’armée de l’air. L’amélioration de la performance de l’armée de l’air s’est traduite concrètement par une meilleure efficacité de nos dépenses et par une augmentation de son activité aérienne.

Comment faire mieux avec moins de moyens ?
C’est dans un dialogue de commandement que nous pouvons établir le juste équilibre. Je suis parfaitement conscient des difficultés qui pèsent aujourd’hui sur le fonctionnement des bases. Nous entretenons un dialogue direct avec les commandants de base et nous nous efforçons d’identifier et de faire partager les bonnes pratiques. Cette démarche nous permet de présenter aujourd’hui notre budget, de le défendre avec des résultats concrets et des éléments tangibles vis-à-vis de l’état-major des armées ou de la représentation nationale.

Sous la présidence des majors généraux de la Marine et de l’armée de l’air, la première réunion du comité d’orientation de l’aviation de chasse (Comorac) s’est tenue le 18 juin à Paris. De quoi s’agit-il ?
La création du Comorac est le résultat direct des objectifs fixés par le Livre blanc de la défense et la sécurité nationale, qui préconise d’instaurer une gestion commune du parc de l’aviation de combat. Après des mois de réflexions et de dialogues avec la Marine, nous avons mis sur pied un comité d’orientation qui traite des sujets communs. En coordination avec la Marine, l’armée de l’air a la charge de la gestion de l’ensemble du parc des avions de chasse de la Défense et nous entretenons désormais un échange permanent afin d’être plus efficaces avec une aviation de chasse qui sera concentrée et plus performante. Cela se traduira par la constitution d’une unité de transformation commune sur Rafale dès 2010, par l’échange de compétences et par un travail commun des états-majors sur les capacités futures, par la participation de l’Aéronavale aux missions confiées aujourd’hui à l’armée de l’air, comme c’est le cas pour la sûreté aérienne. Le Rafale a été conçu dans des versions identiques pour équiper à la fois l’armée de l’air et l’aéronautique navale. C’est un exemple unique dans le monde ! Cet outil nous offre la possibilité de mettre en commun 80% des ressources, en particulier le soutien. À partir d’une gestion commune, nous pouvons mieux répartir les efforts et mieux harmoniser l’acquisition de rechanges.

Aujourd’hui, l’aérien doit affronter le défi du développement durable. Comment l’armée de l’air prend-elle en compte les questions environnementales ?
Depuis plusieurs années, nous portons une attention toute particulière à la préservation de notre environnement, si cher et si précieux. Nous avons engagé une démarche sur le concept de bases à développement durable, qui se traduit en particulier par des expérimentations à Orléans, par la mise en place de panneaux photovoltaïques à Istres, etc. Dans le cadre de la modernisation de l’armée de l’air, nous souhaitons décliner ce concept dans plusieurs domaines : en réduisant la consommation d’énergie et en améliorant l’efficacité de sa production, sans nuire à la qualité du soutien au personnel. C’est tout l’enjeu. Nous pouvons encore faire mieux, en valorisant, par exemple, les vastes espaces dont nous disposons. À l’occasion du renouvellement de nos infrastructures, nous construisons des bâtiments à haute qualité environnementale. Nous avons besoin de toutes les bonnes volontés et de l’imagination de chacun pour développer la démarche citoyenne (tri sélectif des déchets, recyclage des déchets, etc.).
S’agissant de nos avions, le sujet est plus difficile puisqu’on ne peut pas instantanément modifier leur technologie. Des expérimentations sont actuellement menées sur le carburant. Mais il ne faudrait pas aboutir à un nouveau carburant qui serait finalement, lorsqu’on examine globalement la chaîne écologique, plus polluant. Ce risque existe quand on analyse les expérimentations de carburant à base de charbon. La gêne pour l’environnement que peut induire aujourd’hui l’armée de l’air, est finalement assez réduite par rapport à son activité. Dans l’avenir, les nouveaux appareils comme l’A400 M seront plus performants, en matière d’allonge et de charge transportée, mais aussi moins polluants, grâce à une gestion optimisée de leur consommation de carburant. Il faut continuer à étudier toutes les mesures propres à réduire notre impact sur l’environnement sans remettre en question nos capacités opérationnelles.

Ces derniers mois ont été marqués par la réintégration de la France dans le commandement militaire de l’Otan. Selon vous, quel est l’impact de l’Otan sur l’armée de l’air ?
Ce processus d’intégration pleine et entière n’en est qu’à ses débuts. Nous avons tendance à dire que ce n’est pas un problème dans la mesure où nous travaillons déjà en parfaite collaboration et interopérabilité avec les forces alliées à l’occasion des exercices et des opérations extérieures comme en Afghanistan. Notre système national de commandement et de contrôle aérien est déjà connecté avec celui de nos alliés et nous sommes partie prenante du projet ACCS de l’Otan. Enfin, les projets européens que nous promouvons aujourd’hui, comme le commandement du transport aérien européen ou encore la formation de pilotes de chasse européens, s’intègrent à l’idée que l’Otan et l’Europe de la défense sont complémentaires et non concurrentes. Le plus délicat est de réintégrer toutes les structures de commandement, de préparation de l’avenir et de décision de l’Otan. L’armée de l’air jouera à ce titre un rôle important. Les responsables de l’armée de l’air vont occuper des postes éminents. Le meilleur exemple est celui du général Abrial, nommé à la tête du commandement allié « Transformation » à Norfolk. D’autres assumeront de hautes fonctions au sein du commandement interarmées SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) ou de commandements tactiques. Globalement, et c’est un point important, la réintégration est avant tout une aventure humaine et extraordinaire qui mérite d’être vécue. Nos aviateurs pourront nourrir légitimement cette ambition d’aller travailler aux côtés de leurs collègues alliés, dans des structures multinationales, en jouant un rôle important et en faisant valoir leur compétence, tout en étant force de proposition.

Depuis 2002, les aviateurs mènent des opérations de guerre sur le sol afghan…
L’armée de l’air y contribue pleinement et ce dans tous les domaines d’action. La partie la plus visible concerne l’intervention des avions de chasse au profit des forces de la coalition et des forces terrestres pour les soutenir et assurer leur sécurité. Six avions de combat sont présents en permanence à Kandahar. Depuis février, nous avons déployé des drones Male Harfang, avions de surveillance pilotés à distance. Ils apportent à la coalition connaissance, anticipation, renseignement, et discrétion. C’est un atout considérable qui améliore la qualité du service rendu. Nos unités d’hélicoptères ont mené des missions dangereuses au profit de nos forces ; nos avions de transport tactique assurent un soutien logistique quotidien à partie du site de Douchambé ; et enfin nous avons déployé des avions ravitailleurs indispensables au fonctionnement de la coalition. L’engagement de l’armée de l’air en Afghanistan se traduit également par la présence au sol, auprès des unités de l’armée de terre, d’aviateurs qui guident les avions de combat, sécurisent nos bases et protègent nos forces. Il faut aussi souligner le rôle fondamental du transport dans cette opération aérienne qui dure depuis plusieurs années. C’est un engagement admirable.

Quels sont les enseignements de la présence du Rafale en Afghanistan ?
L’armée de l’air a souhaité pouvoir déployer le Rafale très tôt, après sa mise en service opérationnel en juin 2006. C’était ambitieux puisqu’aucun pays du monde ne l’a fait à ce jour avec un appareil de cette génération. Nous en avons tiré un retour d’expérience exceptionnel pour l’évolution de cet appareil. Le concept d’utilisation du Rafale, avion polyvalent, est adapté à une crise de cette nature. Il doit pouvoir remplir à la fois les missions d’attaque au sol, de reconnaissance et de défense aérienne. L’autonomie du Rafale, la diversité de son armement et de ses capteurs ainsi que l’appréciation de la situation… sont des qualités appréciables sur un théâtre afghan, qui ont été mises en valeur lors des trois détachements effectués depuis sa mise en service opérationnel.

Les trois quarts des conflits se déroulent aujourd’hui en zone urbaine, au milieu des populations. En quoi les drones Harfang ont-ils redéfini la manière de faire la guerre ?
L’acquisition du Male visait à améliorer la surveillance des théâtres d’opérations. Clairement, il s’agit de suivre en temps réel l’évolution d’une situation et de pouvoir localiser, identifier puis transmettre les renseignements sur une partie du théâtre ou vers un combattant, de jour comme de nuit. Pour y parvenir, nous devions être capables de le mettre en œuvre, de transmettre ces données à très longue distance via les liaisons satellitaires et ensuite, d’intégrer cette information dans la chaîne de renseignement de la coalition. C’est aujourd’hui le cas sur le terrain. Cette information est reproduite quasi instantanément sous forme vidéo. Grâce au drone Harfang, la boucle du renseignement est pleinement bouclée. Il reste encore quelques améliorations à apporter afin de fournir aux forces engagées sur le terrain et aux commandeurs l’information précise, dont ils ont besoin au bon moment.

Sera-t-il équipé du Rover ?
Le Rover est l’un des outils de modernisation. Nous avons actuellement une démarche d’acquisition qui devrait aboutir très prochainement.

Depuis janvier dernier, comment se déroule le début de la phase d’expérimentation pour les trois bases de Défense (bdD), sous la responsabilité de l’armée de l’air ?
La restructuration se concrétise par la constitution des bases de Défense, mais elle ne se résume pas uniquement à cela. Il s’agit d’une réforme d’ensemble qui est en train de se mettre en place. Le retour d’expérience révèle que le personnel responsable et d’exécution ont bien appréhendé ce concept assez proche, il est vrai, de nos bases aériennes. Pour rendre ces bases de Défense efficaces, il faut d’ores et déjà élargir raisonnablement leur périmètre afin de mutualiser un maximum de ressources du soutien. Il faut définir précisément ce qu’on attend du soutien en termes de contrat opérationnel et de contrat de service entre les forces et les unités. Il s’agit également de moderniser et d’harmoniser les procédures interarmées au sein du ministère. Le ministère de la Défense a souhaité mener des expérimentations pour adapter le dispositif via des bases pilotes, en vue d’une généralisation en 2011.
Je rends d’ailleurs hommage aux aviateurs impliqués dans ces expérimentations. Ils ont fait un excellent travail. Les formules retenues sur les bases de Nancy, de Creil et d’Avord sont différentes. À Avord et à Creil, le colonel est à la fois commandant de la bdD et celui de la base aérienne. En revanche, à Nancy, pour différencier l’expérimentation et trouver la meilleure formule, nous avons désigné un commandant de base de Défense à part entière. Actuellement, nous évaluons la pertinence de chacun des modèles.

L’autre chantier d’envergure consiste à mutualiser des services de soutien uniques pour toutes les armées dans le domaine des achats, des ressources humaines et des finances.
Caractériser l’évolution du soutien de cette manière est quelque peu réducteur. Il restera au sein des armées, fort heureusement, des compétences dans ces domaines. Je voudrais insister en particulier sur la direction des ressources humaines. Chaque armée maintiendra sa pleine responsabilité sur son propre personnel. Chaque chef d’état-major conservera, en particulier, une responsabilité morale et culturelle vis-à-vis des militaires qui serviront sous l’uniforme de l’armée. Les aviateurs s’engagent et s’engageront toujours avec une motivation précise pour servir la composante aérienne. Nous devrons entretenir cette motivation par le biais d’échanges au sein des unités interarmées et des retours en unités aériennes. C’est le gage d’une meilleure compétence et d’une mobilité utile, une source de progrès et d’enrichissement et enfin, le maintien de l’esprit collectif qui correspond à chacune des armées.

Le plan de modernisation de la Défense prévoit une réduction d’effectifs dont 24% pour l’armée de l’air. Comment conciliez-vous diminution du personnel et préservation de l’efficacité opérationnelle ?
C’est un sujet délicat, dont l’enjeu est considérable. Nous devons réussir notre modernisation par une rationalisation de l’outil de défense, en général. L’armée de l’air va y contribuer de façon importante. Un des objectifs du Livre blanc concerne la réduction des effectifs que doit consentir le ministère. Elle sera compensée par une modernisation de nos forces. Nous devons réussir à réduire les effectifs progressivement, en cohérence avec les besoins de l’institution et avec les aspirations individuelles du personnel, tout en entretenant un effort de recrutement conséquent pour préserver et préparer l’avenir. Il existe, nous devons nous en persuader, des marges de progrès. La réduction de notre format nous impose de diminuer le nombre de bases aériennes sans porter atteinte à notre efficacité opérationnelle afin de mieux optimiser l’emploi des ressources et de moderniser notre outil opérationnel. Nous n’avons pas le choix ; il nous faut réussir cette réforme. C’est un des enjeux majeurs des années à venir.

L’effort budgétaire s’accompagne d’une rationalisation de l’organisation et des modalités de réalisation des opérations de maintenance aéronautique. Quels sont les leviers qui permettront d’assurer la maintenance et la disponibilité opérationnelle de nos avions ?
Dès mon arrivée au poste de major général, j’ai mobilisé les équipes sur ce dossier qui m’est très cher, derrière un slogan : « Nous n’avons pas droit de perdre la bataille du maintien en condition opérationnelle». Au-delà de cette bataille, ce sont la crédibilité de notre armée de l’air, le moral et donc notre capacité opérationnelle qui sont en jeu. Nous avons lancé une grande réforme du maintien en condition opérationnelle (MCO) au sein de l’armée de l’air qui a déjà porté ses fruits. Elle nous a permis de réduire le nombre de niveaux de maintenance pour faire face, d’une part, au vieillissement d’un certain nombre d’appareils -en particulier les flottes de transport - et, d’autre part, à l’arrivée de nouveaux avions, comme le Rafale, qui offrent des concepts de maintenance simplifiée. Nous devons cette amélioration aux efforts de chacun dans les unités qui s’emploie à réaliser, parfois dans des conditions difficiles, des opérations de maintenance nécessaires pour garantir la disponibilité des appareils. Pour y parvenir, nous travaillons à différents niveaux : la politique générale du MCO par la globalisation des contrats, c’est-à-dire par le dialogue et la recherche de partenariats avec les industriels. L’industrie bénéficie ainsi d’une meilleure visibilité et les coûts de soutien sont moins élevés. Nous devons continuer à travailler sur l’évolution de la structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques du ministère de la Défense (SIMMAD). Nous avons aussi créé des structures centralisées sur les bases, les escadrons de soutien technique aéronautique (ESTA). J’ai demandé à l’inspecteur de l’armée de l’air de mener rapidement une évaluation de ces ESTA pour me proposer toute forme d’évaluation souhaitable.

La loi de programmation militaire prévoit 101 milliards d’euros de crédits d’équipement. Selon vous, ce budget est-il suffisant pour rénover une partie de notre flotte vieillissante ?
Pour sa Défense, l’État investit beaucoup d’argent. Nous devons y être particulièrement sensibles, qui plus est en cette période de crise. Globalement, les efforts prévus sont nécessaires et suffisants pour rénover notre armée de l’air au juste niveau, en cohérence avec les objectifs du Livre blanc. Nous devons cependant être très attentifs à certains facteurs externes comme l’évolution des coûts, l’impact de l’export et la réussite des programmes multinationaux comme l’A400 M.

Quelles sont vos priorités calendaires ?
Les préoccupations actuelles portent sur l’aviation de transport. Les Transall rendent des services éminents qui deviennent, du fait du vieillissement de cette flotte, de plus en plus difficiles à garantir. De même, les avions ravitailleurs, indispensables aux opérations aériennes, sont vieillissants et leur coût en main-d’œuvre et en pièces de rechanges est élevé. Pour l’aviation de combat, l’une des priorités vise à renouveler la composante nucléaire aéroportée avec une première phase portant sur le Mirage 2000N et le missile ASMP-A. La deuxième étape concernera la polyvalence du Rafale et la montée en puissance de l’escadron 1/91 « Gascogne », dès l’an prochain, avec l’acquisition d’une nouvelle capacité de dissuasion nucléaire. Par la suite, il nous faudra rénover la flotte de Mirage 2000D pour doter ces avions d’une capacité de polyvalence. Comme inscrit dans le Livre blanc, nous disposerons alors d’une flotte de combat équilibrée qui reposera à la fois sur des avions modernisés et sur des avions de dernière génération, comme le Rafale au standard F3.

Le projet de l’A400 M affiche quatre ans de retard. Le C130J est-il une solution alternative ?
Sur ce dossier, nous devons d’abord répondre à la question : comment satisfaire les contrats opérationnels ? Le Livre blanc souligne aujourd’hui que nous devons transporter plus de charge, plus loin et dans des délais légèrement supérieurs aux contrats précédents. Nous devons par ailleurs assurer l’aéromobilité des forces sur les théâtres. L’A400 M reste l’outil le plus adapté à ces missions. Notre ambition repose sur l’acquisition d’un avion capable de remplir les missions stratégiques à long rayon d’action et des missions tactiques en opérant, comme le Transall, à partir de terrains sommairement aménagés ou dans des zones soumises à la menace. Grâce aux progrès techniques, c’est désormais possible. Cet avion polyvalent s’appelle l’A400 M. Peut-on le comparer à un avion en service ? La réponse est non. Aucun avion existant ne répond aux critères opérationnels définis. L’A400 M est l’avion de transport militaire du XXIe siècle. En attendant, il convient d’étudier toutes les mesures transitoires possibles et de décider en ciblant bien les effets et en couvrant tout le panel des missions. Le C130J fait partie des options. D’autres pays l’ont déjà acquis. L’acquisition ou la location de cet avion permettrait de compenser une partie du déficit en transport tactique, capacité requise, faut-il le souligner, sur tous les théâtres d’opérations. Dans le même temps, nous tâcherons de préserver une partie de la flotte de Transall. Notre position porte également sur deux domaines : conforter la composante de cargos légers de type Casa qui viendra soulager la tâche des avions de transport tactique et permettra de pérenniser le savoir-faire tactique des équipages ; et acquérir des avions de transport stratégique de type A330 pour commencer à assurer le transport à long rayon d’action du fret.

Au-delà de vos fonctions classiques de CEMAA, quels seront vos dossiers spécifiques à traiter dès septembre ?
Le personnel de l’armée de l’air est et restera le dossier prioritaire. Nous devons répondre à ses aspirations professionnelles et personnelles, conforter ses motivations, améliorer ses compétences, recruter les meilleurs, leur donner des perspectives et les persuader que l’armée de l’air du futur sera un outil magnifique. La maîtrise des risques est un autre dossier prioritaire. Chacun doit pouvoir exercer ses responsabilités à tous les niveaux, avec un bon degré de confiance. C’est vrai pour la sécurité des vols, un domaine sur lequel nous avons mis un accent tout particulier. Nous continuons à développer un rapport de confiance, de vigilance, de contrôle, et de rigueur dans l’exécution des missions et dans toutes les activités qui présentent des risques, qu’elles soient du domaine du soutien technique ou des missions de secours à la personne. La maîtrise des risques doit faire partie de notre culture et ne souffre d’aucune approximation. Elle nous permettra de mieux remplir nos missions opérationnelles, en préservant les vies humaines et notre outil de combat.

Propos recueillis par : Cne Céline Limousin


 
Droits : Ministère de la Défense

lundi, 17 août 2009

Bernard Debré : «Il faut une loi contre la burqa»

60cac0d8-8aee-11de-92a9-9ad592778903.jpgInterview du Professeur Bernard Debré,

Député UMP de Paris.

 

 

Entretien publié dans Le Figaro, le 17 août 2009.

 

LE FIGARO. - Vous aviez poussé un coup de gueule en juillet sur le manque de vigilance vis-à-vis de la grippe A (H1N1). Que pensez-vous des mesures annoncées par le ministre de l'Éducation ?
Bernard DEBRÉ. - J'approuve le plan proposé par Luc Chatel. L'hypothèse maximaliste de ­fermer toutes les écoles est logique. Il applique le principe de précaution. J'espère qu'on n'en arrivera pas là. Maintenant fallait-il l'annoncer avec tant de tapage ? Doser la communication dans ce genre de question est toujours une difficulté. Ce qu'il faut savoir, c'est que la grippe A n'est pas dangereuse. Le nombre de victimes est d'ailleurs probablement bien supérieur aux mille cas annoncés officiellement. La grippe A est essentiellement un problème ­économique qui va considérablement pénaliser les entreprises.

Êtes-vous favorable à une loi contre la burqa ?
Il faut une loi. La burqa représente quelque chose d'inacceptable pour la femme. C'est une humiliation à la fois pour la femme et pour les passants qui voient ses filles grillagées. C'est peut-être acceptable dans les pays musulmans qui la prônent, mais certainement pas en France. Quand bien même cela ne toucherait que quelque 300 femmes, il faut légiférer. On le voit bien avec cette dernière affaire du burkini, c'est-à-dire cette femme qui s'est présentée dans une piscine municipale. Il existe des règles d'hygiène et de bienséance dans les piscines publiques qui s'appliquent partout. Et ça, ça ne se discute pas !

En tant que député de Paris, vous êtes concerné par le redécoupage électoral. Comment le jugez-vous ?
C'est un bon redécoupage. Il n'y a pas d'anomalie flagrante. Le secrétaire d'État Alain Marleix a travaillé équitablement. Les socialistes ont tort de polémiquer. En 1986, lors du précédent redécoupage, ils avaient protesté. Cela ne les a pas empêchés de gagner en 1988 et en 1997. À Paris, il y aura certes des problèmes personnels aux uns et aux autres. Mais ils seront résolus par les partis respectifs.

vendredi, 14 août 2009

Lagarde «reste sur un schéma de sortie de crise mi-2010»

29bb9362-8826-11de-bc1f-d38efe47036d.jpgInterview de Christine Lagarde,

Ministre de l'Economie, de l'Emploi et de l'Industrie.

 

 

Entretien publié dans Le Figaro, le 13 août 2009.

 

Malgré la progression surprise de 0,3% du PIB français au deuxième trimestre, Christine Lagarde reste prudente. Après les effets positifs de la prime à la casse, elle compte sur les mesures de soutien aux ménages les plus modestes et sur le restockage des entreprises pour soutenir l'économie. Elle recevra les banquiers le 24 août pour s'assurer qu'ils continuent à jouer leur rôle en matière de prêts.

 

 

LE FIGARO. Comment interprétez-vous le rebond de la croissance ?

Christine LAGARDE. Ces chiffres confortent la stratégie de notre plan de relance axé sur l'investissement. Ils témoignent aussi du succès de la prime à la casse à la fois en France mais aussi chez nos voisins qui ont imité ce système en début d'année, en particulier l'Allemagne, où nous constatons un rebond très net de nos exportations de véhicules. L'autre bonne surprise, c'est que malgré leurs achats automobiles les Français ont continué à consommer des services. C'est l'un des effets positifs du ralentissement de l'inflation en début d'année, qui a conforté leur pouvoir d'achat.

Quel sera le profil de l'activité dans les prochains mois ?

L'effet de la prime à la casse devrait commencer à s'estomper. Au troisième trimestre, nous devrions tirer profit d'une autre mesure du plan de relance, en faveur du revenu disponible des 6 millions de ménages les plus modestes: la suppression d'un deuxième tiers de l'impôt sur le revenu pour la première tranche de ménages imposables aura permis d'injecter 1 milliard d'euros directement dans la consommation. L'autre soutien à l'activité devrait provenir des stocks. Au premier semestre, le déstockage massif des entreprises face à la crise a mécaniquement beaucoup pesé sur la croissance. Désormais, leurs stocks ont, en moyenne, rejoint un niveau normal, ce qui est a priori davantage favorable à la production pour les prochains mois. J'observe d'ailleurs que depuis quelques semaines des chaînes de montage qui avaient été arrêtées sont en train de redémarrer.

Maintenez-vous vos prévisions d'un recul du PIB compris entre 2,5 et 3% sur l'ensemble de l'année et d'une hausse de 0,5% en 2010 ?

Je me félicite du chiffre publié jeudi matin par l'Insee car il est concret, tangible et récompense nos efforts. Il y a six semaines, personne n'aurait parié dessus. Mais il doit nous inciter à rester prudents pour la suite. Nous sommes clairement en phase de stabilisation. Pour autant, il est trop tôt pour réviser nos prévisions. Je reste sur un schéma de sortie de crise définitive mi-2010. Maintenant, si nous redémarrons avant, tant mieux! Le point clef consiste désormais à assurer une relance de l'investissement privé, qui est toujours très déprimé. Pour inciter les entreprises à réinvestir, je fonde beaucoup d'espoir sur la suppression de la taxe professionnelle. C'est le projet majeur que je défendrai cet automne dans le cadre du projet de loi de finances pour 2010. Nous devons aller jusqu'au bout.

Le succès de la prime à la casse ne rend-il pas difficile sa suppression en fin d'année, comme l'ont évoqué certains au gouvernement ?

Effectivement, ce qui s'est passé au deuxième trimestre doit nous conduire à faire évoluer notre réflexion sur le sujet. Nous devons tirer les enseignements de la balladurette et de la juppette: arrêter brutalement ce système serait dangereux. Il faut organiser une sortie progressive, en sifflet.

Une reprise de l'activité ne peut s'opérer sans le soutien des banques aux entreprises. Qu'allez-vous faire dans ce domaine ?

Il ne faut pas relâcher la pression sur les banques. C'est le sens de la réunion qui s'est tenue à Matignon la semaine dernière et de la convocation qu'a adressée le président de la République aux dirigeants des grandes banques françaises pour le 25 août. De mon côté, je les recevrai la veille, le 24 août, à Bercy, pour préparer techniquement la réunion de l'Élysée. Deux sujets doivent être menés de front: le financement de l'économie et la question des rémunérations variables. Au sujet des prêts, si les hauts dirigeants de banques promettent de continuer à en distribuer, il est important que ce message soit relayé en interne jusqu'aux responsables crédits des agences locales. Ce sont eux qui accordent ou non des prêts aux clients. Il faut les sensibiliser.

Quelles sont les perspectives pour l'emploi ?

Le chômage est toujours notre préoccupation essentielle. La dégradation du marché du travail au deuxième trimestre semble avoir été moins importante qu'au début de l'année, mais les pertes d'emploi sur l'ensemble de l'année seront sensibles. Tant que les entreprises ne recommenceront pas à investir, elles ne créeront pas suffisamment d'emplois. Il ne faut pas s'attendre à des miracles à court terme: les chefs d'entreprise vont attendre de voir comment évolue la situation avant de se lancer dans de nouveaux projets. En attendant, cela justifie l'accélération de nos mesures pour l'emploi, comme l'extension du contrat de transition professionnel dans quarante zones, la mise en place des nouvelles indemnisations du chômage partiel ou encore la réforme de la formation professionnelle.

 

Propos recueillis par Cyrille Lachèvre pour Le Figaro.

jeudi, 06 août 2009

Jean-Louis Debré, le romancier du Palais-Royal.

180481-jean-louis-debre-jouera-son-propre-637x0-3.jpgPortrait de Jean-Louis Debré,

Président du Conseil constitutionnel.

 

Rédigé par Sophie Huet et publié dans Le Figaro, le 04 août 2009.

 

 

Meurtre à l'Assemblée nationale. C'est le thème du prochain roman policier de Jean-Louis Debré, qui puise dans ses souvenirs d'ancien juge d'instruction et d'ancien président de l'Assemblée pour nourrir son imaginaire. Le président du Conseil constitutionnel, qui se fait un devoir de recevoir lui-même les visiteurs du Palais-Royal, a toujours eu le tropisme de l'écriture. C'est une passion qui lui prend de plus en plus de temps. Et lui procure un véritable plaisir. En exécutant lui-même ses commissions rogatoires, ou en instruisant les affaires de terrorisme, à l'époque des Brigades rouges, de la bande à Baader, de Carlos, de la bombe dans le Capitole pour Toulouse ou de celle de la rue Marbeuf, Jean-Louis Debré a trouvé l'humus de ses récits, dont il décrit les personnages à la loupe.

L'écrivain Jean-Louis Debré complète le constitutionnaliste, et permet au fils de Michel Debré, qui a porté sur les fonts baptismaux la Constitution de la Ve République, de s'échapper du droit pour mieux traquer le monde réel. «J'ai grandi dans un monde très aseptisé, favorisé, protégé et, en devenant magistrat, j'ai découvert tout d'un coup le Paris de la nuit, dans toute sa violence, sa brutalité, le monde des voyous», raconte Jean-Louis Debré, qui a été substitut du procureur de la République à Évry, chargé des mineurs entre 1975 et 1977, puis juge d'instruction pendant onze ans. «Je ne connaissais la délinquance qu'à travers Conan Doyle, Arsène Lupin et le commissaire Maigret, c'était très sympa et ça se terminait bien. Mais la réalité est tout autre. Je me souviendrai toute ma vie du “grand Maurice”, l'un des plus grands receleurs d'objets volés, ou de cette jeune fille superbe, morte d'une overdose sur le macadam parisien», raconte-t-il.

Dans son bureau ensoleillé qui donne sur les jardins du Palais-Royal, le président du Conseil constitutionnel égrène des anecdotes qu'il savoure en les racontant. Marqué par une phrase de Talleyrand, «La politique est un étang où les brochets font courir les carpes», qui signifie que le vrai pouvoir est aussi exercé par les hommes de l'ombre, Debré en a fait un roman. Il explique que lorsqu'il était maire d'Évreux, il avait été amené à distribuer des prix à l'occasion d'un concours de pêche. «Et là, j'ai reçu une leçon. Un pêcheur m'a dit : “On voit que vous ne connaissez pas la pêche. Car les poissons ne courent pas !”» Son roman policier Quand les brochets font courir les carpes (Fayard) a quand même fait un tabac, et se vend maintenant en Livre de poche. L'intrigue, ce n'est pas un hasard, conduit dans les jardins du Palais-Royal, où Debré a aussi sa résidence personnelle.

Passionné d'histoire, l'ancien ministre de l'Intérieur s'est aussi intéressé aux Oubliés de la République, selon le titre d'un ouvrage qu'il a publié en janvier 2008 et dont il prépare une suite, tant il a trouvé matière à de nouveaux récits de Français exemplaires dans leur domaine. Madeleine Brès par exemple, la première femme médecin en France qui a ouvert la voie à sa grand-mère, Jeanne Debré. L'épouse du professeur Robert Debré a été l'une des premières femmes internes des hôpitaux de Paris grâce au combat singulier de Madeleine Brès. Dans l'hémicycle de l'Assemblée, un député de la Gironde, le comte Henri du Perier de Larsan, s'est prononcé sans succès contre l'accès des femmes au barreau en lançant cette formule : «Quand la femme veut faire l'homme, elle s'en acquitte aussi mal que quand l'homme veut faire la femme.» Autre «perle» du même orateur, soigneusement notée par Debré : «Vous aurez beau être niveleur, vous ne nivellerez jamais un sexe !»

Quarante et un salons du livre

L'ami intime de Jacques Chirac, qui a trop de respect pour l'ancien chef de l'État pour lui consacrer un livre, a aussi voulu rendre hommage au premier député noir de l'Assemblée, Blaise Diagne, qui fut maire de Dakar, ou encore à Léopold Goirand, qui a mis quatorze ans à faire adopter une proposition de loi, le 13 juillet 1907, pour permettre aux femmes mariées de disposer librement de leur rémunération.

Jean-Louis Debré a participé à quarante et un salons du livre pour dédicacer ses quatorze ouvrages. Un mélange savamment distillé d'ouvrages sérieux - comme La Justice au XIXe siècle, Le gaullisme n'est pas une nostalgie ou son dernier ouvrage, Les Dynasties républicaines, paru cette année chez Fayard - et de romans policiers comme Le Curieux, dans lequel il mettait en scène, sans malice, affirme-t-il, une prostituée nommée Josiane Baladur avec un seul «l», ou encore Pièges.

Jean-Louis Debré a une autre passion : le vélo. Vingt-cinq kilomètres dans Paris chaque jour en moyenne, avec sa fille Marie-Victoire, son fils Charles et une poignée d'amis. Au programme : la découverte de monuments oubliés de la capitale. Et, à la clé, un petit bistrot pour le plaisir de ne pas arpenter les grands établissements. Il déteste les endroits à la mode, où il faut être vu.

lundi, 03 août 2009

Kouchner : «Nous devons bâtir la paix avec les Afghans»

8791d248-7f8f-11de-9db5-e2a832491df4.jpgEntretien avec Bernard Kouchner, Ministre des Affaires Etrangères et Européennes.

 

Interview publiée dans Le Figaro,

le 03 août 2009.

 

LE FIGARO. - Que pensez-vous du rapport britannique publié dimanche qui déplore l'absence d'une «vision et d'une stratégie cohérentes basées sur les réalités de l'histoireet de la culture afghanes» ?

Bernard KOUCHNER. - Tout d'abord, je voudrai saluer le courage et le professionnalisme des soldats français. L'histoire de l'Afghanistan, je la con­nais bien. J'ai fréquenté l'Afghanistan pendant sept ans, plusieurs mois par an, en tant que médecin. Bien sûr qu'il faut se demander quels buts nous poursuivons et quels sont les résultats. Après les attentats du 11 septembre 2001, l'objectif était de lutter contre al-Qaida. Puis la communauté internationale s'est engagée à défendre l'existence d'un gouvernement démocratique. Même si les pratiques en Afghanistan ne sont pas toujours celles de la démocratie occidentale.

Nous n'allons pas imposer la paix, mais nous pouvons créer les conditions pour y parvenir. Pour cela, il nous faut être en phase avec la population. C'est notre stratégie, et j'ai pu moi-même constater qu'à Kapissa (zone sous commandement français, NDLR) cette collaboration avec les civils est devenue une réalité. Cette région est très pauvre. Nous avons contribué par exemple à la construction de hangars pour stocker les grains de grenade, seule richesse locale, et les vendre ainsi à un meilleur prix. Nous avons lancé également des projets médicaux, scolaires … La paix, nous voulons la construire avec les Afghans, je dirais même sous la direction des Afghans. Cela, évidemment, ne plaît pas aux talibans, mais c'est ainsi que nous devons agir si nous voulons instaurer la confiance.

Les Américains partagent-ils ce point de vue ?

Les Américains ont changé de stratégie depuis l'arrivée d'Obama. Ils ont compris que si on ne convainc pas la population, c'est perdu d'avance.

Certains experts estiment que la paix ne sera possible qu'en dialoguant avec les talibans.

Bien entendu qu'il faut négocier avec les talibans. En tout cas, avec ceux qui sont prêts à déposer les armes et à dialoguer. Mais ce n'est pas à nous de le faire, c'est un sujet qui relève de la responsabilité des autorités afghanes élues. Pour le moment, la seule tentative de négociations, ap­puyée par le président Karzaï, a eu lieu en Arabie saoudite sous la houlette du prince Saqri. Certains ont tenté localement de prendre contact avec les talibans pour diverses raisons, militaires, d'organisation locale. Il faut surtout une attitude coordonnée des alliés et il faut que les conditions soient réunie. C'est une opération des Nations unies, il ne faut pas l'oublier. Rien ne serait pire que de négocier chacun de son côté.

Pourquoi ces contacts n'ont-ils pas abouti ?

Parce que les talibans ne veulent pas la paix. Ou plus exactement, il y a deux sortes de talibans. Il y a ceux qui pourraient être intégrés dans un gouvernement légal, et le président Karzaï s'est déjà dit prêt à les accueillir à Kaboul dès qu'ils voudront négocier. C'est avec les talibans qui auraient le goût et surtout le respect d'un certain nombre de règles que la paix sera possible. À terme, c'est avec eux que le futur président fera la paix. Et puis il y a les partisans du djihad global. Ceux-là se refusent à négocier.

Dans ces conditions, quelle crédibilité accorder à la présidentielle du 20 août prochain ?

Si les Afghans parviennent à voter de la façon la plus régulière possible, ce sera un gros échec pour les talibans. Maintenant, il faut se demander comment procédera le futur gouvernement. La Constitution afghane ne prévoit pas de premier ministre. Il y a des propositions pour que les quatre départements ministériels les plus conséquents - l'armée, l'économie, l'éducation, la santé - soient administrés par un superministre ou un coordinateur, ce qui nous permettrait de suivre les efforts entrepris. Pour le moment, on sait par où ne passe pas l'argent, c'est-à-dire qu'il en arrive encore trop peu à la population et c'est cela que nous nous employons collectivement à corriger.

 

Propos recueillis par Arielle Thedrel

dimanche, 02 août 2009

Michèle Alliot-Marie, de la Sorbonne à l'Assemblée.

19530a08-7dfb-11de-9a52-852692d9d895.jpgPortrait de Michèle Alliot-Marie,

Ministre d'Etat, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice

Article de Guillaume Tabard, publié dans Le Figaro, le 31 juillet 2009.

 

À son arrivée place Vendôme, au ministère de la Justice, ce fut une belle surprise. Presque une consolation d'avoir dû quitter le ministère de l'Intérieur où elle aurait aimé «achever les réformes engagées». Sur son bureau, Michèle Alliot-Marie a trouvé un recueil des œuvres de Jean Carbonnier, l'une des grandes figures du droit dont la nouvelle garde des Sceaux a toujours eu la passion et auquel elle a failli consacrer sa carrière professionnelle.

Mort il y a cinq ans, Carbonnier fut l'auteur d'un considérable traité de droit civil, dont la parution s'est étalée sur un demi-siècle et qui fait toujours référence. Il fut aussi ce qu'on appelle un «jurislateur», c'est-à-dire un juriste qui ne se contente pas de réfléchir au droit de manière théorique mais en tire des applications concrètes à travers la rédaction d'avant-projets de loi. Tutelle, filiation, divorce, adoption…, Jean Carbonnier est ainsi à l'origine des principales réformes du droit de la famille des années 1960 et 1970.

«Jurislateur» : le mot correspond bien à MAM qui, sans l'avoir vraiment désiré, réunifie enfin sa passion première du droit et son engagement en politique. Ce fut un long détour. «Si je n'avais pas fait de politique, j'aurais sans aucun doute continué à faire ce que j'avais commencé : enseigner le droit.»

À la Sorbonne et à Assas, devenue Paris-I et Paris-II, Michèle Alliot-Marie étrenne la nouvelle université issue, au lendemain de mai 1968, de la réforme d'Edgar Faure, dont elle deviendra la collaboratrice quelques années plus tard. Titulaire d'un DESS de droit privé, de sciences politique et d'histoire du droit, elle devient docteur en droit en 1973 et enchaîne les thèses. La première sur le «salarié actionnaire», aux accents proches des plaidoyers gaullistes pour la participation ; la seconde sur «les décisions politiques et les structures administratives» Bref, MAM a tout pour se lancer dans une carrière universitaire classique. Ce qu'elle fait d'ailleurs durant près de quinze ans comme assistante à la faculté de droit et de sciences économiques de la Sorbonne Paris-I. «J'ai toujours beaucoup aimé enseigner. Le contact avec les étudiants, la volonté de transmettre des connaissances ou des convictions, le plaisir de parler devant un amphi ont toujours été très importants pour moi», dit-elle avec un brin de nostalgie, tout en constatant qu'«après tout, parler dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale devant des députés ou dans un gymnase devant des militants, ça y ressemble beaucoup».

Mais même entrée en politique - elle est devenue députée et ministre en 1996 -, MAM a gardé du temps pour cette carrière mise en partie sous le boisseau. Jusqu'à la veille de son retour au gouvernement, elle a continué à diriger des thèses d'étudiants. Ou encore à aider à la rédaction de Constitutions pour des pays étrangers, notamment africains, telle celle des Comores, devenues indépendantes en 1975. «Je suis ainsi la seule femme à avoir rédigé la Constitution d'une République islamique», dit-elle. Qui sait qu'elle est de ce fait commandeur de l'Étoile d'Anjouan des Comores ? Ou encore commandeur de l'Étoile équatoriale du Gabon ? Abdou Diouf lui avait également demandé de rédiger la Constitution d'une «Sénégambie», projet de fusion entre le Sénégal et la Gambie qui n'a jamais vu le jour.

 

« Une vraie passion pour la céramique grecque ou romaine»

 

Juriste, Michèle Alliot-Marie aurait pu aussi être ethnologue, si elle n'avait pas fait de politique. «Comprendre les autres sociétés, les plus éloignées dans le temps ou dans l'espace, c'est aussi une manière de comprendre notre propre société», résume cette titulaire d'une maîtrise d'ethnologie qui a bénéficié des derniers cours d'André Leroi-Gourhan, le plus grand ethnologue français, spécialiste de la préhistoire. «Aujourd'hui encore, je ne peux pas visiter un pays simplement en touriste. Je veux comprendre comment vivent les gens», assure l'ancienne ministre de la Défense qui se souvient des longs moments passés avec les femmes des villages afghans, en marge de ses visites aux soldats français.

Mais son vrai jardin secret, MAM va le retrouver dans quelques jours, lors d'une escapade furtive de vingt-quatre heures en Tunisie, à la limite de la frontière algérienne. Sur un site archéologique. Cette passion de l'archéologie est la moins connue, mais la plus tenace de la ministre de la Justice. «Je n'en aurais sans doute pas fait mon métier, mais j'ai une vraie passion pour la céramique grecque ou romaine.» Elle confie son plaisir à fureter sur des sites, «petit pinceau en main». Voilà trente ans qu'elle s'échappe chaque année sur un site en Grèce, en Turquie ou en Libye, comme à Leptis Magna, sous la houlette du célèbre archéologue André Laronde. Mais la passion de l'antiquité gréco-romaine n'est-elle pas un moyen de puiser aux sources de la vie politique, sa vraie passion, finalement.

samedi, 01 août 2009

Nouveau départ pour la non-prolifération.

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Par Mohamed El Baradei,

Directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)

 

Tribune publiée dans Le Figaro, le 01 août 2009.

 

Barack Obama a donné une nouvelle impulsion aux tentatives de désarmement nucléaire qui étaient au point mort depuis une dizaine d'années. Il a embrassé la vision d'un monde sans armes nucléaires et reconnu le lien entre non-prolifération et désarmement des États dotés de l'arme atomique. Obama s'est engagé à revitaliser un régime vacillant de non-prolifération, dont le traité de non-prolifération (TNP) des armes nucléaires de 1970 est la pierre angulaire. Il n'est pas difficile d'identifier les problèmes majeurs.

Premièrement, les cinq grands États nucléaires n'ont pas pris au sérieux l'obligation de mesures de désarmement souscrite avec le TNP. Ensuite, comme la Corée du Nord, rien n'empêche les pays signataires de simplement déclarer que des « événements extraordinaires » ont mis en péril leurs intérêts suprêmes pour se retirer. Troisièmement, l'Agence internationale de l'énergie atomique, censée contrôler le système de non-prolifération, dispose de si peu de fonds que pour savoir si tel ou tel pays poursuit ou non un programme clandestin, ses inspecteurs ont les mains liées : soit ils n'ont pas l'autorité légale pour accéder aux lieux qu'ils jugent bon d'examiner, soit ils ne disposent pas des moyens techniques suffisants (laboratoires d'analyse ou imagerie satellite).

Par ailleurs, les contrôles des exportations n'ont pas réussi à empêcher la diffusion d'une technologie nucléaire sensible, notamment à cause des activités très élaborées de réseaux clandestins comme celui dirigé par le scientifique pakistanais A.Q. Khan. Neuf pays disposent déjà d'armes nucléaires ; il serait naïf de supposer que d'autres, en particulier dans les régions de conflits, ne tenteront pas de s'en procurer. Certains pourraient fabriquer des armes nucléaires en quelques mois ; ils maîtrisent déjà les techniques de base d'enrichissement de l'uranium et de retraitement du plutonium. Ce pourrait être le talon d'Achille de la non-prolifération.

Enfin, la communauté internationale a souvent été paralysée et inefficace pour réagir aux cas suspects de prolifération. Ces difficultés ne pourront être surmontées du jour au lendemain. Les États-Unis et la Russie ont entamé des négociations sur d'importantes réductions de leurs arsenaux nucléaires, qui représentent 95 % des 27 000 ogives nucléaires de la planète. Parmi les autres mesures qu'il conviendrait de prendre, citons l'entrée en vigueur du traité d'interdiction complète des essais nucléaires, la négociation d'un traité vérifiable pour mettre fin à la production de matériel fissile destiné à l'armement, et l'amélioration de la sécurité de matériaux nucléaires et radioactifs, pour empêcher ces derniers de tomber entre les mains de terroristes, et la consolidation de l'AIEA.

J'ai proposé au Conseil des gouverneurs de l'AIEA de créer une banque d'uranium faiblement enrichi utilisable par les pays qui ont besoin de combustible nucléaire et ne pouvant être utilisé pour construire des armes, qu'utiliseront en dernier ressort les pays rencontrant des difficultés d'approvisionnement pour des raisons non commerciales. Cette première étape devra être suivie d'un accord faisant passer l'ensemble des activités d'enrichissement et de retraitement du contrôle national au contrôle exclusivement multinational. Il y a soixante ans, nous manquions l'occasion de placer le cycle du combustible nucléaire sous contrôle multinational à cause de la guerre froide. Aujourd'hui, compte tenu des risques croissants de terrorisme nucléaire, nous n'avons pas le droit à l'erreur.

(Traduit de l'anglais par Magali Adams) © Project Syndicate.

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