mardi, 12 février 2008
Borloo : "Mes projets pour les futurs lignes TGV."
Entretien publié dans Le Figaro
du 13 février 2008.
Le ministre dévoile les futures transversales à grande vitesse. Elles créeront un axe Espagne-France-Italie.
Après le «Grenelle de l'environnement», Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, de l'Aménagement et du Développement durables, s'exprime sur les grands projets d'infrastructures.
LE FIGARO. Le «Grenelle de l'environnement» a acté la création de quelque 2 000 kilomètres de lignes à grande vitesse. Où en est-on ?
Jean-Louis BORLOO. Le «Grenelle» avance. Après sept années d'enlisement, nous lançons l'appel d'offres pour la ligne Tours-Bordeaux. Cela représente un investissement de 7 milliards d'euros que nous engageons avec les régions Centre, Aquitaine, Poitou-Charentes et Midi-Pyrénées. C'est une avancée considérable pour aller ensuite vers Toulouse et Narbonne. De même, on prolonge les lignes entre Le Mans et Rennes, Baudrecourt et Strasbourg, ainsi que le contournement de Nîmes et Montpellier. Mais ce n'est qu'un début, nous lançons les études pour les lignes transversales : entre Nantes et Lyon en passant par Nevers, entre Toulouse et Narbonne, Nîmes et Perpignan. Ces lignes seront complétées par une radiale vers Clermont-Ferrand. Nous relions ainsi la France, l'Espagne et l'Italie et organisons la grande traversée est-ouest par le sud. Sans oublier le centre de la France.
Ces très gros investissements ne servent que les voyageurs ?
Bien au contraire. Ils libèrent les sillons classiques pour le fret. Car l'objectif, c'est bien de faire diminuer considérablement le trafic des camions notamment étrangers. Une étude entre Nîmes et Montpellier montre que quatre camions sur cinq sont étrangers. Nous voulons avec les transporteurs routiers organiser les transferts route-rail sur les grandes distances.
En Ile-de-France, les investissements d'infrastructure sont très en retard pour le fameux Grand Paris ?
L'aménagement de l'Ile-de-France est aussi une de mes priorités. Je viens de donner mon accord à son président pour le financement du tramway entre Montfermeil et Clichy-sous-Bois (150 millions d'euros, moitié État moitié Région) et pour une liaison en transport public entre Massy et Évry (400 millions d'euros). Par ailleurs, 20 millions d'euros toujours partagés entre l'État et la Région vont être immédiatement débloqués pour améliorer cinquante lignes de bus de la périphérie parisienne.
Ne faut-il pas être plus ambitieux ?
Nous engageons une grande concertation entre l'État, la Région et les communes. Ce qui me semble aujourd'hui le plus urgent et ce qu'attendent les Franciliens, c'est avant tout concrétiser et mettre en œuvre les projets dont ils ont besoin tout en poursuivant la réflexion sur les institutions.
Ces projets n'empêchent pas la poursuite des travaux autoroutiers à Strasbourg ou aéroportuaires à Nantes. Pour les ONG, vous reprenez d'une main ce que vous donnez de l'autre.
Ces projets étaient déjà engagés depuis longtemps et nécessaires. Mais ils se font aujourd'hui en concertation avec les acteurs locaux, et les nouveaux projets s'inscrivent pleinement dans les priorités du «Grenelle».
En matière de téléphonie mobile ou de haut débit, la France a une couverture très inégalitaire.
C'est bien l'un des enjeux importants de l'aménagement du territoire que je veux défendre. Ce sont près de sept cents communes qui sont oubliées de la téléphonie mobile et quasiment autant qui n'ont pas accès au haut débit. Quant au très haut débit mobile (UMTS), c'est environ 30 % du territoire qui n'est pas couvert ! Pour le téléphone, nous allons régler cela dans l'année. Je veux trouver un accord avec les opérateurs. Cela représente un investissement d'environ quatorze millions d'euros.
Et pour le haut débit mobile ?
Nous allons demander d'utiliser les canaux hertziens libérés par la progression de la télévision numérique. Nous avons besoin d'affecter une partie de la bande entre 700 et 900 mégahertz pour aboutir à ces résultats et couvrir la France.
Comment contraindre des opérateurs à investir dans des zones jugées non rentables ?
Il faut bien encourager les réseaux d'initiative publique. Mais je veux que nous menions une réflexion pour que ces services soient délivrés à tous les Français au titre du service public universel. Comme l'eau, l'électricité ! Cela oblige l'État, les collectivités et les opérateurs à couvrir le territoire avec un coût identique pour tous les usagers. Nous allons porter cette question au niveau européen dans le cadre de la présidence française.
Propos recueillis par Marielle Court pour Le Figaro.
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samedi, 03 novembre 2007
"Grenelle de l'environnement", un pas de géant pour la France.
Par Nicolas Hulot, Président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 3 novembre 2007.
Le « Grenelle » est passé. Les choses sérieuses commencent, tout au moins pour ceux qui vont avoir la mise en oeuvre de ce qui a été acté. L'écologie est entrée dans l'âge de raison. Finie la sous-traitance sur un sujet si complexe. Désormais chacun est convié à apporter sa contribution et à prendre sa part de résolution face à l'équation basique du développement durable : comment conjuguer la croissance économique avec la rareté établie ou annoncée de certaines ressources et l'obli-gation d'une économie décarbonnée ?
Qui eût cru possible que Greenpeace ou le Medef puissent se parler et avancer sur ces sujets, il y a encore quelques mois ? Que la FNSEA puisse valider un gel des OGM, qu'un président de droite puisse être aussi offensif sur un thème considéré il y a peu comme archaïque et obscurantiste dans son propre camp ? Que les partenaires sociaux puissent être aussi constructifs qu'ils l'ont été dans ce « Grenelle » ? Qu'un numéro deux du gouvernement puisse systématiquement déplacer le curseur vers l'impératif écologique, quand les discussions achoppaient pendant la négociation ? Tout cela est totalement inespéré et, désormais, il y aura un avant et un après.
Une dynamique est en route dans tous les secteurs de notre société, seule l'incertitude sur son ampleur et sa cadence demeure. Les transports et le logement ont été les sujets les plus ambitieusement traités au « Grenelle ». Les avancées sur la gouvernance sont aussi essentielles. Si une grande réforme fiscale se profile pour basculer une partie de la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique et environnementale, une étape cruciale sera encore franchie.
Pour être objectif et repartir à la tâche, nous avons été faibles sur la biodiversité, l'agriculture, les déchets et l'éducation. La biodiversité recycle quelques engagements déjà pris et non réalisés et est en retrait de beaucoup d'accords internationaux. Seule la trame verte, si elle est opposable, sera une mesure très structurante. Sur l'agriculture : le bio, le labellisé dans les cantines scolaires est une excellente initiative. Sur les OGM appliquons à la lettre le principe de précaution et décidons ensuite. Pour les pesticides et autres substances nocives et dangereuses, il faut aller plus vite. Mais le débat de fond n'a pu avoir lieu. Notre mode de production est-il le seul compatible avec les exigences alimentaires et économiques ? Je crois qu'entre le productivisme et le bio, il y a des pistes qui ne sont pas suffisamment explorées, comme l'agriculture durable. La question de notre dépendance chronique au maïs et à son complément le soja pour l'alimentation du bétail n'est pas encore posée. Y a-t-il d'autres voies moins gourmandes en eau, en énergie et en intrans ? Sans tabous ni provocations, il faudra bien à un moment ou à un autre mettre les choses à plat. Les réponses peuvent agréablement nous surprendre.
Sur les déchets, on s'est trop intéressé à l'aval (incinérateurs ou tri). La norme, la réglementation, l'économie de fonctionnalité doivent s'attaquer au flux et à l'amont. Enfin l'éducation, sujet sur lequel il est convenu de remettre la main à l'ouvrage. Il faut être beaucoup plus ambitieux que les simples classes vertes. Et surtout que les corps d'État, les grandes administrations soient eux aussi obligatoirement imprégnés de la dimension du développement durable.
Enfin, si le « Grenelle » a donné lieu, dans les médias, mais aussi dans la société, à des débats politiques, économiques et technologiques, il y a une dimension qui a été totalement esquivée : c'est la dimension éthique et spirituelle. À nouveau nos intellectuels, tout au moins ceux qui ont pignon dans les médias (à l'exception de quelques convaincus fidèles), ont méprisé et ignoré ce rendez-vous critique de notre et de nos sociétés.
Pourtant, c'était l'occasion d'une remise en question de certaines valeurs ou fausses valeurs, qui nous ont conduits au seuil de l'impasse. Aucune question sur l'obsolescence ou sur les deux principes qui nous enivrent : les principes technologique et économique. Le premier « tout ce que l'on rêve d'avoir, on peut le faire », le second « tout ce que l'on rêve d'avoir, on peut l'avoir ». Pas de prospective, ni d'analyse sur la trajectoire de notre civilisation. Pas de doute exprimé sur notre culture matérialiste, sur « la profusion des moyens et la dispersion des intentions » évoquées par Einstein. Rien qui puisse servir à étayer un nouveau modèle social et économique. Rien sur de nouveaux indicateurs comme, pourquoi pas, le BIB, le bien-être intérieur brut... Comme si ces sujets étaient pour certains une compromission insupportable, ou plus simplement comme si le statut d'intellectuel immunisait contre les désordres annoncés.
Dommage, car l'esprit du « pacte écologique » s'est incarné dans le « Grenelle » pour mutualiser toutes les intelligences et les expériences. Seules celles labellisées ou certifiées intellectuelles ont fait défaut. Leur rôle est essentiel, qu'ils s'emparent enfin du sujet.
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mardi, 16 octobre 2007
Le visage humain du changement climatique.
Par Kofi Annan, président du Forum humanitaire mondial, à Genève. Secrétaire général des Nations unies de 1997 à 2006, co-lauréat, avec l'ONU, du prix Nobel de la Paix en 2001.
Tribune publiée dasn Le Figaro,
le 16 octobre 2007.
Ces derniers mois, la prise de conscience générale des risques associés au changement climatique a évolué d'une façon radicale. Aujourd'hui rares sont ceux qui osent contester le fait que le changement climatique représente, pour le présent comme pour l'avenir, un énorme défi humain. Même si de grands progrès pouvaient être réalisés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il faut garder à l'esprit que les régimes climatiques ont déjà subi des modifications, que les températures moyennes mondiales ont déjà augmenté et, surtout, que le changement climatique coûte déjà un grand nombre de vies humaines.
Trop longtemps, le changement climatique a été perçu comme un problème du futur et du domaine exclusif de quelques ministères ou institutions. Cela doit changer !
Nous devons développer nos connaissances sur la façon dont les communautés les plus vulnérables peuvent se protéger et s'adapter, et réfléchir aux différents types d'aide globale nécessaires. Comment des millions de personnes en Afrique et en Asie s'adapteront-elles aux changements intervenus dans le cycle de la mousson ? Comment les pauvres feront-ils face à des sécheresses et à des inondations plus fréquentes et plus intenses ? Comment les plus vulnérables au sein de nos communautés survivront-ils à des vagues de chaleur de plus en plus fortes et à des tempêtes tropicales de plus en plus violentes ? Comment pouvons-nous désamorcer les tensions susceptibles de s'exacerber avec l'aggravation des pénuries de nourriture et d'eau ? Quelles sont les implications sur la sécurité des déplacements massifs de populations annoncés par de nombreux experts ? Faut-il, dès à présent, commencer à identifier des terres plus sûres pour les populations côtières et insulaires ? Comment les récents progrès dans l'agriculture et la collecte de l'eau peuvent-ils être mis à la portée de ceux qui en ont le plus besoin ? Que doit faire la communauté humanitaire pour obtenir l'aide de tous les secteurs afin de relever ces défis ? Qui paiera la facture ? Ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses questions que nous nous posons aujourd'hui.
S'adapter aux conséquences du changement climatique signifie aussi renforcer la capacité de résilience des communautés exposées aux risques. Atteindre cet objectif exige des efforts et des compétences dans les secteurs allant du développement économique à la réduction des risques, en passant par les secours d'urgence et par des investissements privés. La coordination des efforts au niveau mondial, régional et local sera donc nécessaire pour trouver des solutions pratiques.
Cependant, pour arriver à ce but, il y a un coût. Il est par conséquent très important que les communautés du monde entier mobilisent les ressources humaines et financières nécessaires.
Demain, mercredi 17 octobre, je lancerai le Forum humanitaire mondial à Genève. Sa mission est de promouvoir le dialogue et les partenariats pour renforcer la capacité de la communauté internationale à faire face aux défis humanitaires actuels et futurs. Le Forum encouragera vivement toutes les actions efficaces prises pour protéger les personnes les plus vulnérables et ayant le plus besoin d'aide.
Dans un premier temps, le Forum portera son attention principalement sur les conséquences humanitaires du changement climatique. Il s'efforcera d'être une plate-forme impartiale et inclusive où les décideurs pourront briser les barrières actuelles qui limitent les actions d'adaptation et où ces derniers pourront travailler ensemble à la recherche de solutions. Le Forum sera un lieu où les scientifiques et les économistes pourront rencontrer les responsables des communautés qui essaient déjà de s'adapter à un climat en plein changement. Il sera également un lieu où nous pourrons mieux exploiter le potentiel de la communauté des affaires pour le bien commun.
Les résultats du Forum contribueront aux négociations à venir sur le futur régime du changement climatique, dont l'adaptation sera une partie importante et intégrale. Le Forum cherche à devenir un catalyseur de l'action et à accélérer le soutien aux communautés les plus exposées aux risques climatiques. La portée du changement climatique et son impact sur les communautés humaines exigent une collaboration sans précédent. Il faut agir maintenant.
09:25 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecologie, Nobel, politique, UMP, SARKOZY, PS, VERTS
vendredi, 12 octobre 2007
Al Gore et le GIEC, Prix Nobel de la paix.
Le prix Nobel de la paix a été attribué vendredi à l'ancien vice-président américain Al Gore et au panel de l'ONU sur le climat (Giec) pour leurs efforts visant à accroître les connaissances sur le changement climatique, a annoncé le comité Nobel norvégien.
Le prix leur est conjointement décerné "pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l'homme et pour avoir posé les fondements pour les mesures nécessaires à la lutte contre ces changements", a déclaré à Oslo le président du comité Nobel norvégien, Ole Danbolt Mjoes. Une récompense saluée par le président du Giec, Rajendra Pachauri, pour qui l'attribution du prix Nobel de la paix devrait permettre de créer un "sentiment d'urgence" face au réchauffement climatique.
Al Gore est le réalisateur d'un documentaire "Une vérité qui dérange" qui a été récompensé par deux Oscars.
14:05 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecologie, Nobel, politique, UMP, SARKOZY, PS, VERTS
lundi, 08 octobre 2007
Bill Clinton : "Le monde sait que l’Amérique vaut mieux que la guerre d’Irak"
Interview réalisée par Marie-Laure Germon et Stéphane Marchand
et publiée dans Le Figaro, le 8 octobre 2007.
L’ancien président des États-Unis vient de passer par Paris pour y faire la promotion de son dernier livre «Donner: comment chacun de nous peut changer le monde» (Odile Jacob). Dans une interview exclusive au «Figaro», il parle de ses nouvelles missions planétaires, des États-Unis, de la campagne présidentielle et des changements qui s’annoncent.
LE FIGARO. – La guerre d’Irak est devenue un abcès de fixation comme le monde n’en a pas connu depuis la fin de la guerre froide. À votre avis, la réputation de l’Amérique a-t-elle déjà, dans le passé, été aussi dégradée qu’aujourd’hui ?
Bill CLINTON. – Nous étions très mal vus pendant la guerre du Vietnam. À l’époque, j’étais jeune et je me disais : l’Amérique se trompe, mais elle reste un bon pays qui veut combattre ses ennemis sans poursuivre des objectifs coloniaux. Le monde était divisé en deux camps. C’était une bataille mondiale entre le totalitarisme et les forces de la liberté. La situation créée actuellement par notre présence en Irak est radicalement différente et ses effets sont bien pires parce que nous vivons dans un monde complètement interdépendant. Aucun pays, pas même l’Amérique, ne peut résoudre seul un problème difficile. Il n’y aura que des solutions coopératives, dessinées ensemble, tout particulièrement contre le terrorisme. Avant et après le 11 Septembre, tous les gens qui ont été arrêtés pour avoir planifié des attaques contre les États-Unis l’ont été par des étrangers, dans d’autres pays travaillant avec nous: police, armée, renseignement, experts financiers. C’est une métaphore de ce qui marche dans le monde moderne. Si nous sommes dans une telle difficulté aujourd’hui dans une grande partie du monde, c’est à cause de l’Irak, bien sûr, mais pas seulement. C’est l’unilatéralisme des États-Unis qui est en cause. Sur le réchauffement climatique, la prolifération, l’arrêt des essais nucléaires…
Pourquoi George Bush a-t-il pris cette voie ?
L’Administration Bush croyait qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait, qu’elle coopérerait uniquement quand il le faudrait. Alors qu’à mon sens – et c’est la posture traditionnelle des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale – il faut faire le contraire: coopérer à chaque fois que c’est possible et agir seul uniquement quand il le faut. Tout pays a le droit de défendre ses propres intérêts mais à condition de respecter une sorte de consensus sur la direction générale que doit prendre le monde.
Pensez-vous que, si Hillary Clinton, votre femme, est élue présidente l’année prochaine, l’image de l’Amérique dans le monde s’en trouvera automatiquement améliorée ?
Oui, et je crois que ce sera très rapide. Vous savez, il y a des gens qui aiment détester l’Amérique, mais la plupart sont simplement en désaccord avec les politiques menées. Et quand le président Bush a été réélu, le monde entier y a vu un soutien aux visions mondiales du président et cela les a irrités. Mais si nous montrons que nous sommes prêts à nous désengager des rôles de combat de première ligne, sans abandonner les Kurdes et sans prendre le risque de voir éclater un conflit entre l’Irak et la Turquie, si nous prenons à bras-le-corps le réchauffement climatique, si nous retournons dans le processus de non-prolifération, si nous revenons au respect du droit international et de la convention de Genève, alors le ressentiment à notre encontre s’estompera vite. Parce qu’à la vérité, dans le même temps, les citoyens américains sont partout où il y a besoin d’aide. En Indonésie, après le tsunami, la popularité des États-Unis a fait un bond extraordinaire suite à nos interventions humanitaires.
Vous venez d’écrire Donner (Odile Jacob) un livre sur le don et la générosité individuelle. À la tête de la Fondation Clinton, vous êtes devenu un expert en ce domaine. Dites-nous où, dans le monde, se trouvent les peuples les plus généreux. Y a-t-il des pays plus généreux que d’autres ?
Dans un grand pays, la société doit posséder trois caractéristiques. Il faut une économie prospère. Après tout, la meilleure protection sociale, c’est quand tout le monde a un job. Il faut aussi un bon gouvernement, qui prend en charge tout ce dont le marché ne peut pas s’occuper, et puis une société civile vibrante avec des ONG pour faire en sorte que personne ne soit oublié, que personne ne passe à travers les mailles du système.
Les pays libéraux sont-ils plus généreux que les pays plus étatiques ?
Dans les pays possédant soit un État faible, soit une économie faible, soit les deux, il faudrait que la société civile soit plus forte mais comprenez-moi bien : je ne prêche absolument pas pour que la société civile se substitue au gouvernement. Regardez l’Europe du Nord. Ce sont des pays qui fournissent une aide publique au développement considérable, mais quand le tsunami a frappé, ils ont aussi été très généreux en contributions privées. Ce n’est pas un jeu à somme nulle. L’un peut entraîner l’autre. Le gouvernement est là pour faciliter l’acheminement de l’aide privée. J’ai découvert un système formidable aux Pays-Bas : la loterie du code postal. Tous les habitants du code postal gagnant touchent quelque chose, la loterie canalisant une partie des gains vers les pays en développement. Cette loterie me donne beaucoup d’argent et me permet de lutter contre le sida et le réchauffement climatique dans quarante-six villes sur les cinq continents.
La France est un pays qui a une grande tradition d’aide publique mais où l’aide privée cale parfois. Qu’en pensez-vous ?
La taxe sur les billets d’avion créée par Jacques Chirac est une bonne idée pour tenter de régler les problèmes de santé dans les pays pauvres. Avec cette taxe, via Unitaid, nous achetons des médicaments. Il y a cinq ans, 500.000 enfants mourraient chaque année du sida. Hormis au Brésil et en Thaïlande, 10.000 enfants seulement à travers le monde recevaient des médicaments gratuits. J’ai demandé l’aide de mes amis Chris et Jamie Cooper-Hohn qui ont une fondation pour les enfants alimentée automatiquement à hauteur de 1% des capitaux de leur fonds d’investissement. Grâce à eux, on est passé à 20.000 enfants. Quand les Français ont créé Unitaid, la taxe aérienne nous a permis d’alimenter 100.000 enfants en médicaments. C’est un système hybride public-privé qui fonctionne remarquablement.
Les ONG se rapprochent de votre fondation pour que votre célébrité serve de multiplicateur financier. Comment sélectionnez-vous ?
Vous savez, nous sommes des prestataires de services directs, et franchement la qualité de mes équipes compte plus que ma notoriété. Ce sont les pays qui nous sélectionnent. Si un pays me demande d’intervenir, nous l’aidons à développer un programme de lutte contre le sida. Nous formons son personnel, nous aidons à trouver les médicaments les moins chers. Nous fournissons cette prestation à vingt-cinq pays et nous vendons des médicaments dans soixante et onze pays. Et parce que c’est hybride, ça marche plus vite, ça coûte moins cher et il y a moins de frais fixes que dans la plupart des programmes gouvernementaux.
Pour encourager la générosité, qu’est-ce qui est le plus efficace, la religion, la fiscalité ?
C’est sûr qu’une déduction fiscale des contributions peut aider mais l’essentiel, c’est la conviction morale. Les gens qui ne donnent pas, c’est parce qu’ils ne se sentent pas tenus de le faire, que personne ne leur a expliqué ou qu’ils ne pensent pas que donner puisse changer grand-chose. Ma mission, c’est de les convaincre du contraire, leur dire que nous sommes devenus une machine à donner très efficace. Mais les gens donnent aussi s’ils consomment de manière différente, s’ils respectent l’environnement.
Les Américains sont généreux, mais l’Amérique en tant que pays est particulièrement pingre en ce qui concerne l’aide publique au développement. Comment expliquez-vous ce contraste ?
C’est très préoccupant. J’y vois trois raisons. D’abord, les Américains ne connaissent pas la vérité. Ils croient que le pays dépense 10% en aide extérieure et qu’on devrait se contenter de 5%, alors que le vrai chiffre est 1%! Cette ignorance empêchait que ce sujet devienne un thème de campagne et personne ne risquait de perdre une élection pour son avarice vis-à-vis du monde. Mais ceci est en train de changer. Cette élection présidentielle est la première de ma vie où une large partie de nos concitoyens va voter pour celui ou celle qui sera jugé le plus à même de restaurer notre stature internationale, de nous faire revenir dans le concert des nations. Dans le cœur de l’Amérique profonde, même des gens qui n’ont jamais possédé de passeport sont inquiets de la réputation de leur pays. À tout le moins, nous devons payer notre part des dépenses de développement de l’ONU.
Cela fait quinze ans que l’Amérique promet de faire plus.
Pendant la guerre froide, il y a eu une sorte d’accord tacite entre les États-Unis, l’Europe et le Japon : les premiers payaient plus en dépenses militaires pour fournir un parapluie de sécurité et les deux autres se concentraient sur l’aide au développement, et ça a bien marché. Quand le mur de Berlin est tombé et que nos dépenses militaires ont commencé à baisser, nous aurions dû accroître notre aide au développement. Mais en 1994, le Congrès républicain n’était pas intéressé.
Les bons démocrates contre les mauvais républicains ?
Pas du tout… Écoutez ça : quand le président Bush est arrivé à la Maison-Blanche, les Églises chrétiennes ont commencé à demander plus d’argent pour le sida, la malaria et la tuberculose. Et l’Afrique en a beaucoup profité. Notre popularité est énorme dans les dix pays où le président Bush, avec la Fondation Gates, avec la Fondation Clinton, a facilité l’envoi d’une aide médicale contre la malaria et le sida. Pour ces gens, l’Amérique ne se résume pas à la guerre d’Irak. Elle vaut bien mieux que ça. Elle incarne la possibilité très concrète d’envoyer leurs enfants à l’école et d’envisager qu’ils puissent avoir un avenir.
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jeudi, 27 septembre 2007
Donner pour sauver la planète, le meilleur geste philanthropique.
Par S.A.S. Albert II de Monaco et Ted Turner, respectivement prince de Monaco et président de Turner Entreprises et président de United Nations Foundation.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 27 septembre 2007.
Le mot « philanthropie » signifie, selon ses racines grecques, « amour de l'humanité ». Nous avons personnellement la chance d'avoir les moyens d'être philanthropes et, pour nous, il n'y a pas de meilleure façon de pratiquer la générosité que de protéger les ressources de notre planète.
Il est aujourd'hui urgent de faire face au défi de la protection de la planète pendant qu'il en est encore temps. Nous voyons des possibilités d'action tous les jours. De plus en plus de personnes comprennent l'enjeu de ce défi et se mobilisent. Nous nous sommes donc engagés à créer une culture de responsabilité collective afin de protéger l'environnement.
Le diagnostic scientifique a été posé. Les rapports faits cette année par les plus grands chercheurs au monde réunis au sein du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont montré que l'impact humain sur l'environnement provoque incontestablement de graves conséquences pour la planète, comme le réchauffement climatique, l'épuisement des ressources naturelles et la diminution de la biodiversité. L'incidence d'événements climatiques extrêmes comme les canicules et les sécheresses s'accroît. C'est pourquoi nous avons le devoir d'alerter l'opinion publique sur les conséquences potentiellement catastrophiques du réchauffement climatique et nous pensons que tous les pays du monde doivent se mettre d'accord pour prendre des engagements sur le long terme afin de limiter la hausse de la température moyenne à la surface du globe à 2 degrés.
Avec nos fondations respectives, la Fondation des Nations unies et la Fondation prince Albert II de Monaco, nous soutenons le travail du Leadership mondial pour l'action en faveur du climat (Global Leadership for Climate Action - GLCA) (www.globalclimateaction.com), une coalition constituée de personnalités provenant du monde politique, du monde des affaires et de la société civile. Au début du mois de septembre, ce groupe a proposé un nouveau plan pour un accord sur le changement climatique, un plan simple mais visionnaire qui définit les voies à prendre pour parvenir à un accord. Les 11 recommandations du plan sont groupées sous quatre catégories. Chacune d'entre elles est réalisable sur le plan technologique, viable économiquement et réaliste politiquement.
Atténuation : même si les pays développés doivent être les premiers à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, des pays qui s'industrialisent rapidement comme la Chine et l'Inde peuvent à la fois réduire le réchauffement climatique et augmenter leur niveau de vie en diminuant leur intensité énergétique. Le plan du GLCA recommande que chaque pays s'engage selon son degré de développement et fixe un prix sur les émissions de gaz à effet de serre, selon un système harmonisé de taxes carbone ou un système d'échanges de permis d'émissions.
Adaptation : même si les efforts les plus ambitieux pour combattre le réchauffement climatique se trouvaient couronnés de succès, la température de la planète au XXIe siècle va néanmoins augmenter. Ironie particulièrement cruelle, les pays en voie de développement qui sont les moins responsables du changement climatique seront potentiellement les plus touchés et les moins à même d'y faire face. Le plan du GLCA appelle à un engagement majeur pour identifier et combattre les effets probables du changement climatique sur les pays pauvres, en soutenant financièrement le développement de technologies clés dans des domaines tels que le contrôle des inondations et les cultures résistantes à la sécheresse.
Technologies : des investissements dans la recherche en énergie et dans le développement ont été réalisés et nous devons travailler au déploiement de nouvelles sources d'énergie. Le plan du GLCA appelle à des investissements plus importants dans « la révolution des énergies propres » qui permettra d'apporter de nouvelles technologies aux pays en voie de développement et de continuer à rechercher de nouvelles solutions innovantes.
Financement : le coût d'affronter le changement climatique est moindre que celui de ne rien faire, mais ce n'est pas gratuit. C'est pourquoi il faut que les secteurs public, privé et non marchand travaillent ensemble. Le plan du GLCA évalue l'ampleur des investissements nécessaires à 10 milliards de dollars par an, investissements qui devraient croître jusqu'à 50 milliards par an. Les leaders du monde des affaires et du monde non marchand peuvent faire des investissements plus habiles, plus osés et même plus visionnaires que ne le peuvent les gouvernements nationaux.
Nous agissons ainsi en tant que philanthropes - par amour de l'humanité. De par nos engagements, nous espérons créer un cercle vertueux d'investissements dans des solutions qui à leur tour inspireront d'autres investisseurs.
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vendredi, 04 mai 2007
Le combat de Jacques CHIRAC pour la lutte contre le réchauffement climatique.
Communiqué de la Présidence de la République
Le Président de la République rappelle l'urgence et la nécessité de la mobilisation internationale en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique pour transmettre aux générations futures un environnement préservé.
Le Président de la République salue à cet égard l'adoption du troisième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) qui présente les mesures à prendre pour limiter le réchauffement climatique et en évalue le coût économique.
Les conclusions du rapport du GIEC permettent ainsi d'évaluer le "coût" des mesures à prendre pour lutter contre le réchauffement climatique, compris, selon les estimations, d'ici à 2050 entre -1% et 5% de la production mondiale brute, un coût non négligeable mais assurément bien inférieur à celui des conséquences qu'aurait le réchauffement climatique si ce phénomène n'était pas maîtrisé.
La France et l'Union européenne sont mobilisées. Le Conseil européen du 8 et 9 mars dernier a décidé une réduction des émissions de gaz à effet de serre pour l'Union européenne de 20% d'ici à 2020. Le Chef de l'Etat rappelle que la France respecte pleinement les engagements qu'elle a pris dans le cadre du protocole de Kyoto, notamment grâce à l'effort sans précédent réalisé depuis 2002 en faveur des économies d'énergie et des énergies renouvelables, et qu'elle prévoit de diviser ses émissions par quatre d'ici à 2050 conformément à la loi de juillet 2005 fixant les orientations de la politique énergétique.
Le Président de la République appelle la communauté internationale à s'engager résolument dans la négociation pour décider de l'avenir du Protocole de Kyoto et parvenir avant 2009 à un nouvel accord par lequel les grands pays émetteurs s'engageront à diviser par deux leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050 selon une répartition équitable entre pays industrialisés et émergents des efforts à réaliser.
Le Président de la République souhaite que l'expertise des panels d'experts indépendants puisse s'étendre à d'autres domaines, comme la protection de la biodiversité.
Le Président de la République rappelle enfin la nécessité de construire une gouvernance mondiale de l'environnement et de créer une Organisation des Nations unies pour l'Environnement, au service de la conscience écologique mondiale.
Sources: Présidence de la République.
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samedi, 03 février 2007
Jacques CHIRAC lance l'Appel de Paris en faveur de l'environnement.
"Nous, citoyens de tous les continents, responsables politiques, représentants d'organisations internationales ou non gouvernementales, scientifiques, chefs d'entreprises, nous lançons un appel solennel à une vaste mobilisation internationale contre la crise écologique et pour une croissance respectueuse de l'environnement.
1. Aujourd'hui, nous savons que l'humanité est en train de détruire, à une vitesse effrayante, les ressources et les équilibres qui ont permis son développement et qui déterminent son avenir. Nous prenons conscience que le devenir de la planète dans son ensemble est en jeu, que l'humanité tout entière est en cause dans son bien-être, dans sa santé, dans sa sécurité, et jusque dans sa survie.
Aujourd'hui, le temps est venu de la lucidité. Savoir reconnaître que nous sommes parvenus au seuil de l'irréversible, de l'irréparable. Admettre que nous ne pouvons plus nous permettre d'attendre, que chaque jour qui passe aggrave les risques et les dangers.
2. A Rio, à Johannesburg, à Montréal, à Kyoto, la communauté internationale s'est mobilisée. Mais il faut aller beaucoup plus loin : être plus efficaces, plus rapides, plus cohérents, plus ambitieux.
3. C'est pourquoi, conscients de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures, conscients du coût de l'inaction, nous nous engageons à mettre au centre de nos décisions et de nos choix, chacun dans notre domaine, la préoccupation de l'environnement. Nous nous engageons à prendre les mesures qui s'imposent pour conjurer des périls qui menacent la survie même de l'Humanité, en particulier celui du changement climatique, dont le dernier rapport du Groupe Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat démontre avec force la gravité.
4. Nous nous engageons à faire progresser la prise de conscience aux niveaux local, national et international. Pour promouvoir une éthique écologique, nous appelons à l'adoption d'une Déclaration universelle des droits et devoirs environnementaux. Cette charte commune garantira aux générations présentes et futures un nouveau droit de l'homme : le droit à un environnement sain et préservé.
5. Nous nous engageons à faire le choix d'une autre croissance, une croissance écologique, le choix d'une économie mise au service du développement durable et de la lutte contre la pauvreté. Tous les peuples de tous les continents doivent pouvoir accéder au niveau de vie auquel ils aspirent légitimement. Mais nous récusons un modèle fondé sur le gaspillage effréné des ressources naturelles et la pollution toujours plus grave de la planète.
Nous nous engageons à promouvoir le développement de technologies, de modes d'organisation et de comportements plus économes en énergie, en eau, en ressources naturelles et à intégrer les coûts liés à la préservation de l'environnement dans nos systèmes économiques.
6. Dans cette responsabilité collective, l'effort doit être équitablement partagé entre les pays les plus riches, les pays émergents et les pays les moins avancés. Les transferts technologiques et financiers doivent être amplifiés. Il faut concevoir et mettre en œuvre des mécanismes de financements innovants pour aider les pays les plus pauvres à s'adapter.
7. Nous tous ici présents, Citoyens de la Terre, nous appuyons les efforts des nations qui se mobilisent, dans un esprit de souveraineté partagée, pour renforcer la gouvernance internationale de l'environnement. Nous appelons à transformer le Programme des Nations Unies pour l'Environnement en une véritable Organisation internationale à composition universelle.
A l'image de l'Organisation mondiale de la santé, cette Organisation des Nations Unies pour l'Environnement sera une voix forte et reconnue dans le monde. Elle doit être un instrument pour évaluer les dommages écologiques et comprendre comment y remédier; un instrument efficace pour promouvoir les technologies et les comportements les plus respectueux des écosystèmes; un moyen pour soutenir la mise en œuvre des décisions environnementales à travers la planète.
8. Nous nous réjouissons de la proposition du Maroc d'accueillir la première réunion du groupe pionnier des "amis de l'Organisation des Nations Unies pour l'Environnement" qui rassemble déjà plus de 40 pays.
9. Nous appelons tous les Etats à rejoindre ce combat.
C'est notre responsabilité à tous.
Il en va de l'avenir de l'humanité."
Jacques CHIRAC
Président de la République française
Sources: Présidence de la République.
17:05 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Environnement, UMP, Diplomatie












































































