lundi, 14 décembre 2009
Pour en finir avec le piège de l'identité nationale.
Par Yves-Charles Zarka.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 12 décembre 2009.
Le débat sur "l'identité nationale" est un piège, plusieurs l'ont dit à juste titre. Pour ne pas y tomber, je pensais qu'il ne fallait pas y participer.
Un facteur m'a fait changé d'avis et m'incite aujourd'hui à prendre position : si chacun voit bien le piège, tant il est grossier, il ne me semble pas que ses ressorts aient été adéquatement analysés. J'irai même plus loin, Eric Besson savait parfaitement ce qu'il faisait en mettant en place son épouvantail, mais il serait sans doute bien en peine d'en décrire les ressorts.
Pour démonter le piège du débat sur l'identité nationale, il faut faire un peu de philosophie. La notion d'identité n'est pas simple, elle est double. Il y a deux types d'identité fondamentalement distincts. Il y a d'abord l'identité permanence. L'identité se définit alors par le maintien, la préservation d'un élément essentiel qui demeure le même dans le temps et nous permet de reconnaître une chose comme la même, idem en latin. Traduisant le mot anglais sameness, Paul Ricœur parlait de "mêmeté", ou d'une "identité mêmeté", qui repose sur la permamence. Si une chose change dans toutes ses dimensions, si rien ne demeure, on dit alors qu'elle n'est plus la même chose, qu'elle a perdu son identité. Mais, il y a aussi un autre concept de l'identité, c'est le rapport à soi, l'ipséité, terme qui vient du latin ipse, et qui signifie le soi, le rapport à soi, en anglais le self. Or la caractéristique de l'identité du soi est telle qu'elle se maintient même si le sujet en question a totalement changé. Je suis aujourd'hui identique à celui que j'étais lorsque j'étais enfant, alors même qu'aucune des caractéristiques qui me définissait lorsque j'étais enfant ne s'est maintenue : ni la taille, ni la forme du corps, ni la couleur des cheveux, ni la forme du visage, etc. Tout a changé et pourtant je demeure le même que celui que j'étais quand j'étais enfant, de sorte que je peux élaborer le récit de mon existence individuelle, rapporter à moi des actes que j'ai commis étant enfant ou des situations que j'ai vécues. L'identité n'est pas ici définie par la permanence mais par le rapport à soi que permet la conscience et la mémoire. C'est l'identité personnelle telle que la définissait John Locke dans son admirable Essai concernant l'entendement humain.
Or, l'identité nationale relève très directement de l'identité ipséité, d'une identité réflexive et nullement d'une identité permanence. La France d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec la France féodale ou avec la France de l'Ancien Régime et pourtant c'est de la même France dont on parle aujourd'hui. Elle a changé presque du tout au tout et pourtant elle est la même. Son identité relève donc d'un rapport à soi, d'une histoire, d'un récit, ou plus exactement de plusieurs histoires entrecroisées, de plusieurs récits entremêlés. L'identité d'une nation est une identité réflexive. Une nation n'existe que dans la mesure où elle se conçoit comme une nation. Sans cette réflexivité, sans cette conscience de soi, il n'y aurait pas une nation mais une multitude d'individus ou de groupes disparates. La nation réside dans la seule conscience d'être une nation et nullement dans l'origine ethnique des individus qui y vivent. Inversement, des populations de même origine ethnique peuvent donner lieu à des nations différentes et mutuellement hostiles, c'est ce qui arrive dans les Balkans. On comprend donc pourquoi l'identité nationale peut être conçue, vécue, éprouvée mais ne peut être définie. Elle ne peut l'être parce que chaque Français a un lien différent d'attachement ou d'appartenance à la nation française. Cette spécificité des liens et des appartenances tient à l'histoire personnelle de chacun. Nous avons des milliers, des millions de manières d'être attaché à la France, d'appartenir à la nation française, sans qu'aucune ne prévale sur les autres. Si l'on demandait aux Français de dire l'identité française, nous aurions 60 millions de réponses différentes, dont aucune ne saurait prévaloir. Ces réponses seraient des récits de soi, des récits d'appartenance et de lien avec la France.
Le piège du faux débat sur l'identité nationale peut donc être désormais déjoué. On pose une question sur une identité de réflexion, mais on feint d'attendre la définition d'une identité permanente. Autrement dit, le piège du débat consiste à réifier l'identité nationale, à la chosifier, pour la faire passer pour une identité permanence dont on pourrait facilement exclure un certain nombre de gens en raison de la couleur de leur peau, de leur culture, ou de leur religion, ou n'importe quoi d'autre. La réification de l'identité nationale était une spécialité des mouvements d'extrême droite, du FN aujourd'hui, parce que c'est une identité d'exclusion. Elle est désormais entrée dans les mœurs républicaines avec l'actuel débat sur "l'identité nationale", et même sans doute dès avant la campagne présidentielle de 2007. C'est très grave, parce que c'est le signe d'une nation qui ne sait plus prendre l'initiative, qui ne sait plus affronter l'avenir et qui veut se réfugier dans la permanence d'un passé révolu. L'identité nationale d'Eric Besson est celle d'une nation en déclin, en train de se perdre, qui ne sait plus ce qu'elle est. Ce n'est pas l'identité de la France, mais celle d'un parti qui veut cacher ses terribles échecs, en se donnant pour le défenseur d'une permanence illusoire.
Yves-Charles Zarka, philosophe, professeur à l'université Paris-Descartes (Sorbonne) ; il est directeur de la revue Cités (PUF).
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samedi, 12 décembre 2009
Ils sont fous ces Romains !
Par Caroline Fourest.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 12 décembre 2009.
La mondialisation a quelque chose de vertigineux. Pour trier dans cette immensité, la tentation est grande de se raccrocher à ce qui nous ressemble plutôt qu'à ce qui nous rassemble : l'identité et non les idées. La peur de l'uniformisation favorise paradoxalement le repli identitaire, qu'il soit communautaire, culturel, religieux, régional ou national. Face à ces crispations, qui s'entrechoquent, il existe deux tentations : celle de laisser "filer" le lien social et celle de recoudre la société avec un corset.
Un certain angélisme multiculturaliste voudrait croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. L'inflation de demandes particularistes au nom du religieux ne poserait aucun problème. Dans certains pays, l'invocation de la culture ou de la religion permet même d'obtenir des passe-droits. Une femme en voile intégral a le droit de faire ses courses masquée alors qu'une femme en cagoule serait arrêtée.
Au Canada, un patient juif a été soigné en priorité aux urgences pour lui permettre d'être rentré avant shabbat, alors qu'un fan de "Stargate" n'aurait jamais obtenu pareille faveur pour ne pas rater sa série favorite. En Grande-Bretagne, les sikhs ont le droit de conduire une moto sans casque pour porter le turban, alors que des bikers en bandana récolteraient une amende. Aux Etats-Unis, les Américains d'origine amérindienne peuvent consommer des substances hallucinogènes traditionnelles, alors que de nombreux fumeurs de cannabis sont arrêtés au titre des lois antidrogues... Ces passe-droits n'ont l'air de rien. Mis bout à bout, ils défont l'égalité et l'universalité.
Usés par des débats sans fin sur comment "accommoder" ou interdire ces demandes insolites, les peuples perdent patience. Il devient facile de leur expliquer que tous les maux viennent d'une seule religion, l'islam, et non de l'intégrisme. Qu'il suffirait de stopper l'immigration pour sauver l'identité nationale... alors que des converties aux yeux bleus portent le niqab et que des Algériennes ont immigré en France pour ne pas porter le voile.
Qu'importe ces subtilités. Les plus hautes autorités suggèrent de se replier sur l'identité nationale pour répondre au repli communautariste. L'islam serait la religion des "accueillis" et n'aurait qu'à se faire discret pour ne pas choquer ceux qui "accueillent". Tout sonne faux dans le récit qu'on nous propose. L'islam devient une religion exogène du seul fait de l'antériorité judéo-chrétienne. Et la France se voit redéfinie par ses racines religieuses davantage que par ses lois laïques, comme si Clovis l'avait emporté sur la Révolution française. N'était-ce pas, déjà, le propos risqué du président à Saint-Jean-de-Latran ?
On croit également reconnaître un slogan à la mode : "A Rome, fais comme les Romains." Tant pis si l'intégrisme est un phénomène politique et non culturel. S'il séduit certains Gaulois et révulse d'autres musulmans, tout aussi "Romains" que les autres. Subtilités d'intellectuels, on vous dit...
Comment ne pas conforter la surenchère avec de tels arguments ? Déjà, Marine Le Pen nous explique que la solution ne réside pas seulement dans l'identité nationale mais l'identité française voulue par le FN. Comme si l'intégrisme catholique et le nationalisme étaient la réponse au communautarisme musulman... Comme si on pouvait résoudre la crise du multiculturalisme en revenant au monoculturalisme !
Heureusement, il existe une alternative à ces deux tentations. Accepter de reconnaître que ce défi est politique et non culturel. Ne pas y répondre par l'identité mais par l'idéal : l'humanisme laïque et universaliste. Retrouver le chemin d'un modèle français qui combat les inégalités et renforce la citoyenneté. Continuer à faire de la laïcité le coeur de ce nouveau pacte citoyen. En un mot : ne pas appeler à faire comme chez les "Romains", mais résister à tous ceux qui voudraient nous ramener soit à l'âge de la pierre, soit à celui de l'Empire romain.
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jeudi, 10 décembre 2009
Identité ou unité nationale ?
Par Michèle Alliot-Marie,
Présidente du Chêne,
Ministre d'Etat, Garde des Sceaux,
Ministre de la Justice et des Libertés.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 10 décembre 2009.
La France, ce sont 36 000 communes, 22 régions, 100 départements, dont 4 d'outre-mer. Des villes, des territoires ruraux, des paysages montagneux, maritimes ou de plaine. Ce sont 65 millions de Français, et presque autant d'opinions, d'idées et de caractères.
Et pourtant, la France composée d'identités régionales fortes, issue d'apports ethniques aussi permanents que divers, façonnée par l'histoire et les expériences communes, n'est jamais autant elle-même que quand elle est unie. Le débat sur l'identité nationale conduit à la question plus fondamentale de l'unité nationale. Les Français ont-ils la volonté de vivre ensemble, l'envie de partager un destin commun ? Vivre ensemble exige l'acceptation de règles communes, de valeurs partagées. Les valeurs expriment l'adhésion à une conception analogue de l'individu, de la famille, de la société. Les règles déclinent ces valeurs de démocratie, de respect de l'homme, de tolérance et de liberté. Nos valeurs sont nées et se sont affirmées à travers notre histoire, ses grandeurs et ses parts d'ombre, les épreuves et les réussites. Elles participent à l'identité nationale. Mais l'unité nationale ne se résume pas à une référence au passé qui a construit notre État. Elle n'est ni nostalgie ni conservatisme. Elle est aspiration, mouvement qui appelle au rassemblement, qui ouvre les bras à ceux qui partagent la volonté de construire un avenir commun.
Fondé sur nos valeurs partagées, le sentiment d'une communauté de destin ne saurait être acceptation fataliste ou repli frileux. Il est porteur d'espoir, d'ambitions, de vision. Avons-nous envie de partager un avenir et un destin communs ? L'interrogation est encore plus fondamentale à l'heure de l'Europe et de la mondialisation, des concurrences économiques exacerbées, de la montée des extrémismes, des tentations communautaristes, de la contestation des schémas culturels et sociaux.
Il est temps de réfléchir aux moyens de protéger cette unité qui a toujours fait notre force et notre ouverture aux autres. Sûrs de nos valeurs communes, nous sommes d'autant plus capables de dialoguer et de tendre la main. Réaliser cette ambition de vivre ensemble exige le respect de chaque citoyen, la reconnaissance de son droit à participer aux choix essentiels et à bénéficier des avancées communes.
Associer les citoyens aux choix essentiels, c'est la caractéristique et la finalité de notre démocratie. Les élections la concrétisent. Mais le choix offert aux Français n'est pas uniquement celui des hommes. Il est celui de la société à construire, des réformes à mener, de la capacité à réaliser les engagements pris. Les Français veulent savoir où on les emmène, vers quelle France, vers quel destin. Ils ont besoin d'imaginer comment leur propre avenir se dessine dans ce mouvement. Ils comparent l'action aux engagements, manifestant souvent déception, impatience ou incompréhension.
Une exigence nouvelle est née pour les dirigeants : celle de l'explication permanente, de la mise en perspective générale. Les Français ont besoin que, régulièrement, les gouvernants leur rappellent le but, leur montrent comment chaque réforme construit une part du puzzle, leur donnent les moyens d'évaluer les avancées successives. Cela appelle une sorte de nouvelle planification démocratique.
Partager l'envie d'un destin commun c'est aussi se sentir pleinement associé aux réussites de son pays, en contrepartie des efforts fournis. Garantir l'unité nationale exige d'assurer à chacun un égal accès au service public, aux services de santé, à la justice, à la formation. Les contraintes existent, mais nous croyons profondément qu'il n'y a pas de fatalité en la matière. Personne ne doit avoir le sentiment d'être laissé au bord du chemin parce qu'il n'habite pas une métropole ou un centre-ville.
Cela appelle un aménagement du territoire renouvelé et volontariste, une conception nouvelle du service public. Les évolutions technologiques permettent de répondre de plus en plus, de mieux en mieux, au souci d'un service public de proximité en écho au besoin de chacun d'être reconnu à l'égal de l'autre.
C'est la nouvelle frontière de l'unité de notre nation, sachant utiliser le meilleur du savoir d'aujourd'hui pour renforcer les liens tissés au cours des siècles. Pour une nation comme la nôtre, fière de son identité et de ses valeurs, la mondialisation, l'individualisme et la coexistence des communautés ne sont pas des dangers en eux-mêmes. Le véritable risque, c'est de tenir pour acquises les valeurs qui nous lient, au risque d'oublier de les faire vivre au quotidien et de les projeter dans l'avenir.
Le véritable risque serait de laisser dépérir l'espoir et la confiance dans notre destin commun, faute de savoir montrer la cohérence, l'ambition et la finalité de notre action, au bénéfice de chacun et de la nation tout entière. Le véritable danger, c'est celui de la désunion. Condition première de la pérennité du pacte républicain, la cohésion nationale est l'une des clés de l'avenir de la France.
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mercredi, 09 décembre 2009
Nicolas Sarkozy : "Respecter ceux qui arrivent, respecter ceux qui accueillent"
Par Nicolas Sarkozy,
président de la République.
Tribune publiée dans Le Monde, le 09 décembre 2009.
Le chef de l'Etat s'exprime pour la première fois publiquement après le référendum en Suisse sur les minarets; il rappelle les valeurs de tolérance et d'ouverture de la France et appelle au respect mutuel entre "ceux qui arrivent" et "ceux qui accueillent".
Par référendum, le peuple suisse vient de se prononcer contre la construction de nouveaux minarets sur son territoire. Cette décision peut légitimement susciter bien des interrogations. Le référendum impose de répondre à la question posée par oui ou par non. Peut-on répondre par oui ou par non à une question aussi compliquée, qui touche à des choses aussi profondes ? Je suis convaincu que l'on ne peut que susciter des malentendus douloureux, un sentiment d'injustice, blesser les âmes en apportant une réponse aussi tranchée à un problème qui doit pouvoir être résolu au cas par cas dans le respect des convictions et des croyances de chacun.
Mais comment ne pas être stupéfait par la réaction que cette décision a suscitée dans certains milieux médiatiques et politiques de notre propre pays ? Réactions excessives, parfois caricaturales, à l'égard du peuple suisse, dont la démocratie, plus ancienne que la nôtre, a ses règles et ses traditions, qui sont celles d'une démocratie directe où le peuple a l'habitude de prendre la parole et de décider par lui-même ?
Derrière la violence de ces prises de position se cache en réalité une méfiance viscérale pour tout ce qui vient du peuple. La référence au peuple, c'est déjà, pour certains, le commencement du populisme. Mais c'est en devenant sourd aux cris du peuple, indifférent à ses difficultés, à ses sentiments, à ses aspirations, que l'on nourrit le populisme. Ce mépris du peuple, car c'est une forme de mépris, finit toujours mal. Comment s'étonner du succès des extrêmes quand on ne prend pas en compte la souffrance des électeurs ?
Ce qui vient de se passer me rappelle comment fut accueilli le rejet de la Constitution européenne en 2005. Je me souviens des paroles parfois blessantes qui ont été proférées contre cette majorité de Français qui avait choisi de dire non. C'était opposer irréductiblement la France du oui à celle du non, ouvrir une fracture qui, si elle avait dû se creuser davantage, n'aurait jamais permis à la France de reprendre sa place en Europe.
Pour réconcilier la France du oui et celle du non, il fallait d'abord essayer de comprendre ce qu'avaient voulu exprimer les Français. Il fallait admettre que cette majorité ne s'était pas égarée, mais qu'elle avait, comme la majorité des Irlandais ou la majorité des Néerlandais, exprimé ce qu'elle ressentait et rejeté en toute connaissance de cause une Europe dont elle ne voulait plus parce qu'elle donnait le sentiment d'être de plus en plus indifférente aux aspirations des peuples.
Ne pouvant changer les peuples, il fallait changer d'Europe. La France du non a commencé à se réconcilier avec celle du oui à partir du moment où, au lieu de la juger, on a cherché à la comprendre. C'est alors que, dépassant ce qui la divisait, la France a pu prendre la tête du combat pour changer l'Europe.
RIEN NE SERAIT PIRE QUE LE DÉNI
Alors, au lieu de vilipender les Suisses parce que leur réponse ne nous plaît pas, mieux vaut nous interroger sur ce qu'elle révèle. Pourquoi en Suisse, pays qui a une longue tradition d'ouverture, d'hospitalité, de tolérance, un tel rejet peut-il s'exprimer avec tant de force ? Et que répondrait le peuple français à la même question ?
Au lieu de condamner sans appel le peuple suisse, essayons aussi de comprendre ce qu'il a voulu exprimer et ce que ressentent tant de peuples en Europe, y compris le peuple français. Rien ne serait pire que le déni. Rien ne serait pire que de ne pas regarder en face la réalité des sentiments, des préoccupations, des aspirations de tant d'Européens.
Comprenons bien d'abord que ce qui s'est passé n'a rien à voir avec la liberté de culte ou la liberté de conscience. Nul, pas plus en Suisse qu'ailleurs, ne songe à remettre en cause ces libertés fondamentales.
Les peuples d'Europe sont accueillants, sont tolérants, c'est dans leur nature et dans leur culture. Mais ils ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relations sociales soient dénaturés. Et le sentiment de perdre son identité peut être une cause de profonde souffrance. La mondialisation contribue à aviver ce sentiment.
La mondialisation rend l'identité problématique parce que tout en elle concourt à l'ébranler, et elle en renforce en même temps le besoin parce que plus le monde est ouvert, plus la circulation et le brassage des idées, des hommes, des capitaux, des marchandises sont intenses, et plus on a besoin d'ancrage et de repères, plus on a besoin de sentir que l'on n'est pas seul au monde. Ce besoin d'appartenance, on peut y répondre par la tribu ou par la nation, par le communautarisme ou par la République.
L'identité nationale c'est l'antidote au tribalisme et au communautarisme. C'est pour cela que j'ai souhaité un grand débat sur l'identité nationale. Cette sourde menace que tant de gens dans nos vieilles nations européennes sentent, à tort ou à raison, peser sur leur identité, nous devons en parler tous ensemble de peur qu'à force d'être refoulé ce sentiment ne finisse par nourrir une terrible rancœur.
Les Suisses comme les Français savent que le changement est une nécessité. Leur longue histoire leur a appris que pour rester soi-même il faut accepter de changer. Comme les générations qui les ont précédés, ils savent que l'ouverture aux autres est un enrichissement. Nulle autre civilisation européenne n'a davantage pratiqué, tout au long de son histoire, le métissage des cultures qui est le contraire du communautarisme.
Le métissage c'est la volonté de vivre ensemble. Le communautarisme c'est le choix de vivre séparément. Mais le métissage ce n'est pas la négation des identités, c'est pour chacun, vis-à-vis de l'autre, la reconnaissance, la compréhension et le respect.
C'est de la part de celui qui accueille la reconnaissance de ce que l'autre peut lui apporter. C'est de la part de celui qui arrive le respect de ce qui était là avant lui. C'est de la part de celui qui accueille l'offre de partager son héritage, son histoire, sa civilisation, son art de vivre. C'est de la part de celui qui arrive la volonté de s'inscrire sans brutalité, comme naturellement, dans cette société qu'il va contribuer à transformer, dans cette histoire qu'il va désormais contribuer à écrire. La clé de cet enrichissement mutuel qu'est le métissage des idées, des pensées, des cultures, c'est une assimilation réussie.
SE GARDER DE TOUTE OSTENTATION
Respecter ceux qui arrivent, c'est leur permettre de prier dans des lieux de culte décents. On ne respecte pas les gens quand on les oblige à pratiquer leur religion dans des caves ou dans des hangars. Nous ne respectons pas nos propres valeurs en acceptant une telle situation. Car, une fois encore, la laïcité ce n'est pas le refus de toutes les religions, mais le respect de toutes les croyances. C'est un principe de neutralité, ce n'est pas un principe d'indifférence. Lorsque j'étais ministre de l'intérieur, j'ai créé le Conseil français du culte musulman (CFCM) pour que la religion musulmane soit mise sur un pied d'égalité avec toutes les autres grandes religions.
Respecter ceux qui accueillent, c'est s'efforcer de ne pas les heurter, de ne pas les choquer, c'est en respecter les valeurs, les convictions, les lois, les traditions, et les faire – au moins en partie – siennes. C'est faire siennes l'égalité de l'homme et de la femme, la laïcité, la séparation du temporel et du spirituel.
Je m'adresse à mes compatriotes musulmans pour leur dire que je ferai tout pour qu'ils se sentent des citoyens comme les autres, jouissant des mêmes droits que tous les autres à vivre leur foi, à pratiquer leur religion avec la même liberté et la même dignité. Je combattrai toute forme de discrimination.
Mais je veux leur dire aussi que, dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l'échec l'instauration si nécessaire d'un islam de France qui, sans rien renier de ce qui le fonde, aura su trouver en lui-même les voies par lesquelles il s'inclura sans heurt dans notre pacte social et notre pacte civique.
Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation et, conscient de la chance qu'il a de vivre sur une terre de liberté, doit pratiquer son culte avec l'humble discrétion qui témoigne non de la tiédeur de ses convictions mais du respect fraternel qu'il éprouve vis-à-vis de celui qui ne pense pas comme lui, avec lequel il veut vivre.
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La Nation est la République.
Par Jean-Louis Borloo, André Rossinot, Serge Lepeltier, Laurent Hénart, Arlette Fructus et Michel Thiollière.
Tribune publiée dans Le Monde,
09 décembre 2009.
L'organisation d'un débat sur l'identité nationale offre, à chacun d'entre nous, l'occasion de reconstituer le fil parfois ténu de son histoire personnelle, celle de sa famille, de ses ancêtres, de ses origines, de ses convictions et de ses croyances ; de procéder à un vaste examen de sa conscience citoyenne, historique et philosophique. À cet égard, l'initiative lancée par le Gouvernement dans cette période de forte mutation nous semble une idée opportune.
L'individu n'est pas une page blanche. Il ne naît pas orphelin car tout homme est au moins le fils d'idées, de rencontres, de révoltes ou d'adhésions. Et c'est cette somme de destins croisés qui forme une Nation. On comprend dès lors pourquoi la nationalité est tout sauf une évidence, une donnée statistique ou un simple fait juridique. Elle est au contraire un sentiment complexe, vivant, pluriel, profondément dynamique, situé aux confins de l'histoire, de la géographie et de la philosophie.
Ainsi et par un curieux paradoxe, ce qui est censé nous définir avec le plus de certitude ou de vérité vis-à-vis du reste du monde, relève lui-même du domaine de l'indéfinissable. D'où la nécessité pour chacun d'entre nous, d'effectuer, à intervalles réguliers, ce si beau et si difficile travail de conscience individuelle et collective. La Nation est une communauté de destin en perpétuelle interrogation et donc, en perpétuelle reconstruction. La figer, c'est la condamner. Surtout lorsque l'on est Français.
Car être Français, c'est d'abord une aspiration. On est Français parce qu'on le veut et parce qu'on croit à la devise de la République : liberté, égalité, fraternité. Trois mots qui à eux seuls, résument toute la quête de l'Humanité. Trois mots inflexibles et exigeants dont l'héritage est un devoir. Trois mots qui nous obligent et qui constituent la base de toute vérité collective, la condition de toute dignité et l'origine de toute communauté. Trois mots qui font toujours de l'autre un citoyen potentiel, un ami ou un frère.
Être Français, c'est avoir la conscience claire, forte, profonde, d'appartenir à une communauté de destin. C'est avoir la conscience que cette appartenance permet non seulement de changer sa propre vie mais également de participer à l'histoire du monde. être Français, c'est vivre ensemble ; c'est vivre par les autres et pour les autres. être Français, c'est être universel ou, tout au moins, vouloir l'être, au-delà des différences d'origines ou de religions. C'est, à l'image d'un Claude Lévi-Strauss, chercher ce qui caractérise l'humain derrière chaque langue, chaque pays, chaque région, chaque croyance ou chaque coutume. C'est rechercher ce qui unit, ce qui rassemble et non ce qui sépare. C'est apprendre à voir l'autre par le prisme des Lumières et de la vérité. C'est aussi savoir répondre aux appels lancés par sa conscience.
Être Français, c'est croire que la République est une aventure collective, qui se construit jour après jour, dans les victoires comme dans les épreuves, dans la prospérité comme dans la difficulté, dans la concorde comme dans les malentendus. Une aventure unique, inédite, car fondée sur une valeur - la laïcité - qui nous a été donnée en héritage et qui n'existe nulle part ailleurs. Une valeur qui plonge ses racines au plus profond de notre histoire et qui est le fruit de plusieurs siècles de maturation philosophique, de déchirements et de rassemblements, de guerre et d'aventures militaires parfois malheureuses.
En effet, si l'on se tourne vers les autres Nations en Europe et dans le reste du monde, on constate que parmi ce qui nous distingue, ce n'est ni la langue, ni la couleur de peau (mais quelle couleur en ces temps du métissage bienvenu ?), ni les origines géographiques, ni même la culture, mais cette notion si particulière de laïcité. Une notion qui se nourrit à la fois de respect, de tolérance et de distance critique. Une manière de vivre qui ne rejette rien si ce n'est l'obscurantisme, la violence ou l'aveuglement car la tolérance c'est d'abord de refuser l'intolérable et qui privilégie le libre-arbitre. Sans liberté de ne pas croire, il n'y a pas de foi véritable et sans la laïcité, notre devise nationale resterait en partie lettre morte. Elle en est la sève, le socle, la condition.
Ainsi, on ne peut pas parler en France d'identité nationale sans parler d'identité républicaine. Depuis les Lumières, la République et la Nation forment un tout cohérent, les deux visages d'une même réalité. L'identité républicaine est ce supplément d'âme qui permet d'arracher l'identité nationale aux seules considérations géographiques ou culturelles. C'est aussi celle qui nous permet de porter un regard sans cesse renouvelé sur le monde.
Jean-Louis Borloo, président du Parti Radical
André Rossinot, président d'honneur du Parti Radical
Laurent Hénart, secrétaire général du Parti Radical
Serge Lepeltier, 1er vice-président délégué du Parti Radical
Arlette Fructus, secrétaire générale adjointe du Parti Radical
Michel Thiollière, secrétaire général adjoint du Parti Radical
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jeudi, 19 novembre 2009
Rama Yade : "Je veux être jugée sur mon travail"
Interview de Rama Yade,
Secrétaire d'Etat chargée des sports.
Entretien publié dans Le Monde,
le 19 novembre 2009.
Aimez-vous le football ?
Oui, parce que c'est le sport le plus populaire dans le monde entier. C'est même devenu un phénomène politique. Ne pas saisir cette réalité-là, c'est passer à côté de quelque chose. Mais le foot n'échappe pas non plus aux dérives de la société, à travers les violences, le dopage. Par son caractère très populaire, il est aussi devenu une tribune politique pour certains. Ce n'est pas propre à la France. Le football est un relais politique pour tous ceux qui ont un message à faire passer, positivement ou négativement. Cela peut donner des rencontres à hauts risques.
La violence a-t-elle tendance à augmenter ?
Le phénomène a toujours existé, mais il évolue. Jusqu'à ces dernières années, ça se passait dans les stades. Maintenant, les violences ont lieu en dehors, bien avant le match ou bien après. Avant, les voyous s'en prenaient aux joueurs du club adverse. Maintenant, ils s'en prennent à leur propre club, leurs propres dirigeants, leurs propres joueurs. Ces évolutions doivent être prises en compte pour faire évoluer nos réponses. Ceux qui donnent du coup de poing ne sont pas des supporteurs, mais des voyous. Le ministère de l'intérieur met en place tous les dispositifs de sécurité nécessaires.
La réponse est-elle uniquement policière ?
C'est aussi aux clubs de faire le ménage. Ce n'est pas toujours évident, parce que les supporteurs ont un vrai pouvoir. Et les présidents de club ont du mal à porter plainte contre eux, mais il faut avoir le courage de le faire. Il n'est pas non plus normal qu'en France on ait moins de 200 interdits de stade, alors qu'en Angleterre on en compte plus de 3 000. La question de la sécurité fait aussi partie de la compétitivité du sport français.
Jugez-vous opportun le débat sur l'identité nationale ?
A partir du moment où c'est un débat, chacun est libre d'apporter sa contribution, de dire ce qu'il entend à travers l'identité nationale. Donc je ne comprends pas qu'on soit choqué
La gauche commet-elle une erreur en refusant d'y entrer ?
Oui, car la nation est aussi un acquis historique de la gauche. Je ne comprends pas pourquoi on devrait laisser ce débat confisqué par le Front national, qui ne manquerait pas de s'en emparer pour donner une vision restrictive, fermée et intolérante de l'identité nationale.
Peut-on porter en soi plusieurs identités nationales de façon cohérente ?
Je pense qu'on n'a pas à renier ses origines et qu'on n'en est pas moins français C'est précisément le charme de la France d'avoir su brasser de multiples populations et d'en avoir fait des Français à part entière.
Vous avez été sévèrement rappelée à l'ordre par Nicolas Sarkozy et François Fillon parce que vous avez tendance à tenir tête à vos ministres de tutelle.
Je veux être jugée sur mon travail. Nicolas Sarkozy m'a fait l'honneur de m'intégrer dans son gouvernement alors que j'avais à peine 32 ans. C'est pour cela que je lui en serai toujours reconnaissante. Et que les tentatives de division me choquent.
Mais c'est lui qui, début novembre, a dit : "Elle a du mal à s'intégrer dans une équipe"...
Moi, je ne l'ai pas entendu.
Qu'avez-vous décidé pour les élections régionales ?
J'irai là où on estimera que je suis le plus utile pour mon parti.
Propos recueillis par Jean-François Achilli et Françoise Fressoz
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samedi, 14 novembre 2009
Communiqué du Bureau du Président Chirac.

Bureau du Président Jacques Chirac
Paris, le 12 novembre 2009
COMMUNIQUÉ
A la suite des déclarations de M. Charles PASQUA, le Bureau du Président CHIRAC tient simplement à rappeler les faits.
S’agissant de la question relative à l’Angola, le Président CHIRAC a récemment déclaré qu’il était favorable à la levée du secret défense, si cela était utile au bon déroulement de la procédure en cours.
S’agissant de la question sans aucun rapport de la libération des pilotes français détenus en otages dans les Balkans, le Bureau du Président Jacques CHIRAC tient à souligner que dès octobre - novembre 2001, à la fois par écrit et lors d’une audition du Directeur de Cabinet du Président de la République, la justice a été dûment informée des conditions de l’attribution de l’Ordre du Mérite à une personne ayant œuvré à la libération de ces pilotes, comme du remboursement des frais engagés à cette occasion.
Ces informations ont d’ailleurs été, à l’époque, largement commentées par la Presse (1).
Point de révélation, donc, derrière les propos de M. Charles PASQUA.
(1)Le Monde 25-26 novembre 2001, le Parisien 8 décembre 2001
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dimanche, 08 novembre 2009
Eau : non-assistance à planète en danger.
Par Danielle Mitterrand,
Présidente de la Fondation France Libertés
Tribune publiée dans Le Monde,
le 07 novembre 2009.
L'eau reste la première cause de mortalité dans le monde et tue 34 000 personnes chaque jour. L'actualité internationale nous montre que les guerres de l'eau sont aujourd'hui une réalité. Qu'attendons-nous pour faire de l'accès à l'eau un droit inaliénable ?
Que devient la mobilisation politique et sociale qu'appelait de ses voeux Mme Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie, le 23 mars, à l'issue du dernier Forum mondial de l'eau à Istanbul ? Au lieu de cela, l'Etat français a signé le 15 octobre un partenariat pour l'organisation du prochain Forum mondial de l'eau à Marseille en mars 2012, avec ceux-là mêmes qui ont refusé, à Istanbul, de faire de l'accès à l'eau un droit.
La France laisse aux mains d'un Conseil mondial de l'eau - présidé par ceux dont la raison d'être est de faire de l'accès à l'eau une source de profit - l'avenir de l'eau dans le monde ! Il faut en effet rappeler ici que la présidence et la vice-présidence du Conseil mondial de l'eau sont assurées depuis 2005 par des dirigeants des deux multinationales françaises de l'eau, de l'environnement et de l'énergie.
Au lieu de cela, le gouvernement français continue de croire que, face au problème urgent que constitue le droit à l'accès à l'eau, les multinationales sont la solution. Peut-on attendre des sociétés dont l'objectif est de faire du profit, et qui y réussissent brillamment, qu'elles puissent régler la question de la gouvernance et du partage équitable de la ressource ?
Accès pour tous
En treize ans, le Conseil mondial de l'eau a favorisé la construction de plusieurs milliers de barrages et d'autres infrastructures très coûteuses. Dans le même temps, qu'a-t-il fait pour régler les conflits liés à l'eau entre Israël et les territoires palestiniens, entre le Soudan, l'Ethiopie et l'Egypte, entre la Turquie, la Syrie, l'Iran et l'Irak, entre le Tibet et la Chine ?
Nous demandons que soit instaurée une gouvernance publique internationale pour la gestion et l'accès à l'eau pour tous ; que la conférence de Copenhague reconnaisse la nécessité et l'urgence d'un pacte mondial pour l'eau ; que la conférence de Copenhague entérine la création d'une organisation de régulation et de coopération internationale et indépendante, l'Autorité mondiale de l'eau, représentant notamment la société civile, les ONG, les associations de consommateurs, les associations environnementales, sociales et citoyennes.
Par l'intermédiaire de ses multinationales, la France a une lourde responsabilité dans l'appropriation par le secteur privé de la conduite de la politique mondiale de l'eau. Aujourd'hui, j'invite toutes celles et ceux qui, comme nous, s'indignent de la mainmise des marchands d'eau sur un bien commun de l'humanité à signer l'appel "Tous porteurs d'eau".
A Copenhague, nous avons la possibilité et le devoir de faire entendre un autre discours. Ne rien faire serait refuser de porter assistance à humanité en danger.
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samedi, 07 novembre 2009
Impôts locaux à Paris : les contrevérités de Delanoë.
Par Christine Lagarde,
Ministre de l'Economie, de l'Emploi et de l'Industrie,
et 15 élus UMP de Paris.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 07 novembre 2009.
Les contribuables parisiens, qui doivent s'acquitter de leurs feuilles d'impôts locaux, ont une bien mauvaise surprise. Qu'on en juge : pour les propriétaires, la taxe foncière augmente en moyenne de 30 % par rapport à l'année dernière. Quant à la taxe d'habitation, dont le montant a été notifié en octobre, la hausse moyenne est de l'ordre de 9 %. Et ce n'est pas fini. Le maire de Paris a d'ores et déjà promis pour l'année 2010 une hausse de même importance. Ainsi, avec l'évolution prévisible des bases d'imposition et l'inflation, la hausse moyenne des impôts locaux approchera les 25 % en deux ans ! Record historique, toutes catégories.
Si le maire de Paris est contraint de frapper aussi lourdement, c'est en raison du dérapage incontrôlé depuis 2001 du train de vie de la Mairie de Paris. À l'arrivée de Delanoë, celle-ci comptait un peu moins de 40 000 agents. Huit ans plus tard, ils sont plus de 50 000. Les dépenses de personnel ont augmenté de 45,7 % et l'endettement de la ville et du département a quasiment doublé. Quant aux dépenses de communication, elles ont augmenté de 62 %… Pour tenter de masquer ces dures réalités, dans le dernier numéro du journal À Paris, diffusé à tous les foyers parisiens aux frais du contribuable, le maire de Paris, préfaçant un dossier «fiscalité», écrit : «Trois principes nous guident dans cette démarche : rationalité et exigence dans notre gestion, justice fiscale et transparence.» Parlons-en ! Le maire de Paris affirme que pendant huit ans les taux des impôts locaux sont restés stables. C'est faux. Plusieurs impôts ont augmenté : la taxe de balayage (+ 11 %), la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (+ 18 %), la taxe de séjour (de 3 à 40 % selon les cas), pour ne prendre que ces trois exemples.
«Conformément à ce que nous avions annoncé publiquement avant les dernières élections municipales, nous appliquons pour cette nouvelle mandature une hausse maîtrisée des impôts, strictement limitée aux deux premières années. Autrement dit, c'est à une nouvelle stabilité fiscale que je m'engage devant vous» (sic !) M. Delanoë est sans doute le seul à pouvoir considérer qu'une augmentation en une seule année de 30 % de la taxe foncière et de 9 % de la taxe d'habitation relève d'une bonne maîtrise de cette évolution. Quant à la stabilité sur laquelle il s'engage, rappelons que les taux d'imposition parisiens ont atteint cette année leur plus haut niveau historique.
La très forte hausse de la taxe foncière s'explique par la création d'une nouvelle taxe foncière départementale qui aurait pour objet de faire disparaître, toujours selon M. Delanoë, «une profonde injustice fiscale». Rappelons que Paris est la seule ville de France à être à la fois commune et département.
Par ailleurs, le maire de Paris prétend que cette taxe foncière ne frappe que les propriétaires et exempte les locataires. C'est oublier que les propriétaires occupants sont nombreux à Paris et que tous les locataires connaîtront rapidement la répercussion sur leur loyer des hausses subies par les propriétaires. Pour justifier toutes ces hausses, le maire de Paris, inventeur de la double peine fiscale, évoque régulièrement une dette de l'État dont le montant, fluctuant depuis plusieurs mois, serait aux dernières nouvelles de 312 millions d'euros. Malgré nos questions précises, aucun élément n'est venu étayer une telle somme. À l'inverse, nous constatons que les concours de l'État ont augmenté de 25 % entre 2001 et 2008, alors que durant la même période l'inflation était de 14,7 %.
On le voit, malgré tous les efforts de son abondante communication, le maire de Paris ne parvient pas à justifier de telles hausses. Mais le plus inquiétant, c'est qu'il n'entend en rien modifier sa politique et le rythme des dépenses de la collectivité parisienne. «Poursuivre et amplifier une politique sociale parmi les plus dynamiques de France», nous dit-il ! Si l'on comprend bien, il s'agit de dépenser toujours plus et de ne rien réduire du train de vie de l'Hôtel de Ville : le contribuable paiera…
Élus UMP à Paris, nous concevons notre action en termes d'opposition constructive. En décembre dernier, lors du vote du budget 2009, nous avions proposé de ramener l'augmentation moyenne des impôts de 9 à 4,5 %, preuve tangible de notre sens des responsabilités. Le maire de Paris a bien entendu fait rejeter par sa majorité notre proposition. Mais, on le voit bien, avec des hausses d'une telle brutalité, les Parisiens, déjà touchés par le coût de la vie très supérieur à Paris que dans le reste de la France, n'admettront pas une hausse supplémentaire d'un impact comparable pour l'année prochaine. Que tous les contribuables parisiens se manifestent et se joignent à nous pour exiger que le maire de Paris renonce en 2010 au matraquage fiscal supplémentaire déjà annoncé.
(1) Signataires : Jean-François Lamour, président du groupe UMPPA au Conseil de Paris et député de Paris ; Pierre Lellouche, secrétaire d'État chargé des Affaires européennes et conseiller de Paris ; Jean Tiberi, député maire du Ve arrondissement de Paris ; Rachida Dati, députée européenne et maire du VIIe arrondissement de Paris ; Claude Goasguen, ancien ministre, député maire du XVIe arrondissement de Paris ; Bernard Debré, député de Paris et conseiller de Paris du XVIe arrondissement ; Françoise de Panafieu, députée de Paris et conseillère de Paris du XVIIe arrondissement ; Catherine Dumas, sénatrice de Paris et conseillère de Paris du XVIIe arrondissement ; Jean-François Legaret, maire du Ier arrondissement de Paris et président de la commission des finances du Conseil de Paris ; Jean-Pierre Lecoq, maire du VIe arrondissement de Paris ; François Lebel, maire du VIIIe arrondissement de Paris ; Brigitte Kuster, maire de XVIIe arrondissement de Paris ; Laurence Douvin, 1re vice-présidente du groupe UMPPA au Conseil de Paris ; Jean-Jacques Giannesini, vice-président du groupe UMPPA au Conseil de Paris.
17:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, delanoë, ps, verts, modem, nc, pc
jeudi, 05 novembre 2009
Jacques Chirac : «J'irai m'expliquer avec sérénité»
Entretien avec le Président Jacques Chirac, publié dans Le Figaro,
le 05 Novembre 2009.
LE FIGARO. - Vous êtes renvoyé devant la justice dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Comment vivez-vous cette épreuve ?
Jacques CHIRAC. - La juge Xavière Simeoni a estimé devoir me renvoyer devant le tribunal correctionnel. J'ai pris acte de sa décision, même si je conteste son analyse. J'irai donc m'expliquer sur les 21 emplois qui restent en débat. Je rappelle d'ailleurs qu'au départ, près de 500 emplois ont été examinés par la justice, et qu'on a parlé d'un véritable «système». Aujourd'hui, on constate bien qu'il n'en est rien. Je n'ai rien à me reprocher. J'irai donc m'expliquer en personne, avec sérénité et détermination, pour que la vérité soit établie. Je le dois aux Français, qui m'ont accordé leur confiance.
Regrettez-vous que le parquet n'ait pas fait appel de la décision de la juge d'instruction ?
Non. Je souhaite pouvoir établir rapidement la réalité des faits et que cette page soit définitivement tournée.
Comment allez-vous vous préparer à ce procès ?
Tranquillement. Je dirai la vérité, ce que je sais, ce que je pense.
Que répondez-vous à Charles Pasqua qui vous demande de faire la lumière sur les conditions d'attribution de l'Ordre national du Mérite à Arcadi Gaydamak ?
Strictement rien. Je n'ai pas un souvenir très précis de cette affaire. Si Charles Pasqua pense aujourd'hui qu'il y a une utilité quelconque à lever le secret défense, ce n'est certainement pas moi qui m'y opposerai.
Que pensez-vous du procès Clearstream ?
Ne comptez pas sur moi pour commenter une procédure en cours. La seule chose que j'ai à dire dans cette affaire c'est que je n'ai naturellement donné aucune instruction. En revanche, je veux rappeler les consignes très strictes que j'ai toujours données à mes gouvernements successifs pour la moralisation des marchés internationaux et la lutte contre les réseaux mafieux.
Le procureur a requis dix-huit mois avec sursis contre votre ancien premier ministre Dominique de Villepin. Qu'en pensez-vous ?
Je vous le répète, je ne fais pas de commentaires sur une procédure en cours. Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai pour Dominique de Villepin beaucoup d'estime et d'amitié.
Dans votre livre, vous évoquez des aspects très personnels de votre vie, notamment, pour la première fois, la maladie de votre fille Laurence.
Pour tout dire, j'ai hésité avant d'écrire ce livre. Mais je me suis dit qu'il ne pouvait avoir de valeur que si je disais toute la vérité, toute ma vérité, telle que je la ressentais, telle que je l'avais vécue. Sinon, l'exercice aurait été hypocrite ou inutile. Et les épreuves font partie de la vie.
Quel jugement portez-vous sur les présidents de la Ve République ?
Il est difficile de porter un jugement sur des hommes qui ont joué un rôle éminent dans l'Histoire de notre pays. J'ai, comme tous les Français, une profonde admiration pour le général de Gaulle, pour son rôle historique. Georges Pompidou est pour moi, en quelque sorte, un père spirituel pour lequel j'éprouve de l'admiration, du respect et une réelle affection. Il aura poursuivi l'œuvre du Général de Gaulle, tout en permettant à notre pays de se moderniser en profondeur.
Vous êtes sévère envers Valéry Giscard d'Estaing, dont vous avez été le premier ministre de 1974 à 1976.
Il n'est un secret pour personne que nos relations n'étaient pas marquées par un excès d'affection. Elles se sont ensuite dégradées, notamment en raison du rôle négatif d'un homme, Michel Poniatowski, qui ne supportait pas l'idée que quelqu'un d'autre que lui puisse avoir une influence sur le président. Mais au-delà des questions de personnes, c'est sur le fond et sur les choix de politique gouvernementale que nous nous sommes séparés.
Avez-vous lu son livre, La princesse et le président ?
Il est sur mon bureau justement…
Votre regard sur François Mitterrand est beaucoup plus clément.
C'était un homme d'une grande culture, d'une grande intelligence. J'ai bien sûr combattu ses idées et son action. Parfois même de façon assez dure. Mais on peut parfaitement reconnaître les qualités humaines et personnelles d'un adversaire politique. Comme beaucoup de Français, j'ai pour François Mitterrand de l'estime.
Comment expliquez-vous votre défaite à la présidentielle de 1988 face à lui ?
Mitterrand a été meilleur. Il a su rassembler davantage. A cette époque, les Français ont eu un besoin de gauche. C'est la démocratie.
Entre 1988 et 1995, avez-vous douté que vous seriez un jour élu président de la République ?
Ca a l'air très prétentieux, mais non, je n'ai pas douté. Tout simplement parce qu'il n'est pas dans ma nature de douter. Quand j'ai un objectif, je fais toujours le maximum pour l'atteindre.
Quel jugement portez-vous à mi-mandat sur la présidence de Nicolas Sarkozy ?
Je me suis fixé une règle à laquelle je ne déroge pas. Je ne fais jamais de commentaire sur mon successeur. C'est l'idée que je me fais de nos institutions.
Vous écrivez : «j'avais confiance en Édouard Balladur». Avez-vous été surpris qu'il soit candidat à la présidentielle de 1995 ?
Il y a eu entre Édouard Balladur et moi un certain malentendu. Un malentendu de bonne foi, comme on dit ! Je pensais qu'il existait entre nous un accord : il se consacrerait entièrement à la conduite du gouvernement tandis que je me préparerais à l'échéance présidentielle et à l'élaboration d'un projet pour la France. C'est ce que j'avais compris. J'avais dû me tromper… C'est la vie.
Vous dites que vous n'avez pas eu d'explication «d'homme à homme» avec lui. Le regrettez-vous ?
L'occasion ne s'est pas présentée. Je ne l'ai pas recherchée et pour dire la vérité, lui non plus. Mais je n'ai aucune hostilité à son égard.
Faut-il faire évoluer la Constitution de la Ve République ?
Les Constitutions, comme toutes les règles, ne sont jamais idéales. Au total, cette Constitution, inspirée par la volonté et la pensée du général de Gaulle, a été et est la mieux adaptée au tempérament des Français et à la situation de la France. A force de toujours vouloir améliorer les choses, on finit par les détériorer. La Constitution est une bonne Constitution, et il serait à la fois maladroit et dangereux de la «tripoter».
Donc vous n'êtes pas favorable à une évolution vers un régime présidentiel comme l'a proposé Jean-Pierre Raffarin ?
Je ne crois pas que le régime présidentiel s'impose. Nous avons aujourd'hui un système adapté, souple. Nous serions bien inspiré de ne pas vouloir trop le modifier. Les avantages l'emportent de beaucoup sur les inconvénients.
Dans votre livre, vous évoquez l'hospitalité de Saddam Hussein qui vous reçoit «à bras ouverts» à Bagdad en 1974 alors que vous étiez premier ministre. Quand vous êtes-vous rendu compte de sa dérive vers un régime dictatorial ?
Je l'ai rencontré quand j'étais premier ministre, et qu'il était chef d'État. Nos deux pays entretenaient des relations diplomatiques. Au départ, l'homme avait des qualités et, aux yeux de beaucoup, il symbolisait une vision moderne et laïque dans cette partie du monde. Il a changé assez rapidement et s'est affirmé chez lui un côté tyrannique que personne n'avait soupçonné.
Vous condamnez pourtant son exécution.
Oui. Je suis contre la peine de mort. Quoi qu'il arrive. Personne n'est fondé à exécuter un de ses semblables. C'est une question de principe.
Quel a été le plus grand moment de votre carrière ministérielle ?
Sans doute Mai 68. Il y a eu là un moment d'effervescence nationale, forte et vivifiante comme le peuple français en a le secret parfois. Tout le monde a été pris au dépourvu. J'étais alors secrétaire d'État à l'Emploi et à ce titre, j'ai pris part aux négociations. J'ai notamment rencontré dans le plus grand secret Henri Krasucki au nom de la CGT. On a beaucoup glosé sur le fait que j'y étais allé armé d'un revolver. C'était une période de grande agitation et j'avais intérêt à être armé. Non pas à l'égard de Krasucki, bien entendu, mais compte tenu du climat de tension extrême.
Au cours de votre carrière, on vous a souvent accusé d'être versatile. Quelle est votre ligne directrice ?
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. On peut changer d'avis lorsque la situation change. Plus sérieusement ma ligne directrice, c'est une certaine idée de la France, une certaine idée des Français. Et je m'inscris en cela dans le droit fil de la tradition gaulliste. Se battre pour la grandeur et l'indépendance de la France. Et dans le domaine intérieur, préserver et renforcer notre cohésion sociale et nationale.
Comment vivez-vous votre retraite de la vie publique ?
Très bien. Vous le savez, j'ai un tempérament actif. Je m'occupe de l'action de ma Fondation qui s'investit dans les domaines de l'accès à l'eau, la déforestation, la lutte contre les faux médicaments qui sont une «plaie d'Égypte», et la sauvegarde des langues et des cultures menacées. Demain, seront remis les premiers prix de ma Fondation pour la prévention des conflits. Je suis très assidu au Conseil constitutionnel qui est remarquablement présidé par Jean-Louis Debré. Je rencontre de nombreuses personnalités françaises ou étrangères, avec lesquelles j'ai noué des relations amicales. Et je travaille à la rédaction du deuxième tome de mes Mémoires.
Quand paraîtra ce tome 2 ?
Pas avant un an. Je viens juste de commencer à y travailler.
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