lundi, 30 mars 2009
Dominique de Villepin : "Le chef de l'Etat doit faire preuve non de banane mais de sagesse"
Interview de Dominique de Villepin.
Entretien publié dans Le Monde,
le 30 mars 2009.
Dominique de Villepin, ancien premier ministre, était l'invité de Dimanche soir politique, dimanche 29 mars, une émission France Inter, i-TÉLÉ, Le Monde.
Faut-il une loi pour encadrer le salaire des patrons ?
Il faut à l'évidence agir. Peu importe que ce soit sous forme de loi, de décret ou de convention. L'essentiel est de dire qu'on ne peut pas faire confiance aux seuls mécanismes du marché. Il faut corriger une certaine forme de voracité des mieux placés vis-à-vis des indemnités de départ et des stock-options. Faute de quoi nous irons vers de graves problèmes sociaux.
Il ne faut pas agir sous le simple coup de l'émotion, mais partir de deux principes : s'il y a rémunération complémentaire, elle doit être assise sur d'autres facteurs plus rationnels que les cours de Bourse. Par exemple, la création d'emplois, un comportement vertueux sur le plan environnemental.
Il faut en outre que cette possibilité soit offerte à l'ensemble des salariés. En Allemagne, le syndicat IG Metal se bat pour que les salariés puissent devenir actionnaires de leur entreprise en contrepartie des efforts qu'on leur demande. Cela fait partie des idées nouvelles à explorer.
Vous êtes l'inventeur du bouclier fiscal. Faut-il aujourd'hui y renoncer au nom de la justice sociale ?
La période impose un effort de solidarité. Lorsque j'ai créé le bouclier fiscal, son taux était de 60% . Nicolas Sarkozy a fait descendre la barre effective à 39 % en ramenant le taux du bouclier à 50 % et en y incluant la CSG et la CDRS.
Aujourd'hui, il serait bon de ramener le bouclier fiscal à ce qu'il était précédemment. Le consensus social est relativement faible dans notre pays. Si nous voulons éviter la montée de la colère, il faut en rajouter dans le sens de la justice sociale.
Nicolas Sarkozy s'expose-t-il trop dans cette crise ?
On perçoit un assez grand désarroi des ministres, qui ont le sentiment de ne plus savoir dans quel sens ils doivent aller. Il faut retrouver un équilibre institutionnel.
Mais, l'autre jour, le président de la République a dit : "J'ai la banane." Le chef de l'Etat doit faire preuve non de banane, mais de sagesse. On n'attend pas de lui qu'il soit survitaminé, mais qu'il soit sage.
Aujourd'hui, on a le sentiment que le gouvernement et le président passent plus de temps à se parler et à se disputer qu'à répondre aux besoins des Français. Le discours de Saint-Quentin , c'était l'UMP parle à l'UMP. Quand c'est le président qui parle à l'UMP, il y a un problème de démocratie, de crédibilité de la parole politique.
Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international, évoque une possible sortie de crise en 2010. Etes-vous d'accord avec cette prévision ?
On peut espérer que 2010 marquera une inflexion, mais cette crise est si profonde que ce n'est probablement qu'en 2011, au prix d'une mobilisation générale, qu'on pourra voir les premiers signes d'une amélioration. L'urgence est de régler la crise bancaire. Il faut ensuite remettre de l'argent sur la table pour recréer la confiance. Enfin, il faut parvenir à réguler le système. C'est le grand enjeu du G20.
Que faut-il en attendre ?
Sur les paradis fiscaux, les normes comptables, nous devons arriver à un accord. Au-delà, il y a tout le chantier de la gouvernance mondiale. Il faut créer un conseil de sécurité économique au niveau des Nations unies, renforcer la coordination entre le FMI, qui serait chargé de mieux réguler le système international, la Banque mondiale, la Banque des règlements internationaux.
La voix de la France peut-elle porter au G20 ?
Oui, à condition qu'elle n'oublie pas son originalité.
Vous êtes inquiet ?
Il ne faudrait pas qu'une fois revenue dans le système intégré de l'OTAN, la France fasse aveuglément confiance à des alliés qui n'ont pas forcément les mêmes préoccupations qu'elle. Attention à ne pas banaliser notre diplomatie, rétrécir notre pays.
Propos recueillis par Jean-François Achilli, Michel Dumoret et Françoise Fressoz.
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samedi, 28 mars 2009
La charge de Jacques Chirac contre les négationnistes.
Article de Sophie de Ravinel,
publié dans Le Figaro,
le 28 mars 2009.
L'ancien président de la République prône l'enseignement de la Shoah dans les pays arabes.
«Le drame de la Shoah interdit l'oubli. Il impose la pudeur. Il fait exploser la colère au cœur de chaque homme de bonne volonté, lorsque la Shoah est contestée.» Silencieux depuis plusieurs mois, Jacques Chirac a choisi de s'exprimer sur un thème qui avait déjà marqué sa présidence. Vendredi, à l'Unesco, l'ancien chef de l'État a apporté un soutien appuyé au projet Aladin initié par la Fondation de la mémoire de la Shoah. Un projet destiné à lutter contre le négationnisme, en particulier dans les pays arabes.
Jacques Chirac a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas de vouloir « aire porter aux pays musulmans une culpabilité qui n'est pas la leur». Il a cependant souligné l'importance de «faire connaître la Shoah, pour la faire sortir du silence que l'on a fabriqué autour d'elle, dans beaucoup de pays». Pour lui, les raisons de ce silence sont simples : «Évoquer la Shoah risquait de susciter dans ces pays un sentiment de sympathie pour les Juifs et l'existence d'Israël. Alors, a-t-il dit, on l'a cachée.»
L'ancien président s'est inquiété du fait que «les conflits incessants du Proche-Orient servent aujourd'hui de prétexte à une nouvelle haine d'Israël. Elle est en train de devenir une nouvelle haine des Juifs ; cette haine se répand», a-t-il observé. Elle peut être le débutd'un nouveau cauchemar. Chirac insiste : «Il n'y aura pas de paix au Proche-Orient tant qu'il n'y aura pas de reconnaissance et acceptation de l'État d'Israël.» Et ajoute : «Mais il n'y aura pas reconnaissance mutuelle réelle sans assentiment des peuples (…) sans une compréhension plus intime.»
Celui qui avait reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs de France, dans son discours du Vél'd'Hiv, en juillet 1995, estime que ce projet Aladin s'inscrit dans le cadre du combat qu'il mène à la tête de sa propre Fondation pour le dialogue entre les cultures. Ce projet, sur son site Internet, propose un contenu pédagogique en plusieurs langues, dont le turc, l'arabe ou le farsi, sur l'histoire de la Shoah et celle du judaïsme. Il est soutenu par plus de 200 personnalités arabo-musulmanes.
« Les falsifications de l'histoire »
Mais Jacques Chirac ne s'est pas seulement adressé à cette partie du monde, soulignant, dans son intervention, que «nul pays, nulle culture ne sont immunisées contre la tentation du génocide». Il a par ailleurs souligné, une nouvelle fois, que «nous ne devons jamais accepter comme démocratiques les partis qui propagent la haine». «L'accord trouvé entre libéraux, démocrates chrétiens, socialistes et communistes dans l'après-guerre pour rejeter les partis de la haine doit être considéré comme un acquis définitif de la démocratie européenne», a-t-il ajouté. Une allusion claire aux propos tenus par Jean-Marie Le Pen, mercredi, dans l'hémicycle du Parlement de Strasbourg. Le président du Front national avait réaffirmé qu'il considérait les chambres à gaz comme «un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale».
Depuis son départ de l'Élysée, Jacques Chirac, en tête des personnalités politiques dans le baromètre Ifop/Paris Match, s'en tient à des interventions peu nombreuses et exclusivement consacrées aux grands enjeux mondiaux, comme son discours sur l'accès à l'eau au Proche-Orient.
De son côté, dans un message lu par la garde des Sceaux et maire du VIIe arrondissement de Paris, Rachida Dati, le président Sarkozy n'a pas évoqué Jean-Marie Le Pen mais fait allusion aux propos négationnistes tenus par l'évêque catholique intégriste Richard Williamson. Des déclarations qu'il a jugées «indignes, d'autant plus honteuses et condamnables, qu'elles émanent d'un homme de foi». Des déclarations qui rappellent aussi «l'urgence d'agir contre les falsifications de l'histoire».
«Toutes» les falsifications , a souligné Abdoulaye Wade, président du Sénégal et président de l'Organisation de la conférence islamique, pour qui le négationnisme ne doit pas occulter d'autres formes «d'oubli du passé ou de dénaturation des faits», relatifs, en particulier, à la colonisation.
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jeudi, 26 mars 2009
Dialoguons pour réformer les collectivités.
Par Michèle Alliot-Marie,
Ministre de l'Intérieur,
de l'outre-mer
et des collectivités territoriales.
Tribune publiée dans Le Monde, le 26 mars 2009.
Le comité pour la réforme des collectivités locales, présidé par Edouard Balladur, a rendu ses conclusions au président de la République. Ministre des collectivités territoriales, j'aurai la charge de la concertation préalable avec les associations d'élus et avec les parlementaires avant le débat législatif.
Une réforme de cette ampleur conduit à la recherche du consensus. Cette démarche suppose de travailler à partir des réalités. Commençons par balayer les mensonges, hypocrisies et malveillances. On a entendu que les régions seraient ramenées au nombre de quinze. C'est faux. Les regroupements de régions évoqués reposeront sur le volontariat et le libre consentement. Nul ne peut donc dire si le résultat final sera de 7, 15 ou 22 régions.
On a prétendu que les travaux du comité préparaient la suppression du département. Pas une ligne du rapport ne va dans ce sens. L'existence de cette collectivité est d'ailleurs constitutionnelle. La réforme telle que proposée ne conduit ni à la mort subite ni à une mort programmée du département. Au contraire, la clarification des compétences peut renforcer sa raison d'être et sa visibilité. On a évoqué la disparition des communes. En maintenant pour elles la clause de compétence générale sur les sujets d'intérêt local, le comité les conforte.
Après avoir propagé cette première série d'idées fausses, les mêmes et d'autres expliquent alors que s'il n'y a pas suppression des communes et des départements c'est qu'en fait le gouvernement est décidé à ne rien faire. Je le dis clairement : la réforme des collectivités territoriales est ambitieuse. Elle est nécessaire, attendue. Les propositions du rapport Balladur nous en donnent les directions. Nous la ferons.
La première ambition est la clarification des compétences. Le citoyen du XXIe siècle veut savoir et a le droit de savoir qui fait quoi, qui est responsable de quoi. Exigence démocratique, cette clarification renforce aussi la visibilité, le rôle et le poids de chaque collectivité. Avoir plusieurs niveaux de collectivité n'est pas gênant si chacune a un rôle spécifique et n'utilise pas ses moyens financiers, humains ou techniques à refaire plus ou moins bien ce qui se fait à un autre niveau. Cette rationalisation s'appliquera aussi à l'Etat qui devra s'interdire de maintenir des services déconcentrés dans les domaines de compétence exclusive des collectivités. Qui dit compétences clarifiées dit rôles mieux définis, mais aussi meilleure articulation entre institutions et représentants.
La concertation permettra d'avancer sur les questions relatives aux rapports entre communes et intercommunalités, entre départements et régions. Faut-il ou non une élection unique pour les conseillers municipaux et communaux d'une part, généraux et régionaux de l'autre ? Selon quel mode de scrutin ? Les cantons doivent-ils être supprimés ? La question dépasse la seule technique électorale. Elle touche à l'ancrage territorial des élus, à leurs liens avec l'électeur, à la possibilité pour le citoyen de se retourner vers les élus.
Autre axe de clarification, l'intercommunalité. La carte doit en être achevée et améliorée. Toutes les communes n'ont pas les moyens de construire une piscine ou une médiathèque. Pour autant, le citoyen doit-il être privé de ces services au motif que sa ville n'a pas les moyens d'en assurer seule la construction et l'entretien ? L'intercommunalité n'est pas l'ennemie de la commune. Elle est un moyen de mettre en réseau les moyens financiers et les équipements des communes, au service des citoyens. Pour la compléter et l'optimiser, je travaillerai à la carte de l'intercommunalité avec les présidents d'intercommunalité, mais aussi avec les maires, dans une logique d'incitation plutôt que de contrainte.
La question du maintien des syndicats intercommunaux dans cette nouvelle carte est incontournable. Le territoire national n'est pas homogène dans ses problématiques. La réforme propose de prendre en compte cette réalité en diversifiant certains modes de gestion. Les métropoles sont ainsi aux yeux des membres du comité une façon de mieux répondre aux problématiques du milieu urbain. Elles occuperont une place importante sur le plan financier, démographique, urbanistique et économique. Certaines questions devront être clarifiées avant leur création : quelle place et quel mode de désignation pour les représentants des communes membres ? Quelle articulation avec le département ? Comment travailler avec les régions ?
Qui dit compétences dit aussi moyens de les exercer. Longtemps différée, la réforme de la fiscalité locale devient le corollaire indispensable de celle des institutions locales. Les impôts locaux représentent plus de la moitié des recettes des collectivités territoriales. Or, les bases foncières de ces impôts n'ont pas été actualisées depuis 1970. Il est temps de mettre un terme à cette situation productrice d'inefficacité et d'injustice.
La suppression de la taxe professionnelle renforcera la compétitivité de nos entreprises et donc le dynamisme de notre pays. En contrepartie, la diminution des recettes des collectivités locales sera compensée, dans le respect du principe constitutionnel d'autonomie financière des collectivités. Elle sera assurée par des transferts d'impôts. Il faudra veiller à l'adéquation des ressources et des compétences pour chacune des collectivités. Je préparerai la réforme de la fiscalité locale avec Christine Lagarde, en concertation avec les associations d'élus et le Parlement.
La Conférence nationale des exécutifs, qui sera réunie par le premier ministre dans les prochains jours, sera une première étape de la concertation qui se concrétisera au Parlement par une loi-cadre, puis par la loi de finances. Créées les unes après les autres au fil de l'histoire, les collectivités territoriales se sont inscrites dans une culture de concurrence, chacune essayant de s'imposer dans le paysage institutionnel. Elles sont installées et légitimées. Le rapport du comité Balladur en apporte une nouvelle preuve. Le temps est venu de leur donner les moyens d'une véritable coopération, responsable et solidaire.
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mercredi, 25 mars 2009
Obama : "Au G20, les Etats-Unis assumeront leur leadership"
Par Barack Obama,
Président des Etats-Unis.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 25 mars 2009.
Nous vivons une période de défis économiques mondiaux auxquels on ne peut répondre par des demi-mesures ou les efforts d'un seul pays, quel qu'il soit. Il est aujourd'hui de la responsabilité des leaders du G20 de prendre des mesures audacieuses, ambitieuses et coordonnées qui non seulement permettront à l'économie de se redresser, mais ouvriront une ère nouvelle d'engagement économique capable d'empêcher à l'avenir une telle crise de se reproduire.
Personne ne peut nier qu'une action urgente doit être entreprise. La crise du crédit, doublée d'une perte de confiance, s'est propagée à travers les frontières et fait sentir ses effets partout dans le monde. Pour la première fois depuis une génération, l'économie mondiale se contracte et le commerce ralentit. Des centaines de milliards de dollars ont été perdus, les banques ont cessé de prêter et plusieurs dizaines de millions de personnes, à travers le monde, vont perdre leur emploi. La prospérité de l'ensemble des pays est menacée, mais aussi la stabilité des gouvernements et la survie de ceux qui habitent les régions les plus vulnérables de la planète.
Nous avons une fois pour toutes appris que la bonne marche de l'économie américaine est inextricablement liée à celle de l'économie mondiale. On ne peut pas séparer les mesures qui restaurent la croissance à l'intérieur de nos frontières de celles qui la soutiennent à l'extérieur. Si les citoyens des autres pays ne peuvent consommer, les marchés se tarissent – comme le montre la chute récente de nos exportations, la plus importante en près de quatre décennies, qui a directement entraîné la perte de nombreux emplois américains. Et si nous continuons à laisser les établissements financiers du monde agir avec la même désinvolture et la même irresponsabilité, nous resterons prisonniers du cycle des bulles et des éclatements de bulles. C'est pourquoi le prochain sommet du G20 à Londres aura un impact direct sur le redressement américain.
Mon message est clair: les Etats-Unis sont prêts à assumer leur leadership, et nous appelons nos partenaires à se joindre à nous, conscients de l'urgence et soucieux de l'objectif commun. Du bon travail a déjà été accompli, mais beaucoup plus reste à faire. Notre leadership est fondé sur une prémisse simple: nous sommes résolus à agir avec détermination pour sortir l'économie américaine de la crise et réformer nos mécanismes de régulation, et nos actions seront renforcées par les mesures complémentaires prises à l'étranger.
Grâce à l'exemple qu'ils donneront, les Etats-Unis pourront œuvrer au redressement global et reconstruire la confiance dans le monde ; et si le sommet de Londres contribue à impulser une action collective, nous parviendrons à établir un redressement solide qui nous permettra d'éviter de nouvelles crises.
Nos efforts doivent commencer par des mesures immédiates destinées à stimuler la croissance. Les Etats-Unis ont d'ores et déjà adopté l'American Recovery and Reinvestment Act – l'ensemble de mesures pour l'emploi le plus spectaculaire intervenu depuis une génération. D'autres membres du G20 ont également mis en place des plans de relance; ces initiatives doivent être poursuivies et consolidées jusqu'à ce que la demande soit rétablie. Tout en agissant, nous devons nous engager collectivement à encourager le libre-échange et la liberté des investissements, tout en résistant aux tentations protectionnistes qui ne feraient qu'aggraver la crise.
En deuxième lieu, nous devons restaurer le crédit dont dépendent entreprises et particuliers. Aux Etats-Unis même, nous déployons tous les moyens pour stabiliser notre système financier. Cela passe par une évaluation honnête des bilans de nos plus grandes banques, et devrait permettre à terme de rétablir les prêts qui permettront aux Américains de se remettre à consommer, de garder leur logement et de développer leurs entreprises. Ce mouvement devra être amplifié par les actions de nos partenaires du G20. Ensemble, nous pouvons adopter un cadre commun qui insiste sur la transparence et la responsabilité, et qui s'attache à restaurer le flux du crédit qui est la sève vitale d'une économie mondiale prospère. De concert avec les institutions multilatérales, le G20 devrait s'employer à financer le commerce afin de relancer les exportations et de créer des emplois.
Troisièmement, nous avons l'obligation économique, sécuritaire et morale de tendre la main aux pays et aux populations les plus gravement menacés. Si nous leur tournons le dos, les souffrances entraînées par cette crise seront plus vives encore, et notre propre redressement sera retardé du fait que les marchés susceptibles d'accueillir nos produits se rétréciront encore plus, entraînant par là même des pertes supplémentaires d'emplois américains.
"JE SAIS QUE L'AMÉRIQUE PORTE UNE PART DE RESPONSABILITÉ"
Le G20 devrait déployer rapidement des ressources afin de stabiliser les marchés émergents, renforcer substantiellement les moyens d'urgence du Fonds monétaire international (FMI) et aider les banques régionales de développement à accélérer les prêts. Dans le même temps, l'Amérique procédera à des investissements nouveaux et conséquents en matière de sécurité alimentaire afin d'aider les plus pauvres à surmonter les jours difficiles qui s'annoncent.
Mais si ces actions doivent nous permettre de sortir de la crise, nous ne pouvons nous contenter d'un retour au statu quo. Nous devons mettre un terme à la spéculation effrénée et à notre tendance à vivre au-dessus de nos moyens; nous devons en finir avec le mauvais crédit, les banques surendettées et l'absence de tout contrôle qui nous condamne à ces bulles qui finissent inévitablement par éclater. Seule une action internationale coordonnée pourra empêcher les prises de risque irresponsables qui ont provoqué cette crise. C'est pourquoi je suis déterminé à saisir cette occasion pour procéder à une réforme en profondeur de nos dispositifs de régulation et de supervision.
Tous nos établissements financiers – ceux de Wall Street comme ceux du reste du monde – doivent se plier à un contrôle sérieux et obéir à des règles de conduite communes. Tous les marchés devraient être dotés de normes de stabilité et de transparence. Un encadrement précis des besoins en capitaux propres devrait nous protéger de nouvelles crises. Nous devons prendre des mesures énergiques contre les paradis fiscaux et le blanchiment d'argent.
Une transparence et une responsabilisation rigoureuses doivent faire cesser les abus, tout comme l'on doit mettre fin aux rémunérations déraisonnables. Au lieu des mesures dispersées qui ont rendu possible la course à l'abîme, nous devons définir clairement des incitations à la responsabilité capables de favoriser une course vers le haut.
Je sais que l'Amérique porte une part de responsabilité dans le gâchis auquel nous sommes tous confrontés. Mais je sais aussi que nous n'avons pas à faire le choix entre un capitalisme chaotique et impitoyable et une économie étatique oppressante. C'est là une fausse alternative qui ne servira ni les Américains ni aucun autre peuple.
Le sommet du G20 nous fournit un forum en vue d'une coopération économique mondiale d'un nouveau genre. Le temps est venu de travailler ensemble afin de restaurer la croissance soutenue que seuls peuvent procurer des marchés ouverts et stables qui favorisent l'innovation, encouragent l'esprit d'entreprise et apporte des occasions favorables.
Les pays du monde ont des intérêts communs. Les Etats-Unis sont prêts à participer à un effort mondial en vue de créer des emplois et d'impulser une croissance durable. Ensemble, nous pouvons tirer les leçons de cette crise et construire une prospérité sûre et pérenne pour le XXIe siècle.
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lundi, 23 mars 2009
Lettre ouverte à mes amis de la classe dirigeante.
Par Alain Minc.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 23 mars 2009.
Après le tollé provoqué par l'affaire des stock-options de la Société générale, l'essayiste Alain Minc (*) fustige le comportement du patronat français en cette période de crise, lui reprochant son «autisme» et son «inconscience».
Nul ne peut me soupçonner d'être votre ennemi : c'est plutôt le reproche inverse que je subis à longueur de colonnes dans les journaux. Mais je suis aujourd'hui inquiet pour vous car je ne comprends ni vos réactions, ni vos raisonnements, ni - pardonnez-moi le mot - votre autisme. La France n'est pas l'Allemagne : elle a toujours eu des difficultés à établir sur des bases claires un contrat social entre patrons, salariés et pouvoirs publics. De là le poids des symboles. Les syndicats essaient de canaliser tant bien que mal le mécontentement et donc de préserver l'ordre social. Les pouvoirs publics s'efforcent de tenir l'équilibre entre les dépenses nécessaires pour aider les plus malheureux et l'obligation de ne pas déstabiliser, au-delà du raisonnable, les règles de bonne gestion. Les petits patrons se battent pour leur carnet de commandes, courent derrière leurs lignes de trésorerie et sont en fait, face à la crise, du même côté que leurs salariés. Et pendant ce temps, vous qui avez les yeux fixés au-delà du Rhin pour y chercher l'exemple de la modération salariale, vous n'avez pas remarqué le code de conduite en temps de crise signé par le patronat et le gouvernement de Berlin !
Au lieu de s'engager dans cette voie, quelle image avez-vous donnée la semaine dernière ? Vous empochez la décision du gouvernement de ne pas toucher au bouclier fiscal dont vous êtes parmi d'autres les bénéficiaires mais vous ne comprenez pas l'obligation, en contrepartie, de modérer la distribution des revenus primaires pour les dirigeants les plus favorisés. Brice Hortefeux et Christine Lagarde adressent au Medef une lettre nuancée demandant, de la part des dirigeants qui recourent à un chômage partiel important ou à des licenciements massifs non de baisser leurs rémunérations, mais de renoncer à leur part variable.
Que leur répond la présidente du Medef ? Qu'elle n'a ni le pouvoir - c'est exact - ni le désir - c'est une provocation - de le faire. Passons sur les stock-options distribuées au plus bas des cours de Bourse par une banque qui doit, comme toutes ses collègues, sa survie à l'intervention publique. Que penser de la manière dont la première entreprise française perçoit ses relations avec la société environnante, au-delà de ses maladresses de communication, en se contentant, comme seul geste de bonne volonté, de verser une prime à la cuve dont on oublie qu'elle est une simple avance sur l'impôt sur les sociétés et dont l'effort contributif se limite au coût correspondant de la trésorerie, qui plus est, avant impôts ?
Mesurez-vous que le pays a les nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fût-il erroné, de subir une crise dont nous sommes tous à leurs yeux les fautifs ? Comprenez-vous qu'aux aguets de l'opinion, comme l'exige leur métier, les parlementaires n'ont qu'une envie : prendre des dispositions sur les rémunérations qui seraient à terme aussi destructrices pour l'efficacité économique que la loi de 1947 sur les loyers a pu l'être, pendant des décennies, sur l'immobilier ? Ignorez-vous que la quête de boucs émissaires est une constante de notre histoire et que 1789 se joue en 1788 ? Sentez-vous le grondement populiste, la rancœur des aigris mais aussi le sentiment d'iniquité qui parcourt, comme une lame de fond, le pays ? Acceptez-vous de méditer ce mot de la comtesse de Boigne, une habituée des révolutions : «Les peuples ont l'instinct de leur approche ; ils éprouvent un malaise général. Mais les personnes haut placées n'aperçoivent le danger que lorsqu'il est devenu irrésistible» ?
Un léger «retard à l'allumage» est pardonnable ; un excès d'inconscience, non, surtout quand il s'assimile à une pulsion suicidaire.
Amis, de grâce, reprenez vos esprits !
(*) dernier livre paru : «Dix jours qui ébranleront le monde», Grasset, 134 pages, 9 €.
09:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, economie, emploi, sarkozy, ump, ps, verts, pc, modem
samedi, 21 mars 2009
La mort programmée du juge d'instruction.
Par Robert Badinter,
Sénateur PS des Hauts-de-Seine,
ancien garde des sceaux,
ancien président du Conseil constitutionnel.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 21 mars 2009.
Lors de la rentrée solennelle de la Cour de cassation, en janvier, l'oukase présidentiel est tombé. C'en est fini du juge d'instruction, ce vétéran de l'époque napoléonienne. Le temps est venu du juge de l'instruction, ce magistrat du XXIe siècle "qui contrôlera le déroulement des enquêtes mais ne les dirigera plus".
L'annonce a pris de court tous ceux qui oeuvrent à la réalisation des "pôles d'instruction", instaurés par la loi de 2007, qui doivent entrer en fonction en 2010. A quoi bon en effet regrouper en collège des juges d'instruction voués à disparaître ?
Quant aux membres de la commission Léger, créée pour proposer une ixième réforme de la procédure pénale, il ne leur reste plus qu'à mettre en forme la décision présidentielle. Car dans la République impériale, l'axiome de l'Ancien Régime est toujours vivant "Cy veut le Roi, cy fait la loi".
Il y a longtemps en France que le sort du juge d'instruction fait débat. Le cumul de ses fonctions paraissait singulier : d'une part enquêter, d'autre part rendre des décisions juridictionnelles qui touchent aux libertés individuelles : à la fois Maigret et Salomon ! De tels pouvoirs réunis en une même main appelaient des limitations. Diverses lois, notamment la création du juge des libertés en 2000 par la loi Guigou y ont pourvu.
Pour pallier aux défauts révélés par des affaires retentissantes, nées de la solitude du juge d'instruction, j'avais présenté en 1985, au Parlement, une loi qui prévoyait que dorénavant les juges d'instruction oeuvreraient en commun, au sein de chambres d'instruction réunissant trois juges. La loi fut votée sans aucune opposition. Elle ne fut jamais mise en application, le gouvernement suivant ayant affecté à d'autres fonctions les crédits nécessaires. Vingt ans plus tard, après le désastre de l'affaire d'Outreau, une commission parlementaire proposa de nouveau que l'on instaure la collégialité de l'instruction. La loi de 2007 consacra ce principe. Elle devait entrer en vigueur en 2010. Le choix présidentiel la voue au cimetière sous la lune des projets enterrés.
Il est vrai que depuis dix ans, le juge d'instruction a vu se réduire son domaine d'intervention. Il n'agit plus guère que dans les affaires criminelles, ou des infractions financières, économiques, atteintes à l'environnement, réseau de prostitution ou trafic de stupéfiants. L'enquête sur ces affaires complexes serait conduite dorénavant par le parquet. C'est seulement pour décider d'actes attentatoires à la liberté individuelle : perquisitions, écoutes téléphoniques, détention provisoire, etc. qu'interviendrait le juge. Clarté, célérité, seraient les bienfaits annoncés de cette réforme. Nous en reparlerons quand le projet sera achevé.
Mais une question préjudicielle se pose. La première vertu du juge d'instruction, c'est son indépendance. Magistrat du siège, il est à l'abri de toute injonction du pouvoir politique. Toute autre est la situation des membres du parquet. Corps hiérarchisé, organisé, indivisible, le parquet est une institution puissante mais soumise à l'autorité du ministre de la justice. Depuis 2004, cette autorité a été revendiquée avec toujours plus de force par les gardes des sceaux. L'article 30 du code de procédure pénale l'a consacré en 2004. Dès lors dans toutes les affaires "sensibles" confiées au juge d'instruction, l'autorité du ministre pourra s'exercer par l'intermédiaire du parquet, sur le cours de l'enquête.
Pour rassurer sur le risque de voir de telles enquêtes connaître un sort particulier, deux tempéraments sont prévus. Le premier, singulier, est que le parquet et la police judiciaire devront enquêter "à charge et à décharge", comme le juge d'instruction. On croit rêver ! Le procureur n'a pas pour vocation de contribuer à la défense du mis en cause. A ses avocats de l'assumer. C'est dans l'égalité des parties, non dans la confusion des rôles, que la procédure pénale, dans un Etat de droit, trouve son équilibre.
Reste l'autre argument : l'enquête du parquet se déroulera sous le contrôle du juge de l'instruction, dénommé juge de l'enquête et des libertés. Les actes atteignant les libertés individuelles seront soumis à l'autorisation de ce magistrat du siège qui statuera en toute indépendance. Mais qu'adviendra-t-il si le parquet sur instruction s'abstient de demander de tels actes, par exemple des perquisitions ? Verra-t-on des personnes et des lieux bénéficier d'une quasi-immunité pénale ? Sans doute les victimes pourront demander ces investigations au parquet et en cas de refus saisir le juge de l'enquête. Mais dans bien des cas, notamment de corruption, de fraude, d'atteintes aux marchés publics, il n'y a pas de victimes constituées parties civiles.
Si l'on décide d'aller vers la suppression du juge d'instruction, il est indispensable que les magistrats du parquet voient leur condition transformée. Je ne parle pas ici de l'organisation du parquet qui doit rester un corps indivisible et hiérarchisé pour être efficace. Je vise les dispositions indispensables pour assurer aux magistrats du parquet les mêmes garanties statutaires en matière de nomination que les magistrats du siège. Il faut au niveau de l'enquête comme à l'audience où la parole du procureur est libre, qu'en toute conscience les magistrats du parquet puissent accomplir tous les actes qui leur paraîtront nécessaires contre toute personne ou demander aux juges de l'enquête l'autorisation de les accomplir.
La commission Delmas Marty, en proposant en 1987 la suppression du juge d'instruction, avait posé comme condition préalable le renforcement des garanties statutaires des magistrats du parquet. La réforme annoncée par le président de la République reprend la voie ouverte en 1987. Mais le préalable posé demeure. L'indépendance est au coeur de la fonction du magistrat.
La Cour européenne l'a rappelé récemment à propos des membres du ministère public français. Dès lors que l'on entend considérablement accroître les pouvoirs des membres du parquet à l'encontre des justiciables, il faut parallèlement accroître leurs garanties statutaires d'indépendance. A défaut, le pouvoir aura renforcé par cette réforme son emprise sur la justice pénale et les libertés individuelles.
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jeudi, 19 mars 2009
Réforme Balladur : simplifier et clarifier.
Par Dominique Bussereau.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 19 mars 2009.
Secrétaire d'État chargé des Transports et président du conseil général de la Charente-Maritime, Dominique Bussereau en appelle à une clarification de la place de chaque échelon territorial.
Oui, il est temps de décider. Il est temps de simplifier l'organisation de nos territoires, et le rapport remis par Édouard Balladur au président de la République propose plusieurs pistes pour engager efficacement une réforme.
La tâche à laquelle s'est attelé le comité pour la réforme des collectivités territoriales est particulièrement ardue. Elle exige en effet de bien mesurer le rôle que remplit chaque collectivité locale dans la vie quotidienne de nos concitoyens. L'objectif n'est pas de fixer arbitrairement une nouvelle structure, mais d'apprécier l'utilité réelle de chaque échelon.
J'ai eu l'occasion de constater, lors de mes différents mandats d'élu local, l'importance de l'échelon communal. Par sa proximité, c'est le mieux placé pour répondre aux besoins de la population. Lors des grandes tempêtes qui ont secoué la France en décembre 1999 et, plus récemment, le 24 janvier, alors que les lignes téléphoniques étaient arrachées et que l'ensemble de nos communes étaient privées d'électricité, c'est au niveau communal que les réseaux d'entraide se sont spontanément organisés. Nos communes doivent donc être maintenues : elles sont la pierre angulaire de la proximité et de la solidarité. Ensuite, il convient de mener rapidement à son terme, comme le préconise Édouard Balladur, le processus de regroupement : chaque commune doit rejoindre une communauté de communes, une communauté d'agglomération ou une communauté urbaine. Une fois la carte de l'intercommunalité achevée, les «pays», dont la fonction était de préfigurer les groupements de communes, n'auront plus de raison d'être.
À l'échelon supérieur, il apparaît nécessaire de clarifier les périmètres des départements et des Régions. Plus que par une spécialisation des compétences - la clause de compétence générale des départements doit être maintenue -, nous y parviendrons en augmentant la taille des Régions et en favorisant leur regroupement volontaire. Le comité pour la réforme territoriale place parmi ses principales propositions la réduction du nombre de Régions et la modification de leurs limites territoriales : c'est effectivement le point de départ. Au mois de janvier, nous avons proposé, avec Jean-Pierre Raffarin, par une lettre au président de la République, une fusion des Régions Aquitaine et Poitou-Charentes, afin de les porter au niveau adapté à leur développement. Nous invitons aujourd'hui les deux présidents des conseils régionaux, Ségolène Royal et Alain Rousset, à soumettre cette idée aux habitants de leurs deux Régions en y organisant un référendum.
En revanche, l'idée d'élire les conseillers régionaux et généraux par un scrutin unique, à la proportionnelle, ne me semble pas aller dans la bonne direction. En effet, un scrutin de liste contribuerait à politiser les élections locales et à les éloigner des véritables enjeux. Nombre de conseillers généraux n'appartiennent pas à un parti politique. Leur connaissance du canton et de ses habitants a plus d'importance que leur étiquette. Par principe, je suis d'ailleurs hostile à l'élection à la proportionnelle et favorable au maintien des cantons, en tenant compte, bien sûr, de l'évolution de leur démographie.
C'est en marquant plus nettement la différence d'échelle entre le département et la Région, c'est en attribuant à chaque collectivité territoriale un impôt spécifique, comme le suggère Édouard Balladur, que l'on parviendra à clarifier les périmètres de chaque échelon.
Il faut ensuite se garder de déterminer de façon trop rigide les attributions de chaque collectivité, et laisser de la souplesse à leur fonctionnement. Cette souplesse est gage de résultats. J'en donnerai deux exemples. C'est grâce à la clause de compétence générale que le département de la Charente-Maritime, la Région Poitou-Charentes et la communauté d'agglomération ont cofinancé l'ouverture de l'université de La Rochelle aux côtés de l'État, il y a une dizaine d'années. Sans la contribution de chacune des collectivités locales, cette université, qui accueille aujourd'hui 7 000 étudiants, n'aurait pas vu le jour. Autre illustration : le Futuroscope de Poitiers, son parc de loisirs, ses nombreuses entreprises, ses centres de recherche, etc., existeraient-ils si l'on avait encadré les compétences du conseil général de la Vienne et de son président, René Monory ?
Autre réflexion : les collectivités locales contribuent activement au plan de relance de notre économie. Que serait-il advenu si le Parlement avait voté à l'automne, dans un contexte économique bien différent, un objectif national d'évolution de la dépense publique locale, comme le propose le rapport ?
La réforme doit donc rapidement être lancée. Le président de la République le veut et a indiqué qu'un projet de loi serait déposé au Parlement dès cet automne. Je suis sûr que la devise de cette loi sera la suivante : proximité, solidarité, efficacité.
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mercredi, 18 mars 2009
Esprit français, es-tu là ?
Par Xavier Darcos,
Ministre de l'Education nationale, Membre de l'Institut.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 18 mars 2009.
Parmi les grandes démocraties contemporaines, la France occupe, historiquement, une place particulière, parce qu'elle a toujours accordé au savoir et aux idées une prééminence dans la conduite du débat public et, partant, de l'action politique.
Et lorsque les intellectuels semblent moins s'exprimer, on leur fait reproche de leurs "salves de silence". On y voit une sorte de trahison ou de manquement. Car cette vigilance de l'esprit constitue un utile contre-pouvoir, une force dialectique, un stimulant. Cette singularité est un atout dans une société soumise au rythme de l'information immédiate et éphémère, dans laquelle tout se perd et tout se vaut.
Cet usage résulte, comme chacun sait, de la figure française de "l'auteur engagé". Depuis Voltaire, au moins, il s'identifie à une résistance face à l'institution, même si de grands esprits et des plumes alertes ont aussi pu accompagner les ambitions de la nation, tels les poètes de la Pléiade contribuant à l'unification linguistique et politique du royaume de France sous François Ier.
Mais cette vision émane aussi de notre héritage positiviste, qui a scellé une alliance du monde intellectuel et du monde politique, en fondant le progrès social sur les avancées de la science et de la vérité critique. C'est à cette longue tradition que se référait Nicolas Sarkozy en rappelant, au cours de sa campagne présidentielle, qu'il n'y a pas de projet politique sans véritable projet scolaire - entendez par là, sans revenir aux racines mêmes du projet républicain qui a voulu fonder le pacte social sur le partage du savoir, sur l'accès aux monuments de la culture et de la pensée. Tout honnête homme, quelle que soit son appartenance politique, désire l'avènement d'une société éclairée où progressent pour tous les valeurs de liberté et de justice.
D'où vient alors ce soupçon perpétuel qui pèse sur nos gouvernements, quelles que soient leur appartenance et les mesures qu'ils adoptent ? Le voici qui se réanime bruyamment, oscillant entre le procès en illégitimité et l'accusation de vouloir bâillonner culture et libre pensée.
Comment expliquer que dans un pays qui a magnifié à ce point l'usage de la raison ou l'examen des preuves, le rationnel semble exilé du débat public, tandis que la rumeur, l'outrance, la théorie du complot ou le déni de vérité s'instillent jusque dans les sphères les plus éclairées du monde intellectuel ? La dérive n'est pas inusitée, certes. Montaigne voyait déjà dans la "passion du courroux" un puissant ennemi du dialogue raisonnable, vouant à l'échec la cause de la vérité : "Il n'est passion qui ébranle tant la sincérité des jugements que la colère." Je m'étonne : par paradoxe, cet excès de passion semble désormais le premier argument de ceux qui entendent défendre les intérêts de la raison.
Cette tendance imprécatrice blesse l'intelligence. Elle me choque : non seulement parce qu'elle peut émaner de personnalités que j'admire et auprès desquelles j'ai appris et travaillé ; mais aussi parce qu'elle encourage le monde du savoir dans une défiance explicite, voire obligée, à l'égard du politique, au risque d'une rupture entre ces deux alliés du projet républicain.
Lorsqu'on laisse utiliser le sceau et la typographie officielle de la Sorbonne pour publier des tracts parodiques appelant au procès du président de la République, ce n'est pas seulement la représentation du peuple que l'on bafoue : ce sont aussi les efforts et le mérite de tous ceux qui ont obtenu leur doctorat frappé de ce même sceau que l'on déprécie. Affaiblir le pouvoir, galvauder l'image du savoir, ridiculiser ses espèces, c'est faire la part belle à tous les populismes, voire aux obscurantismes qui rêvent toujours de couper durablement la politique de l'esprit.
Personne n'a intérêt à encourager cette dérive. Personne n'en sortira gagnant. Et surtout, personne ne peut en justifier les vrais ressorts, qui sont le dévoiement de la fonction critique de l'intellectuel, au profit d'intérêts partisans ou caricaturaux. Il suffit, pour s'en convaincre, de fréquenter certains blogs ou certains forums dans lesquels les exposés les plus brillants sont parfois consacrés aux arguties de thèses les plus insensées, assorties de procès en sorcellerie ad hominem.
Là n'est pas l'exigence de l'esprit d'examen et de la rigueur morale qui ont fait le prestige de notre tradition intellectuelle - et, même, je le reconnais, sa précellence sur un personnel politique soumis aux aléas de l'opinion et aux contraintes du transitoire.
Comme ministre, mais aussi comme professeur, je crois que nous devons sortir le débat d'idées de ce registre polémique, sophistiqué et agressif, dans lequel il est actuellement tenté de s'enfermer. Les politiques ne sont pas les ennemis du savoir - surtout pas ceux de cette majorité qui a fait de l'université et de la recherche une priorité.
Dans un monde où les valeurs matérielles et vénales basculent sous leur propre échec, les intellectuels vont, une fois encore, se trouver aux avant-postes pour inventer une autre utopie sociale. Nous avons soif de leurs clartés, d'autant que nous n'avons d'autre moteur du progrès que la connaissance. L'affaire ne se clive pas entre les bons (la gauche) et les méchants (la droite).
Cette supputation est inféconde. Elle donne un exemple désastreux à notre jeunesse, en privilégiant la querelle ou le préjugé plutôt que la controverse argumentée. De quelque côté que nous nous trouvions, nous pouvons disputer et penser des convergences utiles.
Bref, et si on retrouvait cette forme de l'excellence de l'esprit français, "l'art de conférer" ?
15:00 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, education, sarkozy, darcos, ump, sarkosy, ps, pc, modem, verts
lundi, 16 mars 2009
OTAN : "Le risque, c'est un rétrécissement de notre ambition"
Interview de Dominique de Villepin,
ancien Premier Ministre.
Entretien publié dans Le Monde,
le 16 mars 2009.
Le gouvernement engage sa responsabilité devant l'Assemblée nationale, mardi 17 mars, sur une déclaration de politique étrangère. Il évite ainsi un vote sur la réintégration par la France du commandement intégré de l'OTAN décidée par Nicolas Sarkozy. L'ancien premier ministre Dominique de Villepin critique cette décision.
Pourquoi êtes-vous hostile à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN ?
On a présenté cette décision comme le résultat d'un processus continu de régularisation. Ce n'est pas mon point de vue. Au fil des années, nous avons pris, c'est vrai, des initiatives pour maximiser la contribution de la France au fonctionnement de l'OTAN, mais avec toujours le même souci : préserver notre position originale et singulière au sein de l'organisation. Ce qu'on nous propose aujourd'hui est une rupture politique et symbolique.
Vous voulez absolument être le défenseur du gaullisme ?
Je m'exprime moins au nom d'une fidélité ou d'une doctrine qu'au nom d'une expérience et d'une conviction. L'OTAN ne doit pas devenir une ONU bis ou le bras armé de l'Occident.
M. Chirac avait envisagé cette réintégration lorsque vous étiez secrétaire général de l'Elysée.
Oui, mais c'était en 1995, dans un contexte très particulier, juste après la chute du mur de Berlin, l'effondrement de l'URSS et la fin de la guerre froide. Les attentats du 11 septembre et la guerre en Irak ont changé la donne. Le concept de "guerre contre le terrorisme" est une aberration. La peur a conduit à renouer avec la dangereuse logique des blocs. La position originale de la France permettait de la contrecarrer. Même en 1995, je n'étais pas personnellement favorable à cette réintégration, car j'ai toujours pensé que l'indépendance de la France était intimement liée à notre singularité et à notre vocation diplomatique de pont entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud. La France n'est pas un pays comme les autres du fait de son histoire, de sa présence outre-mer, de son statut de membre du Conseil de sécurité. Tout cela nous confère des devoirs et des responsabilités, comme nous avons pu le faire en Irak. Le risque qui nous guette, c'est un rétrécissement de notre ambition et une banalisation de la voix de la France, alors même que l'affirmation de notre spécificité constituait un élément de notre identité et une garantie de protection.
Si la France avait réintégré le commandement militaire de l'OTAN, elle n'aurait pas pu avoir un message fort sur l'Irak ?
Dans cette crise, il y a eu deux aspects. L'un, consensuel, a consisté à ne pas envoyer de troupes en Irak ; l'autre, beaucoup plus audacieux, a été d'empêcher les Etats-Unis, nos très proches alliés, d'utiliser la légitimité onusienne pour valider la guerre. Nous avons mené un combat et cherché à convaincre nos partenaires qu'il y avait un risque majeur d'affrontement avec le monde arabe et l'islam. C'était le devoir de la France d'éviter ce choc entre l'Orient et l'Occident. Beaucoup d'hommes politiques ne nous suivaient pas et plaidaient pour que la France ne fasse pas de vagues. Je crains que, désormais, nous ne puissions plus nous autoriser cette audace.
Le contexte a changé. N'est-il pas temps d'évoluer ?
Je ne veux pas faire de procès d'intention à Nicolas Sarkozy. Nous aurons très vite l'occasion de vérifier si nous sommes capables ou non de préserver une position originale. Ainsi en Afghanistan, Barack Obama a décidé d'augmenter la présence militaire américaine. Saurons-nous faire prévaloir notre propre vision ? En 2001, les choses étaient claires, il s'agissait de lutter contre un sanctuaire du terrorisme ; aujourd'hui, l'échec est patent. La présence de troupes étrangères coalise contre elles une grande partie des forces de ce pays. J'estime qu'il n'y a pas de solution militaire et qu'il faut entrer dans un processus de désengagement, couplé avec une nouvelle stratégie régionale et un fort soutien économique et social.
Ne faut-il pas renoncer à la singularité française, qui irrite nombre de nos partenaires, pour relancer l'Europe de la défense ?
Le président de la République fait ce pari. Je crains que l'inverse ne se produise. Dans l'immédiat, le signal que nous donnons est un renforcement atlantique dont la politique européenne de défense n'est qu'un élément marginal. Là encore, les tests concrets viendront très vite. Quid de l'agence européenne de défense ? De la constitution d'un état-major européen ? De la création d'une force d'intervention rapide qui était censée atteindre l'objectif de 50 000 à 60 000 hommes ? Nous en sommes extrêmement loin.
M. Fillon a-t-il raison d'engager la responsabilité du gouvernement sur ce sujet ?
D'un côté, il reconnaît l'importance du sujet ; de l'autre, il limite la liberté d'expression de la majorité en déplaçant la question. Ce n'est plus un vote pour ou contre la réintégration mais pour ou contre le gouvernement. La question mérite pourtant un débat de fond au-delà des clivages partisans. Je déplore que vole en éclats le consensus qui existait sur notre politique de défense. Tout cela me paraît malvenu en période de crise. Concentrons-nous plutôt sur l'essentiel : la réponse économique et sociale aux inquiétudes et souffrances des Français. Je crains que l'action du président de la République ne soit entachée aujourd'hui d'une trop grande dispersion et de confusion.
Que devrait-il faire ?
Revenir à un équilibre institutionnel plus conforme à notre Constitution et à nos traditions. Nous avons besoin d'un président qui défende une vision, soit capable de rassembler. En se substituant au premier ministre, il a du mal à jouer ce rôle de sage attaché à sa fonction. Et il prend le risque de voir sa légitimité contestée. Par la force des choses, le mécontentement se tourne vers celui qui semble détenir tous les leviers et prendre toutes les décisions. Dans ce contexte, s'ouvrir à des personnalités fortes, capables de marquer un rassemblement plus large, serait un bon signal. La majorité ne manque pas de talents désireux de servir, à l'image d'Alain Juppé.
Faut-il changer de politique ?
Il faut rassembler le pays autour de ses valeurs fondamentales : l'indépendance, les principes républicains, le sens de l'intérêt général. C'est nécessaire pour retrouver la confiance des Français. Cela ne relève pas d'une simple stratégie de communication. Il faut reconnaître certaines erreurs commises sur le plan institutionnel et politique et en tirer les leçons. C'est en faisant preuve d'écoute et d'humilité que l'on peut avancer.
Cela veut dire en finir avec la rupture ?
La rupture était une erreur. Elle a été un moyen de conquête mais elle ne correspond pas à la réalité du pays et, aujourd'hui, en temps de crise, elle est devenue dangereuse. On a le sentiment qu'il y a une idéologie au pouvoir qui obscurcit la capacité à avancer en rassemblant. Seul doit prévaloir l'intérêt de la France et des Français.
Propos recueillis par Françoise Fressoz et Patrick Roger.
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Primaires UMP :«Renforcer notre esprit de reconquête»
Interview de Nathalie Kosciusko-Morizet,
Secrétaire générale adjointe de l'UMP.
Entretien publié dans Le Figaro, le 16 mars 2009.
LE FIGARO. - Pourquoi avoir choisi de désigner vos chefs de file pour les régionales par des primaires ?
Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Dans la majorité des Régions, nous sommes aujourd'hui challengers. Ces primaires donnent une dynamique particulière à ces élections, une dynamique qui doit renforcer l'esprit de reconquête qui nous anime. C'est aussi pour nous l'occasion d'approfondir ce que nous avons entamé avec l'élection présidentielle, puisqu'en janvier 2007 notre candidat Nicolas Sarkozy a été désigné par les militants. Ce vote est à l'origine, pour lui comme pour nous, du véritable élan populaire qui l'a porté jusqu'à l'Élysée. Pour les régionales 2010, nous voulons à nouveau mettre toutes les chances de notre côté. Et d'ailleurs nos militants plébiscitent notre choix.
Ces primaires n'interviennent- elles pas trop tôt ?
C'est bien parce que nous ne sommes pas sortants dans vingt des vingt-deux Régions qu'il fallait que la campagne commence tôt pour nous. Nous aurons besoin de plus de temps pour faire connaître nos candidats et notre projet que les exécutifs sortants pour lesquels a priori c'est toujours plus facile.
Comment expliquez-vous les contestations sur le choix de procéder par des primaires ?
Tout simplement parce qu'il s'agit d'une première. Nous n'avions jusqu'ici pas l'expérience de ce type de consultation pour des élections comme les régionales. Qui vote ? Qui peut se présenter ? Quelles sont les règles du jeu ? Comment voter ? Il a fallu pour nous répondre à toutes ces questions et expliquer nos choix. Nous avons passé le temps qu'il fallait pour rassurer sur le vote par Internet.
Ce vote par Internet est-il sûr ?
Il est entièrement garanti et sécurisé. Nous avons même organisé une réunion des candidats et des chargés de mission régionaux avec le prestataire extérieur en charge de l'organisation technique, et je crois que cette explication a convaincu tout le monde.
Les militants n'ont le choix de plusieurs candidats que dans huit Régions. Est-ce la limite de cet exercice ?
Dans plusieurs Régions, on constate clairement que certaines personnalités disposent auprès des militants d'une légitimité très forte et très naturelle qu'aucun autre candidat n'a voulu contester. Mais personne n'a été découragé. Dans d'autres Régions, à l'inverse, on a parfois de vraies batailles, comme dans le Languedoc-Roussillon où quatre candidats concourent à la candidature. Toutes les configurations sont possibles.
Passé les régionales, y aura-t-il d'autres primaires à l'UMP ?
C'est un peu tôt pour le dire, puisque nous devons tirer déjà les enseignements du scrutin de cette semaine. Mais on sent bien que les primaires ont séduit nos militants et qu'ils en redemandent. Personnellement, j'y suis favorable et ce n'est pas un hasard si je me suis impliquée.
Vous êtes aussi chargée, à l'UMP, du dossier «protection des Français», qui comprend les questions de justice. Cela fait-il de vous la candidate idéale pour succéder à Rachida Dati ?
J'ai également en charge les questions de sécurité et de santé, cela ferait beaucoup de portefeuilles, vous ne trouvez pas ?
10:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, région idf, pécresse, education, ump, sarkosy, ps, pc, modem, verts































































































