mercredi, 29 avril 2009
Votons vraiment pour l'Europe le 7 juin !
par Gérard Larcher
Cela fait trente ans que le Parlement européen est élu au suffrage universel direct. En près d'un tiers de siècle, son rôle a fondamentalement changé : en 1979, il était essentiellement consultatif ; aujourd'hui, il est l'institution-clé de l'Union européenne.
Pourtant, en France, les électeurs ne semblent pas avoir perçu cette évolution. L'élection européenne paraît, pour nombre d'entre eux, un scrutin sans grande conséquence.
Au mieux, il leur permet de punir le gouvernement en place, voire de se défouler en votant pour des partis extrêmes. Au pire, pour beaucoup d'autres, c'est un scrutin sans enjeu qui ne mérite pas qu'on s'y intéresse : lors des élections de 2004, moins de la moitié des électeurs avaient jugé utile de se déplacer.
Est-ce raisonnable que les citoyens français se privent du droit qui leur est donné d'agir sur la marche de l'Europe ? Nous ne le croyons pas.
Ceux qui critiquent la Commission européenne doivent savoir qu'elle agit sous le contrôle du Parlement européen. Celui-ci investit le président de la Commission, auditionne chacun des commissaires pressentis, puis investit l'ensemble du collège des commissaires ; il peut à tout moment renverser la Commission.
Et ces pouvoirs ne sont pas théoriques. En 2004, le Parlement européen a récusé deux commissaires pressentis. En 1999, il a provoqué la chute de la Commission présidée par Jacques Santer. Est-il cohérent de se plaindre, comme on aime à le faire dans notre pays, d'une Commission européenne trop "lointaine", trop "bureaucratique" et de se désintéresser en même temps des élections européennes, qui donnent aux citoyens le moyen de la contrôler par l'intermédiaire de leurs représentants ?
Ceux qui critiquent la législation européenne ou le budget européen doivent savoir que, depuis les changements apportés par les traités de Maastricht, d'Amsterdam et de Nice, aucune décision essentielle en Europe ne peut être prise sans l'accord du Parlement européen. Avec le traité de Lisbonne, ce pouvoir de codécision ne connaîtra pratiquement plus d'exceptions. Qu'on se souvienne, par exemple, de la "directive Bolkestein", qui a été si souvent mise en avant lors du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel : si ce texte a cessé de susciter la controverse, c'est parce qu'il a été complètement réécrit par le Parlement européen, qui a pris en compte les inquiétudes qui s'étaient exprimées. Là également, est-il cohérent de se plaindre de la "législation imposée par Bruxelles", et de rester chez soi quand il s'agit de choisir ceux qui la font ?
La construction européenne demeure la grande affaire politique de notre temps. C'est elle qui permet aux pays qui constituent l'Union européenne d'avoir, ensemble, un poids dans un monde de géants.
Et qu'on ne dise pas que l'Europe est incapable d'utiliser ce poids : durant la présidence française, l'Union a montré qu'elle était capable d'être réactive et d'avoir un grand rôle dans la concertation mondiale pour lutter contre la crise financière et économique. Grâce à la construction européenne, nos pays qui, après deux guerres mondiales, avaient cessé d'être des acteurs de l'histoire, sont en train de reconstituer, ensemble, un pôle d'influence. N'est-ce pas un débat majeur que de savoir dans quel sens cette influence va s'exercer ?
Le choix des députés européens est un des plus importants de ceux que doivent faire les citoyens. Céder à la tentation du vote protestataire, c'est prendre le risque que l'influence des représentants français soit réduite à presque rien ! Au sein du Parlement européen, l'extrême gauche comme l'extrême droite sont là pour entretenir une agitation purement négative : ce n'est pas sur elles qu'on peut compter lorsque les intérêts et les valeurs de notre pays sont en jeu.
Or le Parlement européen, qui sera élu le 7 juin, aura à se prononcer sur ces questions essentielles : faut-il conserver une politique agricole commune ? L'Europe doit-elle se doter d'une politique industrielle ? Faut-il aller plus loin dans la libéralisation ou mettre en place de nouvelles régulations du commerce mondial ? Comment réorienter nos économies et nos sociétés vers le développement durable ? Faut-il aller vers plus d'harmonisation sociale en Europe ?
Lorsque ces questions capitales seront abordées, ne serait-il pas consternant que la plupart de nos représentants incarnent un folklore politique dérisoire au lieu d'être des élus responsables, capables de peser sur l'issue des débats ?
La construction européenne est une affaire sérieuse. Nous avons besoin de députés européens - qu'ils soient de droite, de gauche ou du centre - se reconnaissant dans les valeurs européennes et décidés à agir efficacement pour sortir l'Europe d'une crise économique et sociale sans précédent.
C'est dans la construction européenne que se joue une part déterminante de notre avenir. Il est temps que tous ceux qui en sont conscients s'emparent du scrutin du 7 juin pour participer au choix de cet avenir. Il faut se saisir de ce scrutin comme d'une chance !
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mardi, 28 avril 2009
L'Union pour la Méditerranée: une opportunité historique.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 28 avril 2009.
A l'occasion des réunions internationales consacrées à la crise mondiale, nous exprimons notre conviction que la Méditerranée peut être une source de croissance durable pour l'économie mondiale, un nouveau modèle de développement et de relations internationales.
Certes, la guerre à Gaza a plongé l'opinion publique mondiale dans la stupéfaction et le pessimisme. Elle a remis sur le devant de la scène cette image négative d'une Méditerranée source de problèmes pour l'ensemble du monde. Nous pensons qu'il y a erreur ! La Méditerranée peut être une chance !
Au-delà de conflits qui, pour être très douloureux, relèvent d'un passé qu'il faudra solder, le Bassin méditerranéen redevient un des carrefours stratégiques des échanges mondiaux. Il est la porte de l'Europe, avec un énorme potentiel de croissance : le sud et l'est de la Méditerranée, ainsi que l'Afrique subsaharienne.
Pour le grand dessein régional qui associe l'Europe à la Méditerranée puis plus tard à l'Afrique, l'Asie orientale a montré la voie : elle a su construire des relations internationales sur un modèle nouveau, dépassant les approches classiques d'échanges Nord-Sud fondés sur la domination, la délocalisation et le partage inégal. Les pays d'Asie de l'Est ont construit un espace commun fondé sur une économie productive, partageant de plus en plus la valeur ajoutée. Ils jouent au maximum des trois composantes des nouvelles relations internationales : la proximité géographique, la complémentarité, et les solidarités de fait - notamment environnementales.
La crise annonce une mutation fondamentale de l'économie mondiale et de la globalisation jusqu'ici sans régulation sérieuse, donc de nouveaux rapports sociaux et politiques. Cette mutation s'effectue selon trois axes : une économie fondée sur la production de valeurs dans l'économie réelle et non virtuelle ; une croissance économe des matières premières, promouvant de nouvelles activités durables et de nouveaux modes de consommation ; une géographie renouvelée par les solidarités de proximité, en lieu et place de la distinction obsolète entre Nord et Sud.
L'Union pour la Méditerranée doit être relue dans ce nouveau contexte qui appelle instamment à la redéfinition des relations entre les pays européens et les pays des rives sud et est. Tout ce qui manque à la rive nord, le dynamisme démographique, les marchés, l'énergie, on le trouve à quelques centaines de kilomètres au sud ; réciproquement tout ce qui manque au sud, notamment la technologie, l'organisation, et le cadre favorable à l'investissement et la productivité, on le trouve sur la rive nord.
Au-delà de ces nouvelles relations économiques, le Bassin méditerranéen peut être un laboratoire du nouveau modèle de développement, valorisant la diversité de ses civilisations, faisant face ensemble au terrible défi climatique de la région, inventant l'énergie de demain. Les besoins de rattrapage de la rive sud mais aussi ses potentialités sont tels qu'ils sont une occasion exceptionnelle pour l'essor d'industries nouvelles, de nouveaux comportements de consommation requis par la rareté des ressources et le danger climatique. Il est de l'intérêt du monde de voir cette Union se structurer sur ces bases nouvelles.
Nous sommes conscients que de nombreux obstacles se dressent sur ce chemin. En particulier, nous jugeons indispensable que l'Union européenne soutienne de manière plus décisive l'initiative arabe de paix au Proche-Orient. L'Europe se doit également d'aider la nouvelle administration américaine dans ses efforts pour trouver une solution juste au conflit entre Israéliens et Palestiniens en exigeant le respect par l'Etat d'Israël du droit humanitaire, des résolutions des Nations unies sur le conflit et des conventions de Genève.
Les mutations en cours commandent de mettre en oeuvre les projets qui se multiplient en Méditerranée dans le domaine de l'eau, de la dépollution, de l'énergie et notamment de l'énergie solaire, du transport, des technologies numériques, de la formation, de la santé, des mobilités circulaires. Cela passe prioritairement par la construction d'un espace financier intégré qui assure aux pays du sud et de l'est de la Méditerranée le flot des ressources et d'investissements nécessaires à une véritable convergence économique accélérée des deux rives, ainsi qu'un traité international qui sécurise les investissements et les transactions financières, et débouche sur une cour arbitrale euroméditerranéenne.
Notre appel est double :
- Aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne, nous disons qu'ils ont une opportunité historique : avec le renouvellement de leur Parlement, de leur Commission, de leur budget et de leur gouvernance, ils doivent avoir pour objectif de mettre en place une ambitieuse politique méditerranéenne commune.
- Aux chefs d'Etat des rives sud et est, nous disons qu'ils doivent être les acteurs de cette Union pour la Méditerranée.
Il s'adresse aussi aux chefs d'entreprise des deux rives de la Méditerranée pour qu'ils intègrent leurs projets de développement dans ce nouvel espace.
La croissance de cette région, son avenir et sa place internationale en dépendent. Le monde en a besoin.
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Les signataires sont tous membres du comité de parrainage politique de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen, l'IPEMed :
André Azoulay, président de la fondation Anna-Lindh (Maroc) ;
Emma Bonino, vice-présidente du Sénat (Italie) ;
Georges Corm, ancien ministre des finances (Liban) ;
Kemal Dervis, ancien ministre des affaires économiques et des finances (Turquie) ;
Felipe Gonzalez, ancien président de gouvernement (Espagne) ;
Elisabeth Guigou, députée, ancienne ministre (France) ;
Abderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la Banque centrale (Algérie) ;
Mouloud Hamrouche, ancien chef de gouvernement (Algérie) ;
Alain Juppé, ancien premier ministre (France) ;
Fathallah Oualalou, ancien ministre des finances (Maroc) ;
Josep Piqué, ancien ministre des affaires étrangères (Espagne) ;
Romano Prodi, ancien président du conseil, ancien président de la Commission européenne (Italie) ;
Panagiotis Roumeliotis, ancien ministre de l'économie et des finances (Grèce) ;
Ismaël Serageldin, ancien vice-président de la Banque mondiale (Egypte) ;
Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères (France).
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mardi, 21 avril 2009
Obsèques de Maurice Druon.
J'ai assisté hier après-midi, en compagnie de mon amie Marthe Mercadier, aux obsèques de Maurice Druon, en la Cathédrale Saint-Louis des Invalides.
La cérémonie religieuse et les honneurs militaires, présidés par le chef de l'Etat, étaient remplis d'émotion lorsque Le Chant des partisans, qu'il avait rédigé il y a 63 ans avec son oncle Joseph Kessel, retentit dans la cour des Invalides pour son dernier voyage.
De nombreux académiciens étaient venus rendre un dernier hommage à leur collègue, doyen d'élection de la célèbre compagnie du quai Conti.
Adieu Monsieur le Secrétaire perpétuel !
NCL
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lundi, 20 avril 2009
Maurice Druon, toute une vie pour l'Académie.
Par Hélène Carrère d'Encausse.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 20 avril 2009.
Le secrétaire perpétuel de l'Académie française Hélène Carrère d'Encausse rend hommage à l'écrivain disparu, dont les obsèques sont célébrées lundi aux Invalides.
Dans la vie protéiforme de Maurice Druon, un personnage domine les autres, en parcourt pratiquement tous les moments, c'est l'académicien.
Élu à l'Académie française en 1966 à quarante-huit ans, il en fut membre pendant quarante-quatre ans, ce qui est à peu de chose près la moitié de son existence, et aussi longtemps que Victor Hugo. Cette longévité académique qui, à l'heure de sa mort et depuis la disparition de son ami Henri Troyat en faisait le doyen d'élection de la Compagnie, était déjà remarquable. Mais en réalité la vie d'immortel de Maurice Druon avait commencé bien plus tôt. Il n'avait que dix ans quand il décida - Pasteur Vallery-Radot le rappela en le recevant sous la Coupole - qu'il serait académicien. Et dans un de ses premiers romans, Les Grandes Familles, qui lui valut le prix Goncourt à l'âge de trente ans, il met en scène un académicien et un candidat dont il décrit les manœuvres adaptées aux arcanes d'une institution que de toute évidence il connaît déjà parfaitement. Rien d'étonnant s'il est élu sans mal à sa première tentative. C'est pourquoi sa vie académique qui combine le temps virtuel et le temps réel s'étend sur huit décennies et là, il pulvérise tous les records, loin devant le maréchal de Richelieu (soixante-huit ans) et Fontenelle (soixante-six ans). On pourra sourire de ce mode de calcul d'une vie académique, de ce que fut en réalité la Compagnie pour Maurice Druon : la constante de toute sa vie et la volonté passionnée de s'inscrire dans sa longue durée et de la servir jusqu'à sa dernière heure.
Passionné d'histoire - ses fresques comme celles d'Alexandre Dumas, hautes en couleur, apprirent aux Français leur passé -, Maurice Druon était fasciné par la singularité de l'Académie ; « plus ancienne assemblée d'Europe après la Chambre des lords et l'Académie florentine », se plut-il à souligner dans son discours de remerciement sous la Coupole. Il en avait compris toutes les implications. Une Compagnie unique, se recrutant librement et ayant une dignité reconnue dans l'État. Compagnie chargée de veiller à la langue dont François Ier avait précisé en 1539 la place dans la vie du pays, « souveraine en matière de langage, c'est-à-dire au bout du compte, dira Maurice Druon, en matière de civilisation ». La force de cette Compagnie, sa capacité à résister au temps et aux coups du sort, même à la suppression décidée par la Convention en août 1793, tout tient, il le savait, à ses principes d'organisation, proches de ceux des institutions anglaises qu'il admirait tant pour leur esprit de liberté. Un règlement bref mais des coutumes longues, subtiles, fondées sur l'usage ; guère de pouvoir mais une autorité morale et une propension constante à chercher un équilibre entre tradition et progrès. C'est cette compréhension profonde du sens de l'institution, cette volonté passionnée de contribuer à le maintenir et à le transmettre qui expliquent le rôle particulier et considérable qui y aura joué Maurice Druon. De même que l'enfant rêva très tôt de l'Académie, de même le lycéen s'identifia-t-il d'emblée à la langue française où il atteignit toujours une certaine perfection. Peut-être cette passion précoce pour la langue est-elle liée à la diversité de ses origines. Ses ancêtres étaient venus du Brésil, de Flandre, de l'Oural et du Narbonnais. La langue dont d'emblée il eut une maîtrise incomparable lui conféra l'identité à laquelle il aspirait. Pour lui la langue et la France s'unirent dans une même et constante passion.
Faut-il s'étonner que l'Académie ait d'abord été pour lui le lieu privilégié du combat pour faire vivre la langue ; non pour la conserver pieusement telle une relique, mais pour en assurer l'évolution harmonieuse en accord avec celle de son pays et des esprits. On lui imputa, à tort, une conception immobiliste de la langue, parce qu'il combattit la féminisation des titres et des fonctions décidée par le pouvoir exécutif. Mais ce que Maurice Druon récusait ainsi, c'est l'alignement forcé de la langue sur l'évolution des idées et des mœurs, au nom de règles simples - le caractère invariable de la fonction, mais non des métiers -, et surtout de la certitude que le bon usage finit toujours par l'emporter et moderniser de manière naturelle et non autoritaire la langue. Son combat pour protéger le français d'une invasion de termes anglais ou d'une altération grammaticale par une influence anglaise reposait sur une même conviction, que toute langue importe spontanément les termes étrangers qui lui sont utiles et nourrit les autres de son propre vocabulaire : mais cela doit se faire en tenant compte de la nécessité et surtout dans le respect de la structure grammaticale de chaque langue. Cette vision sage mais ouverte à la vie naturelle de la langue explique aussi combien le combat de Maurice Druon pour la francophonie fut entendu et compris hors de nos frontières où nul n'imagina jamais de lui reprocher d'être conservateur, mais au contraire où il fut perçu comme le meilleur représentant de la communauté d'esprit réunie autour de la langue française.
Il allait de soi qu'à la mort de Jean Mistler, nul autre que Maurice Druon ne pouvait devenir secrétaire perpétuel. Durant quinze ans cet homme si conscient du rôle unique de l'institution et de sa capacité à participer à l'évolution des esprits grâce à une langue vivante, moyen premier d'exprimer cette évolution, mit tous ses efforts à adapter l'Académie à ce que l'accélération de l'histoire lui imposait. Il la dota - alors que jusqu'alors elle fonctionnait de manière légère grâce au concours de personnes charmantes, fantaisistes et de bonne volonté, qu'on eût pu croire échappées d'un roman de Giraudoux - d'une véritable administration capable de gérer les problèmes des temps modernes. Le Dictionnaire que lui avait confié son fondateur, et dont la dernière édition datait de 1935, devait se renouveler selon des techniques et avec des moyens nouveaux. L'édition actuellement en cours est deux fois plus importante en nombre de mots que la précédente. Il en est ainsi parce qu'elle est ouverte à un vocabulaire nouveau, porteur de réalités nouvelles ; mais en même temps elle transmet la langue de la longue durée. Nul autre dictionnaire ne peut prétendre transmettre et innover aussi totalement. Cet exploit tient à la volonté de Maurice Druon que l'Académie accomplisse sans faiblir le devoir assumé il y a près de trois siècles en accord avec le siècle présent. Et ce n'est pas un hasard si cet immortel si attaché à sa fonction décida de s'en démettre à l'aube de l'an 2000, pour passer avec l'accord de ses pairs le flambeau du secrétariat perpétuel à une femme. Il voulut par ce geste symbolique, révolutionnaire (n'oublions pas que Marguerite Yourcenar, première femme élue à l'Académie n'y entra qu'en 1980) montrer que contrairement à une légende bien ancrée, l'Académie n'était pas hostile aux femmes, même si elle s'opposait à la confusion fâcheuse entre leur promotion et la désignation de leurs titres et fonctions.
Devenu secrétaire perpétuel honoraire, Maurice Druon entreprit avec énergie et la même passion de mettre à jour le répertoire des académiciens des origines à 1905 constitué par un érudit amoureux de l'Académie, Émile Gassier. Et il continuait à ferrailler sur tous les fronts pour la langue française, et pour ce qu'il n'en séparait pas, la civilisation française. Et aussi, si présent chaque jeudi parmi nous il continua à nous guider dans la connaissance de cette institution unique, l'Académie et dans la fidélité à ses usages. L'immortalité, qui ne signifie pas qu'être académicien protège de la mort, mais qui est avant tout fidélité aux principes fondateurs de notre Compagnie, à ce qui est permanence, c'est-à-dire la langue française et l'esprit de la France, c'est cela que vous avez incarné à l'Académie, cher Maurice Druon, et que vous continuerez à représenter pour nous. Vous êtes donc bien immortel et vous le resterez.
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samedi, 18 avril 2009
Maurice Druon : la voie de la france s'est tue.
Par Jérôme Béglé,
journaliste.
Hommage publié dans Le Figaro Magazine,
le 17 avril 2009.
Jamais un académicien n'aura mieux mérité le titre d'Immortel. Avec « Le Chant des partisans », et « Les Rois maudits », il laisse une œuvre déjà passée à la postérité.
Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l'autre devront choisir.» 1973, Maurice Druon ministre des Affaires culturelles fustige ces directeurs de théâtres qui réclament des subventions tout en critiquant le pouvoir pompidolien. Trente-six ans plus tard, beaucoup d'hommes politiques lui envient cette tirade qui n'a pas pris une ride.
Toute sa vie, l'auteur des Rois maudits, né le 23 avril 1918, a réaffirmé l'autorité de l'Etat et des institutions qu'il présida. A Faise, dans le prieuré qu'il acheta avec sa femme Madeleine au milieu des années 70, il avait fait dresser deux mâts blancs. Lorsque des étrangers de marque répondaient à son invitation, il faisait hisser les couleurs de leur pays aux côtés du drapeau tricolore ! Imprégné de son importance, il voulait croire qu'à travers lui, c'était un peu de la France qui s'exprimait. Et ses hôtes ne le démentaient pas. Le roi du Maroc Hassan II dont il fut l'ami intime ou Vladimir Poutine qui, lors de son dernier passage à Paris en 2008, lui demanda audience avaient l'impression de converser avec un personnage entré de son vivant dans les livres d'histoire.
Druon n'a pas 25 ans quand, replié à Londres, il écrit avec son oncle Joseph Kessel Le Chant des partisans qui devient l'hymne de la Résistance. En décembre 2006, le manuscrit signé des deux auteurs fut classé monument historique par le ministère de la Culture. A la Libération, cet orphelin de père imagine les règlements de comptes qui agitent une famille de notables versée dans les affaires. Les Grandes Familles décroche le prix Goncourt en 1948 et reste le meilleur témoignage du capitalisme familial au début du XXe siècle. Il a 30 ans et sa carrière littéraire décolle. Elle connaîtra son apogée Les Rois maudits. Débutée en 1955 et achevée en 1977, la publication de ces sept tomes fera de lui l'auteur français le plus vendu de l'après-guerre. Pour venir à bout de cette histoire de la monarchie française des XIIIe et XIVe siècles, Maurice Druon met en place un atelier d'écriture. Il en est le chef d'orchestre et Edmonde Charles-Roux le premier violon. Derrière eux, Matthieu Galey et une demi-douzaine de jeunes plumes se plongent dans les méandres du Moyen Age. Ils convertissent à l'Histoire des générations d'adolescents emballés par cette saga romanesque. Quelques années passent et c'est au tour de la télévision d'être gagnée par la fièvre médiévale. Hélène Duc, Jean Piat, Geneviève Casile et Louis Seigner y gagnent leurs couronnes d'acteurs populaires tandis que Philippe le Bel, Marguerite de Bourgogne ou Mahaut d'Artois deviennent des héros aussi populaires que le seront JR ou le Dr House !
Au même moment - nous sommes en 1973 - l'écrivain entame une brève carrière politique. Ministre de Pierre Messmer et Georges Pompidou pendant une année, puis député de Paris, il renonce en 1981 à ses mandats. En privé, il fustigera la lâcheté des hommes politiques et leur manque de fibre patriotique. De son passé de résistant, et de son voyage éclair dans les arcanes du pouvoir, il gardera un éternel respect pour le général de Gaulle. C'est par fidélité à celui-ci qu'en 2003 il s'oppose violemment à l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à l'Académie française. En plus de fouler aux pieds l'héritage du libérateur, le successeur de Pompidou avait eu le mauvais goût de congédier Druon de son ministère comme un laquais, sans le recevoir...
Elu en 1966, il est pendant plus de treize ans secrétaire perpétuel de l'Académie. Garant de la culture française, il a compris que celle-ci ne pourrait être enfermée dans un bocal de formol, qu'elle devait s'aérer, se régénérer pour mieux prospérer et perdurer.
En 1980, plutôt que de combattre l'élection de Marguerite Yourcenar, la première femme à siéger chez les Immortels, il laisse faire. Quelques années plus tard, il échoue d'un cheveu à faire entrer Charles Trenet. Mais pendant vingt ans, aucune élection ne se fait sans que le grand homme ne donne sa bénédiction. Dutourd, d'Ormesson, Lévi-Strauss, Rheims, Déon... tous lui doivent leur épée. On ne compte plus ces écrivains débutants qui regardaient les petits hommes verts avec dédain avant de se raviser l'âge venant. Maurice Druon avait alors le chic pour leur rappeler leurs propos de jeunesse, leur interdisant ainsi l'entrée de son cénacle. Dans les années 90, il mène une croisade pour la sauvegarde de la langue française. Evolution oui, mais révolution non, professe-t-il, en fustigeant anglicismes, barbarismes et féminisation des mots. Ses détracteurs y voient le combat d'un vieil homme empêtré dans son conservatisme. Il leur répond en débattant avec MC Solaar dans Le Figaro Magazine et en encourageant quelques slameurs.
Jamais en retard d'une bataille, le général Druon s'était lancé ces dernières années dans deux combats qui le faisaient rugir. Il voulait faire reconstruire le château des Tuileries, symbole de la grandeur déchue du royaume de France. «Les plans existent, les financements se trouvent. Seule manque pour l'instant la volonté politique», répétait-il à ses visiteurs. Son autre croisade portait sur la litanie des repentances et des regrets que la République s'infligeait. Sa recension était à ce point probante qu'il avait établi un calendrier. Pas une semaine sans que l'Etat ne demande pardon ou ne s'excuse. Une occasion supplémentaire de tonner et de vitupérer contre ceux qui rabaissaient la grandeur de la France.
A la veille de ses 91 ans disparaît un personnage baroque, unique et peut-être égaré dans son siècle. Maurice Druon avait la voix de Guitry, l'amour de la France de De Gaulle, l'élégance d'un grand d'Espagne et la faconde de Cyrano de Bergerac. Son monocle, son costume trois pièces, sa canne à pommeau d'argent, ses cigares, son sens de la polémique et sa voix de stentor ne trouveront pas d'héritiers. L'Académie perd son doyen d'élection, la liberté de pensée l'un de ses chantres, et la littérature l'un de ses derniers monstres sacrés.
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jeudi, 16 avril 2009
Ethique, politiques et entreprises.
Par Laurent Wauquiez,
Secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 16 avril 2009.
Cette crise a deux visages. Sur le devant de la scène, la réalité abrupte des chiffres, celle d'une récession qui traîne son cortège de destructions d'emplois. Elle est suffisamment douloureuse pour mobiliser toutes nos énergies. Mais derrière, sachons voir que se joue aussi une seconde crise, une crise de valeurs.
Quand la croissance était là, le système économique s'autojustifiait. Avec la récession, nos concitoyens doutent de sa capacité à partager équitablement les efforts. Notre système économique est-il capable de s'amender pour gagner en équité ? Il y a un besoin de justice. Les salariés ont le sentiment de faire les frais d'une crise survenue sur un autre continent, dans une sphère financière lointaine. Les PME déploient des efforts insensés pour maintenir leurs emplois, comme dans la vallée de l'Arve, où les industriels du décolletage font preuve d'une remarquable solidarité.
A côté de cela, la rémunération des dirigeants alimente le feuilleton médiatique : bonus des traders d'AIG, stock-options de la Société générale, parachute doré chez Valeo. Chaque jour, un nouvel épisode vient souligner que certains ne comprennent pas ce qui se joue dans la société. Le comportement de quelques-uns menace d'emporter tous les dirigeants d'entreprise dans le même amalgame. Il exacerbe la violence, comme chez Caterpillar ces derniers jours.
Mais il serait trop facile de réduire la question de l'éthique à ce seul feuilleton. Une demande plus profonde d'exemplarité est en cause.
Qu'on nous fasse grâce d'un malentendu. Quand les politiques interviennent sur le terrain de l'éthique, ce n'est ni par volonté de s'ingérer dans la gestion des entreprises ni par poujadisme.
Il ne faut y voir aucune hostilité de principe, mais juste le fait que les politiques sont comptables de la situation économique et des efforts déployés pour l'améliorer : il est dans leur rôle d'appeler les acteurs à prendre leurs responsabilités. Pas plus qu'il n'y a de raison d'Etat, il ne saurait y avoir de raison d'entreprise. Et ce d'autant moins qu'éthique et profit n'ont rien d'incompatible : Franck Riboud l'a montré avec Danone, Nicole Notat avec l'agence de notation Vigeo, et les dirigeants de groupes allemands, tel Siemens, ont renforcé leur image en s'engageant pour l'emploi.
Esquissons les contours d'une démarche d'exemplarité en termes d'emploi. Premier postulat : en période de récession, tout doit être fait pour éviter les licenciements. Quand l'entreprise licencie, elle se prive de son savoir-faire et de ses forces vives, elle fragilise le tissu social et accentue les effets de la crise. Le président de la République et les partenaires sociaux ont mis des outils sur la table, comme l'activité partielle. Aux entreprises de s'en saisir, ainsi que l'ont fait Peugeot ou Renault.
INVESTIR DANS L'HUMAIN
Deuxième postulat : la crise est paradoxalement le bon moment pour investir dans l'humain. Plutôt que de sacrifier les seniors et les jeunes, faisons de l'apprentissage et de la transmission des savoir-faire des réflexes automatiques. Misons sur la formation des salariés. C'est tout l'objet de la réforme de la formation professionnelle menée par le gouvernement et les partenaires sociaux.
Enfin, je crois aux partenariats passés avec les entreprises. C'est une autre approche de la politique de l'emploi : ne plus passer systématiquement par la loi, mais développer des actions concrètes au coeur de la réalité des entreprises, comme avec l'opération "Nos quartiers ont des talents", conduite avec Fadela Amara. L'exemplarité se construit à partir de démarches expérimentales appelées à être généralisées.
Nous sommes à la croisée de deux chemins. Le premier revient à appliquer froidement la rationalité économique : licencier, couper dans les coûts, mettre dehors les seniors, fermer la porte aux jeunes. C'est un choix de courte durée, qui ne peut qu'attiser le sentiment d'injustice et être préjudiciable à l'entreprise.
Le second consiste à parier sur une démarche solidaire et finalement gagnante pour tous : actionner tous les leviers pour garder les salariés dans l'entreprise, investir dans la formation et les politiques innovantes de gestion des âges... Seule cette voie peut permettre de sortir de la crise vite et par le haut. Aux politiques, aux partenaires sociaux, mais aussi aux entreprises de faire le bon choix face à l'histoire.
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mercredi, 15 avril 2009
Maurice Druon est mort: un baron s'est envolé.
C'est avec une très profonde émotion que j'apprends la disparition de Maurice Druon, décédé hier à quelques jours de ses 91 ans.
Du Chant des partisans, qu'il écrivit avec son oncle Joseph Kessel, à l'Académie française, où il avait été élu en 1966 au fauteuil de Georges Duhamel et dont il était Secrétaire perpétuel honoraire, Maurice Druon à toujours défendu avec courage les convictions qui l'animaient. De son engagement auprès des Forces Françaises Libres en 1940, au combat qu'il a mené jusqu'à son dernier jour pour la défense de la langue française et de la mémoire du Général de Gaulle, l'auteur des Rois Maudits incarnait une certaine idée de la France, de plus en plus diffuse.
A titre personnel, je pleure le grand écrivain, lauréat du Prix Goncourt en 1948 avec Les Grandes Familles, mais surtout l'homme courtois et amical avec lequel je prenais plaisir à refaire le monde autour d'une coupe de champagne ou d'un wisky. Beaucoup nous séparait, du talent à la gloire, mais une chose nous réunissait, notre fidèlité à l'Homme du 18 juin.
C'est donc l'un des derniers gardiens du temple gaulliste qui s'en va, emmenant avec lui sa part d'histoire, d'humanisme et d'espoir.
A son épouse Madeleine, à ses confrères de l'Académie française, j'adresse mes condoléances les plus sincères.
NCL
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mardi, 14 avril 2009
Le désarmement nucléaire est une urgence pour la planète.
Par Aleksander Kwasniewski, Lech Walesa et Tadeusz Mazowiecki.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 09 avril 2009.
Après la provocation de la Corée du Nord, les auteurs, respectivement anciens présidents de la Pologne et ancien premier ministre, plaident pour une dénucléarisation militaire.
L'accord entre les présidents américain et russe visant à renouveler l'accord de réduction stratégique de l'armement redonne l'espoir de parvenir à une abolition générale de l'armement nucléaire. Il est difficile d'en exagérer l'urgence : des pays susceptibles d'utiliser l'arme nucléaire pourraient bientôt l'acquérir, de même que des terroristes internationaux - créant de nouvelles menaces de proportion inimaginable.
Ce qui était un beau rêve il y a seulement quelques années, l'élimination de la bombe atomique, n'est plus l'apanage des populistes et des pacifistes, car l'idée a été reprise par des gens très bien placés - hommes politiques connus pour leur réalisme et universitaires connus pour leur sens des responsabilités.
L'invention de la bombe atomique - qui a permis la dissuasion durant la guerre froide, quand le monde était divisé en deux blocs opposés - répondait aux besoins et aux risques de l'époque. La sécurité reposait sur l'équilibre de la terreur, autrement dit la certitude de la destruction mutuelle en cas de conflit.
Dans ce monde bipolaire, seules cinq grandes puissances, toutes membres permanents du Conseil de sécurité, détenaient la bombe atomique. Aujourd'hui la situation est différente. Un mouvement amorcé par le mouvement polonais Solidarité a conduit à la dissolution du pacte de Varsovie, l'Union soviétique s'est désintégrée et le monde bipolaire avec son clivage Est/Ouest a disparu.
L'ordre basé sur la dangereuse doctrine de la dissuasion nucléaire n'a cependant pas été remplacé par un système basé sur la coopération et l'interdépendance. Il s'en est suivi déstabilisation et chaos, dans une atmosphère d'incertitude.
Trois pays détenteurs de la bombe sont maintenant engagés dans des conflits : l'Inde, le Pakistan et Israël. Et compte tenu du développement de leur programme nucléaire, la Corée du Nord et l'Iran pourraient bientôt en disposer aussi. Il y a un risque réel de voir le groupe des pays détenteurs de la bombe s'élargir jusqu'à inclure des pays qui ne sont pas toujours guidés par des considérations rationnelles - sans compter le risque de voir la bombe tomber dans les mains d'acteurs non étatiques, des groupes terroristes par exemple.
On ne parviendra à la non-prolifération que si les principales puissances nucléaires, notamment les États-Unis et la Russie, prennent de toute urgence des mesures en faveur du désarmement. Ensemble, ils détiennent près de 25 000 ogives nucléaires - 96 % de l'arsenal nucléaire mondial.
Nous espérons que le président américain Barack Obama a conscience de ces dangers. Nous notons avec satisfaction que le nouveau gouvernement américain ne fait pas la sourde orei lle aux hommes d'État et aux scientifiques responsables qui demandent le démantèlement de l'armement nucléaire. L'objectif d'un monde dénucléarisé figure dans le programme de désarmement et de contrôle de l'armement du gouvernement américain. Nous apprécions à sa juste valeur les propositions du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne, tandis que la Russie a indiqué récemment à Genève qu'elle était disposée à s'engager dans cette voie.
Les opposants au désarmement nucléaire disent que cet objectif n'est pas réalisable en l'absence d'un système efficace de contrôle et de vérification. Mais la communauté internationale peut disposer aujourd'hui des moyens de contrôle voulus. Les garanties que peut apporter l'Agence internationale pour l'énergie atomique sont de toute première importance.
Le monde doit pouvoir être assuré que les réacteurs nucléaires civils ne seront pas détournés vers des objectifs militaires - une condition pour que les pays non détenteurs de l'arme atomique aient un accès sans restriction à la technologie nucléaire, ainsi que l'a proposé récemment le premier ministre britannique Gordon Brown dans son initiative en faveur d'un pacte nucléaire mondial pour notre époque. C'est particulièrement urgent actuellement, avec la recherche de nouvelles sources d'énergie et la « renaissance » de cette source d'énergie.
La conférence 2010 de réexamen du traité de non-prolifération appelle de toute urgence à une reformulation des priorités. Son comité préparatoire va se réunir en mai à New York. C'est à ce moment-là que les décisions nécessaires devraient être prises.
On peut espérer que la réunion débouchera sur une réduction de l'armement nucléaire, une diminution du nombre d'ogives nucléaires en état d'alerte (de-alerting), ainsi que sur des négociations portant sur un traité d'interdiction de la production de matières fissiles, sur la ratification d'un traité mondial d'interdiction des tests nucléaires et sur d'autres moyens pour renforcer l'application du traité de non-prolifération nucléaire, notamment son adoption universelle.
Le temps est venu d'un changement fondamental dans le déroulement de la Conférence sur le désarmement à Genève qui, depuis des années, ne parvient pas à répondre à l'attente de la communauté internationale. Nous partageons le point de vue des universitaires, des responsables politiques et des experts internationaux du Groupe de réflexion international de Varsovie, qui estiment que l'option zéro doit être prise en considération comme base éventuelle d'un futur accord sur le désarmement nucléaire multilatéral.
Rédigé par l'universitaire britannique Ian Anthony du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), le rapport qu'a élaboré ce groupe sous la présidence du Polonais Adam D. Rotfeld est basé sur les travaux de spécialistes en matière de sécurité de pays qui ont déjà détenu l'arme nucléaire (l'Afrique du Sud) et de pays postsoviétiques où elles furent stockées dans le passé (Biélorussie, Kazakhstan et Ukraine). Le fait que ces pays aient été dénucléarisés dans le cadre d'un programme de désarmement constitue un exemple précieux.
Il faut amorcer le processus de désarmement nucléaire progressif. Cela ne donnera pas des résultats du jour au lendemain, mais cela indiquera une direction, fournira une occasion de renforcer les mécanismes de non-prolifération et sera l'occasion d'établir un système de sécurité non nucléaire mondial fondé sur la coopération.
La menace la plus grave pour la sécurité mondiale vient d'un nouveau type de prolifération nucléaire. Les puissances qui disposent de l'arsenal le plus important portent la principale responsabilité. Nous pensons que les présidents américain et russe, ainsi que les dirigeants des autres puissances nucléaires, en tant qu'hommes d'État, auront assez de sagesse et de courage pour engager le processus consistant à libérer le monde de cette menace.
» Copyright : Project Syndicate, 2009. www.project-syndicate.org (Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz)
17:34 Publié dans Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : défense, nucléaire, diplomatie, politique, sarkozy, ump, ps, verts, modem
samedi, 11 avril 2009
Disparition de René Monory.
L'ancien Président du Sénat René Monory est décédé cette nuit à l'âge de 86 ans.
Issu de la mouvance centriste et humaniste, cet autodidacte dirigea la haute assemblée de 1992 à 1998, après plusieurs passages au gouvernement. D'abord ministre de l'Industrie et de l'Economie dans le gouvernement de Raymond Barre, à la fin des années 70, il occupera le poste délicat de l'Education nationale dans le gouvernement de Jacques Chirac, sous la première cohabitation de l'histoire de la Ve république, entre 1986 et 1988.
Retiré de la vie politique depuis 2004, René Monory était malade depuis de nombreux mois.
A sa famille, j'adresse mes condoléances les plus attristées.
NCL
09:43 Publié dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, monory, sénat, ump, modem, udf, chirac, sarkozy
vendredi, 10 avril 2009
«L'Europe politique doit se hisser au niveau des États-Unis et de la Chine»
Entretien avec Bruno Lemaire,
Secrétaire d'Etat aux Affaires européennes.
Interview publiée dans Le Figaro,
le 08 avril 2009.
LE FIGARO. - Quel bilan pour l'Europe faites-vous du G20 et du sommet de l'Otan ?
Bruno LE MAIRE. - Un bilan positif, à la fois pour l'Europe et pour le couple franco-allemand, qui a joué un rôle décisif. Au G20, la détermination et l'engagement du président de la République comme l'unité de la France et de l'Allemagne ont fait la différence. Quant au sommet de l'Otan, il s'est tenu sur les deux rives du Rhin. C'est un beau symbole d'unité entre les pays de l'Alliance.
Ce moment privilégié de la relation franco-allemande peut-il se prolonger ?
La preuve est faite qu'un accord entre Paris et Berlin est indispensable pour que l'Europe pèse face aux États-Unis et à la Chine. À l'avenir, maintenons au plus haut niveau cet élan : la chancelière et le président de la République y sont déterminés. Il faut aussi un travail technique quotidien. Deux groupes de travail franco-allemands, l'un sur l'automobile, l'autre sur l'énergie, ont été mis en place. Enfin, entre la France et l'Allemagne, il est important que nous définissions ensemble où nous voulons aller dans un monde qui change très rapidement.
La préparation du G20 a permis de progresser dans la coordination économique entre la France et l'Allemagne. Y a-t-il là matière à de nouvelles avancées ?
Sur la régulation financière, l'encadrement des fonds spéculatifs, la liste des paradis fiscaux, la question des rémunérations, nous avions les mêmes positions. Mais nous pouvons aller plus loin. Je rappelle que le dernier Conseil des ministres franco-allemand a ouvert la voie à une coordination des politiques économiques entre la France et l'Allemagne.
Concrètement, comment se met en place cette coopération économique ?
Si nous prenons une décision de politique économique importante en France, nous en informerons l'Allemagne et nous l'étudierons ensemble. De la même manière, l'Allemagne agira en concertation étroite avec la France. Cela doit servir d'impulsion à la constitution d'une politique économique et d'une politique industrielle européennes dans les dix années à venir. Le travail qui est fait par la France et l'Allemagne doit être fait au service des vingt-sept États membres de l'Union européenne.
Les Allemands ont-ils levé leurs objections à une gouvernance économique européenne ?
Évitons les querelles de mots. Ce qui compte, c'est la réalité. Et la réalité, c'est la coordination de nos politiques économiques.
Dans l'industrie automobile, n'a-t-on pas vu chaque pays défendre ses intérêts ?
La coopération dans l'industrie automobile européenne est absolument indispensable si nous voulons rivaliser avec l'industrie asiatique. Il faut mettre en commun nos moyens pour financer un moteur compétitif pour l'avenir, que ce soit un moteur hybride ou un moteur électrique. Désormais, nous aurons autour de la table les responsables politiques allemands et français, notamment Luc Chatel, avec les dirigeants des grands constructeurs automobiles des deux pays, PSA, Renault, Daimler, Volkswagen et BMW. C'est sans précédent.
Les choix allemands dans le nucléaire ne sont-ils pas le signe d'une tentation de rechercher des alliances à la carte ?
Nous pouvons avoir sur certains sujets des positions divergentes. Mais l'intérêt des deux pays, pour les exportations allemandes comme pour la compétitivité française, est d'aller vers davantage de coopération. Coopérer, c'est financer ensemble les investissements technologiques nécessaires pour être plus compétitifs demain. Le dialogue et la coopération doivent être les maîtres mots en Europe des dix années à venir.
Vous préconisez un changement radical de la politique de concurrence de la Commission !
Dans la compétition avec les pays émergents, le temps où la concurrence était à elle seule l'alpha et l'oméga de toute politique européenne est révolu. Il faut maintenant aussi une vraie politique industrielle, encourageant le regroupement autour de grands groupes industriels européens. C'est tout l'enjeu pour demain. Les industriels en France mais aussi en Allemagne et en Italie tirent la sonnette d'alarme. Et ils ont raison. L'industrie européenne de demain se construit maintenant. Sinon, je crains qu'elle ne s'affaiblisse durablement.
Venons-en aux questions institutionnelles. Comment répondre à la crise ouverte par la démission du premier ministre tchèque, Mirek Topolanek ?
Nous attendons de la présidence tchèque qu'elle exerce son mandat dans les meilleures conditions jusqu'à son terme. En outre, la République tchèque a pris l'engagement de ratifier le traité de Lisbonne dans les meilleurs délais. Cet engagement doit être tenu. J'insiste sur un point essentiel : il n'y aura pas de nouveau débat institutionnel. Aucun État ne s'engagera dans de nouvelles discussions institutionnelles. Si le traité de Lisbonne n'est pas ratifié, nous en resterons au traité de Nice, mais il faudra en tirer les conséquences, notamment sur la taille de la Commission et sur l'élargissement.
Comment imaginer la suite de la construction européenne alors que nous sommes toujours en pleine crise institutionnelle ?
N'oublions pas que l'Union européenne est une construction récente. Pour assurer son avenir, il faut faire preuve de volonté et d'imagination. Nous faisons face à un tel bouleversement dans le monde que la question est simple : voulons-nous que le monde se réduise à un face-à-face entre les États-Unis et la Chine ? Avec, entre ces deux géants, un continent prospère et ouvert, mais sans identité, sans puissance politique, incapable de défendre ses valeurs et ses intérêts dans le monde ? Ou voulons-nous, au contraire, une Europe politique qui se hisse au niveau des États-Unis et de la Chine, et qui affirme ses valeurs et sa vision, une Europe à l'avant-garde pour le monde de demain ? Dans les deux cas, nous ne construirons pas la même planète. Qui défendra le développement durable, sinon l'Europe, comme cela a été le cas pendant la présidence française ? Qui défendra le règlement des conflits par le droit, sinon notre continent ? Le président de la République et le premier ministre sont déterminés à construire cette Europe politique.
Comment faire pour en arriver là ?
L'Europe doit s'affirmer économiquement, militairement et culturellement.Économiquement, on ne peut avoir une monnaie commune sans politique économique européenne.
La première étape est d'avoir une vraie politique industrielle. Je propose que nous soyons les champions en matière d'innovation. Il faut réviser la stratégie de Lisbonne et l'assortir de critères obligatoires pour l'innovation, des critères aussi ambitieux que pour les finances publiques.
Deuxième proposition : construire de grands champions industriels européens dans les domaines de compétences privilégiés de l'Europe. Aujourd'hui, nous dispersons nos moyens. Nous devons les concentrer sur quelques secteurs d'excellence pour l'Europe : les transports à grande vitesse, le spatial, les infrastructures, l'énergie solaire, les moteurs du futur pour l'automobile.
Troisième proposition : sachons mieux défendre nos intérêts stratégiques en affirmant très clairement le principe de réciprocité, comme l'a dit le président de la République. Aux États-Unis, des clauses juridiques interdisent toute prise de participation majoritaire dans un groupe stratégique américain. Pourquoi la Commission ne disposerait-elle pas du même pouvoir d'examen et de veto sur toute prise de participation étrangère dans des actifs stratégiques européens ?
Sur le plan militaire... Renforçons la défense européenne. Le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan clarifie notre position. Il doit donc nous permettre de marquer de nouveaux progrès en matière de défense européenne, dans le prolongement de ce qui a été accompli sous présidence française, qu'il s'agisse des capacités militaires des opérations ou de l'Europe de l'armement. Ainsi, nous allons bientôt établir le « commandement européen de transport aérien stratégique ». L'objectif d'un « état-major » de planification pour les opérations européennes doit être maintenu. Je note que la nouvelle Administration américaine est désormais favorable à une défense européenne forte.
Et sur le plan culturel...
Le pari doit être fait sur l'éducation et les jeunes. Tous les programmes de mobilité des jeunes comme Erasmus doivent être revus pour faire en sorte que la moitié d'une classe d'âge puisse en bénéficier et pas seulement quelques milliers.
Faut-il arrêter l'élargissement ? L'élargissement est un succès historique qui nous a permis de retrouver l'unité européenne. Nous devons intégrer les Balkans, en commençant par la Croatie, sous réserve que le traité de Lisbonne entre en vigueur. Mais nous ne pouvons pas poursuivre l'élargissement comme si l'Europe était un espace indéterminé, sans capacité d'affirmation politique. Il n'y a pas deux projets possibles à la fois. L'Europe politique n'est pas compatible avec la poursuite d'un élargissement sans fin.
La campagne pour les élections européennes sera-t-elle l'occasion d'un débat et de propositions pour améliorer le fonctionnement de l'Union ?
Bien sûr. Le problème de l'Europe est un problème de responsabilité. Les citoyens ne savent pas qui est responsable de quoi. Pour y remédier, nous devons nous entendre sur l'équilibre institutionnel. Faut-il mettre la Commission de côté et miser exclusivement sur le travail intergouvernemental ? Je ne le crois pas. À l'inverse, donner tout le pouvoir à la Commission n'est pas acceptable non plus parce que ce serait priver les citoyens de leur propre souveraineté. La solution tient donc dans un équilibre entre une Commission forte, un Parlement fort et un Conseil fort où les responsabilités de chacun sont clairement identifiées. Pour cela, je souhaite que la Commission présente, au moment de son investiture, une feuille de route sur chacun des sujets qu'elle aura à traiter : l'industrie, l'environnement, la politique extérieure... Elle fixera ainsi des objectifs, proposera un calendrier et mettra en oeuvre les moyens de contrôle. Une Commission forte et responsable, qui, au-delà des traditionnelles auditions parlementaires, présenterait une déclaration de politique générale au Parlement européen et au Conseil européen, voilà un moyen de changer l'Europe.
Quelles sont vos relations avec Dominique de Villepin ?
La parole d'un ancien premier ministre est légitime dans le débat public. Chacun sait l'amitié et l'admiration que je lui porte. Elles ne m'interdisent pas d'avoir parfois des divergences avec lui. C'est le cas sur l'Otan : je considère que le retour de la France dans le commandement intégré est une bonne chose.
Propos recueillis par Pirre Rousselin.
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