mardi, 03 février 2009
L'Eglise n'ouvre pas sa porte qu'aux "parfaits"
Par le Cardinal André Vingt-Trois,
Archevêque de Paris,
Président de la Conférence
des Evêques de France.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 04 février 2009.
En 1988, Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Saint-Pie-X, passant outre à l'interdiction et aux avertissements que lui avait adressés le pape Jean Paul II, consacrait évêques quatre de ses prêtres, au mépris de la tradition la plus ancienne de l'Eglise. Ce faisant, il entrait dans une rupture formelle avec l'Eglise qu'il prétendait défendre et l'excommunication était prononcée contre lui et les quatre intéressés.
Le pape a la mission de veiller à l'unité de l'Eglise. Ni Jean Paul II ni Benoît XVI ne pouvaient prendre leur parti de cette dérive schismatique qui entraîne dans la déviance des gens de bonne volonté. Ils ont tenté de rétablir cette unité avant que les situations se cristallisent.
Lors de la rupture entre l'Orient et l'Occident comme au moment de la Réforme, de chaque côté, des esprits avisés et motivés par l'amour de l'Eglise ont tenté d'éviter la fracture. Ils n'ont pas pu réussir. Tirant les leçons des siècles passés et conscients de leur charge particulière, Jean Paul II et Benoît XVI, pour éviter un schisme durable, ont ouvert des portes les unes après les autres. A ce jour, bien peu ont pris sur eux de les franchir. La décision de Benoît XVI est une nouvelle chance donnée à la force de la communion sur les forces de la division.
Cette décision a suscité beaucoup de réactions : comme si l'ouverture de la porte était l'approbation de toutes les erreurs ! L'émotion a donné à entendre des propos surprenants appelant l'Eglise à condamner et à exclure... Je ne me sentirais pas bien à ma place dans une Eglise qui n'ouvrirait ses portes qu'aux "parfaits". Je pense que beaucoup des hommes et des femmes qui ont été appelés par le Christ à mener une vie nouvelle n'étaient pas très recommandables. Je suis heureux que mon Eglise soit assez forte pour appeler à la conversion. Cette ouverture de l'Eglise n'est jamais une approbation du mal commis. Elle est toujours un appel à se convertir.
La peur n'est pas bonne conseillère. Tout au long de ces jours, je me suis demandé qui avait peur de qui et de quoi. Les fantasmes du "retour en arrière", ceux d'une trahison du concile Vatican II, qui ont été agités comme des périls immédiats, sont-ils vraiment capables de nous aider à comprendre la situation et à la vivre ? J'en doute. Il y a plus de quarante ans, ce concile a recueilli les fruits du dynamisme et de la vitalité de l'Eglise et leur a donné leur efficacité institutionnelle.
Le mouvement liturgique, le mouvement oecuménique, les recherches bibliques et patristiques, sont sortis des cercles des pionniers et des spécialistes pour enrichir la vie chrétienne de tous. Ce qui a surgi du concile, ce n'est pas une autre Eglise, c'est l'Eglise catholique avec toute sa tradition, rajeunie et revigorée. Interpréter le concile comme une fracture engendrant une autre Eglise, n'est-ce pas précisément faire le jeu de ceux qui dénient à l'Eglise conciliaire le droit d'assumer la tradition et qui s'en réservent la défense exclusive contre tous ?
Il n'y a pas plus de nouvelle Eglise qu'il n'y a de nouvelle messe. Il y a l'évolution vivante de la tradition ecclésiale qui se développe sous la conduite des pasteurs légitimes de l'Eglise.
Si nous devons craindre quelque chose, ce ne sont pas les risques qu'une minorité de catholiques feraient courir à la vie de l'Eglise, à son dynamisme et à sa mission. C'est bien plutôt que notre timidité et nos lenteurs ne laissent s'affadir le dynamisme de la foi. Nous avons suffisamment de signes de la vigueur de l'Evangile en ce temps pour ne pas trembler devant des risques hypothétiques. La peur engendre la méfiance et l'intolérance, sinon la jalousie.
A ceux qui récriminent contre sa générosité, le maître de la vigne répond : "Ton oeil est-il mauvais parce que je suis bon ?" (Matthieu XX, 15). Aujourd'hui, à qui profite la hargne qui se donne libre cours ?
Et maintenant ? La porte a été généreusement ouverte. Qui va se présenter pour saisir la main tendue et à quelles conditions ? Si j'en crois certains discours largement diffusés sur Internet, un certain nombre des membres de la Fraternité Saint-Pie-X ne se disent pas prêts à reconnaître la tradition ecclésiale dans le concile Vatican II ni la messe que célèbrent le pape et la totalité des évêques catholiques. On attend aussi de savoir si ceux d'entre eux qui prônent le négationnisme sont décidés à y renoncer, non seulement par des propos de circonstance, mais réellement et profondément.
Depuis maintenant un demi-siècle, nos relations avec les juifs, "nos frères aînés", ont pris un tour nouveau. Elles sont faites non seulement de respect et d'estime, mais d'une réelle amitié, tant entre les responsables de nos communautés que dans les relations habituelles entre juifs et chrétiens. Cette évolution n'est pas une posture stratégique ou politique.
Elle s'enracine dans une véritable conviction théologique. Elle est appelée à durer et à se développer, et nous ne ménageons rien pour répondre à ce que nous considérons comme un signe des temps et un appel. Sur tout cela, le pape Benoît XVI s'est engagé fortement et encore mercredi 28 janvier. Nous n'en sommes pas surpris et nous nous en réjouissons.
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dimanche, 01 février 2009
Vatican II : les enjeux d'une réconciliation.
Par Mgr Claude Dagens,
Evêque d'Angoulême,
Membre de l'Académie française.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 31 janvier 2009.
Mgr Claude Dagens revient sur le sens de la levée de l'excommunication des évêques intégristes pour l'Église.
On sait que malheureusement, le Concile Vatican II a été suivi d'une rupture, d'un schisme, en 1988, lorsque Mgr Marcel Lefebvre décida d'ordonner lui-même quatre nouveaux évêques, en passant outre aux avertissements du pape Jean-Paul II.
Plus de vingt ans après cet acte de rupture, le pape Benoît XVI a estimé que l'heure était venue d'accomplir un geste de réconciliation à l'égard de ces évêques, en levant les excommunications qui avaient sanctionné leur ordination.
Les déclarations scandaleuses faites par l'un d'entre eux au sujet de cette abomination qu'a été la persécution programmée des Juifs par le régime nazi ne sauraient faire oublier les enjeux essentiels et de cette rupture et de cette réconciliation.
Il s'agit avant tout du Concile Vatican II et de la façon de le «recevoir» et de le comprendre d'une manière authentique, c'est-à-dire conforme à la grande tradition de l'Église.
On ne pourrait pas laisser penser et laisser dire que ce Concile aurait été infidèle à cette Tradition. Pour la simple raison qu'il a été préparé et pensé par des hommes qui étaient pétris de cette tradition, et non pas par une bande d'agitateurs aux idées farfelues qui auraient décidé le chambardement de la doctrine catholique.
P armi ces hommes, faut-il rappeler que se trouvaient de grands théologiens français, Henri de Lubac, Jean Daniélou et Yves Congar ? J'ai appris de ces hommes que la foi catholique n'est pas un système qui s'imposerait de l'extérieur, mais avant tout une révélation de Dieu qui s'accomplit dans le mystère du Christ et qui passe par l'Église. L'Église est elle-même tradition, au sens fort de ce terme : elle reçoit et elle transmet le mystère du Christ. Et cette tradition est inséparable de la Croix du Christ, parce que Dieu se livre aux hommes à travers son Fils crucifié, et, qu'en grec, livré se traduit par le même mot que transmis. La tradition apostolique a son origine dans cette mystérieuse et réelle «tradition» de Dieu qui passe par la Croix du Christ. Il n'est donc pas étonnant que l'unité de l'Église exige un combat permanent et que toute réconciliation s'obtienne non pas par des stratégies ecclésiastiques, mais à travers de profondes souffrances et de grandes patiences.
À condition de comprendre vraiment le mystère de l'Église non pas selon nos préjugés ou nos préférences, mais selon la vérité de la tradition catholique. Le cardinal Joseph Ratzinger l'a souligné bien des fois : on ne peut pas interpréter le mystère de l'Église selon des concepts purement sociologiques ou politiques. Non pas parce que l'Église échapperait aux conditionnements qui marquent l'histoire des peuples, mais pour une raison beaucoup plus radicale : l'Église, même si elle passe par nous, peuple de baptisés, jaillit d'abord du cœur de Dieu. Nous ne pouvons donc pas l'imaginer ou la construire selon nos catégories à nous, qu'elles soient celles de la monarchie d'Ancien Régime ou celles de la démocratie moderne. Ni les structures, ni la liturgie de l'Église ne sauraient être calquées sur des goûts particuliers. On ne se fait pas son Église «à la carte», que la carte soit culturelle ou politique.
On peut donc souhaiter que l'acte de réconciliation accompli par Benoît XVI suscite des explications et des confrontations sur ces terrains-là, des terrains qui sont d'abord théologiques et spirituels, puisqu'ils touchent à nos façons de comprendre la tradition comme une source vive et l'Église «comme étant, dans le Christ, comme le sacrement, c'est-à-dire le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain» (Constitution conciliaire Lumen gentium 1).
J'atteste, comme évêque de l'Église catholique, que ces grandes redécouvertes du Concile Vatican II sont profondément traditionnelles et toujours nouvelles, lorsqu'on cherche à les comprendre vraiment. Elles sont aussi libératrices parce qu'elles nous arrachent à toutes nos crispations, en nous ouvrant à l'essentiel : la rencontre des hommes avec Dieu, qui est au cœur de la mission chrétienne. Que rien ne nous détourne de cet essentiel-là !
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mardi, 13 janvier 2009
Bernheim : «Ma compassion va aussi aux civils palestiniens»
Interview de Gilles Bernheim,
Grand Rabbin de France.
Entretien publié dans Le Figaro,
le 13 janvier 2009.
Gilles Bernheim, 56 ans, élu en juin, commence son premier mandat de Grand Rabbin de France. Il dresse un tableau de la situation du judaïsme en France, de son rapport à la laïcité et prend la parole sur les sujets qui préoccupent la communauté juive, notamment l'antisémitisme et le conflit entre Israël et le Hamas.
LE FIGARO - Comment se définit Gilles Bernheim, non pas le Grand Rabbin dans sa fonction, mais l'homme, l'intellectuel, le croyant ?
Gilles BERNHEIM - Même s'il est difficile de dissocier les trois termes, essayons quand même. L'homme rabbin est d'abord un passeur : il doit se faire l'intermédiaire entre la grandeur des textes de la tradition juive et les besoins des hommes. Comment la transcendance dont je dois témoigner peut-elle s'incarner dans la réalité quotidienne ? C'est la question fondamentale que je porte en moi, chaque matin, en me levant, ou en commençant une étude de la Torah.L'intellectuel est un «inquiéteur». Aujourd'hui plus que jamais, dans une société bien pensante où la réussite matérielle comme but ultime va de soi, les médias font un formidable bruit qui, parfois, empêche de penser. Dans un tel contexte, le juif a charge de maintenir la part d'étrangeté et de questionnement qui est au cœur du judaïsme.Quant au croyant, le Talmud dit de lui qu'il est au centre de lui-même avant d'être le centre du monde, et que l'important n'est pas d'être vu mais de voir. J'y ajouterai deux choses : les vrais croyants font peu de bruit car il est inutile de prêcher, il faut donner l'exemple. Et la confiance en Dieu ne peut reposer que sur une évidence intérieure ainsi que sur la justesse d'un enseignement de la Torah.
On vous dit « orthodoxe », qu'est-ce que cela veut dire ?
Être juif orthodoxe est à la fois une manière de vivre et une manière de penser, une discipline et une doctrine. Certes, la première exigence du judaïsme est, comme le dit Maïmonide, d'avoir foi en Dieu. Mais l'exigence centrale du judaïsme n'est pas la confession d'une croyance. Affirmer : «Je crois en… » ne fait pas d'un homme un juif, de même qu'affirmer : « Je crois en ma patrie » ne naturalise pas un étranger. Est citoyen celui qui accepte la soumission à une Constitution, à ses droits et à ses obligations. Ma relation à Dieu ne s'exprime pas par un article de foi, mais par l'acceptation d'un ordre qui détermine toute ma vie. Ce qui importe, c'est de mener une vie exemplaire et juste dans ce que les juifs pratiquants appellent Torah et mitsvot, la Loi et ses préceptes.
Votre élection en juin dernier a été marquée par une lutte sans merci. A-t-elle laissé des traces ?
Je m'emploie depuis le jour de l'élection à faire en sorte que le climat soit apaisé. Mais il faut aussi rappeler que cette campagne a été perçue, à l'extérieur de la communauté juive, comme une preuve de démocratie et de vitalité.
Dans quelle situation trouvez-vous la communauté juive de France ?
M'autorisez-vous à être optimiste ? L'intérêt grandissant qu'on observe pour les enseignements du judaïsme, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de nos communautés, est porteur des plus grandes espérances. J'observe à ce sujet autour de moi toutes les formes d'engagement, notamment des jeunes ménages qui s'installent dans une vie d'observance religieuse tout en s'ouvrant à des intérêts nombreux et nouveaux. La visibilité du judaïsme français (écoles, alimentation et restauration Kasher, centres d'étude) est un gage de vitalité et de pérennité. À condition que ceux qui transmettent le judaïsme soient à la hauteur et du message dont ils sont les dépositaires et des attentes auxquelles ils ont à répondre. Il importe de favoriser au maximum les échanges entre les différentes sensibilités de la communauté afin qu'elles se fécondent mutuellement dans l'étude de la Torah et de la Tradition. Et que naisse une vraie parole de vie, non seulement vécue par celui qui l'a dite, mais qui porte vie à celui qui l'entend.
Par quoi l'avenir de la communauté est-il le plus menacé, l'antisémitisme ou les divisions internes ?
Malgré ce qu'il est de bon ton de dire, la communauté juive n'est pas aussi profondément divisée que d'autres, même s'il est urgent d'agir pour enrayer les facteurs de division. Elle manifeste un attachement profond et exemplaire à Israël, le monde de l'étude est dynamique et le cadre institutionnel respecté. Quant à l'antisémitisme qui menace la communauté juive, et au-delà de la colère que m'inspirent des actes odieux commis envers les juifs, mais aussi envers des musulmans ou des chrétiens, j'ai le sentiment qu'il est lié à d'autres formes de violence de la société française, et que si ça doit être un signal fort, ce n'est pas seulement pour les juifs de France, mais aussi pour l'ensemble de la nation française.
Quelles seront vos priorités à court terme ?
Diriger de façon accessible et transparente le rabbinat français en travaillant en équipe pour le Consistoire de France. Renforcer les piliers de la vie juive française que sont le rabbinat, l'éducation juive, les tribunaux rabbiniques et les Consistoires régionaux. Rassembler les juifs dans la solidarité et dans l'ouverture, tout en affirmant la référence stricte à la Loi juive. Représenter l'ensemble de la communauté juive de France avec le souci du dialogue et de l'exemplarité.
Que voulez-vous construire à long terme ?
Ma priorité est de rénover la formation initiale des rabbins et d'instaurer une formation professionnelle continue. Mais aussi d'œuvrer pour que la communauté juive donne une image empreinte de dignité, parfaitement intégrée sur le plan des valeurs civiques dans la communauté nationale et soucieuse de ses devoirs envers elle. Dialoguer avec les acteurs politiques, les autres religions et la société civile. C'est sur ces engagements que nous avons été élus, avec le président du Consistoire de France Joël Mergui. Être en dialogue permanent avec les dirigeants des autres institutions juives de façon à les inspirer, et sans me substituer à eux, est aussi l'une de mes priorités.
Vous êtes très engagé dans le dialogue judéo-chrétien. Pourquoi cet intérêt privilégié ?
La question qui me préoccupe depuis près de trente ans est de savoir comment débattre entre juifs et chrétiens sans faire comme si certains conflits théologiques n'existaient pas. En tant que juif, j'exprime ma vision de Jésus et des Évangiles car les enseignements de et sur Jésus méritent d'être pris en compte et déchiffrés selon la clé de la tradition rabbinique. C'est à cet exercice que je me suis livré dans le livre de dialogue avec le cardinal Barbarin. Faut-il par ailleurs rappeler que grâce et à partir de Nostra Aetate, les catholiques ont beaucoup à gagner pour mieux comprendre les Évangiles, pour être plus fidèles à Jésus, en écoutant la tradition juive qui témoigne de l'existentialité biblique en laquelle Jésus s'est exprimé et a vécu ?
Partagez-vous le même intérêt pour la communauté musulmane ?
Oui, à condition que les relations judéo-musulmanes soient centrées sur le présent et l'avenir plutôt que nourries d'évocations historiques, tantôt idéalisées, tantôt dramatiques. La coexistence pacifique et le respect mutuel entre juifs et musulmans sont des objectifs impérieux.Leur proximité tient d'abord au fait que, pour les deux religions, le poids des commandements et des gestes est considérable. Un musulman comprend parfaitement ce qu'est une boucherie kasher. Nous sommes ici sur un terrain où l'intellectuel occidental moderne est complètement perdu. L'idée que l'identité puisse être portée par des gestes répugne à l'Occident et ne lui évoque que fanatisme, intégrisme ou tyrannie, tout ce qui est de l'ordre de la contrainte pratique lui apparaissant comme le contraire de la foi.Plus que sur le monothéisme qui, pour être commun aux trois grandes religions révélées n'en est pas moins pensé et vécu par chacune de façon différente, c'est sur cette commune exigence d'une pratique religieuse qu'il convient, me semble-t-il, de mettre l'accent dans les relations entre juifs et musulmans.
La « laïcité positive » défendue par le président de la République est-elle une bonne idée ?
La pensée de Nicolas Sarkozy me semble faire écho à cette phrase de Baudelaire à laquelle j'adhère parfaitement : «Il n'y a d'intéressant sur la terre que les religions.» Ce qui veut dire que les religions restent les ultimes réserves de signification, de poésie dans un monde désenchanté par le rationalisme et la technique. Il n'y a donc rien d'étonnant qu'en cette phase critique de la modernité que nous sommes en train de vivre, la religion vienne au centre du débat. Personne ne l'a dit plus nettement que Louis Dumont : « On ne peut pas se passer de toute transcendance, il n'y a rien qui ne puisse reposer que sur soi-même. En particulier, tout ordre humain repose sur son au-delà.» Permettez-moi, à partir de références culturelles et religieuses bien différentes, de faire mienne cette parole.
Comment la communauté juive de France doit-elle se positionner par rapport à Israël et, plus particulièrement, sur le conflit en cours à Gaza ?
Les juifs de France considèrent avec angoisse les combats qui font rage à Gaza. Ils sont très nombreux à avoir des proches en Israël et tremblent à l'idée des victimes et des soldats qui, à l'image de Guilad Shalit, pourraient être enlevés. Mais un autre facteur les tourmente et je voudrais le faire comprendre à partir du récit biblique. Lorsque Jacob va à la rencontre de son frère Esaü dont il apprend qu'il est armé jusqu'aux dents, le verset dit que Jacob eut peur et qu'il fut effrayé. Tous les commentateurs s'interrogent sur cette répétition et concluent qu'il eut peur d'être tué mais qu'il eut plus peur encore d'avoir à tuer. Ma compassion, comme celle de tous mes coreligionnaires, s'étend aux populations civiles palestiniennes et je regrette que les guerriers du Hamas soient entrés dans une folie meurtrière qui les dépasse et les broie.
Le doute et le trouble dominent en ce début d'année après «la» crise de 2008. Que nous est-il arrivé, au fond ?
Comme tout un chacun, j'ai été sensible à l'ampleur de la crise financière, suivie de la crise économique, suivie d'un début de crise sociale qui va, semble-t-il, s'amplifier en 2009. Mais il y a des éléments troublants : le désarroi des experts qui n'ont rien vu venir et se trompent avec constance, les interventions spectaculaires des gouvernements avec des effets pas toujours convaincants et, pour le moment, la relative sérénité des opinions publiques. Cette paix fragile va-t-elle durer ? Nul ne le sait. L'année 2009 paraît couverte de nuages sombres.
Sur quel point de vigilance et quel point d'espérance l'homme de foi et le philosophe s'attarderait-il pour 2009 ?
Parlons plutôt de vigilance et d'exigence. Vigilance sur le fait que la qualité d'une société se mesure au sort qu'elle réserve aux plus pauvres des siens et à l'effort qu'elle déploie pour prévenir la pauvreté et ses ruptures. Travaillons à l'élaboration d'un projet, celui du bien commun, en prenant comme révélateur la place des plus pauvres dans notre société. Car avec la mort des idéologies sociales, on a souvent oublié de préserver ce qui faisait le ferment de tant d'engagements généreux.La Torah ne peut faire l'économie de cette exigence et ne peut que nous interpeller en cette situation de crise due au manque de travail. Comment, par exemple, vivre le shabbat comme aboutissement de six jours de travail pour un homme qui est précisément exclu du travail ? Quelle sagesse le respect du shabbat peut-il révéler à une société qui vit le non-travail comme un mal social qui menace sa cohésion ? Parce que le vrai shabbat valorise une responsabilité qui tout à la fois libère l'homme et lui rend sa dignité. Comment donc faire pour que se rejoignent cette notion à la fois utopique et exigeante du shabbat et la réalité sociale aggravée par la crise que nous connaissons ? Telle est d'abord ma vocation de rabbin, ce que l'on appelle l'exigence de la foi. C'est à cette condition que le judaïsme prendra sa part de l'effort de refondation morale de la société.
Propos recueillis par Jean-Marie Guénois pour Le Figaro.
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dimanche, 26 octobre 2008
Messe hommage à Soeur Emmanuelle en la Chapelle Notre Dame de la Médaille Miraculeuse.
J'ai assisté, hier matin, à la messe d'action de grâce qui avait lieu, selon les dernières volontés de Soeur Emmanuelle, en la Chapelle Notre Dame de la Médaille Miraculeuse, à Paris.
Une heure avant le début de la cérémonie, la foule était telle que, la chapelle déjà remplie, la Communauté des filles de la charité de Saint-Vincent de Paul avait ouvert le jardin Catherine LABOURE, situé au 57 de la rue de Babylone.
C'est donc dans ce joli jardin que j'ai assisté à cette messe splendide qui s'est achevée par le chant du Magnificat.
Croyants ou pas, l'action et la personnalité de Soeur Emmanuelle nous auront tous marqué dans nos coeur.
Puisse son message et son exemple nous inspirer au quotidien.
NCL
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vendredi, 12 septembre 2008
Bienvenue au Pape Benoît XVI.
A l'occasion de sa première visite d'Etat en France, je tenais à exprimer à Sa Sainteté toute ma gratitude pour l'honneur qu'il fait à la France, fille aînée de l'Eglise, en se rendant à Paris et à Lourdes, à l'occasion du 150e anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à Sainte Bernadette.
Puisse le discours qu'il prononcera au Collège des Bernardins, à l'adresse du monde de la culture, être une source de réflexion et de paix pour chacun.
NCL
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jeudi, 11 septembre 2008
«On ne peut se résigner à la baisse du nombre des prêtres.»
Entretien accordé par le Cardinal Tarcisio Bertone,
Secrétaire d'État du Saint-Siège.
LE FIGARO. Benoît XVI arrive en France pour la première fois en tant que Pape. Est-ce pour lui un voyage différent?
Cardinal Tarcisio BERTONE. La visite du pape dans un pays correspond à sa mission de pasteur de toute l'Église, reçue de l'apôtre Pierre : faire paître le troupeau du Christ et affermir ses frères dans la foi. Dans le cas de la France, nul n'ignore sa tradition historique ni le rôle que l'Église catholique y a joué au cours des siècles, sous de multiples formes. Pour vous répondre, je mettrais l'accent sur la seconde étape du voyage. Comme des millions de pèlerins, le Pape se rendra à Lourdes pour fêter le cent cinquantième anniversaire des apparitions de la Vierge à sainte Bernadette Soubirous.Tout le monde et sur tous les continents connaît le sanctuaire de Lourdes ainsi que son message lié à la prière et aux malades. Il y aura aussi à Lourdes la rencontre du Pape avec tous les évêques de France. Ce sera un moment de communion, qui lui donnera l'occasion de manifester son affection pour les pasteurs des diocèses français et de les exhorter dans leur délicate mission de guides des fidèles confiés à leurs soins.
De fait, les chiffres de l'Église sont très inquiétants. Quelles pistes d'avenir voyez-vous?
Celles de la cohérence de la foi et du courage apostolique, sans peur, ni pour la situation présente ni pour l'avenir. C'est l'exhortation de notre Pape au début de son pontificat : «N'ayez pas peur du Christ. Il n'enlève rien et il donne tout.» S'il me faut indiquer une priorité, il me semble que c'est la question des vocations sacerdotales qui mérite la plus grande considération. On ne peut se résigner à la baisse du nombre des prêtres, et une paroisse sans pasteur est comme une famille qui a perdu son père. Il faut prier et «se retrousser les manches», pour rendre les familles et les communautés sensibles à la nécessité de faire naître et de cultiver les vocations sacerdotales. Le Seigneur continue à appeler et à choisir ceux qui doivent Le rendre présent dans les communautés : il faut plus de générosité dans la réponse.
Comment le Pape perçoit-il l'Église de France? Une «enfant terrible», réfractaire?
Je repense à la question de Jean-Paul II dans son homélie de la messe au Bourget, au début du mois de juin 1980 : «France, fille aînée de l'Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême?» Je suis certain qu'aujourd'hui encore il existe en France, dans les villes comme dans les vastes campagnes, dans les paroisses comme dans les monastères, dans les mouvements de l'apostolat catholique comme dans de très nombreuses familles, des fidèles qui vivent leur foi avec sérieux et qui en témoignent. Je crois qu'il existe encore un profond sentiment religieux, très répandu, qui a besoin d'être encouragé, et que tout baptisé doit apprendre à assumer en personne. Je tiens à faire remarquer qu'aux Journées mondiales de la jeunesse à Sydney l'Église en France a fait venir des milliers de jeunes fervents et enthousiastes d'être des témoins du Christ. En ce sens, l'action des évêques, des prêtres, des religieux et des religieuses est précieuse : ils doivent s'ouvrir à la richesse ecclésiale qui peut venir de l'extérieur et qui contribuera à renouveler de nombreuses communautés ou des structures un peu «vieillies», si l'on me passe l'expression.
Benoît XVI arrive dans un contexte politique où le débat sur la laïcité a été relancé à la suite du discours du président de la République à Rome. Va-t-il y répondre?
Le président français, M. Nicolas Sarkozy, a prononcé au Latran un discours dont l'aspect novateur a été remarqué. Ce fut un discours très apprécié, car le chef de l'État a eu le courage de réaffirmer sa conception d'une laïcité qu'il a définie comme « positive », c'est-à-dire sans hostilité ni volonté d'ignorer la religion ainsi que le rôle de celle-ci dans la société et dans le monde. La rencontre du Pape avec le chef de l'État donnera certainement l'occasion d'y revenir.
Il va aussi rencontrer le monde de la culture au Collège des Bernardins. Comment compte-t-il surmonter la méfiance de certains milieux intellectuels français?
Le thème du dialogue entre foi et raison est très cher au pape Benoît XVI, comme au temps où il était professeur et cardinal. C'est un thème qu'il connaît bien et qu'il n'a cessé d'approfondir. Un intellectuel et pas seulement un intellectuel catholique qui veut réfléchir sur ce thème ne peut ignorer la voix de l'Église. Mais je ne crois pas qu'il existe en France une attitude de «méfiance» à l'égard de la pensée de Benoît XVI. Le discours qu'il prononcera au Collège des Bernardins donnera l'occasion de revenir sur ce thème, de susciter la curiosité, l'intérêt et le désir d'approfondir les liens entre foi et raison, religion et culture, et leur complémentarité.
Il y a un an, le Saint-Siège publiait un motu proprio pour tenter de résoudre un problème liturgique largement français. Cette mesure n'a-t-elle pas entraîné une crispation?
Permettez-moi de rectifier : on ne peut parler d'un «problème liturgique largement français». Le Pape a pris sa décision en vue du bien de toute l'Église. Il est exact qu'on l'attendait davantage en France, du fait que, comme on le sait, c'est le pays où l'on a vu naître le mouvement de Mgr Lefebvre et que la Fraternité fondée par lui s'est développée sur une grande partie du territoire français. On ne peut nier, d'autre part, que, même parmi les évêques, il y ait eu des opinions et des positions différentes.Il faut, en tout état de cause, reconnaître que l'épiscopat français a reçu le document du Pape et a fait, dans l'ensemble, ce qui était en son pouvoir pour le mettre en application. J'ajoute qu'il faut bien comprendre l'intention qui a inspiré la décision du Pape : la célébration de l'Eucharistie doit favoriser l'unité de l'Église, et non sa division. Poursuivre d'autres buts, c'est être bien loin de la volonté du Pasteur universel et ne pas aller dans cette direction.
Vous connaissez bien Benoît XVI pour avoir travaillé avec lui à la congrégation pour la Doctrine de la foi et aujourd'hui comme secrétaire d'État. Comment pourriez-vous caractériser son pontificat?
Son exemple et ses enseignements constituent une constante leçon de vie ! Je voudrais tout d'abord souligner la clarté de la doctrine de Benoît XVI, toujours exprimée avec une noblesse de langage, mais en même temps avec une efficace capacité de persuasion. Comme préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Ratzinger avait l'habitude de dire que son rôle était de défendre la foi des simples contre les doctrines ambiguës et erronées des prétendus savants de ce monde. En lui, les dons de la nature et de la grâce se compénètrent et ils sont rehaussés par son humilité et sa simplicité. Comme secrétaire d'État, je peux témoigner de la façon dont il porte le poids que Dieu a mis sur ses épaules, un poids qui dépasse les forces humaines, à savoir le mandat de gouverner le troupeau du Christ comme pasteur de l'Église universelle.Il me semble que les lignes de fond de son pontificat commencent à se faire jour : l'enseignement clair et convaincant, tant sur le plan proprement théologique que sur le plan moral ; l'impulsion donnée à l'œcuménisme et la conduite du dialogue interreligieux, en cherchant à surmonter peu à peu les difficultés ; l'attention aux plus faibles, aux plus pauvres ; l'attention aux personnes les plus éprouvées, avec les vigoureux appels en faveur de la paix, de la réconciliation entre les groupes et les peuples, de la solidarité internationale.
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vendredi, 05 septembre 2008
Mgr Vingt-Trois : «L'Église de France vit une transition.»
Entretien accordé par le Cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris,
Président de la Conférence des évêques de France.
Publié dans Le Figaro, le 5 septembre 2008.
À une semaine de la visite de Benoît XVI en France, l'archevêque de Paris revient sur les principaux enjeux de ce voyage.
LE FIGARO. Le Pape redoute-t-il ce voyage en France ? Entre l'Église de France et lui notamment quand il fut préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi le climat était plutôt marqué par la défiance.
Mgr André Vingt-Trois. Il connaît très bien la France et prend ce voyage au sérieux. De la même façon qu'il a pris au sérieux ses déplacements aux États-Unis et en Australie. Il n'est pas plus préoccupé par la France qu'il ne l'était par les États-Unis, où la partie n'était pas gagnée. L'enjeu est bien dans cette rencontre réelle du Pape avec les catholiques français. Beaucoup ont en effet une image caricaturale de Benoît XVI.
Il arrive au terme de neuf mois, marqués, à la suite du discours du Latran, par une résurgence du débat sur la laïcité. Va-t-il revenir sur ce thème ?
Je ne suis pas sûr que cette question de la laïcité ait aujourd'hui toute l'importance que vous lui accordez. Il y a eu quelques déclarations un peu froides sur la visite du Pape mais on ne peut pas appeler cela un combat de laïcité.
Le discours de Nicolas Sarkozy au Latran a tout de même embarrassé une partie de l'Église de France…
Je n'ai pas été du tout gêné par ce que le président a dit, au contraire. Et je parle ici en tant que président de la Conférence des évêques. Le discours du Latran comme le discours de Riyad s'inscrivent dans le contexte de la réflexion du président de la République qui n'est pas une découverte puisqu'il l'avait publiée trois ans avant. L'événement novateur est qu'il expose cette conviction dans sa fonction de président de la République. Il y a deux interprétations possibles. Pour les uns, ses propos relèvent d'une stratégie politique, à la façon pour le dire de manière caricaturale de Bonaparte en 1802 qui instrumentalisait la religion pour progresser dans la société française. Pour d'autres, c'est un registre philosophique : il considère qu'une société démocratique ne peut pas exister sans référence transcendante. Ce que Régis Debray avait dit, il y a quinze ans. Personnellement, je penche pour la deuxième interprétation. Certes les discours du président Sarkozy ne sont pas indemnes de calcul politique mais, à ce que je sais, ils correspondent à des convictions personnelles.
L'Église catholique n'a pas encore répondu à ces discours, Benoît XVI va-t-il le faire ?
Ces discours étaient d'abord adressés à la société et non à l'Église. Nous n'avons pas d'autre réponse à faire que d'enregistrer avec satisfaction que l'on peut être chrétien et citoyen sans être obligés de dissimuler son appartenance chrétienne. Pas plus d'ailleurs que son appartenance juive ou musulmane.
À propos des musulmans, le Pape arrive en France en plein ramadan, et deux ans, jour pour jour après l'affaire de Ratisbonne et son discours qui enflamma le monde musulman. Dans un pays où la communauté musulmane est importante va-t-il évoquer le thème de l'islam ?
Je n'ai pas discuté de cela avec le Pape, ce qui ne veut pas dire qu'il n'en dira rien. Ce qui est prévu est une rencontre avec les représentants de la communauté musulmane aux Bernardins. Eux s'en réjouissent et moi aussi.
N'y a-t- il y a pourtant une différence de traitement ? Le Pape reçoit à part, à la nonciature, les représentants de la communauté juive, et les musulmans, avec les autres religions, au Collège des Bernardins.
Cette différence de traitement est incontournable. Elle est liée au fait que la rencontre des Bernardins aura lieu, vendredi prochain en fin d'après-midi, et que le shabbat commence à ce moment-là.
Pourquoi attachez-vous une telle importance à cette rencontre du Collège des Bernardins où le Pape va s'adresser à 700 représentants du monde de la culture ?
Ce rendez-vous offre une représentation symbolique du christianisme dans la société. Les chrétiens, les catholiques, sont quotidiennement immergés dans un milieu social et humain qui est traversé par des croyances différentes et par les non-croyances. Il faut vivre avec et deux attitudes sont possibles : se retrancher derrière un pont-levis ou aller à la rencontre des autres convictions et de leurs projets à l'égard de la société. J'ai donc proposé au Pape qu'il nous donne, par sa présence et son discours, l'exemple même de cette capacité chrétienne de rencontre et de dialogue. Ce qui est l'intention même du projet des Bernardins.
Vous n'avez jamais caché vos doutes sur la situation de l'Église de France. Sur quels points pastoraux le Pape devrait-il insister ?
La mentalité et le moral de l'Église de France après le pontificat de Jean-Paul II n'ont rien à voir avec le temps de ses débuts. Ce quart de siècle n'est pas une dégénérescence. Il suffit de se souvenir de l'ambiance autour du premier voyage de Jean-Paul II en 1980… En 28 ans l'état de l'Église de France n'a pas empiré ! Elle n'est pas devenue un cimetière de décombres… Nous traversons certes une période difficile depuis les années 1970 et j'attends du Pape qu'il nous encourage à affronter cette situation avec espérance et confiance. En sachant que nous devons, nous, affiner notre capacité à formuler des objectifs et à assumer un deuil.
Un deuil ?
Nous quittons une structure ecclésiale du XIXe siècle et cela ne va pas sans souffrances. Les villageois qui avaient l'expérience d'une église pleine tous les dimanches et qui ont aujourd'hui une messe tous les deux mois dans une église aux trois quarts vide, le savent. Cela ne veut pas dire que l'Église est morte, elle vit une transition.
Et les objectifs ?
Intensifier tout d'abord l'expérience spirituelle. Les chrétiens ne peuvent pas assumer les enjeux et les conflits de la vie de notre société s'ils ne sont pas profondément enracinés spirituellement. Que notre Église, ensuite, soit motivée pour témoigner de l'espérance. Elle doit dire que l'humanité n'est pas enfermée dans une fatalité, économique, écologique, politique. Enfin, troisième objectif, il nous faut renouveler une prédication de l'appel pour la vie sacerdotale et religieuse mais aussi pour l'engagement apostolique de tout chrétien.
Il y aura un an, le 14 septembre, un motu proprio, décidé par le Pape pour normaliser l'usage de l'ancien missel de la messe en latin, entrait en vigueur. Le Pape va-t-il revenir sur ce thème qui n'est pas digéré en France ?
Avec ce motu proprio l'intention du Pape était de travailler à l'unité de l'Église. Il refuse qu'une situation historique de fracture se fossilise. Sa mise en œuvre pratique n'est pas facile mais, depuis un an, pour un certain nombre de situations, le climat s'est amélioré, même s'il s'est exacerbé pour d'autres. Tout cela demandera du temps : on ne digère pas trente ans d'histoire en douze mois. Je ne sais pas si le Pape va en parler, je sais seulement que le signe le plus explicite sur le sujet va être le fait de concélébrer avec les évêques de France, en communion dans une même liturgie.
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mercredi, 02 avril 2008
Troisième anniversaire de la disparition du Pape Jean-Paul II.
Il y a trois ans, disparaissait Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, rappelé par le Seigneur, après une vie au service de l'humanité toute entière.
Ensemble souvenons-nous et prions pour le salut de cet infatigable artisan de la Paix.
Nicolas CALLEGARI-LEFEVRE
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vendredi, 08 février 2008
Disparition du Grand Maître de l'Ordre de Malte.
Son Altesse Eminentissime le 78ème Grand Maître de l'Ordre Souverain Militaire Hospitalier de St. Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte, Fra' Andrew Willoughby Ninian Bertie, est décédé à Rome le 7 février 2008.
Le Grand Commandeur de l’Ordre de Malte, Son Excellence le Vénérable Bailli Fra' Giacomo della Torre del Tempio di Sanguinetto, assure les fonctions du Lieutenant intérimaire de l’Ordre, et restera à la tête de l’Ordre Souverain jusqu’à l’élection du nouveau Grand Maître.
Andrew Willoughby Ninian Bertie fut le premier britannique à être élu au poste de Grand Maître au cours des 900 ans d’histoire de l’Ordre. Né le 15 mai 1929, il a étudié au collège des Bénédictins de Ampleforth College dans le Yorkshire, a été diplômé en histoire moderne à Christ Church - Oxford et a étudié à l’Ecole d’Etudes Orientales et Africaines de l’Université de Londres. Après son service militaire dans les Scots Guards, il a travaillé comme journaliste financier à la City de Londres, avant de se dédier à l’enseignement des langues modernes (français et espagnol) à la Worth School dans le Sussex. Admis dans l’Ordre en 1956, il prononça ses voeux en 1981 et fit partie du Souverain Conseil (le gouvernement de l’Ordre) pendant les sept ans suivants, avant d’être élu Grand Maître le 8 avril 1988.
Son Altesse Fra' Andrew Bertie, qui parlait couramment cinq langues, a été témoin de multiples changements au sein de l'Ordre de Malte, contribuant à la modernisation de ses programmes humanitaires, la croissance du nombre de ses membres et l’extension de l’aide aux pauvres et aux nécessiteux dans les pays en difficulté. Il a augmenté de 49 à 100 le nombre des missions diplomatiques bilatérales de l’Ordre dont la délicate mission est d'offrir assistance aux pays touchés par des catastrophes naturelles ou des guerres. Il a contribué à l’organisation d’importantes conférences internationales lors desquelles les membres étaient invités à participer à la stratégie humanitaire de l’Ordre et a toujours encouragé un fort engagement de l’Ordre dans sa mission spirituelle d’aide aux pauvres et aux malades en offrant un exemple de vie fidèle aux principes chrétiens. Il a, de plus, modernisé la structure et l’administration interne de l’Ordre.
Homme de réflexion, ayant de nombreux centres d'intérêt, et bien qu’ayant une certaine réserve britannique, Fra' Andrew était très aimé par tous ceux qui travaillaient avec lui sur ses multiples projets. Il appréciait beaucoup la compagnie des jeunes, et ses ex-étudiants lui rendaient souvent visite au Palais Magistral à Rome. Il aimait particulièrement recevoir et parler avec les personnes engagées dans les oeuvres de l’Ordre, qu’il rencontrait pour la plupart lors de ses voyages à travers le monde pour visiter les activités humanitaires de l’Ordre et échanger avec les associations nationales. Quand cela était possible il passait ses vacances dans sa maison de Malte, où il aimait enseigner le judo aux enfants ainsi que cultiver ses orangers dont les quatre variétés étaient pour lui une source de fierté, ou d’angoisse par mauvais temps.
Les nombreux honneurs lui ayant été accordés témoignent de la haute considération en laquelle Son Altesse Eminentissime était tenue:
Citoyen honoraire de Rapallo (1992), de Veroli (1993), Lourdes (1999), Magione (2002), Birgu (2003) et Santa Severina (2003). En 2002, en Bolivie il fut nommé Huesped Ilustre (La Paz, El Alto et Santa Cruz).
Docteur honoris causa: Médecine et chirurgie, Université de Bologne (1992); Jurisprudence, Université de Malte (1993); Sciences Humaines, Université de Saint Domingue (1995); Universidad Catolica Bolivina San Pablo, Bolivie (2002); Droit, St. John’s University, Minnesota (2003).
Prix Path to Peace, 2005. Prix Matteo Ricci, 2006.
Son Altesse a aussi reçu les distinctions suivantes:
Collier de l’Ordre Piano (Saint Siège), Collier de la République Italienne, Grand Croix de la Légion d’Honneur, et plus de 50 décorations d’autres pays.
Sources: Ordre de Malte
16:55 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, vatican, christianisme, politique, ump, sarkozy, ps
dimanche, 13 janvier 2008
L'appel de Jean d'Ormesson : "N'abandonnons pas les chrétiens d'Irak "
Par jean d'Ormesson,
de l'Académie française.
Tribune publiée dans
Le Figaro Magazine,
le 12 janvier 2008.
L'Irak est un pays dévasté par la dictature, par la guerre, par le terrorisme, par la misère. Tous, dans cette région si éprouvée, sont frappés par le malheur. Un petit nombre d'Irakiens sont plus malheureux, plus isolés, plus menacés encore que les autres : les chrétiens.
Descendants des contemporains d'Abraham - parti d'Ur, en Chaldée -, héritiers d'une des premières communautés par lesquelles est parvenu jusqu'à nous le message du Christ, les chrétiens d'Irak parlent une langue dérivée de l'araméen, la langue de Jésus. Ils constituent une minorité d'environ un million d'individus. Mais ce qu'ils représentent pour le monde dépasse de loin leur nombre. A la croisée de l'Orient et de l'Occident, au coeur des guerres et des violences, ils rappellent la permanence de cette révélation vieille de deux mille ans : tous les hommes sont frères.
Devant l'adversité, un certain nombre d'entre eux ont tenté de se réfugier dans les pays voisins : Syrie, Jordanie, Turquie. Leurs conditions de vie sont affreusement difficiles. Beaucoup sont restés en Irak et leur situation est plus dure que sous le régime de Saddam Hussein. Les épreuves les plus cruelles les accablent. Ils sont la cible des fondamentalistes. Leurs églises sont détruites. Plusieurs de leurs prêtres ont été assassinés, et tous vivent sous la menace. Les demandes de rançon, les enlèvements, les tortures physiques et morales se multiplient. Ils ne reçoivent aucune aide. Ils ne disposent d'aucun recours.
A l'intérieur ou à l'extérieur, la vie des chrétiens d'Irak est un martyre permanent. Pour qu'ils puissent continuer à porter témoignage de leur fidélité, il leur reste un seul espoir : la solidarité des autres chrétiens du monde.
Chrétiens de France, je m'adresse à vous à l'instigation de Pax Christi, qui m'a demandé de rédiger cet appel. Vous avez le devoir d'apporter votre soutien à vos frères d'Irak. Il faut que les chrétiens d'Irak sachent qu'ils ne sont pas abandonnés, que d'autres chrétiens pensent à eux, prient pour eux, agissent pour eux, que tous les efforts seront faits pour améliorer leur existence quotidienne, et qu'il y a pour eux, dans leur longue nuit, quelque chose qui ressemble, au loin, à une lueur d'espérance.
06:10 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Religion, Vatican, Christianisme, Politique, UMP, Sarkozy, PS































































































