jeudi, 05 novembre 2009

Jacques Chirac : «J'irai m'expliquer avec sérénité»

7f3e96ea-c96c-11de-85df-0f9542c4fd70.jpgEntretien avec le Président Jacques Chirac, publié dans Le Figaro,

le 05 Novembre 2009.

 

 

 

LE FIGARO. - Vous êtes renvoyé devant la justice dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Comment vivez-vous cette épreuve ?

Jacques CHIRAC. - La juge Xavière Simeoni a estimé devoir me renvoyer devant le tribunal correctionnel. J'ai pris acte de sa décision, même si je conteste son analyse. J'irai donc m'expliquer sur les 21 emplois qui restent en débat. Je rappelle d'ailleurs qu'au départ, près de 500 emplois ont été examinés par la justice, et qu'on a parlé d'un véritable «système». Aujourd'hui, on constate bien qu'il n'en est rien. Je n'ai rien à me reprocher. J'irai donc m'expliquer en personne, avec sérénité et détermination, pour que la vérité soit établie. Je le dois aux Français, qui m'ont accordé leur confiance.

Regrettez-vous que le parquet n'ait pas fait appel de la décision de la juge d'instruction ?

Non. Je souhaite pouvoir établir rapidement la réalité des faits et que cette page soit définitivement tournée.

Comment allez-vous vous préparer à ce procès ?

Tranquillement. Je dirai la vérité, ce que je sais, ce que je pense.

Que répondez-vous à Charles Pasqua qui vous demande de faire la lumière sur les conditions d'attribution de l'Ordre national du Mérite à Arcadi Gaydamak ?

Strictement rien. Je n'ai pas un souvenir très précis de cette affaire. Si Charles Pasqua pense aujourd'hui qu'il y a une utilité quelconque à lever le secret défense, ce n'est certainement pas moi qui m'y opposerai.

Que pensez-vous du procès Clearstream ?

Ne comptez pas sur moi pour commenter une procédure en cours. La seule chose que j'ai à dire dans cette affaire c'est que je n'ai naturellement donné aucune instruction. En revanche, je veux rappeler les consignes très strictes que j'ai toujours données à mes gouvernements successifs pour la moralisation des marchés internationaux et la lutte contre les réseaux mafieux.

Le procureur a requis dix-huit mois avec sursis contre votre ancien premier ministre Dominique de Villepin. Qu'en pensez-vous ?

Je vous le répète, je ne fais pas de commentaires sur une procédure en cours. Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai pour Dominique de Villepin beaucoup d'estime et d'amitié.

Dans votre livre, vous évoquez des aspects très personnels de votre vie, notamment, pour la première fois, la maladie de votre fille Laurence.

Pour tout dire, j'ai hésité avant d'écrire ce livre. Mais je me suis dit qu'il ne pouvait avoir de valeur que si je disais toute la vérité, toute ma vérité, telle que je la ressentais, telle que je l'avais vécue. Sinon, l'exercice aurait été hypocrite ou inutile. Et les épreuves font partie de la vie.

Quel jugement portez-vous sur les présidents de la Ve République ?

Il est difficile de porter un jugement sur des hommes qui ont joué un rôle éminent dans l'Histoire de notre pays. J'ai, comme tous les Français, une profonde admiration pour le général de Gaulle, pour son rôle historique. Georges Pompidou est pour moi, en quelque sorte, un père spirituel pour lequel j'éprouve de l'admiration, du respect et une réelle affection. Il aura poursuivi l'œuvre du Général de Gaulle, tout en permettant à notre pays de se moderniser en profondeur.

Vous êtes sévère envers Valéry Giscard d'Estaing, dont vous avez été le premier ministre de 1974 à 1976.

Il n'est un secret pour personne que nos relations n'étaient pas marquées par un excès d'affection. Elles se sont ensuite dégradées, notamment en raison du rôle négatif d'un homme, Michel Poniatowski, qui ne supportait pas l'idée que quelqu'un d'autre que lui puisse avoir une influence sur le président. Mais au-delà des questions de personnes, c'est sur le fond et sur les choix de politique gouvernementale que nous nous sommes séparés.

Avez-vous lu son livre, La princesse et le président ?

Il est sur mon bureau justement…

Votre regard sur François Mitterrand est beaucoup plus clément.

C'était un homme d'une grande culture, d'une grande intelligence. J'ai bien sûr combattu ses idées et son action. Parfois même de façon assez dure. Mais on peut parfaitement reconnaître les qualités humaines et personnelles d'un adversaire politique. Comme beaucoup de Français, j'ai pour François Mitterrand de l'estime.

Comment expliquez-vous votre défaite à la présidentielle de 1988 face à lui ?

Mitterrand a été meilleur. Il a su rassembler davantage. A cette époque, les Français ont eu un besoin de gauche. C'est la démocratie.

Entre 1988 et 1995, avez-vous douté que vous seriez un jour élu président de la République ?

Ca a l'air très prétentieux, mais non, je n'ai pas douté. Tout simplement parce qu'il n'est pas dans ma nature de douter. Quand j'ai un objectif, je fais toujours le maximum pour l'atteindre.

Quel jugement portez-vous à mi-mandat sur la présidence de Nicolas Sarkozy ?

Je me suis fixé une règle à laquelle je ne déroge pas. Je ne fais jamais de commentaire sur mon successeur. C'est l'idée que je me fais de nos institutions.

Vous écrivez : «j'avais confiance en Édouard Balladur». Avez-vous été surpris qu'il soit candidat à la présidentielle de 1995 ?

Il y a eu entre Édouard Balladur et moi un certain malentendu. Un malentendu de bonne foi, comme on dit ! Je pensais qu'il existait entre nous un accord : il se consacrerait entièrement à la conduite du gouvernement tandis que je me préparerais à l'échéance présidentielle et à l'élaboration d'un projet pour la France. C'est ce que j'avais compris. J'avais dû me tromper… C'est la vie.

Vous dites que vous n'avez pas eu d'explication «d'homme à homme» avec lui. Le regrettez-vous ?

L'occasion ne s'est pas présentée. Je ne l'ai pas recherchée et pour dire la vérité, lui non plus. Mais je n'ai aucune hostilité à son égard.

Faut-il faire évoluer la Constitution de la Ve République ?

Les Constitutions, comme toutes les règles, ne sont jamais idéales. Au total, cette Constitution, inspirée par la volonté et la pensée du général de Gaulle, a été et est la mieux adaptée au tempérament des Français et à la situation de la France. A force de toujours vouloir améliorer les choses, on finit par les détériorer. La Constitution est une bonne Constitution, et il serait à la fois maladroit et dangereux de la «tripoter».

Donc vous n'êtes pas favorable à une évolution vers un régime présidentiel comme l'a proposé Jean-Pierre Raffarin ?

Je ne crois pas que le régime présidentiel s'impose. Nous avons aujourd'hui un système adapté, souple. Nous serions bien inspiré de ne pas vouloir trop le modifier. Les avantages l'emportent de beaucoup sur les inconvénients.

Dans votre livre, vous évoquez l'hospitalité de Saddam Hussein qui vous reçoit «à bras ouverts» à Bagdad en 1974 alors que vous étiez premier ministre. Quand vous êtes-vous rendu compte de sa dérive vers un régime dictatorial ?

Je l'ai rencontré quand j'étais premier ministre, et qu'il était chef d'État. Nos deux pays entretenaient des relations diplomatiques. Au départ, l'homme avait des qualités et, aux yeux de beaucoup, il symbolisait une vision moderne et laïque dans cette partie du monde. Il a changé assez rapidement et s'est affirmé chez lui un côté tyrannique que personne n'avait soupçonné.

Vous condamnez pourtant son exécution.

Oui. Je suis contre la peine de mort. Quoi qu'il arrive. Personne n'est fondé à exécuter un de ses semblables. C'est une question de principe.

Quel a été le plus grand moment de votre carrière ministérielle ?

Sans doute Mai 68. Il y a eu là un moment d'effervescence nationale, forte et vivifiante comme le peuple français en a le secret parfois. Tout le monde a été pris au dépourvu. J'étais alors secrétaire d'État à l'Emploi et à ce titre, j'ai pris part aux négociations. J'ai notamment rencontré dans le plus grand secret Henri Krasucki au nom de la CGT. On a beaucoup glosé sur le fait que j'y étais allé armé d'un revolver. C'était une période de grande agitation et j'avais intérêt à être armé. Non pas à l'égard de Krasucki, bien entendu, mais compte tenu du climat de tension extrême.

Au cours de votre carrière, on vous a souvent accusé d'être versatile. Quelle est votre ligne directrice ?

Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. On peut changer d'avis lorsque la situation change. Plus sérieusement ma ligne directrice, c'est une certaine idée de la France, une certaine idée des Français. Et je m'inscris en cela dans le droit fil de la tradition gaulliste. Se battre pour la grandeur et l'indépendance de la France. Et dans le domaine intérieur, préserver et renforcer notre cohésion sociale et nationale.

Comment vivez-vous votre retraite de la vie publique ?

Très bien. Vous le savez, j'ai un tempérament actif. Je m'occupe de l'action de ma Fondation qui s'investit dans les domaines de l'accès à l'eau, la déforestation, la lutte contre les faux médicaments qui sont une «plaie d'Égypte», et la sauvegarde des langues et des cultures menacées. Demain, seront remis les premiers prix de ma Fondation pour la prévention des conflits. Je suis très assidu au Conseil constitutionnel qui est remarquablement présidé par Jean-Louis Debré. Je rencontre de nombreuses personnalités françaises ou étrangères, avec lesquelles j'ai noué des relations amicales. Et je travaille à la rédaction du deuxième tome de mes Mémoires.

Quand paraîtra ce tome 2 ?

Pas avant un an. Je viens juste de commencer à y travailler.

dimanche, 01 novembre 2009

"Pourquoi nous ne voterons pas la réforme de la taxe professionnelle"

h_14_ill_1185546_805669.jpgDans les colonnes du Journal du Dimanche, Jean-Pierre Raffarin et 24 sénateurs* expliquent pourquoi ils ne voteront pas la réforme de la taxe professionnelle.

 

"Les réformes relatives aux territoires nécessitent à la fois sagesse et volontarisme pour une décentralisation juste et efficace. A la veille du Congrès des maires de France, nous entendons répondre aux préoccupations et inquiétudes des élus et exprimer nos convictions, en toute liberté et responsabilité.

Sénateurs, militants de la République décentralisée, nous souhaitons porter sur les réformes qui nous sont proposées un jugement sage, juste et réformateur. La réforme des collectivités territoriales nous paraît stratégique et moderne. Nous la soutiendrons avec conviction. Les décentralisateurs sont dans le camp des réformateurs. L’immobilisme est le pire adversaire de la décentralisation. Le débat sur les structures, leurs compétences et leurs moyens financiers est nécessaire à l’avenir de la République décentralisée. Il s’agit d’apporter à notre organisation territoriale plus de lisibilité, plus d’efficacité et un meilleur rapport coûts-avantages.

La réforme des collectivités territoriales et la recherche de plus de compétitivité pour les entreprises françaises nous conduisent à souhaiter une réforme de la taxe professionnelle. Les entreprises françaises sont pénalisées fiscalement par rapport à leurs concurrentes étrangères. Là aussi, nous sommes dans le camp des réformateurs. Cependant, la réforme de la taxe professionnelle, actuellement proposée par l’exécutif, ne peut être votée en l’état. Si le volet "allègement fiscal" pour les entreprises ne nous pose pas de problème et peut donc être voté rapidement, en revanche le travail relatif au volet territorial de la réforme n’est pas achevé.

L’actuelle proposition n’est ni claire, ni juste, ni conforme à nos convictions d’élus enracinés. Nous ne pouvons prendre à la légère l’inquiétude profonde et légitime de tous les élus qui, à la tête de leurs collectivités territoriales, sont les premiers investisseurs du pays.

Il nous apparaît peu rationnel de mener la réforme des finances avant celle des compétences. Le principe de réalité nous conduit à penser qu’il est nécessaire de voter d’abord la réforme des collectivités territoriales, puis la réforme de la taxe professionnelle. La seconde doit trouver ses fondations dans les choix et principes de la première.

Définissons les compétences de chaque échelon territorial puis, sereinement, logiquement et équitablement, répartissons les recettes fiscales en fonction des missions des différents échelons. Afin d’être informés en toute clarté et connaissance de cause, les élus ont besoin des simulations financières et fiscales que Bercy est dans l’impossibilité de fournir dans les délais impartis.

Puisque la réforme proposée n’impactera pas les budgets territoriaux de 2010, il est possible de voter la réforme des collectivités territoriales et leurs compétences avant 2011, année au cours de laquelle s’appliquera la réforme de la taxe professionnelle.

Pour toutes ces raisons nous proposons un amendement visant à donner le temps nécessaire au bon ordre des réformes. Nous voulons des simulations avant les décisions. Il s’agit de nous donner le temps pour une réforme plus juste et plus efficace. Le bloc communal qui doit être renforcé par la réforme des collectivités territoriales, l’acte III de la décentralisation, ne peut être fragilisé par la réforme de la taxe professionnelle.

Représentants de la Haute Assemblée, nous voulons promouvoir la sagesse réformatrice."

*René Beaumont (Saône-et-Loire), Michel Bécot (Deux-Sèvres), Pierre Bernard-Reymond (Hautes-Alpes) , Joël Billard (Eure-et-Loir), Jacques Blanc (Lozère), Paul Blanc (Pyrénées-Orientales), Pierre Bordier (Yonne), Christian Cambon (Val-de-Marne), Jean-Claude Carle (Haute-Savoie), Alain Chatillon (Haute-Garonne), Philippe Dallier (Seine-Saint-Denis), Béatrice Descamps (Nord), Alain Fouché (Vienne), René Garrec (Calvados), Françoise Henneron (Pas-de-Calais), Michel Houel (Seine-et-Marne), Alain Houpert (Côte-d’Or), Jean-Marc Juilhard (Puy-de-Dôme), Jean-René Lecerf (Nord), Antoine Lefèvre (Aisne), Philippe Paul (Finistère), Jean-Pierre Raffarin (Vienne), Charles Revet (Seine-Maritime), Bernard Saugey (Isère).

vendredi, 30 octobre 2009

Henri Guaino : "Nous avons besoin d'investir rapidement"

20071019_WWW000000500_31953_1.jpgInterview de Henri Guaino,

Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

 

 

Entretien publié dans Le Monde,

le 29 octobre 2009.

 

 

Quel doit être le montant de l'emprunt national ?

Je n'ai jamais donné de chiffre et je n'en donnerai pas, puisque le président de la République a décidé qu'il fallait d'abord consulter et qu'une commission présidée par MM. Juppé et Rocard fournirait une expertise sur ce sujet.

Alain Juppé évoque une fourchette de 20 milliards à 40 milliards d'euros.

Dans ma conception de la démocratie et de la République, la décision appartient au pouvoir politique, en l'occurrence au premier ministre et au président de la République. J'ai une conviction profonde : nous sommes au début d'un nouveau grand cycle de croissance, nous avons besoin d'investir massivement, ne serait-ce que pour rattraper le retard que nous avons pris. Si nous ne le faisons pas, nous commettrons une erreur historique. Si le montant de l'emprunt n'est pas très important, nous prendrons du retard sur la croissance à venir. Ceux qui ont raté la révolution industrielle des "trente glorieuses" ont mis trente ou quarante ans à s'en remettre. Voulons-nous la même chose ?

L'Etat ne dépense-t-il pas trop en ce moment ? On l'a encore vu voler au secours des agriculteurs mardi.

Soyons sérieux ! Aucune catégorie sociale ne pourrait résister à la baisse du niveau de vie que connaissent les agriculteurs. Je me souviens du gouvernement Balladur, confronté à la désespérance des pêcheurs, leur disant : "On n'a pas les moyens de vous aider." Les pêcheurs désespérés ont manifesté à Rennes. Ils ont ravagé le centre-ville. Le soir même, le gouvernement a négocié, la facture est passée du simple au double. Est-ce du courage pour un gouvernement d'aller jusqu'au drame ? Plus on agit en amont, moins c'est coûteux.

Il y a aussi ces dépenses engagées par l'Etat lors de la présidence française de l'Union européenne. La Cour des comptes vient d'en pointer le coût : un dîner de chefs d'Etat qui revient à 5 367 euros par convive pour célébrer l'Union pour la Méditerranée, c'est normal ?

J'ai entendu les caricatures, les discours populistes absolument navrants qu'on a répandus dans tout le pays, sur toutes les ondes de radio !

Mais c'est la Cour des comptes qui le dit !

On a réuni à Paris quarante-quatre chefs d'Etat et de gouvernement, plus le secrétaire général des Nations unies, plus le président de la Commission européenne. C'était un sommet absolument exceptionnel, une réussite diplomatique sans précédent pour la France. Alors, on peut considérer que la France ne peut plus du tout tenir son rang, que c'est une petite puissance, qu'elle n'a qu'à se replier sur ses frontières, ne plus avoir de diplomatie, ne plus avoir de politique étrangère, ne plus avoir de politique d'influence. C'est une façon de voir. Le gouvernement a fait le choix inverse.

Tout de même, ça ne pouvait pas coûter un peu moins cher ?

Le gouvernement a décidé d'organiser ce sommet dans des délais très brefs. Ensuite, l'administration a mis en oeuvre ce qu'il avait décidé. Le prix a-t-il été abusif ? C'est le rôle de la Cour des comptes de le dire. S'il y a eu des irrégularités, elles seront sanctionnées. Mais c'est à la Cour de le dire. Cessons de tout caricaturer. Je pourrais aussi vous dire que la Mairie de Paris a fait payer très cher à l'Etat la location du Petit Palais pour accueillir le dîner des chefs d'Etat et de gouvernement. Ça vous paraît normal ?

Charles Pasqua, condamné dans l'affaire de l'"Angolagate", réclame la levée du secret-défense. Est-ce envisageable ?

Je ne suis pas partie prenante à ce procès. Je n'ai donc rien à dire là-dessus, sauf que j'ai pour Charles Pasqua beaucoup d'estime et de respect, je le connais bien, il a été un grand serviteur de la République. Après, à la justice de dire si des fautes ont été commises et de les sanctionner.

mercredi, 21 octobre 2009

Le projet du Grand Paris est menacé de s'enliser dans la confusion.

JeanNouvel_432.jpgPar Jean Nouvel,

architecte.

Tribune publiée dans Le Monde,

le 20 octobre 2009.

 

Sept mois après le rendu des études stratégiques, six mois après les fermes prises de position présidentielles, où en sommes-nous ? Nulle part. La confusion est totale. Pourquoi ? Nous allons essayer de suivre les méandres de cette histoire.

La source

Quand Nicolas Sarkozy demande à dix équipes pluridisciplinaires, organisées autour d'urbanistes et d'architectes, de proposer une stratégie de développement du Grand Paris pour intégrer la nouvelle donne (post-Kyoto) : limiter l'émission de gaz à effet de serre et réorienter le schéma directeur de la région Ile-de-France, le président surprend et, en période de crise, il suscite un grand espoir.

1er méandre

Initialement, le projet pour le Grand Paris est apparu d'abord comme un projet de redéfinition de la gouvernance lié à la réforme des collectivités territoriales, objet du rapport Balladur : quelles représentations démocratiques (électives) sur quels territoires ? Quelles répartitions des pouvoirs entre l'Etat, la région et les collectivités locales. Pour les Français, le projet du Grand Paris est un projet de découpage électoral. Rapidement, Nicolas Sarkozy a tranché : le projet urbain d'abord, le projet de gouvernance suivra. Mais pour les Français l'information devient : le projet pour le Grand Paris est remis aux calendes grecques.

2e méandre, premier rocher

Le 6 mars, les équipes pluridisciplinaires remettent leurs conclusions et Christian Blanc, secrétaire d'Etat chargé du développement de la région capitale, les invite à dîner pour les informer... de son projet pour le Grand Paris. En fait, un projet de transport urbain en périphérie de la métropole. Les jours suivants, il en informe abondamment la presse et le projet du Grand Paris devient un grand huit souterrain de métros automatiques, établi avant même la prise de connaissance des dix propositions ayant occupé des centaines de spécialistes de tout poil pendant le temps d'une bonne gestation : neuf mois.

Et, pour les Français, le projet du Grand Paris devient un projet de métro enterré, mais promis à un bel avenir.

3e méandre, en eau calme

Quand, après le rendu des propositions, le président de la République reçoit les représentants de ces équipes, il dit sa satisfaction et son impatience de voir se concrétiser les idées urbaines avancées, il réaffirme aussi sa volonté d'une action structurante à l'échelle du Grand Paris et, pour la mettre en oeuvre, témoigne sa confiance à Christian Blanc.

4e méandre, courbe en accélération

Le 29 avril, le président de la République prononce le discours à l'ouverture de l'exposition de la Cité de l'architecture. Il cite de nombreuses idées empruntées aux dix études présentées, les fait siennes et confirme sa confiance en Christian Blanc. Il lui demande d'intégrer dans son projet de loi sur les transports du Grand Paris les conclusions de certaines études issues des projets des urbanistes architectes... Nous sommes à la veille de grandes décisions urbaines, même les plus sceptiques se prennent à espérer.

5e méandre, embouteillage

Puis ouverture de l'exposition sur le Grand Paris. Succès populaire. Mais on comprend vite qu'il est impossible d'exposer et d'expliquer dix fois un sujet aussi complexe, chaque étude étant présentée dans un espace exigu de 20 m². La presse montre des images éparses de propositions contradictoires et résume chaque étude sur la transformation d'une métropole de 14 millions d'habitants en environ dix à quinze lignes.

Les Français sont curieux, intéressés et essayent de comprendre... mais c'est impossible.

Bref, une telle somme de travail est trop difficilement communicable. La plupart des journalistes eux-mêmes ne prennent pas le temps de comprendre... seuls certains élus parisiens et franciliens ont souhaité des présentations projet par projet. Et, stupéfaction, je n'ai jamais entendu le secrétaire d'Etat chargé du développement de la région capitale commenter une seule proposition, ni même seulement demander à une des dix équipes d'expliquer ses projets... En revanche, il dit aux équipes qu'elles auront toutes du travail et évoque avec certaines de futures responsabilités sur de larges territoires, et se fait ainsi quelques alliés...

6e méandre, remous

Les responsables des équipes pluridisciplinaires suggèrent à Christian Blanc de regarder dare-dare leurs études pour (on ne sait jamais) intégrer quelques pensées pertinentes. Des conseillers élyséens, des élus parisiens et franciliens font de même. Le secrétaire d'Etat fait la sourde oreille au nom d'une urgence qui devient vite raison d'Etat. Tout le monde a compris que Nicolas Sarkozy souhaite aller le plus vite possible. Mais dans cette expression, il y a possible, pas uniquement le plus vite ! Toutes les équipes n'ont pas mis l'accent sur une proposition de transports métropolitains, mais toutes ont relevé l'importance de la corrélation entre stratégie d'évolution et carte des transports.

Certaines équipes ont approfondi un schéma de transports élaboré et argumenté de nature à questionner les élus et les conseillers au plus haut niveau de l'Etat. Ces derniers, pour l'essentiel, voulaient intégrer dans la proposition du secrétaire d'Etat de nombreux paramètres issus de ces équipes. Ce qui a amené, à l'initiative de Claude Guéant, un schéma modificateur et complémentaire du grand huit de Christian Blanc, avec, en outre, la recommandation expresse d'avoir un métro aérien dès que la situation le permet. Cela n'empêche pas le secrétaire d'Etat de continuer à diffuser toujours son même schéma. Les Français ne perçoivent pas d'évolution dans le grand huit.

7e méandre, en eau trouble

En outre, parmi les multiples propositions indiquées dans le discours présidentiel qui énumère des propositions issues des dix études, l'une d'elles éclipse les autres : la liaison Paris-Le Havre. Même si l'analyse du texte montre que l'on parle surtout du Havre port de Paris et d'une liaison rapide par TGV Le Havre-Paris, ce que la presse retient c'est l'axe de développement urbain et territorial Paris-Le Havre. Le Havre est cher à mon coeur et occupe mon esprit par d'importants projets, renforcer la notion de port avancé de Paris est pertinente, la liaison rapide souhaitable, mais urbaniser la vallée de la Seine entre les deux villes est à la fois une idée comique - Ferdinand Lop parlait de prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer - et une idée tragique : pour limiter l'émission des gaz à effet de serre, la métropole ne doit plus s'étendre, les transports doivent se concentrer, la densité doit être renforcée sur les gares d'interconnexions.

Seules de nouvelles unités de productions industrielles ont une raison stratégique d'être le long des voies fluviales. Un projet post-Kyoto ne peut être qu'une stratégie de modification de territoires déjà urbanisés. Etendre la ville est aujourd'hui criminel pour notre descendance. Pourtant, les Français ont compris que le projet du Grand Paris était d'étendre Paris jusqu'au Havre !

 

8e méandre, rapides avant les chutes

Puis nous avons appris qu'une loi dite du Grand Paris était en préparation pour permettre la réalisation du grand huit des métros souterrains. Une loi étrangère aux propositions urbaines liées à la consultation du Grand Paris. (L'architecte) Christian de Portzamparc demande alors avec pertinence que l'intitulé de la loi stipule qu'elle porte sur les transports du Grand Paris...

Les Français n'ont aucun moyen de savoir que le Grand Paris de Christian Blanc, et son projet de loi, n'a rien à voir avec le Grand Paris exposé à la Cité de l'architecture par les dix équipes internationales pluridisciplinaires.

Un premier projet de loi a circulé cet été sur l'urbanisation du Grand Paris. Ses nouvelles constructions sont implantées dans des cercles de trois kilomètres de diamètre, quarante gares sont le centre de quarante cercles. Quatre fois la surface de Paris aujourd'hui ! Ceux qui l'ont lu ont été effarés par un tel manque de discernement qu'ils soient élus ou professionnels de l'aménagement urbain. Une société du Grand Paris finance le grand huit, notamment en préemptant le foncier à l'intérieur des cercles. Le projet de loi amendé (les cercles ont disparu, les zones concernées sont flexibles, les collectivités locales sont représentées minoritairement au conseil d'administration) a été accepté en conseil des ministres et sera présenté à l'Assemblée nationale à la fin de l'automne.

C'est un projet de loi conflictuel qui ne donne aucune garantie d'utilité publique s'il n'est pas relié à une stratégie urbaine précisée et située. Oui, l'Etat a pour rôle d'initier, de proposer un mode de financement, et quand c'est nécessaire de décider de l'intérêt général face à des intérêts locaux. Cette loi est indispensable, mais elle ne peut être ni une carte blanche sur le mode d'urbanisation ni une incitation à l'extension urbaine. Le Grand Paris n'est pas un champ de bataille. Il ne pourra s'épanouir que dans la compréhension et la hiérarchisation d'objectifs sociaux, humanistes et optimistes. Le consensus sur ces objectifs est le principal paramètre nécessaire pour en accélérer la réalisation.

Nous en sommes là... Avec en plus la perspective des élections régionales pour crisper un peu plus les choses... Mais ne vous méprenez pas, je ne suis pas un démolisseur, mais un constructeur persévérant : j'oeuvre pour que le projet du Grand Paris, le vrai, le structurant, l'ambitieux, le durable, l'humaniste, pour lequel Nicolas Sarkozy a invité tant d'experts à réfléchir et à proposer, voit le jour et se mette en place au plus vite. La matière permettant les choix stratégiques est là. Elle n'est pas extraite.

Et, Christian Blanc souhaitait-il vraiment l'extraire quand il a proposé de repartir de zéro et de faire un projet commun à dix équipes avant toutes discussions sur le contenu ! Piège grossier désamorcé in extremis.

Il faut créer d'urgence un atelier du Grand Paris où l'Etat, la région, la Ville de Paris et les collectivités locales désigneront des représentants qui, informés par les équipes auteurs des propositions et par les ateliers d'urbanisme de la ville de Paris et de la région, identifieront les propositions à retenir en vérifiant leur comptabilité et leur faisabilité. Car, vous l'avez compris, logiquement, les propositions formulées et étudiées séparément sont contradictoires et tout aussi logiquement, en démocratie, les experts proposent et les politiques disposent.

Ce n'est évidemment pas par hasard si Christian Blanc a proposé que l'Atelier du Grand Paris soit une association réduite aux seules équipes pour qu'elles travaillent ensemble... J'avais trouvé le nom : l'Atelier de Sisyphe. Le Grand Paris pourrait commencer demain matin dans des centaines de communes simultanément, puisque c'est, avant tout, la modification d'une situation existante où il faut :

- planter des arbres pour créer de la biomasse,

- isoler et requalifier les bâtiments énergivores en agrandissant les logements et en améliorant leurs équipements et leur esthétique,

- aménager les lisières, limites de la ville et de la nature,

- accélérer la modification urbaine,

- favoriser la mixité et les reconversions ainsi que l'implantation des commerces de proximité,

- reconquérir les délaissés urbains et arrêter de démolir dans les quartiers sensibles, les ouvrir et surtout les équiper...

Et, surtout, surtout arrêter d'étendre la ville par simples juxtapositions périphériques.

Les élus de Paris Métropole proposent de travailler dès aujourd'hui avec l'Atelier du Grand Paris ; ces mesures et d'autres pourraient donc être intégrées rapidement dans des centaines de communes. Le plus difficile sera de décider où construire les 70 000 logements annuels pour créer des centralités autour du Paris historique à l'échelle de la métropole. Il est facilement compréhensible qu'entre une stratégie comme celle du groupe Descartes (Yves Lion, François Leclerc...) avec 20 centralités de 500 000 habitants, ou une autre comme celle de Richard Rogers qui propose un polycentrisme compact, ou celle de Cantal-Duthilleul-Nouvel qui propose seulement cinq centralités... Le tracé du système de transports et l'implantation des gares risquent d'être légèrement différents ! Il faut choisir, trancher.

Après ce choix, un secrétaire d'Etat, ami des ingénieurs, urbanistes, architectes, artistes, intellectuels... à l'écoute de tous, humaniste curieux et ambitieux pour l'ensemble des habitants du Grand Paris, pourrait vite proposer un tracé de transports précis et pertinent sur des bases déjà consensuelles et il serait alors immédiatement possible de formaliser les nouveaux documents d'urbanisme à l'échelle de la métropole.

Les représentants des dix équipes pluridisciplinaires ont signé, le 28 juillet, une lettre adressée au président de la République pour demander la création de l'Atelier du Grand Paris, conforme à cette stratégie afin de réaliser son ambition qui est logiquement partagée par ceux qui veulent que le début du XXIe siècle soit plus juste et plus généreux.

vendredi, 16 octobre 2009

Interview de Sarkozy au Figaro.

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Entretien publié dans Le Figaro,

le 16 octobre 2009.

 

 

 

 

La majorité traverse une zone de turbulences. Que pensez-vous de cette détérioration du climat politique ?

Il n'est pas interdit de prendre un peu de recul. Je suis aujourd'hui à mi-mandat. Je vous invite à comparer la situation politique dans laquelle nous nous trouvons avec celle de mes prédécesseurs au même moment. En 1967, deux ans après la réélection du général de Gaulle, la majorité de l'époque ne l'emporte que d'un siège aux législatives. L'année suivante, ce sont les événements de Mai 1968. Deux ans après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing, en 1976, il rompt avec son premier ministre Jacques Chirac. Son septennat ne s'en remettra pas. En 1983, deux ans après l'élection de François Mitterrand, c'est le tournant de la rigueur, qui se solde par l'échec de la majorité socialiste, trois ans plus tard. Deux ans après l'élection de Jacques Chirac en 1995, c'est la désastreuse dissolution. Deux après son élection de 2002, 20 régions sur 22 sont perdues par la majorité. La situation de l'actuelle majorité est bien différente puisqu'elle vient de gagner les élections européennes. Le front social est apaisé malgré une crise économique sans précédent. Quant aux élections partielles qui sont traditionnellement mauvaises pour le gouvernement en place, nous en avons gagné l'immense majorité et notre candidat David Douillet a fait 45 % au premier tour dimanche dernier. J'en tire la conclusion qu'il ne faut pas confondre le climat du milieu médiatique, qui est par construction politisé et agité avec la réalité de la société française qui attend du gouvernement qu'il apporte des solutions concrètes aux problèmes des Français : le chômage, la sécurité, l'éducation de leurs enfants, le pouvoir d'achat.

Depuis trois jours la polémique monte, y compris au sein de la majorité, sur la future élection de votre fils Jean à la tête de l'Epad. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de «népotisme» ?

Il y a 45 conseillers généraux dans le département des Hauts-de-Seine, élus par le suffrage universel. Ils ont tous le droit de postuler à un poste d'administrateur à l'Epad. Sauf un ! Et pourquoi ne peut-il pas ? Parce qu'il est mon fils. La présidence de l'Epad, est un poste non rémunéré. Il ne s'agit donc pas d'une prébende. C'est une élection, il ne s'agit donc pas de népotisme. A travers cette polémique, qui est visé ? Ce n'est pas mon fils. C'est moi. Ceux qui ne se sont jamais faits à mon élection et qui n'ont rien à dire sur le fond essayent d'attaquer sur tous les sujets avec une mauvaise foi et une méchanceté qui ne trompera pas les Français.

Vous avez été élu sur un certain nombre de valeurs : le travail, le mérite, la République irréprochable. Votre fils n'est-il pas, à 23 ans, trop jeune pour accéder à cette responsabilité ?

Y a-t-il un âge pour être compétent ? Je souhaite le rajeunissement de nos élites politiques qui ont bien vieilli. J'ai été le premier surpris lorsque Jean a voulu se lancer en politique. Mais il m'a impressionné par sa ténacité, il travaille énormément et fait face avec beaucoup de courage à la dureté et à la brutalité des attaques. J'ajoute qu'il faut avoir 21 ans pour être candidat à l'élection cantonale. Il a réussi. Une fois élu il n'a pas plus de droit qu'un autre mais pas moins non plus.

A vos yeux, l'affaire Frédéric Mitterrand est-elle désormais close ?

Je suis président de la République. Je dois défendre certaines valeurs. Je ne laisserai donc personne assimiler homosexualité et pédophilie. C'est un retour au Moyen-Age qui fait honte à ceux qui ont employé cet argument. Quand je vois le porte-parole du PS, emboîter le pas à Marine Le Pen et avec quel enthousiasme ! Je me demande où sont passées les valeurs humanistes de ce grand parti républicain. Frédéric Mitterrand n'a jamais fait l'apologie du tourisme sexuel et il l'a même condamné en termes très forts. Il ne faut pas confondre confessions intimes avec prosélytisme. Le livre est intitulé La Mauvaise Vie, c'est assez clair.

Mais Frédéric Mitterrand n'en a-t-il pas trop fait ?

Frédéric Mitterrand a reconnu que sa déclaration était une erreur et a dit qu'il la regrettait. Je ne saurais mieux dire. Je comprends que l'on soit choqué par la gravité des accusations contre Roman Polanski. Mais j'ajoute que ce n'est pas une bonne administration de la justice que de se prononcer 32 ans après les faits alors que l'intéressé a aujourd'hui 76 ans.

Depuis deux ans et demi on a tout dit sur vos relations avec François Fillon. Vous avez dit vous-même qu'à mi-mandat, la question d'un changement de premier ministre se poserait. Où en êtes-vous de votre réflexion ?

Il est normal qu'on m'interroge sur mes relations avec le Premier ministre. C'est un grand classique de la vie politique depuis le début de la Ve République. François Fillon et moi nous travaillons main dans la main. Ni lui ni moi ne nous reconnaissons dans les commentaires qui sont faits sur nos relations. Il est partie prenante à toutes les décisions. J'ai confiance en lui. Nous sommes complémentaires. Pourquoi voudriez-vous que je prenne une initiative politique, voire politicienne, qui viendrait compliquer le travail de modernisation de la France qui est déjà bien assez complexe et sur lequel je ne céderai pas.

Regrettez-vous le forfait de plusieurs ministres pour les régionales de mars ?

Un ministre, et un seul, a déclaré forfait, et je l'ai regretté. Il s'agit d'Hubert Falco. Brice Hortefeux et Roselyne Bachelot, je leur ai demandé de ne pas être tête de liste. J'ai souhaité que le ministre de l'Intérieur se consacre à 100 % à la politique de sécurité, je le dois aux Français. Je ne céderai pas un millimètre de terrain sur la question de la sécurité qui est ma priorité. J'ai en outre demandé à Brice Hortefeux de relancer avec beaucoup d'énergie la lutte contre la délinquance routière. Les assassins de la route seront réprimés avec une grande sévérité. Quant à Roselyne Bachelot, c'est une excellente ministre de la Santé et son engagement se devait d'être total face au risque de pandémie de grippe H1N1. Elle ne pouvait être candidate.

Souhaitez-vous poursuivre l'ouverture ?

Autant il convient de se méfier de la cohabitation ou des coalitions, qui favorisent les manœuvres d'appareil et le système des partis, autant je crois plus que jamais à l'ouverture. Les ministres d'ouverture font un travail formidable. Ils démontrent chaque jour que les compétences et les talents n'appartiennent pas à un seul camp. Le sectarisme est un défaut rédhibitoire. Chaque jour j'essaye de demeurer ouvert aux idées comme aux autres c'est mon devoir.

Que pensez-vous du débat sur «la cagnotte scolaire», qui choque à gauche comme à droite ?

Je veux dire ma grande réticence à envisager une récompense financière pour les élèves qui renonceraient à l'absentéisme. Je ne peux accepter qu'on puisse récompenser des élèves simplement parce qu'ils vont à l'école. En revanche je partage l'idée de Martin Hirsch de valoriser et de récompenser ceux qui font plus que leur devoir. Le mérite doit être encouragé, le non respect de la règle doit être sanctionné.

Jean-Pierre Raffarin propose une évolution vers un régime présidentiel avec raccourcissement à quatre ans du mandat présidentiel, suppression du droit de dissolution. Etes-vous d'accord avec cette idée ?

Ici aussi le débat ne me choque pas mais quatre ans, ce serait une erreur car en réalité, il n'y aurait que deux années utiles, la première année étant consacrée à l'installation et la quatrième à la campagne. Par ailleurs, je ne suis pas favorable à la suppression du poste de Premier ministre. On n'est pas trop de deux pour assumer la responsabilité d'un pays de 65 millions d'habitants. Quant à la suppression du droit de dissolution, ce serait tourner le dos à la Ve République.

Regrettez-vous d'avoir commenté l'affaire Clearstream et l'emploi du mot «coupables», lors de votre dernière interview télévisée ?

Ce que je voulais, c'est que la vérité éclate. Elle est en train d'éclater. Le mieux à faire est de laisser se dérouler ce procès, de faire confiance à la justice et de s'abstenir de tout commentaire. J'aurais été mieux inspiré de le faire dès le début.

Faut-il durcir la loi sur les multirécidivistes ?

Il est profondément anormal qu'on laisse sortir de prison des malades sans leur imposer des règles très strictes au premier rang desquels un traitement médical. J'ai demandé que passe au Parlement, dès le mois de novembre, le texte sur les délinquants sexuels. Un criminel sexuel ne devra sortir de prison qu'après exécution de sa peine, c'est bien le moins, et après s'être engagé à suivre un traitement chimique qui contiendra sa libido.

La fermeture de la jungle de Calais a été difficile. Que vous inspire l'évolution des questions d'immigration en France ?

Eric Besson a eu raison d'être déterminé. Cette situation de non droit était intolérable. Il nous reste encore une question à traiter, celle des deux ordres de juridiction administrative et judiciaire - qui ont à se prononcer sur la rétention des étrangers en situation irrégulière. A mes yeux, il n'en faut qu'un. Et s'il faut une réforme de la Constitution pour cela, nous la ferons.

Vous êtes à mi-mandat. Serez-vous à nouveau candidat en 2012 ?

C'est une question qui se posera dans le courant de l'année 2011 pas avant. Je veux faire de mon mandat cinq années utiles pour la France. J'ai à mes côtés un très bon premier ministre, un gouvernement qui fait preuve d'une grande solidarité et un parti majoritaire qui a atteint un niveau que nous n'aurions jamais imaginé, alors qu'autrefois on regardait la CDU allemande comme un géant. Je suis déterminé à me battre contre toutes les forces de l'immobilisme et de la réaction. Je veux une France compétitive, juste, moderne, de plain pied dans le XXI ème siècle. Pour la suite, en conscience, je ne suis pas encore prêt à répondre. Et croyez bien que cette réponse est sincère.

L'économie montre quelques signes encourageants. Sommes-nous en train de sortir de la crise ?

L'année dernière à la même époque, on nous prophétisait la violence dans les banlieues, l'explosion sociale et la paralysie Outre-mer. Un an après ? La France doit revoir ses prévisions de croissance à la hausse parce qu'elles étaient trop pessimistes. La France est, de tous les pays industrialisés, celui qui a le moins souffert de la crise. Nous aurons cette année une récession de l'ordre de 2 % alors que nous avions prévu 3 % et les signes de reprise sont plus marqués que partout ailleurs en Europe, comme en témoigne la hausse de 1,8 % de la production industrielle au mois d'août. Le gouvernement a géré au mieux cette crise sans précédent. Nous avons mis en œuvre un plan bancaire, un plan auto, un plan de relance qui ont été imités dans le monde entier… Cette stratégie porte ses fruits : les résultats sont là mais on ne sera sorti de la crise que quand le chômage diminuera.

Mais les déficits se creusent et la dette s'envole dans des proportions dangereuses…

D'abord, avec un déficit de 8,2 % du PIB en 2009, la France fera mieux en valeur relative que les autres pays. Ensuite, ceux qui crient le plus fort sont ceux qui ont laissé déraper les déficits pendant des années et qui, curieux paradoxe, critiquaient notre plan de relance jugé trop timide. Avec la crise, la France a perdu 57 milliards d'euros de recettes, ce qui explique la dégradation des comptes publics. Nous sommes maintenant sortis de la dépression, mais si l'on relâche nos efforts, l'économie risque de rechuter et la situation des comptes sera pire. Le G20 a d'ailleurs été unanime sur ce point : il faut soutenir la croissance. Voici la priorité. C'est ainsi que nous combattrons les déficits. Par ailleurs nous continuerons de réduire les dépenses publiques courantes. Je rappelle que nous avons diminué de 100 000 le nombre de fonctionnaires, dont le coût représente près de la moitié du budget de la France. Alors que la France avait créé un million d'emplois publics depuis 1992. Qui pourrait imaginer qu'on puisse continuer ainsi ?

Même en cas de retour de la croissance, la France ne devra-t-elle pas, tôt ou tard, se résoudre à augmenter les impôts pour combler ses déficits ?

Je n'ai pas été élu pour augmenter les impôts et je ne les augmenterai donc pas. Nous avons fait ce choix déterminé pour rompre avec une politique menée depuis vingt ans et qui a conduit à détruire des emplois en handicapant la compétitivité de notre économie. Je ne toucherai pas au bouclier fiscal car je crois au principe selon lequel on ne peut prendre à quelqu'un plus de la moitié de ce qu'il gagne. Si on laisse passer une exception, comme par exemple la CSG, ce n'est plus un bouclier. S'agissant des niches fiscales, nous verrons au cas par cas. Certaines peuvent être modifiées. Dans l'immobilier, par exemple, il n'y aura plus d'avantage fiscal si l'immeuble concerné n'est pas labellisé basse consommation.

Une majorité de Français continue de s'inquiéter de l'instauration de la taxe carbone…

Les Français ont compris que l'environnement pèse sur la santé publique, c'est donc une priorité pour notre avenir. Il y a urgence à agir pour modifier nos comportements : produire propre et consommer propre. Cette taxe sera intégralement remboursée aux ménages à l'euro près dès février prochain. Pourquoi la France sera-t-elle écoutée à Copenhague ? Parce qu'elle a été à l'initiative. Nous allons entraîner le monde entier à prendre des engagements pour protéger l'avenir de la planète. Par ailleurs, nous obtiendrons la taxe carbone aux frontières de l'Europe. Ainsi, enfin, les importations financeront notre modèle social.

La suppression de la taxe professionnelle suscite un tollé dans les collectivités locales, qui craignent de perdre des ressources financières…

La taxe professionnelle était dénoncée de toutes parts comme un «impôt imbécile», qui taxait les investissements des entreprises. Cela a conduit à des délocalisations désastreuses, qui ont ravagé nos régions. La France doit rester une terre de production et d'industrie. Nous devons garder, préserver, défendre nos emplois. Pour cela, il faut supprimer la taxe professionnelle qui n'existe nulle part ailleurs en Europe. C'est une réforme difficile, qui suscite des inquiétudes dans les collectivités, mais elle est nécessaire. Une négociation s'est engagée avec les élus et je suis sûr que nous allons trouver des solutions. Mais, au même titre que l'Etat diminue ses effectifs, il va falloir que les collectivités corrigent des mauvaises habitudes : l'an dernier, leurs effectifs ont augmenté de 36 000 personnes, alors qu'aucun domaine de compétence nouveau ne leur a été transféré.

Le déficit de la Sécurité sociale atteindra 30 milliards d'euros l'an prochain. Comment le résorber ?

Ce déficit est imputable pour les trois quarts à la baisse conjoncturelle des recettes liées à la crise, la réponse est donc dans le retour de la croissance. Par ailleurs, nous avons pris des mesures d'économies supplémentaires comme la hausse du forfait hospitalier de 16 à 18 euros. Je note que la plupart de ces mesures ont été proposées au gouvernement par les conseils des caisses gérant les différents régimes c'est-à-dire les partenaires sociaux. Ainsi, ils font preuve d'un grand sens des responsabilités.

Allez-vous modifier le régime des retraites comme vous l'aviez promis ? Seriez-vous prêt à revenir sur la retraite à 60 ans ?

Nous ouvrirons le débat sans aucun tabou, je dis bien sans aucun tabou. Il sera lancé en 2010 et nous prendrons les décisions à la fin 2010. Je ne souhaite pas prendre position avant ce grand rendez-vous, où chacun s'exprimera sans aucune idée préconçue. Mais je dis aux Français que je n'éluderai pas mes responsabilités. Je garantirai la pérennité de notre modèle social.

Pourquoi ne pas privatiser, comme s'apprête à le faire la Grande-Bretagne ?

Puisque vous parlez de la Grande-Bretagne, vous noterez que son budget était excédentaire lorsque j'ai été élu, alors que le nôtre était en déficit d'un peu moins de 3 % du PIB ; elle est aujourd'hui dans le rouge à plus de 10 % et nous de 8 %. Nous n'avons donc pas à rougir de notre situation. Nous ne nous interdisons rien en matière de privatisation, mais ce n'est pas à l'ordre du jour et ce ne serait par exemple certainement pas le meilleur moment pour vendre une partie de nos actions dans Renault…

Sur les banques, vous avez été particulièrement dur ces derniers mois. Etes-vous aujourd'hui satisfait de leur comportement ?

Les banques ont répondu à nos attentes et deviennent exemplaires. Elles ferment leurs filiales dans les paradis fiscaux et le dispositif retenu par la France pour encadrer les bonus des traders s'est imposé au reste du monde lors du G20. L'aide que leur a fournie l'Etat a été profitable pour les contribuables. Les banques auront à la fin du mois remboursé 13 milliards sur les 20 que nous avions engagés. Au jour d'aujourd'hui cela a rapporté au budget de l'État 716 millions d'euros. Comme elle semble dépassée la polémique sur l'argent prétendu donné aux banques !

Qu'attendez-vous du grand emprunt ?

Un pays en crise a tendance à se replier sur lui-même. La France, qui sacrifie depuis trop longtemps l'investissement au profit des dépenses de fonctionnement, a besoin de projets porteurs d'avenir. Il nous faut avoir les meilleures universités du monde : encore faut-il leur donner les fonds propres nécessaires pour attirer les meilleurs. Même chose pour les PME. Seulement 400 indépendantes sont exportatrices, faute de fonds propres suffisants. Il faut impérativement y remédier. Par ailleurs, pourquoi ne pas mettre en œuvre un grand programme sur les énergies renouvelables, à l'image de celui qui a fait le succès du nucléaire français ? Pourquoi ne pas lancer un grand programme de recherche sur la dégénérescence des cellules, à l'origine de maladies comme le cancer, le sida ou Alzheimer, en associant public et privé ? Pourquoi, alors que les Chinois préparent des concurrents d'Airbus, ne pas travailler sur l'avion du futur ? C'est tout l'objet des réflexions autour de cet emprunt et j'attends beaucoup des travaux de la Commission Juppé-Rocard.

Quelles seront les modalités de l'emprunt ? Ferez-vous appel aux particuliers ?

Les modalités sont secondaires. Seuls comptera l'utilisation que nous en ferons pour préparer l'avenir.

Quelles réponses apportées après les vingt-cinq suicides qu'a connus France Télécom depuis deux ans ?

Il ne faut pas exploiter ces drames humains douloureux. Mais ils viennent rappeler que le travail des salariés doit être placé au-dessus du reste. Ils doivent évoluer dans un environnement de qualité et recueillir le fruit de leurs efforts à travers le salaire, l'intéressement et la participation. Trop longtemps, la vie des entreprises a tourné autour du cours de Bourse et du court terme, au détriment des conditions de travail et des relations sociales. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu en finir avec les bonus excessifs des traders. Des salariés heureux au travail sont un élément de la compétitivité d'une entreprise. On a trop privilégié dans certaines entreprises l'avis des analystes financiers et ainsi on a oublié la qualité des relations sociales. La moralisation du capitalisme doit nous amener à changer cette détestable habitude.

Les agriculteurs organisent une grande manifestation ce-jour, en raison de la baisse de leur revenu ? Quelles réponses comptez-vous apporter aux difficultés répétées que traverse ce secteur ?

L'agriculture et la ruralité sont deux éléments de notre identité nationale. A ce titre ils doivent être au cœur des préoccupations du Chef de l'État. J'ajoute que l'agriculture est un élément décisif de notre compétitivité économique. Je n'accepterai jamais que l'agriculture française, comme européenne, soit sacrifiée sur l'autel d'une mondialisation anarchique. On a vu où a failli nous conduire la dérégulation de la finance. Il nous faut porter une nouvelle régulation agricole qui considérera les agriculteurs comme des entrepreneurs, qui ne craindra pas la préférence communautaire et qui assurera la sécurité alimentaire des consommateurs européens, et qui enfin garantira aux agriculteurs un juste prix de leur travail. La France sera au premier rang de ce combat. Avant la fin du mois, je prendrai des initiatives fortes sur l'ensemble de ces sujets.

Les Etats-Unis s'apprêtent à envoyer 13 000 hommes supplémentaires en Afghanistan. La France doit-elle aussi renforcer son contingent sur place ?

Faut-il rester en Afghanistan ? Je réponds oui. Et rester pour gagner. Pas contre l'Afghanistan, mais pour l'Afghanistan. Si nous partons, c'est le Pakistan, puissance nucléaire, qui sera menacé. Mais la France n'enverra pas un soldat de plus. Ma conviction, c'est qu'il faut davantage de soldats afghans. Ce sont eux qui seront les plus efficaces pour gagner cette guerre, parce que c'est leur pays. Mais il faut les payer davantage afin d'éviter des désertions au bénéfice des Talibans.

Si l'Iran n'accepte pas de coopérer avec l'AIEA avant la date limite de décembre que vous avez fixée, quelles sanctions faudra-t-il prendre ?

Attendons les contrôles de l'AIEA. L'Iran et ses dirigeants sont maintenant au pied du mur. Ce serait une bonne nouvelle qu'ils laissent ces contrôles s'effectuer jusqu'au bout. Sinon, ils auraient à en assumer toutes les conséquences. Et je me félicite en ce sens des déclarations récentes du président russe Medvedev.

Comment jugez-vous le refus du président tchèque Vaclav Klaus de signer le traité de Lisbonne ?

Ce refus est d'autant plus inadmissible que le Parlement tchèque a voté en faveur du traité et que le gouvernement tchèque est favorable à sa ratification. Mais le président tchèque ne pourra pas jouer sur les deux tableaux. L'heure du choix arrive pour lui et il ne sera pas sans conséquence. En tout état de cause, cette question sera réglée à la fin de l'année.

Une fois Lisbonne ratifié, Tony Blair peut-il être un bon candidat à la présidence de l'Union européenne ?

Il est trop tôt pour le dire. Il y aura un débat. Nous sommes en présence de deux thèses : faut-il un président fort et charismatique ou un président qui facilite la recherche du consensus et qui organise le travail ? Personnellement, je crois en une Europe forte politiquement et incarnée. Mais le fait que la Grande-Bretagne ne soit pas dans l'euro reste un problème.

jeudi, 08 octobre 2009

Guéant : un départ de Fillon «n’est pas du tout à l’ordre du jour»

20070803_WWW000000762_9736_1.jpgInterview de Claude Guéant,

Secrétaire général de l'Elysée.

 

 

 

Entretien publié dans Le Figaro, le 07 octobre 2009.

 

 

La majorité renâcle sur divers projets. Cela vous inquiète-t-il ?

Le président l'a dit à plusieurs reprises, il ne souhaite pas une armée de godillots. Il trouve profondément sain qu'il y ait du débat dans la majorité. Cela étant, jamais les voix de la majorité n'ont manqué au gouvernement.

Quelles sont les leçons de la législative partielle de Rambouillet ?

La première, c'est que la candidate socialiste était absente du second tour. La deuxième, c'est que si le candidat UMP s'était affiché davantage comme celui de la majorité, cela aurait affermi sa position.

Nicolas Sarkozy reçoit Cécile Duflot, Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno vont chez les Verts. Certains dans la majorité craignent que cela fasse le jeu des écolos.

Le président ne cherche pas à rallier les Verts. Il exprime des convictions profondes dans le domaine de l'environnement et du développement durable. Nous avons avec les Verts des convergences sur certains points. Mais aussi des divergences sur le nucléaire ou la décroissance. Nous, nous voulons la croissance qui permet le progrès et l'amélioration du bien-être social. Nous n'avons pas la même idéologie.

Plusieurs ministres sont réticents à s'engager pour les régionales…

La campagne n'a pas commencé. C'est le 28 novembre que les têtes de liste régionales seront désignées par le conseil national de l'UMP. Le président a souhaité que les ministres qui seraient élus président de région quittent le gouvernement pour exercer leur fonction. Hubert Falco s'est retiré parce qu'il souhaite rester à Toulon. Il est vrai que son retrait a déçu. Quant à Roselyne Bachelot, elle porte deux dossiers majeurs, la grippe H1N1 et la mise en œuvre de la réforme hospitalière. Elle estime que c'est son devoir de continuer. Son retrait est acté en Pays de la Loire.

Quel est le calendrier de la réforme territoriale ?

Il y a eu un très intense travail de préparation avec le comité Balladur et les groupes de réflexion à l'Assemblée et au Sénat. Le projet arrive à maturation. Il vient d'être transmis au Conseil d'État, il sera examiné le 21 octobre en Conseil des ministres et présenté le 14 décembre au Sénat.

Quel est le mode de scrutin retenu pour l'élection des conseillers territoriaux ?

Un projet de loi sera présenté en même temps que le texte sur la réforme territoriale. Ce sera un scrutin uninominal à un tour pour 80 % des conseillers territoriaux. Les 20 % restants seront élus au scrutin proportionnel.

Jean-Pierre Raffarin suggère d'étendre ce système aux législatives pour régler le problème de deuxième tour de l'UMP ?

Il n'y a pas de projet d'étendre ce système à d'autres élections. Ce n'est pas du tout à l'ordre du jour aujourd'hui. Y a-t-il un problème de deuxième tour ? Le président est convaincu que ce qui compte c'est la dynamique du premier.

Que vous inspire l'accrochage entre Christian Blanc et le premier ministre ?

Ce qui est anormal, c'est que la lettre du secrétaire d'État ait fuité. Le ton était peut-être un peu vif. Mais j'ai préparé beaucoup d'arbitrages interministériels dans ma carrière et j'ai toujours vu des ministres écrire pour demander que l'on modifie un projet de loi. Cette affaire a été dramatisée de façon excessive.

François Fillon est-il sur le départ ?

En ce qui concerne le président de la République, c'est clair, François Fillon n'est pas partant. Le président considère que leur collaboration fonctionne bien. Cette question n'est absolument pas à l'ordre du jour.

Le jour où il quittera Matignon, a-t-il vocation à exercer un poste européen, président du Conseil européen ou Haut représentant pour les affaires étrangères ?

C'est absurde ! Les nominations vont se faire en novembre. Les contacts sont déjà en cours entre chefs d'État et de gouvernement. Il n'y a de ce fait aucune perspective européenne pour François Fillon à court terme.

Pour le poste de Haut représentant, circulent les noms de Bernard Kouchner, Hubert Védrine et Michel Barnier. Quel est le candidat de la France ?

Ce n'est un secret pour personne que la France proposera Michel Barnier comme commissaire européen. Reste à savoir à quelle fonction.

L'ouverture est critiquée dans la majorité. Est-elle toujours d'actualité ?

Le président n'a pas l'intention de former un gouvernement de gauche. Mais il trouve sain d'avoir des personnalités d'autres horizons. Il ne s'agit pas d'augmenter le nombre de personnalités d'ouverture, mais de le maintenir. Avec les mêmes ou avec d'autres.

Quand Frédéric Mitterrand vole au secours de Roman Polanski, ne croyez-vous pas que la droite perd ses repères ?

C'étaient ses mots à lui, il a sa sensibilité, et il est ministre de la Culture. Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a dit les choses différemment. Chacun sait que les faits qui sont reprochés à Polanski sont évidemment condamnables. C'est à la justice américaine de décider.

Vous rentrez de Syrie avec Jean-David Lévitte. N'est-ce pas une mise sur la touche de Bernard Kouchner ?

Certains chefs d'État préfèrent voir des proches du président parce qu'ils veulent passer directement certains messages. Mais avec Bernard Kouchner, nous nous voyons tout le temps et toutes nos démarches sont complémentaires. Il n'y a qu'une seule politique, celle du président. Ensuite on se partage le travail.

A Pittsburgh, Nicolas Sarkozy a été le seul à réclamer des «sanctions» contre l'Iran. Que recouvre ce terme ? S'agit-il de représailles militaires ?

Il y a des négociations en cours à Genève. Nous espérons tous qu'elles pourront se conclure positivement. Il faut que l'on puisse avoir la garantie que l'Iran ne développe pas sa capacité nucléaire militaire. Si les négociations n'aboutissent pas, il faut tout faire pour éviter la guerre, et notamment une initiative de bombardements décidée par Israël. Pour éviter une escalade dangereuse, le président pense qu'il y a encore un palier à franchir dans le degré des sanctions économiques contre l'Iran. Il n'est pas question de sanctions militaires. Il est possible d'aller plus loin dans la restriction des flux financiers, ou l'interdiction des exportations de produits sensibles.

Dans l'affaire Clearstream, Nicolas Sarkozy n'aurait-il pas dû retirer sa constitution de partie civile ?

C'est le genre de faux débat qui détourne de l'essentiel, qui est de savoir la vérité sur quelque chose d'extrêmement grave. Ce n'est pas une affaire personnelle, c'est une affaire de moralité publique. Le président n'a qu'un objectif : savoir ce qui s'est passé. Comme on dit dans la police, on a «monté un turbin» pour détruire un certain nombre de personnalités, dont lui-même. Ce sont des mœurs intolérables.

Le président n'a-t-il pas eu tort d'employer le mot "coupables" ?

Les gens qui comparaissent ont été renvoyés par le juge d'instruction. En général, les coupables figurent parmi ceux qui sont présentés par les juges.

Souhaitez-vous que Nicolas Sarkozy soit à nouveau candidat en 2012 ?

C'est lui qui décidera le moment venu. A titre personnel, je considère qu'il apporte énormément à ce pays et que ce serait bien qu'il poursuive son action de réforme et de modernisation de la France.

Avez vous lu le dernier livre de Valéry Giscard d'Estaing ?

Non je n'ai plus le temps de lire.

Lirez-vous les mémoires de Jacques Chirac ?

Je suis davantage tenté…

dimanche, 04 octobre 2009

La troisième assemblée de la République fait peau neuve.

Arrivee_des_premiers_participants.jpgPar Michel Noblecourt,

éditorialiste.

 

 

Tribune publiée dans Le Monde,

le 02 octobre 2009.

 

 

Au bas bruit, la République prépare, selon la formule d'Henri de Raincourt, ministre chargé des relations avec le Parlement, "une profonde rénovation" de sa troisième assemblée constitutionnelle, le Conseil économique et social. Ayant une mission uniquement consultative - son président, Jacques Dermagne, la présente comme l'"assemblée de la société civile organisée" -, le CES, qui malgré la qualité de ses avis reste souvent dans l'ombre, a déjà changé d'appellation. Devenu le Conseil économique, social et environnemental (CESE), il devrait, d'ici à un an, être transformé de fond en comble. 

Comme ministre, Nicolas Sarkozy ne s'est jamais trop intéressé à l'assemblée du palais d'Iéna. Mais il a, dès sa campagne, jeté les bases de sa réforme qui a été arrêtée par la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008. Fin août, le conseil des ministres a adopté un avant-projet de loi organique dont nul ne sait, compte tenu d'un calendrier parlementaire très chargé, quand il viendra en discussion. Il devrait toutefois être adopté avant l'été 2010, le gouvernement ayant pris soin de faire adopter une loi organique, le 3 août, qui proroge d'un an le mandat de cinq ans des actuels membres du CESE. "En tout état de cause, précise la loi, cette prorogation ne pourra excéder la date du 30 septembre 2010."

Aussi discrète que l'assemblée qu'elle concerne, cette réforme, préparée par un rapport de Dominique-Jean Chertier, remis en janvier à M. Sarkozy, veut faire du CESE, selon M. de Raincourt, "une institution qui soit plus en phase avec les réalités sociologiques du pays comme avec les débats qui le traversent, qui se montre plus réactive et qui sera mieux écoutée parce que davantage représentative". En un mot, il s'agit d'une opération de "revitalisation" du CESE. La formule est sévère. Si M. Dermagne n'a pas réussi à rendre son assemblée aussi audible qu'il l'aurait souhaité, il a su exercer une "expertise du quotidien" sur des sujets comme l'avenir des retraites, la décentralisation, l'agriculture, la pauvreté, l'endettement ou encore la réforme de la représentativité syndicale.

Le premier axe de la réforme vise la composition du CESE, devenue, selon M. de Raincourt, "anachronique". Au titre du rajeunissement et de la féminisation, le nombre de mandats consécutifs sera limité à deux. L'âge pour être membre sera abaissé de 25 à 18 ans. L'écart entre les hommes et les femmes désignés par une organisation ou parmi les personnalités qualifiées nommées par le gouvernement - un décret doit en préciser les conditions - ne devra pas "être supérieur à un".

Actuellement composé de 231 membres, répartis en 18 groupes, le CESE comprendra 233 membres qui se répartiront en trois blocs. Un premier bloc de 140 membres, "au titre de la vie économique et du dialogue social", sera constitué par 69 représentants des salariés, choisis par les syndicats - comme dans l'assemblée sortante, malgré la réforme de la représentativité -, 61 représentants des entreprises privées, des artisans et des professions libérales. Il n'y aura plus de représentants des entreprises publiques mais dix personnalités "choisies en raison de leur expérience dans le domaine économique".

Les vraies innovations concernent les deux autres blocs. Soixante membres seront choisis "au titre de la cohésion sociale et territoriale et de la vie associative". Parmi eux - M. Sarkozy y tenait beaucoup - figureront "quatre représentants des jeunes et des étudiants". Le président de la République a renoncé à l'idée, née au moment où il prônait la "laïcité positive", d'introduire dans cette assemblée où la franc-maçonnerie exerce une réelle influence des représentants des religions. Mais des personnalités seront nommées "en raison de leur expérience dans le domaine social, culturel, sportif ou scientifique". Enfin, Grenelle de l'environnement oblige, les 33 membres du troisième bloc seront choisis "au titre de la protection de la nature et de l'environnement".

Le deuxième axe de la rénovation porte sur le rôle du CESE. Désormais, il ne sera plus consulté par le seul gouvernement mais pourra l'être par l'Assemblée nationale ou le Sénat. Il pourra aussi prendre l'initiative de s'adresser au Parlement "sur les réformes qui lui paraissent nécessaires". Cerise sur le gâteau : il pourra être saisi "par voie de pétition de toute question à caractère économique, social, ou environnemental". Cette pétition, qu'on aurait pu imaginer sur l'avenir de La Poste, devra être "présentée dans les mêmes termes par au moins 500 000 personnes majeures, de nationalité française ou résidant régulièrement en France". M. Dermagne avait suggéré des "saisines populaires dès lors que de très grandes masses de population seraient concernées".

La réforme chemine lentement. Mais les spéculations vont bon train sur la présidence du CESE. Président depuis 1999, âgé de 71 ans, et chiraquien, M. Dermagne a peu de chances d'être reconduit. L'idée de mettre en piste une femme chemine. Ancienne secrétaire générale de la CFDT, présidente de Vigeo, qui "mesure la responsabilité sociale" et les effets du changement climatique, Nicole Notat aurait le profil idéal, notent les connaisseurs du dossier. Un zeste d'ouverture pour orchestrer la "revitalisation" ? M. Sarkozy ferait coup double.

samedi, 03 octobre 2009

Faisons confiance aux territoires et à leurs élus.

1a7b67dc-acfd-11de-a6dc-b648764ea0a5.jpgPar Jean-Pierre Raffarin,

ancien premier ministre,

sénateur de la Vienne et vingt autres sénateurs*

 

 

Tribune publiée dans Le Figaro, le 29 septembre 2009.

 

La gouvernance du président Nicolas Sarkozy crée le mouvement dans une période où l'immobilisme serait une faute. En assumant pleinement ses responsabilités, le chef de l'État est le personnage central d'une nouvelle donne institutionnelle, «La République du leadership».

Nous approuvons cette dynamique, nous avons mesuré les progrès de l'Europe sous l'impulsion du leadership de la présidence française, nous constatons aussi les fragilités du Parti socialiste quand il ne réussit pas à dégager un leader. Une organisation sans leadership se disperse et se divise. La méthode de Nicolas Sarkozy a convaincu en France, en Europe et au G20 parce qu'elle apporte efficacité, lisibilité, au total, modernité. Pour être démocratique, c'est-à-dire d'abord comprise puis choisie, une politique doit être incarnée. Les maires le savent bien, eux qui sont, pour les Français, les élus les plus reconnus. Nous sommes attachés à ce que la légitimité du président et celle des élus locaux se prolongent l'une l'autre, plutôt que de s'opposer. Dans cet esprit, on peut se réjouir que les collectivités territoriales aient prolongé l'action de l'État, par leurs efforts d'investissement, dans cette période de crise.

Responsabilisation des élus

Pour cette raison, nous sommes inquiets quand parfois on pourrait croire que le but premier de la réforme des collectivités territoriales serait de diminuer le nombre d'élus locaux. On entend même que les Français seraient heureux de cette réduction démocratique. Méfions-nous des discours qui opposent les élus et ceux qui les élisent… La diminution du nombre d'élus peut être le résultat d'une réforme pour une meilleure organisation de la décentralisation. Ce n'est pas le préalable. Pour nous l'essentiel est que le «conseiller territorial» nouveau ait plus de responsabilités que les actuels conseillers généraux et conseillers régionaux. L'objectif, c'est la responsabilisation des élus.

Quand, avec la réforme de la taxe professionnelle, on remplace des responsabilités fiscales locales par des dotations budgétaires nationales, nous disons que la «République décentralisée» est en recul. C'est à la fois un risque démocratique et budgétaire.
Les 500 000 élus municipaux sont les fantassins de notre République. Ils animent l'espace communal, premier espace de solidarité ; ils donnent de leur temps et de leur talent pour être en première ligne de notre démocratie. Une démocratie forte de ses diversités territoriales.

Des relais et des médiateurs

On effectuera davantage d'économies en réduisant d'abord les administrations territoriales plutôt que le nombre d'élus. La gauche a fait beaucoup de mal à la décentralisation en laissant déraper le fonctionnement des régions qu'elle gouverne et en faisant bondir les impôts. Entre la dynamique de son sommet et les inquiétudes de sa base, notre République a besoin de relais et de médiateurs. Leur responsabilité est une condition de nos équilibres. Le pluralisme de la décentralisation, la diversité des contre-pouvoirs et l'activité des corps intermédiaires sont des piliers de notre vision de la République. Cette nouvelle pratique institutionnelle devrait conduire à renforcer les engagements de l'État sur le terrain. La décentralisation ne remet pas en cause la nécessité nationale de l'aménagement du territoire ; elle doit libérer les énergies et l'aménagement national du territoire doit veiller à la justice entre tous les territoires.
Nous avons réformé la Constitution pour affirmer notre choix d'une «République décentralisée». Le Sénat, Haute Assemblée des élus et des territoires, ne peut se satisfaire d'une République qui ne ferait pas le choix de la décentralisation, c'est-à-dire de la confiance aux territoires et à ses élus.

* Michel Bécot (sénateur des Deux-Sèvres), Pierre Bernard-Reymond, (Hautes-Alpes), Joël Billard (Eure-et-Loir), Jacques Blanc (Lozère), Paul Blanc (Pyrénées-Orientales), Pierre Bordier (Yonne), Alain Chatillon (Haute-Garonne), Christian Cambon (Val-de-Marne), Jean-Claude Carle (Haute-Savoie), Philippe Dallier (Seine-Saint-Denis), Béatrice Descamps (Nord), Alain Fouché (Vienne), René Garrec (Calvados), Michel Houel (Seine-et-Marne), Alain Houpert (Côte-d'Or), Sophie Joissains (Bouches-du-Rhône), Jean-Marc Juilhard (Puy-de-Dôme), Antoine Lefèvre (Aisne), Jean-René Lecerf (Nord), Philippe Paul (Finistère), Charles Revet (Seine-Maritime) et Bernard Saugey (Isère).

mardi, 15 septembre 2009

Accoyer : «Pas question de ne pas appliquer les lois votées»

32ff40f6-a165-11de-81fc-b58b418b65cd.jpgInterview de Bernard Accoyer,

Président de l'Assemblée nationale.

 

 

Entretien publié dans Le Figaro, le 15 septembre 2009.

 

 

LE FIGARO. - Le ministre de l'Immigration, Éric Besson, ne signera pas le décret d'application de la loi sur les tests d'ADN. Quelle est votre réaction ?
Bernard ACCOYER. - Il ne saurait être question de ne pas appliquer les lois votées par le Parlement. Je l'ai dit au premier ministre. Éric Besson a été imprudent dans son expression. Si l'application d'une loi pose un problème technique, le gouvernement doit en saisir le Parlement. La réforme constitutionnelle a conforté notre mission d'évaluation de l'application des lois. Cela fait partie de mes priorités. J'y veille personnellement. J'ai demandé au président de la commission des lois que le ministre de l'Immigration soit auditionné.

Êtes-vous favorable à une loi pour interdire le port de la burqa ?
J'ai mis en place une mission d'information sur le port du voile intégral. Elle conduit un excellent travail. Je lui apporte mon entier soutien. Je ne veux pas préjuger de ses conclusions, mais je souhaite qu'elles s'inscrivent dans la tradition qui prévaut en France de respect des droits de la personne et, dans ce cas précis, des droits de la femme.

Que pensez-vous de la polémique autour des propos de Brice Hortefeux ?
Dès lors que le ministre de l'Intérieur et le jeune concerné ont clairement dénoncé la déformation de ces propos, je consi­dère qu'il ne devrait plus y avoir de polémique, parce que des propos sortis de leur contexte peuvent donner lieu à n'importe quelle manipulation. Nous devrions en être tous conscients, nous, les politiques, qui sommes en charge de responsabilités.

Êtes-vous favorable à la taxe carbone ?
Le débat budgétaire sera particulièrement lourd. Des arbitrages devront être rendus. Pour ma part, je soutiens la mise en œuvre d'une fiscalité environnementale pour des raisons de maîtrise des énergies fossiles et de baisse des émissions de CO2. C'est aussi l'amorce d'un profond changement, d'une révolution même. Ce faisant, nous sommes en train de mettre en place une assiette de prélèvements fondée sur la consommation, car la plupart de ce que nous consommons est chargé de carbone.

Cette taxe ne va-t-elle pas alourdir les prélèvements obligatoires ?
L'exigence de donner plus de pouvoir d'achat aux Français et de rendre plus compétitives nos entreprises est satisfaite par le crédit d'impôt dont tous les foyers bénéficieront. Quant aux entreprises, la suppression de la taxe professionnelle va alléger leurs charges d'une somme de 8 milliards d'euros. C'est considérable. Le même résultat pourrait également être obtenu en compensant la taxe carbone par l'allégement des cotisations patronales et salariales, et, pour les retraités, par un «chèque vert».

L'augmentation des pouvoirs du Parlement n'entraînera-t-elle pas une limitation du cumul des mandats ?
Les nouveaux pouvoirs des parlementaires appellent, en effet, une réflexion sur l'exercice des mandats, le cumul des fonctions, le statut des élus. Dès le début de la session ordinaire, je mettrai en place un groupe de travail pluraliste pour étudier ces questions. Je ne veux pas anticiper sur ses conclusions. Mais si j'ai toujours été favorable à la possibilité de détenir à la fois un mandat national et un mandat local, je m'interroge en revanche sur le cumul de fonctions exécutives et d'un mandat national. À titre personnel, je pense qu'il n'est pas possible de cumuler une fonction ministé­rielle et une présidence de région.

Pensez-vous que va se mettre en place un «hyper-Parlement», selon une formule chère à Jean-François Copé ?
Nous n'avons pas changé de République, c'est toujours la même République. L'expression «hyper-Parlement» n'a guère de sens pour moi. La réalité est que le Parlement est en train de conquérir de nouveaux pouvoirs, davantage de marges de manœuvre, en particulier sur le contrôle des nominations, l'évaluation et le contrôle des politiques publiques. Nous allons ainsi évaluer, dans les prochaines semaines, la mise en œuvre du principe de précaution et l'efficacité des autorités administratives indépendantes.

Le climat dans l'Hémicycle va-t-il changer ?
Oui, car cette rentrée marque un changement profond. La programmation de la durée des débats consacre la fin de l'obstruction parlementaire. Celle-ci n'était destinée qu'à ralentir les discussions et à les déplacer ailleurs qu'au Parlement. Désormais, le débat privilégie le fond. Le temps n'est plus un enjeu.

lundi, 17 août 2009

Bernard Debré : «Il faut une loi contre la burqa»

60cac0d8-8aee-11de-92a9-9ad592778903.jpgInterview du Professeur Bernard Debré,

Député UMP de Paris.

 

 

Entretien publié dans Le Figaro, le 17 août 2009.

 

LE FIGARO. - Vous aviez poussé un coup de gueule en juillet sur le manque de vigilance vis-à-vis de la grippe A (H1N1). Que pensez-vous des mesures annoncées par le ministre de l'Éducation ?
Bernard DEBRÉ. - J'approuve le plan proposé par Luc Chatel. L'hypothèse maximaliste de ­fermer toutes les écoles est logique. Il applique le principe de précaution. J'espère qu'on n'en arrivera pas là. Maintenant fallait-il l'annoncer avec tant de tapage ? Doser la communication dans ce genre de question est toujours une difficulté. Ce qu'il faut savoir, c'est que la grippe A n'est pas dangereuse. Le nombre de victimes est d'ailleurs probablement bien supérieur aux mille cas annoncés officiellement. La grippe A est essentiellement un problème ­économique qui va considérablement pénaliser les entreprises.

Êtes-vous favorable à une loi contre la burqa ?
Il faut une loi. La burqa représente quelque chose d'inacceptable pour la femme. C'est une humiliation à la fois pour la femme et pour les passants qui voient ses filles grillagées. C'est peut-être acceptable dans les pays musulmans qui la prônent, mais certainement pas en France. Quand bien même cela ne toucherait que quelque 300 femmes, il faut légiférer. On le voit bien avec cette dernière affaire du burkini, c'est-à-dire cette femme qui s'est présentée dans une piscine municipale. Il existe des règles d'hygiène et de bienséance dans les piscines publiques qui s'appliquent partout. Et ça, ça ne se discute pas !

En tant que député de Paris, vous êtes concerné par le redécoupage électoral. Comment le jugez-vous ?
C'est un bon redécoupage. Il n'y a pas d'anomalie flagrante. Le secrétaire d'État Alain Marleix a travaillé équitablement. Les socialistes ont tort de polémiquer. En 1986, lors du précédent redécoupage, ils avaient protesté. Cela ne les a pas empêchés de gagner en 1988 et en 1997. À Paris, il y aura certes des problèmes personnels aux uns et aux autres. Mais ils seront résolus par les partis respectifs.

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