jeudi, 31 janvier 2008
L'hommage de Max Gallo à Jean-François Revel.

Extrait du discours prononcé par Max GALLO, reçu aujourd'hui sous la Coupole, en hommage à son prédécesseur, l'écrivain humaniste engagé dans les combats contre les totalitarismes.
"Le grand malheur du XXe siècle, écrit Jean-François Revel, ce sera d'avoir été celui où l'idéal de la liberté aura été mis au service de la tyrannie, l'idéal de l'égalité au service des privilèges, toutes les forces sociales comprises à l'origine sousle vocable de gauche embrigadées au service de l'appauvrissement et de l'asservissement. Cette immense imposture a falsifié tout le siècle, en partie par la faute de quelques-uns de ses plus grands intellectuels." Ainsi, c'est avec Jean-François Revel que j'ai depuis quarante ans dialogué.
Il n'imposait pas son point de vue, mais il était comme ces joueurs d'échecs, les grands maîtres, devant qui l'onse sent désarmé, que l'on veut imiter,de qui l'on veut apprendre et qu'onne peut contester qu'en quittant le jeu, trop exigeant, et en reprenant les parties de belote si rassurantes.
Mais, peu à peu, d'hésitations en errements, de livre en livre,de chroniques en éditoriaux, j'ai abandonné les jeux de cartes. (…)J'ai écrit comme si Jean-François Revel avait été penché sur mon épaule, compréhensif et impitoyable,approbateur ou déçu, voire accablé,mais toujours amical et affectueux.
Il l'a été pour moi, et pour tous ceux qui restaient enfoncés ou retombaient dans leurs erreurs. Ainsi son ami Louis Althusser. Mais il n'a jamais dérogé à cette règle qu'il avait faite sienne : «J'ai de l'amitié pour Platon, mais plus encore pour la Vérité.»
J'ai donc partagé le jugement qu'il porte sur le XXe siècle qui, dit-il, «a surpassé tous les autres dans l'art et la technique d'enfermer les hommes et de les exterminer». (…)
«L'Histoire est un théorèmeindémontrable», écrit Revel dans Le Voleur dans la maison vide.
«Elle est l'enfant de notre seule pensée et de notre besoin d'interrogation, d'explication, de synthèse.
«Comment pourrions-nous éprouverce besoin si l'Histoire, qu'elle soit collective ou individuelle, ne pouvait pas à toutinstant devenir autre qu'elle n'est ?L'Histoire ne fixe aucun rendez-vous, elle ne pose que des lapins. Seul l'homme peut se fixer des rendez-vous à lui-même, et seulil a le pouvoir de s'y rendre.»
Revel place donc l'homme au centre du jeu, c'est-à-dire face à ses responsabilités individuelles.
C'est pour les fuir qu'on prétendque des mécanismes incontrôlables, économiques, sociaux ou politiquesont le pouvoir de déterminer notre destin.
Nous sommes libres. Nous sommes comptables de notre vie. Notre volonté est le ressort du monde.
Instruit par Jean-François Revel,la seule loi de l'Histoire que je reconnaisse aujourd'hui est celle de la surprise, qui renvoie à notre indestructible liberté. (…)
Jean-François Revel était, comme il aimait à le rappeler, «l'homme de toutes les marges», et, de ce fait, indépendant ; au cœur des affrontements intellectuels et politiques de la Cité, il chargeait ses adversaires avec la furia francese d'un polémiste incomparable. (…)
Lucide, sincère, il n'hésite pas à reconnaître dans la préface à une réédition de Pour l'Italie, en 1976 que, dans l'âpreté des joutes, il a cédé à la colère et usé de toutes les armes. (…)
Mais Revel ne peut se taire. C'est ce qu'on appelle le courage, spontané et instinctif.
«Je suis envahi, écrit Revel, impressionné (au sens d'une pellicule photographique) par la manifestation de cette évidence, fréquente sinon constante : l'humanité agit dans la réalité selon une norme qui est le contraire de celle qu'elle affiche et professe dans ses idéaux.
«En écrivant, je me borne à rapprocher la réalité effective de la réalité fictive, et leur contact provoque en général une explosion.»
Cette exigence intellectuelle est d'abord une morale ; Revel ne transige pas avec le mensonge. Il le traque. Il le montre. Il l'attaque. Et s'il parle fort, c'est parce que, dit-il, «devant certaines surdités volontaires, il faut travailler à l'explosif». Je dois confesser, Mesdames et Messieurs de l'Académie, que j'ai été malmené, choqué, renversé par certaines de ces déflagrations.
Jean-François Revel avait pris pour cibles de Gaulle, Malraux, Claudel, Péguy, Aragon, d'autres moins illustres mais qui étaient et sont encore de mes amis.
Il opérait sans anesthésie, avec l'assurance, la main ferme de celui qui ne se soucie ni des puissants, ni des modes, ni des conventions ou du conformisme. Ses interventions contre des hommes que je révérais, qui m'avaient enthousiasmé, me laissaient pantelant. Mais, après le choc opératoire, j'étais contraint de reconnaître qu'il avait porté le fer là où il fallait, et crevé des abcèsque la complaisance, la prudence,l'aveuglement rassurant, l'admiration béate dissimulaient.
Revel obligeait à regarder, à mettre en cause ses certitudes, à rompre avec les idées reçues. Si l'on voulait contester son diagnostic, il fallait trouver des arguments qui ne pouvaient plus être d'autorité, mais fondés sur une analyse et des raisonnements aussi pertinents que les siens. (…)
Pour lui, la clarté, la rigueur, le refus des envolées prétendument poétiques, desobscurités ou des préciosités, prétentieusement qualifiées de «beau style», sont les conditions d'une pensée capablede comprendre et de faire comprendre.
Ce que Jean-François démasque chez les faux grands poètes, les historiensde l'art qui cachent leur ignorance sous les déclamations, les politiciensemphatiques, c'est le trucage, le mensonge dont la forme achevée est l'idéologie, cette imposture érigée en système. Voilà son adversaire principal !
«Qu'est-ce que l'idéologie ?», s'interroge-t-il ici même, lors de sa réception, Mesdames et Messieurs, dans votre Académie. "C'est une construction a priori, élaborée en amont et au mépris des faits et des droits, c'est le contraire à la fois de la science et de la philosophie, de la religion et de la morale."
«L'idéologie n'est pas la science pour laquelle elle a voulu se faire passer ; ni la morale dont elle a cru détenir les clés et pouvoir s'arroger le monopole tout en s'acharnant à en détruire la source et la condition : le libre arbitre individuel ; l'idéologie n'est pas la religion à laquelle on l'a souvent comparée.»
Et lui qui ne cède jamais à l'apitoiement ajoute : «Nous autres, pauvres hommes du XX e siècle, avons subi l'âge de fer des idéologies.» Il s'est dressé contre elles dès les années quarante.
Il a seize ans quand la nation est brisée par l'«étrange défaite» qui livre le pays aux nazis. Il vit à Marseille, alors située en «zone libre». Cet élève des jésuites, dont le père accepte et soutient le régime de Vichy, choisit la Résistance. D'abord à Lyon, où il prépare le concours d'entrée à l'École normale supérieure, puis à Paris après y avoir été reçu. Sa Résistance n'est pas un «drôlede jeu». Il risque chaque jour sa vie.
Années cruciales où se conjuguent en lui «la tension due à la charge de travail des examens et concours avec l'anxiété secrétée en permanence par la tragédie sanglante, par la hantise d'une mort pure et simple de notre civilisation».
La défendre, voilà le sens de son engagement. Il a choisi la vérité contrele mensonge. Il se bat pour «une certaine idée de la France». (…) Revel, qui a rejeté le nazisme, refusé la servitude volontaire, ne succombera pas à la fascination du communisme. (…) Le voici, aux côtés de Raymond Aron, d'Orwell, de David Rousset, de Koestler, de Simon Leys, de Boris Souvarine, à nouveau en résistance. Ses livres, ses éditoriaux sont les armes de ce combat. Ils mettent en garde contre La Tentation totalitaire, rappellent Comment les démocraties finissent (1983), condamnent le programme commun aux socialistes et aux communistes.
En 1981, Revel écrit La Grâce de l'État, premier essai, après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, à critiquer les orientations du gouvernement. Celles que j'ai défendues.
Et j'ai été d'autant plus sensible au questionnement majeur de Revel quandil s'interroge sur l'attitude des intellectuelset des artistes face au totalitarisme. «Si le fascisme et le communisme, écrit-il, n'avaient séduit que des imbéciles et des canailles, il eût été plus simple de s'en débarrasser.»
«La connaissance n'est-elle pas inutile ?», se demande-t-il dans un essaide 1988, puisque la réalité du totalitarisme soviétique est connue depuis les années trente, qu'on a décrit la Grande Terreur , et que, cependant, le communisme continue d'attirer, de fasciner ceux dont la fonction est de connaître, d'analyser, de dire ? Or, le Grand Mensonge, malgré Soljenitsyne et les dissidents, est toujours efficace et menaçant.
«Les pacifistes sont à l'Ouest et les missiles à l'Est.» Cette phrase qui fait mouche a-t-elle été glissée par Revel à François Mitterrand ? Certains l'affirment. Jean-François Revel occupe ainsi, alors qu'il est directeur de L'Express de 1977 à 1981, puis éditorialiste au Point, un poste de combat en première ligne, constamment exposé.
Il ose se proclamer anticommuniste alors qu'il s'agit là de l'un de ces «gros mots» que la pudeur, la prudence, les complaisances et la complicité interdisent de prononcer. Revel va plus loin encore. Il dénonce avec éclat «l'identité d'essence des trois totalitarismes du XX e siècle : fascisme, nazisme, communisme», auxquels il ajoutera bientôt le maoïsme, ce nouvel opium des intellectuels. Ni Raymond Aron, ni François Furet, ni Simon Leys, engagés dans la même bataille, n'ont été attaqués avec autant de violence qu'il le fut.
«Et d'abord vous, Revel, vous êtes une canaille», lui lancera un secrétaire général du Parti communiste, ne suscitant qu'une réprobation timide des journalistes présents.
C'est que Revel brise les tabous, aucune prudence ne retient sa plume. Il est de ces hommes qui s'engagent. Il l'a montré sous l'Occupation, puis il a combattu le colonialisme, a critiqué le gaullisme triomphant.
Comment pourrait-il épargner le communisme, le maoïsme, ces utopies meurtrières ?
Il intervient toujours en intellectuel qui accumule les données de fait, mais aussi en polémiste impitoyable qui refuse toutes les connivences, et en politique déterminé qui ose dire que le secrétaire général du Parti communiste français a travaillé en Allemagne nazie ou que son parti est financé par l'Union soviétique.
Cela est contraire aux usages !Pourtant il le fait. Il choque la gauche, qui n'a pas rompu avec le communisme pour des raisons idéologiques et électorales. Il est le mal-pensant. Il trouble le jeu. Il conçoit même, en 1979, le «devoir d'ingérence» des démocraties dans les régimes dictatoriaux qui, en Afrique, se proclament socialistes.
Au terme d'une analyse rigoureuse, il rappelle les grandes famines provoquées par les régimes marxistes africains et, avant eux, par Staline et Mao, et il ose écrire que le «grand affameurdu XX e siècle, c'est le socialisme».
De tels propos le mettent au ban de la communauté intellectuelle qui régit les bonnes mœurs et préfère divaguer sur les bonheurs de la Révolution culturelle chinoise ! Jean-François Revel a donc franchi les portes de l'enfer.
Les dévots feront silence sur cet écrivain qu'on ne peut prendre en défautd'information, qui dénonce, preuvesà l'appui, les mensonges, et qui publie en même temps une Histoire de la philosophie occidentale, de Thalès à Kant (1994), son Histoire littéraire de la sensibilitégastronomique de l'Antiquité à nos jours (1979), puis qui, échappant à l'actualité politique, dialogue en philosophe avec son fils, moine bouddhiste.
Mais qui est-il donc, ce Jean-François Revel ? Un écrivain égal aux plus grands. Un écrivain français nourri par la sève rabelaisienne et voltairienne. Un lecteur de Saint-Simon et de Montesquieu,de Chateaubriand et de Tocqueville,de Taine, de Montaigne et de Proust.
Un humaniste engagé dans les combats contre les totalitarismes, qui a toujours défendu la liberté d'expression et affirmé que «le seul barrage au fanatismemeurtrier est de vivre dans une sociétépluraliste où le contrepoids institutionnel d'autres doctrines et d'autres pouvoirs nous empêche toujours d'aller jusqu'au bout des nôtres».
Car, au centre de la pensée de Revel,il y a l'idée qu'il faut défendre l'hommede son pire ennemi : l'homme.
Ce qui signifie : reconnaître que l'homme peut errer, mentir, se mentiret préférer le mensonge et l'illusionà la vérité, la cruauté à la bonté. Mais faire cet implacable constat ne conduit pas Revel au fatalisme.
Il fait le pari que l'homme est libre et que, dès lors, chacun de nous peut choisir entre la face noire et la face claire de son esprit. Et cela engage notre responsabilité. Lucidité, liberté, responsabilité,courage, refus du cynisme et dela passivité, bonté, tels sont les piliers dela pensée et du comportement de Revel. Jamais il ne se dérobe à leurs exigences ».
19:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Culture, Sarkozy, Académie française, langue française
lundi, 28 janvier 2008
Décès de Jean MATTEOLI.
C'est avec une très grande émotion que j'apprends le décès de Monsieur Jean MATTEOLI.
Je tenais à rendre un hommage particulier au courage exceptionnel de l'humaniste qu'il a été tout au long de sa vie, marquée par la Résistance, la déportation et l'abnégation dans le service de la France.
Figure emblématique de la vie politique française, Jean MATTEOLI avait présidé les Charbonnages de France et exercé les fonctions de Ministre du Travail et de la Participation. En 1973, il intégra le Conseil économique et social, qu'il présida entre 1987 et 1999, date à laquelle il en devint le Président d'honneur par acclamations.
Grand Croix de la Légion d'Honneur depuis 1998, Jean MATTEOLI était également titulaire de la Croix de Guerre 39-45 avec 3 citations et de la Médaille de la Résistance.
J'adresse à Mme. MATTEOLI, à sa famille, mes condoléances sincères, ainsi que son soutien dans l'épreuve.
NCL
20:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Gaullisme, Résistance, UMP, Social, Sarkozy
samedi, 26 janvier 2008
Renouer avec le Rwanda, respecter la vérité.
Par Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 26 janvier 2008.
En décidant, dès ma prise de fonction, et en accord avec le président de la République, de renouer avec le Rwanda des relations diplomatiques normales, je savais que je m'engageais dans une voie sinueuse mais nécessaire. J'ai fait ce choix, connaissant ce pays, ayant en mémoire notre histoire commune, me souvenant des drames que nous avons traversés.
Je ne sais pas qui a commandité l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président Habyarimana. Mais je ne crois pas, comme l'excellent juge Jean-Louis Bruguière, que Paul Kagamé ait sciemment décidé d'allumer l'étincelle qui embraserait son pays. Je ne peux pas cautionner cette vision simpliste et infamante qui fait des Tutsis les responsables de leur propre malheur, pas plus que je ne peux supporter d'entendre certains défendre la thèse d'un double génocide tutsi et hutu. Je sais que les ingrédients du drame étaient réunis depuis longtemps. Et j'ai vu au Rwanda la réalité d'un génocide. J'y étais.
Les soldats de l'opération « Turquoise » se sont trouvés empêtrés dans un drame dont ils ne contrôlaient pas davantage les tenants qu'ils ne mesuraient les aboutissants. Ils méritent comme nous la vérité. La France n'est pas restée sourde aux graves accusations portées contre sa politique rwandaise entre 1990 et 1994. La mission d'information parlementaire présidée par Paul Quilès a rendu des conclusions publiques très claires : malgré des « erreurs d'appréciation » dans notre politique, et notamment une « coopération militaire trop engagée » et une « sous-estimation du caractère autoritaire, ethnique et raciste du régime rwandais », la France et ses soldats n'ont en aucune manière incité, encouragé, aidé ou soutenu ceux qui ont orchestré le génocide et qui l'ont déclenché dans les jours qui ont suivi l'attentat.
Pour avoir côtoyé sur place les forces françaises, je peux en attester : la France a certainement commis des erreurs politiques, mais il serait odieux et inacceptable de penser qu'elle ait pu être coupable de crimes ou de complicité de crimes de génocide. C'est un point sur lequel je ne transigerai pas. Notre rapprochement avec le Rwanda ne se fera pas au détriment de l'honneur de l'armée française ni de la vérité historique.
Car la question aujourd'hui n'est plus là. La normalisation des relations avec le Rwanda est une nécessité. L'absence de relations diplomatiques entre deux États est et doit demeurer une exception. Les négociations en cours pour le rétablissement des relations diplomatiques avec le Rwanda n'équivalent aucunement à une caution apportée au régime rwandais, mais à une simple reconnaissance de l'État rwandais, conformément au droit international. Nous devons en être conscients : le statu quo est préjudiciable à nos deux pays.
Lancé dans un développement économique et social vigoureux, le Rwanda est aujourd'hui un acteur clé dans la stabilisation de la région des Grands Lacs africains. Il est en incontournable à l'est de la République démocratique du Congo. Et il joue un rôle majeur dans la crise du Darfour, où il déploie un important contingent dans le cadre de la force de maintien de la paix de l'Union africaine.
C'est notamment pour avancer sur ces dossiers que nous avons entrepris de renouer le dialogue avec les autorités rwandaises. Le président de la République s'est entretenu à Lisbonne avec son homologue rwandais, promettant de rétablir bientôt un dialogue normal entre nos deux pays. C'est dans cet esprit que j'entends poursuivre mes efforts pour que cesse cette anomalie dans les rapports de confiance que nous entretenons avec tous les pays africains. La France doit continuer d'être écoutée et respectée sur l'ensemble du continent, sans exception.
09:27 Publié dans Diplomatie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Diplomatie, Politique, Afrique, UMP, SARKOZY, PS, PC
mercredi, 23 janvier 2008
L'ardente nécessité de la participation.
La chronique d'Yves de Kerdrel,
publiée dans Le Figaro,
le 22 janvier 2008.
Dans quelques jours va débuter la litanie des publications annuelles de résultats des grands groupes français. Cette année, plus encore que les précédentes, ces milliards d'euros de profits qui seront jetés en pâture à l'opinion vont défrayer la chronique dans un pays qui «n'aime pas la réussite», comme l'a très récemment rappelé Nicolas Sarkozy.
En dehors des banques et de quelques groupes financiers qui ont été impactés par les secousses financières, il n'y a que de bonnes surprises à attendre. Il est même probable que l'on mesure, une nouvelle fois, non seulement combien nos champions nationaux sont profitables, mais aussi combien ils sont capables de s'adapter à un environnement instable et mouvant. Bref ne serait-ce que le panier très limité du CAC 40 devrait afficher à lui seul un profit cumulé de plus de 105 milliards d'euros. Un record absolu.
Naturellement, ce chiffre va entraîner des grincements de dents à gauche de l'Hémicycle, où beaucoup de parlementaires conservent de l'entreprise une vision plus archaïque que celle de Zola, et même à droite, où la méfiance envers l'argent, le profit et le succès génère un curieux sentiment de culpabilité. A fortiori, cette année où l'opinion a été abreuvée d'images très noires sur l'environnement économique et boursier et où, du côté des salariés, jamais la question du pouvoir d'achat ne s'est posée avec une telle acuité.
C'est à la fois pour déminer ce phénomène et, aussi parce que c'est un sujet qui lui tient à cœur, que le président de la République est revenu à plusieurs reprises, dans ses dernières interventions, sur l'importance de l'intéressement et de la participation. Par exemple, lors de sa conférence de presse du 8 janvier, il a affirmé : «En 2008, nous introduirons davantage d'équité dans le système économique, et dans la volonté je pèse mes mots de faire en sorte que les salariés ne soient pas éternellement privés de la part qui leur revient dans le succès des entreprises. Il y a un problème, quand les entreprises ont du succès, il faut rééquilibrer la répartition des conséquences du succès entre les actionnaires et les salariés.»
Pour le moment, on n'en sait pas plus sur les projets présidentiels et sur la réflexion qu'a entamée le premier ministre autour de ces sujets. Car il existe plusieurs moyens d'associer le personnel à l'expansion d'une entreprise. De la participation aux stock-options, en passant par l'intéressement, l'actionnariat salarié, les augmentations de salaires ou les primes au mérite. Lors d'une rencontre récente avec les membres du mouvement Croissance Plus qui réunit de jeunes patrons modernistes, François Fillon a manifesté son intention de remettre à plat l'ensemble de ce «millefeuilles» qui désarçonne beaucoup de petites sociétés par sa complexité.
Comme la classe politique a une tendance naturelle à faire de la démagogie, surtout lorsqu'il s'agit d'un argent qui ne la concerne pas, il est bon de rappeler l'esprit du capitalisme. À l'inverse de ce qui se passe dans les pays anglo-saxons, en France le profit n'est pas considéré comme un unique et ultime but. Cela est rappelé en préambule du rapport Viénot qui est pour les patrons du CAC 40 aussi précieux que les Tables de la Loi. Le profit est la sanction de la réussite. Il est surtout la condition indispensable de la survie et du développement d'une entreprise. Or ceux-ci passent par la juste satisfaction des actionnaires, des clients et des salariés. C'est ce qui a amené le président de la République à suggérer, devant les parlementaires, que les profits soient répartis en trois tiers : l'un pour les actionnaires, l'autre pour les salariés et le troisième pour les investissements futurs.
Aujourd'hui chacun est d'accord pour considérer, comme Nicolas Sarkozy, que la rémunération des actionnaires «ne peut pas être l'alpha et l'oméga du système capitaliste». Il est pour autant très dangereux de vouloir établir des normes, des seuils ou des conditions à partir desquels l'entreprise doit associer ses salariés à sa réussite. Une économie libérale ne saurait accepter que des législateurs fixent une «juste répartition des profits» de manière abstraite et sans tenir compte des spécificités liées à chaque entreprise ou à chaque secteur d'activité. C'est ce que le nouveau président de l'UIMM, Frédéric Saint-Geours, a très justement rappelé hier matin.
Inutile de se cacher derrière son petit doigt : derrière les 105 milliards d'euros de profits du CAC 40, il y a du «grain à moudre» pour calmer certaines impatiences en matière de pouvoir d'achat. Mais, dans une économie où les freins à la croissance, les oripeaux du collectivisme et les reliques du gaullo-communisme d'après-guerre sont encore bien trop pesants, la classe politique a davantage à gagner à reconstruire «la mécanique de la participation sur des bases simples et efficaces» que de dicter ce qu'elle croit équitable. La gestion financière et celle des ressources humaines n'ayant jamais été le point fort de l'État, il serait plus judicieux que celui-ci laisse les entreprises libres de décider ce qui est bon pour elles et juste pour leurs collaborateurs. Une fois qu'il aura acquitté les RTT de la fonction publique hospitalière et redressé les comptes de toutes les entreprises publiques, il sera à la fois moins idéaliste dans ses ambitions et plus crédible dans ses intentions.
09:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Economie, Social, Grêves, Sarkozy, UMP, PS
mardi, 22 janvier 2008
Obsèques de Carlos.
Ce matin, je suis allé à l'église Saint-Germain-des-Prés pour faire un dernier "Big Bisou" à mon pote Carlos qui est parti jeudi dernier.
Il est encore tellement présent dans nos esprits, que ses copains n'arrivent toujours pas à réaliser que c'était ce gros bébé plein de vie à qui on a dit adieu aujourd'hui.
Ce soir, j'ai une pensée particulière pour sa femme "Mimi", pour qui les prochains mois vont être terribles...
Tu peux compter sur nous Ma Chérie; on sera toujours là pour toi!
Quant à toi Carlos, on compte sur toi pour réorganiser le Paradis en un festival de fêtes et de rires, avant de nous accueillir pour un "dernier verre"...
NCL
17:40 Publié dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Carlos, spectacle, musique, chanson, rire, fête, pêche
jeudi, 17 janvier 2008
Salut Carlos...
C'est avec une immense tristesse que je viens d'apprendre la mort de mon copain Carlos qui est parti à la suite d'un terrible mais honnorable combat mené contre la maladie.
Depuis le jour où j'avais fait sa connaissance, jusqu'à il y a encore quelques semaines, "Chez Georges", rue des Canettes, où nous avions trinqué ensemble pour la dernière fois, Carlos ne pouvait pas s'empêcher de ne pas se prendre au sérieux.
Pour moi, il incarnait la joie de vivre, la gentillesse et la générosité; finalement une certaine idée de la vie, que peu de gens sur terre sont encore capables de matérialiser. C'est vraiment un amour de mec qui nous quitte aujourd'hui; le pire, c'est qu'il va désormais falloir apprendre à vivre sans lui!
Maintenant que tu as rejoint la bande à Jojo, c'est sûr, les soirées de copains à Saint-Germain-des-Prés seront bien tristes, mais on continuera à lever notre verre à ta mémoire et à tes enseignements.
Adieu Ploumploum et n'oublie pas de saluer Blondin de notre part...
Nicolas
11:55 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Carlos, spectacle, musique, chanson, rire, fête, pêche
dimanche, 13 janvier 2008
L'appel de Jean d'Ormesson : "N'abandonnons pas les chrétiens d'Irak "
Par jean d'Ormesson,
de l'Académie française.
Tribune publiée dans
Le Figaro Magazine,
le 12 janvier 2008.
L'Irak est un pays dévasté par la dictature, par la guerre, par le terrorisme, par la misère. Tous, dans cette région si éprouvée, sont frappés par le malheur. Un petit nombre d'Irakiens sont plus malheureux, plus isolés, plus menacés encore que les autres : les chrétiens.
Descendants des contemporains d'Abraham - parti d'Ur, en Chaldée -, héritiers d'une des premières communautés par lesquelles est parvenu jusqu'à nous le message du Christ, les chrétiens d'Irak parlent une langue dérivée de l'araméen, la langue de Jésus. Ils constituent une minorité d'environ un million d'individus. Mais ce qu'ils représentent pour le monde dépasse de loin leur nombre. A la croisée de l'Orient et de l'Occident, au coeur des guerres et des violences, ils rappellent la permanence de cette révélation vieille de deux mille ans : tous les hommes sont frères.
Devant l'adversité, un certain nombre d'entre eux ont tenté de se réfugier dans les pays voisins : Syrie, Jordanie, Turquie. Leurs conditions de vie sont affreusement difficiles. Beaucoup sont restés en Irak et leur situation est plus dure que sous le régime de Saddam Hussein. Les épreuves les plus cruelles les accablent. Ils sont la cible des fondamentalistes. Leurs églises sont détruites. Plusieurs de leurs prêtres ont été assassinés, et tous vivent sous la menace. Les demandes de rançon, les enlèvements, les tortures physiques et morales se multiplient. Ils ne reçoivent aucune aide. Ils ne disposent d'aucun recours.
A l'intérieur ou à l'extérieur, la vie des chrétiens d'Irak est un martyre permanent. Pour qu'ils puissent continuer à porter témoignage de leur fidélité, il leur reste un seul espoir : la solidarité des autres chrétiens du monde.
Chrétiens de France, je m'adresse à vous à l'instigation de Pax Christi, qui m'a demandé de rédiger cet appel. Vous avez le devoir d'apporter votre soutien à vos frères d'Irak. Il faut que les chrétiens d'Irak sachent qu'ils ne sont pas abandonnés, que d'autres chrétiens pensent à eux, prient pour eux, agissent pour eux, que tous les efforts seront faits pour améliorer leur existence quotidienne, et qu'il y a pour eux, dans leur longue nuit, quelque chose qui ressemble, au loin, à une lueur d'espérance.
06:10 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Religion, Vatican, Christianisme, Politique, UMP, Sarkozy, PS
samedi, 12 janvier 2008
« CE QU'EST NOTRE POLITIQUE DE CIVILISATION »
Entretien avec Henri GUAINO,
publié dans Le Figaro Magazine,
le 12 janvier 2008.
Le conseiller spécial du président de la République éclaire ce concept, nouvelle clé de voûte du programme présidentiel, inspiré par le sociologue et philosophe Edgar Morin.
Le Figaro Magazine - Quelle était la nécessité pour Nicolas Sarkozy d'appeler en ce début d'année à une « politique de civilisation » ?
Henri Guaino - Celle de tracer une perspective, de fixer un dessein après sept mois d'intenses réformes. Les grandes lignes en ont été tracées lors de la campagne présidentielle, caractérisée par le réveil du débat d'idées, l'affirmation des valeurs, le retour d'une dimension intellectuelle et morale de la politique. L'autorité, la vie, l'identité, l'école participent de cette politique de civilisation au service d'une nouvelle Renaissance. Durant les sept derniers mois, il a fallu prendre tout de suite des décisions, ouvrir des chantiers, mais il était nécessaire au seuil de cette nouvelle année de définir la deuxième phase. L'urgence demeure, il faut répondre à la pression des événements, aux crises, aux drames - à l'impatience aussi -, mais pour changer les choses en profondeur, la politique doit être inventée dans la durée, comme dans l'épaisseur de la société. Prenons l'exemple de l'écologie. Le Grenelle de l'environnement a permis de réunir tout le monde autour d'une table, de lister les problèmes, de confronter les points de vue. Il était urgent de le faire. 2008 verra la mise en oeuvre des résultats de ce dialogue. Ce sera une oeuvre de longue haleine et conduisant à des changements en profondeur dans nos comportements. Traiter l'urgence, et agir en vue du long terme, c'est ainsi que nous devons articuler les deux temporalités de la politique.
Evoquant la politique de civilisation, Edgar Morin a expliqué qu'il ne suffisait pas de proclamer des valeurs...
Bien sûr ! Il faut aussi agir.
Il a dit qu'il fallait changer de voie.
Celle qui a été empruntée jusqu'à présent nous a conduits là où nous sommes. Ce n'est d'ailleurs pas propre à la seule société française. On voit bien, de par le monde, le creusement des inégalités, les dangers écologiques, les crispations identitaires, les conflits religieux. Le président de la République ne reprendra sans doute pas à son compte toutes les prescriptions d'Edgar Morin, mais sa façon de poser le problème de la politique est la bonne. C'est bien de cela qu'il s'est agi dans la campagne et ce pour quoi Nicolas Sarkozy a été élu : la nécessité de changements non pas superficiels et éphémères, mais en profondeur et durables. L'école, par exemple, ne se résume pas à une simple question de gestion - décentraliser ou non, améliorer le statut des professeurs ou en diminuer le nombre, etc. La vraie question est de savoir ce que nous voulons transmettre à nos enfants, quel projet éducatif est le nôtre, quel idéal humain nous leur proposons. Si gouvernants et gouvernés n'écrivent pas ensemble cette histoire, comment mobiliser les énergies ? Tout projet collectif implique que les gens s'y reconnaissent, et surtout qu'ils se l'approprient, faute de quoi, l'incompréhension s'installe et, inéluctablement, il est rejeté.
Les Français n'attendent-ils pas des mesures concrètes - notamment sur le pouvoir d'achat - plutôt qu'un exposé des valeurs ?
L'écologie ou l'urbanisme ne font-ils pas partie de la vie quotidienne des gens, et la violence dans la société, la santé, le service public, l'autorité, ou, comme l'a rappelé le président de la République dans sa conférence de presse de mardi, l'égalité de l'homme et de la femme, la politique d'intégration, le défi de la bioéthique ? Le pouvoir d'achat a dicté des mesures d'urgence comme le paquet fiscal ou le train de mesures prises en fin d'année. Tout cela a insufflé de l'oxygène en vue d'améliorer à court terme la situation. Mais on sait que la dynamique du pouvoir d'achat est déterminée de façon profonde par les ressorts mêmes de la société et de l'économie, et donc par une nouvelle organisation. La dynamique du pouvoir d'achat se joue aussi dans les mécanismes du partage de la richesse produite. Nicolas Sarkozy a proposé une véritable révolution de la participation et de l'intéressement au nom de l'équité entre l'actionnaire et le salarié. C'est de la politique de civilisation et, en même temps, c'est du pouvoir d'achat. Il en va de même pour les 35 heures : réhabiliter le travail en combattant les politiques malthusiennes, c'est de la politique de civilisation, parce que le travail, c'est une valeur. Mais c'est aussi oeuvrer pour le pouvoir d'achat parce que la réduction de la durée du travail a été une cause majeure du freinage des salaires. Dire que Nicolas Sarkozy a laissé tomber la question du pouvoir d'achat est un mensonge. Mais il le prend autrement, plus en profondeur. Max Weber a bien mis au jour les rapports entre les systèmes économiques et les représentations collectives, les croyances, les valeurs, la morale, voire la métaphysique. C'est sur ce terrain que se joue l'essentiel. Il n'y a pas de système économique reposant uniquement sur des choix techniques, ou de gestion. Le but profond a été exprimé mardi par Nicolas Sarkozy : « remettre l'homme au coeur de la politique ». Faire en sorte que de nouveau, dans notre société, partout il y ait de la vie, partout l'intelligence féconde l'avenir. Que le rapport à l'aventure, au risque, à la création, soit de nouveau positif. L'idée était sous-jacente dans le slogan de la campagne présidentielle : « Tout est possible. » C'est d'ailleurs la quintessence même de la mentalité des hommes de la Renaissance. Les traces qui nous restent des grandes périodes du capitalisme, de la prospérité, de l'invention sont à Venise, Florence, Bruges, Amsterdam. Regardez aussi ce qu'a été la France de la révolution industrielle ou celle des 30 glorieuses. La vitalité d'une société est partout. Ou nulle part.
Le mot de « Renaissance » employé par le Président a cependant agacé l'opposition, qui y a vu de l'arrogance, ainsi qu'une partie de la majorité qui l'a soupçonné de vouloir faire table rase de ses prédécesseurs...
En 1969, Georges Pompidou a dit : « Le monde a besoin d'une nouvelle Renaissance ». Et pourtant, juste avant lui, il y avait eu le général de Gaulle. Si la France se portait bien, nous n'aurions pas eu une telle campagne en 2007, et l'état d'esprit des Français ne serait pas ce qu'il est. D'une manière générale, la France a raté sa modernisation, dans les institutions, l'économique, l'éducation, la recherche. La formule employée par Nicolas Sarkozy correspond donc à un engagement fort. Pour la première fois depuis longtemps, nous voici avec un Président qui fait ce qu'il a dit qu'il ferait. On peut évidemment estimer au gré des sensibilités que cela ne va pas assez vite, ou que c'est trop rapide, ou bien encore mal adapté, reste que, depuis son discours d'investiture du 14 janvier 2007, Nicolas Sarkozy s'est révélé conforme à ce que l'on pouvait percevoir de lui. Il n'y a eu de sa part ni revirement ni reniement.
Le candidat Sarkozy disait lors de sa campagne : « Je ne crois pas à la Realpolitik qui fait renoncer à ses valeurs pour gagner des contrats. » Or depuis, il y a eu le voyage en France de Kadhafi...
Où l'on n'a renoncé à rien !
Certains ont pourtant eu une pénible sensation de Realpolitik.
La Realpolitik, c'est le nom du cynisme en politique. Mais la politique doit toujours, comme le disait le général de Gaulle, « partir des réalités ». Face à un milliard et demi de Chinois, vous pourrez toujours juger que la politique intérieure de Pékin ne correspond pas à votre modèle de démocratie, mais accepter de faire de la politique, c'est se confronter à la réalité, et il vous sera difficile de laisser de côté un pan entier de la planète. De quoi s'agit-il, au fond, avec Kadhafi ? D'un dirigeant, d'un Etat qui a clairement renoncé au terrorisme, qui a libéré les infirmières bulgares, qui souhaite reprendre sa place au sein de la communauté des nations. La France choisit de l'accompagner. Le monde entier a intérêt à ce que la Libye se normalise - tout comme pour l'Iran, dans l'avenir. Et la meilleure façon pour la France d'être fidèle à ses valeurs n'est pas de partir en croisade contre la moitié de la terre, mais de travailler pratiquement et concrètement à la paix et à l'équilibre du monde. C'est ce qui s'est passé avec le président libyen, lequel s'est rendu dans la foulée en Espagne, où il a été reçu avec les honneurs par un gouvernement de gauche et où, sans que cela soulève la moindre critique, il a signé un certain nombre de contrats. Le comble serait encore d'être masochiste au point de décréter que tout ce qui vient de Libye serait irrecevable. Le rôle d'un chef d'Etat, en l'occurrence Nicolas Sarkozy, est aussi de défendre les intérêts de son pays, de ses entreprises et de leurs salariés.
Certains vous accusent d'être le gourou du Président...
Il y a des imbéciles partout.
Diriez-vous, comme Dominique de Villepin parlant de Chirac, que vous « gérez le cerveau du Président » ?
Jamais je ne pourrai travailler avec quelqu'un ayant besoin que l'on gère son cerveau. J'ai besoin de respecter, d'estimer les gens avec lesquels je collabore. Tel a toujours été le cas. Je n'ai aucune vocation de gourou. Ce serait, au reste, une vision absurde du rôle d'un conseiller. Personne à l'Elysée n'a de puissance particulière, hormis le chef de l'Etat : « Tout découle du président de la République », disait encore de Gaulle, puisqu'il est le seul élu de la nation, et seul à détenir la légitimité de décider.
PROPOS RECUEILLIS PAR CARL MEEUS ET PATRICE DE MÉRITENS.
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vendredi, 11 janvier 2008
Tony Blair-UMP, même combat.
Par Jean-Pierre RAFFARIN,
ancien Premier Ministre,
Sénateur UMP de la Vienne.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 11 janvier 2008.
La venue de Tony Blair devant le conseil national de l'UMP, cette semaine, constitue un événement. C'est en effet la première fois qu'un responsable travailliste, ancien premier ministre de surcroît, viendra s'exprimer devant les instances d'un parti de la droite et du centre. C'est aussi l'occasion pour notre pays d'apporter des réponses nouvelles à trois questions essentielles : quelles doivent être nos relations avec la Grande-Bretagne, quelle est sa place en Europe et quelle est la part du réformisme dans le blairisme ?
Nos rapports avec la Grande-Bretagne ont retrouvé le goût de l'Entente cordiale, notamment depuis que Jacques Chirac a initié en 1998 à Saint-Malo le rapprochement de nos politiques de défense. Hormis l'importante question de l'Irak qui nous a séparés, nous partageons la même analyse sur les dangers du monde et la nécessité de trouver des réponses appropriées tant au niveau européen que dans le cadre de notre Alliance atlantique. Nous avons en commun l'attachement à l'idée de nation qui fonde l'existence de nos deux pays depuis près de mille ans. Nous partageons aussi la conviction que l'idéal européen ne saurait faire l'économie des Etats et soumettre les peuples aux seules règles du marché. Nous voulons, enfin, que l'Europe conserve son rang dans un monde multipolaire où les nouvelles puissances s'appellent la Chine et l'Inde.
Favorable à la monnaie unique, Tony Blair a négocié le traité sur la Constitution européenne tandis que son successeur, Gordon Brown, a été un acteur essentiel de l'adoption du traité simplifié voulu par Nicolas Sarkozy. Grâce au New Labour, l'engagement européen de la Grande-Bretagne est malgré tout plus fort qu'il n'a jamais été ; son avenir est inséparable de celui du reste du continent. Pour nous, Français, cela signifie que le moteur franco-allemand peut, aujourd'hui, s'appuyer sur un châssis coconstruit avec les Britanniques. Son expérience de l'Europe place Tony Blair dans une situation d'avenir pour les institutions européennes.
Notre entente avec Tony Blair intègre aussi une convergence sur les valeurs. Pendant longtemps, les nobles esprits qui prospèrent de ce côté du Channel se sont complu à surestimer les vertus de notre "modèle social" tandis qu'ils exagéraient les excès du thatchérisme dont ils affublaient volontiers aussi le blairisme. Dès lors, l'expérience britannique a été vouée aux gémonies, notamment au sein du Parti socialiste, en dépit des efforts de Dominique Strauss-Kahn et de Jean-Marie Bockel. C'est ainsi que lorsque je suis arrivé à Matignon, j'ai découvert que, aux yeux de Tony Blair et de Gerhard Schröder, mon gouvernement menait la politique la plus à gauche d'Europe, sans même parler de celle de mon prédécesseur !
La jeune UMP de 2002 ne pouvait rester sur le bord du chemin "des idées qui marchent". C'est pourquoi avec Alain Juppé, puis avec Nicolas Sarkozy lorsqu'il lui a succédé à la tête du parti, nous avons décidé de renouveler nos idées et nos méthodes, sans hésiter pour cela à regarder au-delà de nos frontières. Pour plus de démocratie locale, l'Acte II de la décentralisation de 2003 est aussi ambitieux que le processus de "devolution" britannique. Pour plus d'investissement et de croissance, l'ordonnance sur les partenariats public-privé de 2004, inspirée de la "Private Finance Initiative", a permis de moderniser nos bâtiments publics, nos transports et de rénover entièrement la Galerie des glaces du château de Versailles ! Pour réduire le chômage, le plan de cohésion sociale adopté en 2004 a renforcé le suivi personnalisé des chômeurs avec pour résultat le passage sous la barre des 8 % fin 2007, un niveau inconnu depuis 1982 !
Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy assume pleinement ces choix politiques qui s'inscrivent en rupture avec les dogmes de la "société bloquée" d'abord caractérisée par le chômage de masse. En revalorisant la valeur travail, en donnant en exemple la méritocratie, il dessine les contours d'un projet dans lequel l'Etat ne se substitue pas à la personne mais s'active pour lui donner les moyens de se réaliser, une société de responsabilité fondée sur le respect de la loi et la lutte contre les "comportements antisociaux", une société ouverte et solidaire, enfin, qui accepte et valorise la diversité tout en assumant son héritage chrétien et son histoire multiséculaire.
En renouant avec toutes les catégories de Français, y compris les ouvriers, en voulant composer une majorité à l'image du pays, en affirmant un nouveau leadership sur le fonctionnement de nos institutions dans le respect de la séparation des pouvoirs et du rôle de l'opposition, Nicolas Sarkozy démontre qu'il a tiré les leçons du blairisme tout en innovant à travers l'ouverture et le choix de priorités fortes comme le Grenelle de l'environnement.
La politique de civilisation doit s'inspirer du blairisme mais elle ne doit pas renoncer à l'humanisme français, cette double inspiration lui permettra d'être à la fois réformatrice et populaire.
11:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Europe, UMP, Sarkosy, PS, PC, MODEM
jeudi, 10 janvier 2008
Le pouvoir est une énergie.
Par Jean d'Ormesson,
de l'Académie française.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 10 janvier 2008.
Edgar Morin a traité Nicolas Sarkozy de «stratège de génie» . Devant six cent cinquante journalistes représentant une quarantaine de nations, le président de la République, se démarquant avec éclat de la doctrine de la «parole rare», s'est efforcé, avant-hier, pendant deux heures, de ne pas apporter de démenti à cette flatteuse appréciation. Il aime ce genre de débats où il excelle. Il ne craint pas les attaques, il ne s'y dérobe pas, il y réplique avec ardeur. La langue de bois n'est pas son affaire. Par la vivacité de ses réponses, par la cohérence de ses propos, par sa drôlerie aussi, il renoue avec les grandes heures de la République. À l'époque où l'éloquence politique subit une éclipse en France, Nicolas Sarkozy reprend, à sa façon, le fil d'une tradition oubliée.
Ce qui frappe, semble-t-il, dans la démarche du président, c'est moins le sens de la manœuvre qui est sûrement grand chez lui que la force de la conviction. Longtemps, le pouvoir a été une sorte de rodéo : une fois monté sur le cheval du pouvoir, il fallait y rester. Ruades, cabrioles, exercices de haute voltige dans le style du Far-West. Le souci de Nicolas Sarkozy paraît moins de se maintenir sur sa monture que de la mener où il veut. La vraie rupture est là : le pouvoir n'est plus une tactique, c'est une énergie.
On a beaucoup employé, entre tel ou tel président et tel ou tel premier ministre, la formule : «Il n'y a pas entre lui et moi l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette.» On dirait volontiers c'est à la fois un éloge et une critique qu'il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette entre Sarkozy et Sarkozy. Il n'y a pas de faille en lui-même. Il colle à son personnage. Il est habité par lui-même. Il ne doute de rien et de lui moins que de tout le reste.
Écoute-t-il les autres ? Je ne sais pas. Il ne flotte pas, en tout cas. Il y a peut-être de l'inquiétude en lui. Il n'en laisse rien paraître. Il n'y a en lui ni hésitation ni hypocrisie. Trop peu, peut-être. Quand il parle de sa vie privée qui brûlait de toute évidence les lèvres de ses interlocuteurs ou du traitement du président de la République, les choses apparaissent toutes simples. Il écarte les faux-semblants. Il est comme il est. Il n'y a pas d'astuces subalternes. Il fait ce qu'il veut et on le jugera sur les résultats.
Personne ne peut savoir ce qui se passera dans quatre ans. À l'heure actuelle, il ne pense pas à sa réélection. Il avance, il fonce, il prend des risques. Oui, bien sûr, il prend des risques. Avec lui, on a sans cesse le sentiment qu'il joue, non pas à qui perd gagne, mais à quitte ou double. Il joue le tout pour le tout. Il dit ouvertement ce qu'il croit. Et il semble bien qu'il croit ce qu'il dit. Naturellement, un jour ou l'autre, on lui réclamera des comptes. Il n'a pas l'air de le craindre.
Beaucoup se sont demandé où était la «rupture» tant promise. Elle est évidemment d'abord dans le ton, dans l'allure, dans la liberté de manœuvre. L'épisode Bruni et son style sentimental sont une rupture. Aucun des présidents précédents ni surtout le général de Gaulle ne se reconnaîtraient dans la désinvolture affichée de Nicolas Sarkozy. L'affaire du traitement du président est une rupture avec l'opacité passée. Le bateau et l'avion de Bolloré sont une rupture. Le président assume. Il est moderne à la française. Il n'est ni chafouin ni par en dessous. Il serait plutôt, avec le sourire, vaguement provocateur. Il a été Napoléon au pont de Neuilly. Il est le Cyrano de la vie à grands guides. Loin de la mesquinerie des arrangements obscurs, il a le panache officiel.
De Gaulle était une légende vivante. Mitterrand était un personnage de roman qui adorait le secret et une certaine forme de dissimulation. De Gaulle, c'était la France. Une France austère et un peu raide. Mitterrand, c'était le promeneur ambigu du Champ-de-Mars. Nicolas Sarkozy, c'est l'ami moderne de Bolloré, de Bouygues, de Lagardère, de Dassault et le badaud un peu lutin de Disneyland. Il est l'amoureux sérieux d'un top model qui est amoureuse du président. Et alors ? Il ne cache rien. C'est moderne.
Nicolas Sarkozy regarde la réalité en face
Ce moderne est pourtant aussi traditionnel. Son attitude à l'égard de Chavez, de Kadhafi, de Poutine est assez proche du pragmatisme gaullien. Nicolas Sarkozy regarde la réalité en face. Il essaie de changer plutôt les Français que le monde. Il estime et il n'a pas tort que la situation dans laquelle il a trouvé la France n'est pas bonne. Il voudrait modifier la situation des Français sur laquelle il peut quelque chose plutôt que la réalité du monde.
Le grand problème, aujourd'hui, c'est le pouvoir d'achat. Le président a hérité d'une situation délabrée. Il le dit. Les caisses sont vides. Il le dit. La France est menacée de faillite et les Français, d'appauvrissement. Il le constate et il s'efforce de créer les conditions nécessaires à un redressement. Comment les Français vont-ils prendre cette attitude ? Il est possible qu'ils la déplorent. Il est possible aussi qu'ils l'acceptent. Parce que, eux aussi, ils savent que c'est la réalité. Ils ont un système de santé, de Sécurité sociale, de retraites qui est un des meilleurs du monde. Il n'est pas exclu qu'ils veuillent d'abord le sauver, qu'ils se résignent à soutenir les mesures indispensables à cette fin et qu'ils soient réceptifs aux vérités que leur assène le président qu'ils ont élu. Et qu'ils ont élu pour qu'il agisse.
Le président a été élu sur un programme de droite. Son ambition est évidemment de devenir le président de tous les Français. C'est le sens de la politique d'ouverture. Ouverture à gauche, ouverture aux minorités, ouverture aux différences, ouverture à l'intéressement et à la participation qu'il est en train de mener. Est-ce de la poudre aux yeux ? Ses adversaires en sont persuadés parce que cela les dérange. Ils le crient sur tous les toits. Avec des hésitations par-ci, par-là, la rupture n'est pas un dîner de gala, ses partisans croient le contraire.
Qui les départagera ? Les résultats, naturellement. On a beaucoup parlé de cent jours, des trois premiers mois, des six premiers mois. C'est dans deux ou trois ans qu'on pourra se prononcer. Il joue gros, rien de plus clair. Franchement, c'est le moment.
La partie sera difficile. Il est peut-être trop tard. Le mal est peut-être trop profond. Ce qui est sûr, c'est que le monde entier autour de nous est intéressé amusé, critique, mais intéressé par ce Français nouveau style qui veut changer la France. Le moins qu'on puisse souhaiter, c'est que la chance lui soit offerte de réussir. Car il est une des dernières cartes qui nous soient encore données.
Il n'est pas certain qu'il réussisse. Il est à peu près certain que, s'il ne réussit pas, personne ne réussira. Le spectacle offert par le Parti socialiste et la gauche n'est pas encourageant. Les ennemis du président tirent sur lui à boulets rouges, ce qui est leur droit. Contrairement à tout ce qui a été dit et redit, Sarkozy n'est pas un dictateur. Et, grâce à Dieu, il y a encore une opposition en France. Mais ce qu'elle propose est loin d'être convaincant. La routine de gauche, qui a si longtemps échoué, est moins crédible encore que la vive audace présidentielle. Si Sarkozy ne réussit pas, la France ira moins bien. Et les Français, aussi.
08:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, UMP, Sarkosy, PS, PC, MODEM, VERTS































































































