mercredi, 02 septembre 2009
«Oui à la taxe carbone, non à un impôt de plus»
Interview d'Alain Juppé,
ancien Premier ministre,
Maire UMP de Bordeaux.
Publiée dans le Figaro, le 02 septembre 2009.
LE FIGARO. - Approuvez-vous le principe de la création de la taxe carbone ?
Alain JUPPÉ. - Oui. Sur le principe, il faut évidemment aller dans cette direction. On ne peut pas en permanence expliquer aux Français qu'il faut lutter contre le réchauffement climatique, réduire les émissions de CO2 et ne pas s'en donner les moyens. Il y a là une urgence absolue et un souci de cohérence. Mais il y a le principe et les modalités. Et comme souvent, le diable est dans les détails.
La taxe carbone est-elle le bon moyen pour atteindre l'objectif ?
Je me suis longtemps interrogé sur les techniques fiscales. Il faut définir une assiette fiscale. Taxer l'énergie fossile est le moyen le plus facile. L'assiette, c'est la consommation de combustible fossile, c'est-à-dire le charbon, le pétrole et le gaz. C'est là qu'on se rend compte qu'il s'agit en réalité d'une taxe sur le gaz et sur l'essence.
Les socialistes, Ségolène Royal en tête, dénoncent un impôt «injuste et inefficace».
C'est une attitude que je ne comprends pas. Je trouve curieux, après avoir signé les engagements du pacte écologique de Nicolas Hulot pendant la campagne présidentielle, que Ségolène Royal change à ce point de convictions. En réalité, la réforme peut être juste et efficace si on prend soin d'en préciser les modalités.
Comment faire pour pénaliser le moins possible les Français, notamment ceux qui vivent loin des centres-villes et n'ont pas d'autre choix que d'utiliser leur véhicule ?
Il y a deux conditions à remplir pour que la réforme soit juste. La première est que ça ne doit pas être une taxe de plus. Il s'agit bien, dans mon esprit, de rebattre les cartes de notre fiscalité pour modifier les comportements des consommateurs. Sur ce point, le projet est encore un peu flou. On nous dit que ce ne sera pas un impôt de plus, on aimerait en avoir la démonstration concrète. La deuxième condition tient à la répartition entre les Français. L'objectif est qu'ils se détournent des modes de consommation d'énergie les plus polluants. Cela implique qu'on développe des solutions alternatives en termes de transports collectifs et de véhicule propre. Je regrette qu'un effort massif n'ait pas été fait pour développer la voiture électrique.
Pour compenser la taxe carbone, quelle piste faut-il privilégier ? Le chèque vert ? Ou la baisse de la CSG comme l'envisage le gouvernement ?
Je n'ai pas de point de vue arrêté sur cette question très technique. Il ne faut pas que ce soit un impôt de plus. Le plus simple serait de choisir la baisse d'un impôt existant et qui touche tout le monde. Mais si l'on veut garder un effet d'incitation, la compensation ne doit pas être totale.
Redoutez-vous un recul du gouvernement sous la pression de tous les opposants au système et d'une partie de l'opinion ?
J'espère bien qu'il ne reculera pas. Le gouvernement est sage en partant d'assez bas, c'est-à-dire en retenant la base de 15 euros la tonne de CO2 émise alors que la commission Rocard avait recommandé le double. La montée en puissance, année après année, devra se faire au fur et à mesure que des solutions alternatives seront proposées aux Français.
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mercredi, 08 juillet 2009
Réchauffement climatique : faire face !
Par Tony Blair, ancien premier ministre britannique.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 07 juillet 2009.
Le 9 juillet, les dirigeants des principaux pays développés se réunissent à L'Aquila en Italie dans le cadre du Forum des grandes économies (MEF) pour y préparer un nouvel accord sur le réchauffement climatique qui devrait être signé dans six mois à Copenhague. La réunion du MEF intervient donc à un moment crucial. La plupart des chefs d'État ou de gouvernement qui y participent se sont déjà rencontrés en avril pour réagir à la crise économique. Ils s'étaient alors engagés à faire «tout ce qui est nécessaire». Il faudrait que le même esprit de décision les anime lors de leur rencontre à L'Aquila.
Il semble qu'il y ait une énorme bonne volonté en ce sens. La nouvelle Administration américaine est favorable à des mesures fortes sur le plan intérieur. La Chine se fixe des objectifs ambitieux en terme d'économie d'énergie et procède à des investissements massifs dans les énergies renouvelables. L'Inde a dressé son propre plan d'action et l'Europe s'est fixée comme objectif d'atteindre en 2020 un niveau d'émission inférieur de 30 % à celui de 1990 s'il y a un accord mondial suffisamment ambitieux. Le Japon a publié ses propres propositions en matière de réduction des émissions de carbone. À travers le monde, les engagements se font de plus en plus nombreux.
Mais il reste des difficultés pratiques. On voudrait qu'en 2050, après un pic qui devrait être atteint avant 2020, la totalité des émissions de la planète soit inférieure de moitié à ce qu'elle était en 1990. Or les émissions de l'ensemble des pays en développement sont inférieures à celles du monde développé et, à court terme, il faudrait qu'elles restent à la hausse de manière à maintenir la croissance économique et réduire la pauvreté. Il a donc été proposé qu'en 2050 les pays développés aient abaissé leurs émissions d'au moins 80 % par rapport à 1990, avec une mise en œuvre des principales mesures en ce sens lors de la prochaine décennie.
Les pays en développement devront aussi assumer leur part de responsabilité en réduisant leurs émissions et en faisant que leur pic soit atteint au cours des prochaines décennies. Pour les USA, leur engagement signifierait de réduire leurs émissions à environ un dixième de leur niveau actuel par habitant et pour la Chine cela signifierait de créer un nouveau modèle de développement à faible émission de carbone. Pour tous les pays, il s'agit d'un défi majeur - une révolution qui implique un énorme changement de cap.
L'aspect positif, c'est que si on se fixe des objectifs clairs, concrets et réalisables, quel que soit exactement l'objectif intermédiaire, on pourra aboutir à des réductions importantes des émissions qui permettront à la communauté internationale de concevoir une approche radicalement nouvelle dans un laps de temps réaliste. Un nouveau rapport du projet «Breaking the Climate Deadlock» montre qu'il est possible de parvenir à des réductions drastiques déjà à l'horizon 2020 si nous concentrons notre action sur certaines technologies clés, si nous mettons en œuvre des mesures dont l'efficacité est avérée, et si nous investissons dès maintenant dans le développement de technologies du futur qui nécessiteront du temps pour parvenir à maturité.
Il est possible de parvenir à 70 % des réductions prévues pour 2020 en investissant dans trois domaines : l'augmentation du rendement énergétique, la réduction de la déforestation et l'utilisation de sources d'énergie à faible émission de carbone (notamment l'énergie nucléaire et les énergies renouvelables). La simple mise en œuvre de sept mesures parfaitement efficaces permettrait d'y parvenir : des normes pour les énergies renouvelables (par exemple en ce qui concerne le rachat de l'électricité produite par des entreprises ou des particuliers), des mesures concernant le rendement des industries, des normes dans le domaine de la construction, des normes de rendement appliquées aux véhicules, des normes en ce qui concerne les émissions lors du cycle thermodynamique du carburant, des normes concernant les outils ménagers et des mesures pour réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation de la forêt (REDD).
Toutes ces mesures ont déjà été appliquées avec succès dans plusieurs pays un peu partout dans le monde, mais il faut leur donner plus d'envergure. Si le système de plafonnement et d'échange des droits d'émission et la taxation des émissions peuvent inciter les entreprises à investir dans des technologies à faible émission au moins à court terme, ces sept mesures (accompagnées d'investissements publics avec l'implication directe des États) sont nécessaires pour parvenir aux objectifs fixés.
À long terme, il faudra aussi mettre en œuvre des technologies tels que la capture et le stockage du carbone (CCS), recourir davantage à l'énergie nucléaire et à de nouvelles générations de systèmes de production d'énergie solaire et développer des technologies dont nous ignorons encore le potentiel ou même l'existence. Dans la perspective de Copenhague, il faut que des décisions d'investissement soient prises dès maintenant pour en récolter les bénéfices au moment opportun.
La Chine et l'Inde vont construire des nouvelles centrales électriques, indispensables pour poursuivre l'industrialisation qui va tirer des centaines de millions de personnes hors de la pauvreté. La grande majorité de ces centrales fonctionneront au charbon, c'est là une réalité. Aussi pour parvenir aux objectifs fixés pour 2050, il est essentiel de développer la technologie CCS ou une technologie alternative qui pourrait faire du charbon une énergie propre. Mais c'est maintenant qu'il faut investir - suffisamment et dans le cadre d'une collaboration mondiale - de manière à ce qu'en 2020 nous puissions étendre la technologie CCS ou en déployer une autre.
La renaissance de l'énergie nucléaire suppose une forte augmentation du nombre de scientifiques, de techniciens et d'ingénieurs. Il faudra transformer les infrastructures pour les adapter aux véhicules électriques. Un réseau intelligent de distribution électrique permettrait une réduction importante des émissions, mais il y faudra toute une planification. Ces mesures prendront du temps, mais c'est maintenant qu'il faut investir. À court terme, l'utilisation d'un éclairage à basse énergie et l'emploi de moteurs industriels à rendement élevé devraient relever de l'évidence, pourtant nous y recourons bien moins que ce qui serait possible.
Nous savons ce qu'il faut faire et nous avons les outils pour cela. Les dirigeants politiques qui se réunissent dans le cadre du MEF peuvent adopter en confiance les objectifs intermédiaires et à long terme que recommande la communauté scientifique : maintenir le réchauffement à moins de 2 °C, atteindre le pic d'émission lors de la prochaine décennie et parvenir en 2050 à une diminution des émissions d'au moins 50 % par rapport à leur niveau de 1990.
Les pays développés peuvent s'engager à réduire à cette date leurs émissions de 80 %, ainsi que beaucoup l'ont déjà fait, et apporter le financement et l'aide technique voulus aux pays en développement pour soutenir leur effort. Grâce à cette aide, les pays en développement devront à leur tour concevoir et appliquer un «plan de croissance à faible émission de carbone» qui leur permettra de diminuer leurs émissions et d'atteindre leur pic. Avec ces engagements, les dirigeants politiques qui se rencontreront à L'Aquila (leurs pays représentent à eux tous plus des trois-quarts des émissions totales) établiront une base solide pour le succès de Copenhague.
Entre L'Aquila et Copenhague, il y aura sans doute des discussions difficiles sur les objectifs intermédiaires pour les pays développés. Ces objectifs sont certes importants, mais la priorité est de parvenir à un accord sur les mesures qui mettront l'humanité sur la voie d'un avenir à faible émission de carbone.
Depuis des années, on a, à juste titre, voulu persuader la population qu'il fallait avoir la volonté de réagir face au réchauffement climatique. Les dirigeants politiques, en prise avec ce problème crucial alors que l'on est en pleine crise économique, doivent savoir qu'il y a une issue. C'est seulement en combinant la volonté populaire et la volonté des dirigeants que l'on réussira. Heureusement il existe une solution - elle constitue un énorme défi, mais elle est réalisable.
(Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz)
© Project Syndicate, 2009. www.project-syndicate.org
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mardi, 07 juillet 2009
Jacques Chirac : « Soyez fiers d'être africains ! »
Interview de Jacques Chirac, ancien Président de la République.
Entretien publié dans Jeune Afrique,
le 07 juillet 2009.
Jeune Afrique : Quels résultats attendez-vous de l’action de votre fondation ?
Jacques Chirac : Ma fondation a une ambition : servir la paix et le développement. Elle œuvre aussi à une prise de conscience mondiale des problèmes de l’Afrique.
Tout ce qui touche au développement de l’agriculture est essentiel. Il faut d’abord donner à manger aux hommes. Pour les nourrir, il faut produire et, pour produire, il faut une agriculture. Donc promouvoir l’autosuffisance alimentaire dans un maximum de pays. Cela implique en particulier de soutenir les exploitations familiales. La communauté internationale doit faire preuve d’un peu de générosité en matière de lutte contre la désertification et la déforestation, d’accès à l’eau ou à des médicaments de qualité. C’est ce but que poursuit, modestement, la fondation.
Y a-t-il, chez les dirigeants africains, une prise de conscience du défi écologique ?
Je pense qu’une majorité d’entre eux, chacun l’exprimant à sa manière, a acquis une conscience écologique. Au Burkina Faso, à Madagascar, un certain nombre d’initiatives ont été prises. Le Kenya, par exemple, a interdit les sacs plastique. Au Maroc, la princesse Lalla Meryem s’est engagée dans ce domaine. C’est une calamité, ces sacs en plastique !
Que pensez-vous de l’engagement africain de Barack Obama ?
Le plus grand bien. On dit parfois que les États-Unis ont tendance à se replier sur eux-mêmes et à ne pas tenir compte des réalités qui s’expriment ailleurs. Les déclarations et les prises de position du président Obama me paraissent extrêmement intéressantes pour faire connaître l’Afrique aux Américains.
Vous avez tenu à assister aux obsèques d’Omar Bongo. Sa disparition marque-t-elle la fin de la Françafrique ?
Je ne le crois pas. Il y a, entre la France et l’Afrique, un lien historique et psychologique profond. Et ce lien n’est pas susceptible d’être remis en cause par la disparition de tel ou tel responsable. Naturellement, le président Bongo incarnait ce lien, d’une certaine façon. Mais enfin, il y en a bien d’autres, à commencer par Denis Sassou Nguesso ou Abdou Diouf.
Quel bilan tirez-vous de vos douze années de politique africaine à l’Élysée ?
Je regrette que l’on n’en ait pas fait plus. On s’est laissé un peu prendre par les exigences du moment, l’aide au développement n’a pas été suffisamment accrue. Une espèce d’égoïsme, dont nous avons tous été responsables, a consisté à considérer que l’aide à l’Afrique était secondaire. Mon regret est de ne pas avoir entraîné les Européens à en faire davantage.
Et aujourd’hui ?
La solidarité s’impose. Je ne peux que constater avec tristesse la baisse de l’aide au développement. C’est injuste et scandaleux. L’aide n’est pas une aumône. C’est une exigence légitime d’équilibre du monde.
L’Union pour la Méditerranée voulue par Nicolas Sarkozy est-elle viable ou s’agit-il d’une coquille vide ?
C’est un principe sérieux et une entité viable. Il faut maintenant remplir cette coquille.
Vous aviez promis de soumettre à référendum l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’UE. Pensez-vous que vos successeurs honoreront cette promesse ?
Il ne m’appartient pas de parler au nom de mes successeurs. Mais je pense qu’il est légitime, à partir du moment où le problème politique se pose, d’interroger les Européens, et en particulier les Français, sur cette question.
Le conflit israélo-palestinien menace-t-il la paix mondiale ?
Je ne le crois pas. Je suis un optimiste. On ne peut pas imaginer qu’il y ait en permanence une situation de guerre entre les Palestiniens et les Israéliens. Israël a droit à son territoire, à sa patrie, et les Palestiniens ont droit aux leurs.
Quel message aimeriez-vous adresser aux Africains ?
Un message de respect. Ils ne doivent pas oublier qu’ils ont été, au fond, les premiers. L’homme africain a été le premier homme civilisé. Il ne faut jamais oublier la perspective historique. Les Africains doivent être fiers d’eux-mêmes. Soyez fiers d’être africains. Le monde a besoin de l’Afrique.
Et l’Afrique, a-t-elle encore besoin de vous ?
(Rires). Inch’Allah !
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vendredi, 26 juin 2009
Développement durable en Méditerranée.
Par Elisabeth Guigou et Alain Juppé.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 25 juin 2009.
Dans ce monde plein d'incertitudes, il y a des évolutions évidentes : le développement durable et la croissance verte constituent l'une de ces évidences, car nul ne peut réfuter l'idée du réchauffement climatique ni celle du nécessaire recours à la croissance verte.
L'autre évidence est la future accession des pays arabes méditerranéens au rang des pays émergents. Le Financial Times titrait «The time of the Mediterranean» : après l'émergence de la Chine dans les années 1990, l'émergence des pays d'Amérique latine en 2000, le moment est venu de voir les pays arabes méditerranéens accélérer leur développement. Mais quel développement ? Nous partageons une intime conviction : le développement durable en Méditerranée permettra de transformer en excellence trois peurs communes aux deux rives :
La peur du réchauffement climatique. Une étude réalisée en 2008 pour l'Ipemed (Institut de prospective économique sur le monde méditerranéen) confirme que le réchauffement climatique sera particulièrement cruel en Méditerranée du Sud et du Nord : + 3° à + 4° d'ici à 2050, la montée des eaux de + 50 cm associés à des anomalies climatiques à répétition. Dans un tel contexte, les gouvernements des pays du Nord, comme ceux du Sud, ne peuvent que préconiser une économie décarbonée. C'est une question de survie.
La peur de l'après-pétrole. Dans quarante à cinquante ans, les ressources naturelles en pétrole et en gaz des pays de la rive sud déclineront sérieusement. Comme ceux du Nord, ces pays sont donc condamnés à opérer dès maintenant les reconversions énergétiques qui s'imposent vers les énergies renouvelables et le développement durable.
La peur de sombrer dans le déclin historique. Le monde multipolaire qui se dessine, privilégie actuellement les États américains et ceux d'Asie de l'Est. Dès lors les 500 millions d'Européens et les 400 millions d'Arabo-musulmans proches de la Méditerranée n'ont d'autre issue que de s'associer pour créer eux aussi une grande «région Nord-Sud» susceptible de soutenir la comparaison et, mieux, de devenir un laboratoire du développement durable à inventer.
Ces trois peurs ont été exprimées le 13 juillet 2008 par les 44 chefs d'État de l'Europe et de la Méditerranée réunis à Paris pour lancer l'Union pour la Méditerranée.
Au-delà, la crise financière actuelle renforce elle-même l'impératif de développement durable. En effet, chacun sait que les motivations économiques (le coût de dégradation de l'environnement qui risque de réduire très fortement notre croissance «normale» ; la volatilité des coûts des énergies fossiles, la mise en place de la taxe carbone, si elle est confirmée) sont souvent plus stimulantes que les exhortations morales.
Ce n'est pas un hasard si, après l'interruption diplomatique consécutive à la guerre de Gaza en décembre 2008, les négociations sur les projets de l'UPM (Union pour la Méditerranée) reprennent à Paris le 25 juin rassemblant les ministres de l'Environnement de tous les pays européens et des pays riverains de la Méditerranée. L'Union pour la Méditerranée n'a pas d'autres choix que de promouvoir, à travers les énergies renouvelables, l'eau, l'agriculture, l'habitat et les transports, des formes originales qui permettront au pays du Sud de sauter une étape et aux pays de la rive nord d'être les modèles de la croissance verte. Les élections européennes nous encouragent à emprunter cette voie.
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jeudi, 23 octobre 2008
Ecologie-économie, même combat
Par Nathalie Kosciusko-Morizet,
Secrétaire d'Etat à l'écologie, secrétaire général adjoint de l'UMP.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 23 octobre 2008.
L'horizon de nos sociétés et celui de l'écologie sont longs. Or, cette crise, qui nous dévore, risque de nous rendre aveugles, si nous ne parvenons pas à sortir des enchaînements de court terme dans lesquels les financiers nous ont égarés. Les urgences ne doivent rien effacer.
Cette crise est le résultat de l'action de tous ceux qui ont couru après des gains excessifs, qui n'ont eu de cesse de proclamer la recherche de rendements excessifs. Il fallait gagner, amasser le plus vite possible, au meilleur prix... Il va falloir changer les horloges. Retrouver une conjugaison nouvelle entre justice sociale et progrès. Nous poser la question des équilibres indispensables à notre survie. C'est le moment de nous projeter vers le futur. De l'imaginer. De le construire.
L'actualité a bousculé tous les calendriers. Il faut donc se tenir à distance du bruit et de la fureur, et bien regarder, dans le labyrinthe des prochains mois, le chemin à parcourir. Avec le Grenelle de l'environnement, le président de la République a inscrit pour longtemps une méthode et des résultats inattendus. Aucun gouvernement n'a jamais engagé une révolution écologique aussi profonde et tranquille. Ce projet peut-il être interrompu ? La loi, qui vient d'être votée en première lecture à l'Assemblée nationale, révèle trop d'enjeux et illustre trop de débats pour qu'il puisse être mis fin à ce travail. Le président de la République a toujours tenu le cap.
Mais c'est l'instant de tous les dangers. Nombreux sont encore ceux qui seraient prêts à tout remettre en cause. J'entends déjà les colporteurs de vieilles lunes qui se poussent du col : Comment imaginer mettre 1 liard sur un avenir dont on ne sait rien ? Pourquoi entretenir ces peurs dont la réalité est si controversée ? Faisons confiance aux ressorts du bon vieux progrès technique ! Ceux-là imaginent que les écologistes ne sont que des bobos et que ces politiques ne valent que par grand beau temps. Erreur.
D'abord, il y a deux ou trois choses qu'il ne faut pas oublier. Dans ces moments d'affolement, ceux qui de l'accessoire ont voulu faire le principal nous pousseraient bien à commettre un deuxième péché de vanité en écartant l'essentiel : l'éthique de nos comportements. L'écologie contient en elle-même une dimension éthique non contestable, elle proclame l'urgence climatique et environnementale qui sont autant d'exigences et de nécessités politiques de nos sociétés contemporaines.
Fort de ce constat d'évidence, désormais, le Grenelle ajoute une tout autre dimension en additionnant économie et écologie. Nous ne sommes plus dans les années 1980 : l'écologie n'est plus cette imprécation marginale, la croissance verte n'est pas un slogan... Nous avons changé de monde.
Nous faisons le pari d'une économie nouvelle qui sait que l'environnement est un investissement, l'instrument de notre compétitivité. D'ici à 2020, les seuls investissements du Grenelle représenteront 400 milliards d'euros. Nous faisons le pari d'une responsabilité partagée : le bonus-malus y contribue, les engagements des industriels aussi. Cette approche qualitative est à l'origine d'un gain potentiel de croissance que nous évaluons à 0,8 %, à une augmentation de valeur ajoutée nationale de 15 milliards d'euros, qui représente 500 000 emplois !
Mais, nous avons aussi l'ardente obligation de dégager des avantages comparatifs nouveaux, durabilité, qualité, au risque d'un monde qui épuise ses ressources énergétiques. De plus, que de marchés nouveaux qui intéressent désormais les pays développés et émergents et dont les pays en développement ne doivent pas être écartés. Rien ne sera donc utile à qui oubliera d'offrir aux urgences des réponses de long terme. Sur notre planète qui change trop vite, le siècle prochain s'écrit aujourd'hui et dans les jours qui viennent. Pour se sauver tout de suite, il faut voir loin.
Or la crise économique et la crise écologique témoignent des mêmes erreurs. Et réclament des corrections semblables. Elles appellent de la régulation, plus de régulation... Nous demandons depuis des années la création d'une organisation mondiale de l'environnement qui s'empare du débat sur la surproduction, la surconsommation...
Ces deux crises peuvent se résoudre du même mouvement. Pour cela, il faut que nous sachions pourquoi nous produisons et surtout comment. L'écologie recèle ici quelques réponses. Elle se nourrit de prospectives, de prévisions techniques sur l'utilisation des matières premières ou des hydrocarbures... Elle a pour motif de débusquer les vrais besoins de notre société : eau, déchets, transports, habitat, alimentation... Elle a pour ambition de ne jamais ignorer l'impact dans notre vie quotidienne de tous nos actes sur notre santé...
Ces deux crises ne sont pas étrangères l'une de l'autre. Ni concurrentes dans les solutions à y apporter. Elles se croisent et appellent des réponses communes : moins de "court-termisme", plus d'horizon durable, moins de produits virtuels, plus d'investissements pour satisfaire nos vrais besoins. Nous ne pouvons accepter un monde qui se construit autour de l'éphémère ou de l'irréel. Nous nous battons pour un monde nouveau solide, juste, dont nous offrirons les clés demain à ceux qui nous suivront.
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mardi, 12 février 2008
Borloo : "Mes projets pour les futurs lignes TGV."
Entretien publié dans Le Figaro
du 13 février 2008.
Le ministre dévoile les futures transversales à grande vitesse. Elles créeront un axe Espagne-France-Italie.
Après le «Grenelle de l'environnement», Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, de l'Aménagement et du Développement durables, s'exprime sur les grands projets d'infrastructures.
LE FIGARO. Le «Grenelle de l'environnement» a acté la création de quelque 2 000 kilomètres de lignes à grande vitesse. Où en est-on ?
Jean-Louis BORLOO. Le «Grenelle» avance. Après sept années d'enlisement, nous lançons l'appel d'offres pour la ligne Tours-Bordeaux. Cela représente un investissement de 7 milliards d'euros que nous engageons avec les régions Centre, Aquitaine, Poitou-Charentes et Midi-Pyrénées. C'est une avancée considérable pour aller ensuite vers Toulouse et Narbonne. De même, on prolonge les lignes entre Le Mans et Rennes, Baudrecourt et Strasbourg, ainsi que le contournement de Nîmes et Montpellier. Mais ce n'est qu'un début, nous lançons les études pour les lignes transversales : entre Nantes et Lyon en passant par Nevers, entre Toulouse et Narbonne, Nîmes et Perpignan. Ces lignes seront complétées par une radiale vers Clermont-Ferrand. Nous relions ainsi la France, l'Espagne et l'Italie et organisons la grande traversée est-ouest par le sud. Sans oublier le centre de la France.
Ces très gros investissements ne servent que les voyageurs ?
Bien au contraire. Ils libèrent les sillons classiques pour le fret. Car l'objectif, c'est bien de faire diminuer considérablement le trafic des camions notamment étrangers. Une étude entre Nîmes et Montpellier montre que quatre camions sur cinq sont étrangers. Nous voulons avec les transporteurs routiers organiser les transferts route-rail sur les grandes distances.
En Ile-de-France, les investissements d'infrastructure sont très en retard pour le fameux Grand Paris ?
L'aménagement de l'Ile-de-France est aussi une de mes priorités. Je viens de donner mon accord à son président pour le financement du tramway entre Montfermeil et Clichy-sous-Bois (150 millions d'euros, moitié État moitié Région) et pour une liaison en transport public entre Massy et Évry (400 millions d'euros). Par ailleurs, 20 millions d'euros toujours partagés entre l'État et la Région vont être immédiatement débloqués pour améliorer cinquante lignes de bus de la périphérie parisienne.
Ne faut-il pas être plus ambitieux ?
Nous engageons une grande concertation entre l'État, la Région et les communes. Ce qui me semble aujourd'hui le plus urgent et ce qu'attendent les Franciliens, c'est avant tout concrétiser et mettre en œuvre les projets dont ils ont besoin tout en poursuivant la réflexion sur les institutions.
Ces projets n'empêchent pas la poursuite des travaux autoroutiers à Strasbourg ou aéroportuaires à Nantes. Pour les ONG, vous reprenez d'une main ce que vous donnez de l'autre.
Ces projets étaient déjà engagés depuis longtemps et nécessaires. Mais ils se font aujourd'hui en concertation avec les acteurs locaux, et les nouveaux projets s'inscrivent pleinement dans les priorités du «Grenelle».
En matière de téléphonie mobile ou de haut débit, la France a une couverture très inégalitaire.
C'est bien l'un des enjeux importants de l'aménagement du territoire que je veux défendre. Ce sont près de sept cents communes qui sont oubliées de la téléphonie mobile et quasiment autant qui n'ont pas accès au haut débit. Quant au très haut débit mobile (UMTS), c'est environ 30 % du territoire qui n'est pas couvert ! Pour le téléphone, nous allons régler cela dans l'année. Je veux trouver un accord avec les opérateurs. Cela représente un investissement d'environ quatorze millions d'euros.
Et pour le haut débit mobile ?
Nous allons demander d'utiliser les canaux hertziens libérés par la progression de la télévision numérique. Nous avons besoin d'affecter une partie de la bande entre 700 et 900 mégahertz pour aboutir à ces résultats et couvrir la France.
Comment contraindre des opérateurs à investir dans des zones jugées non rentables ?
Il faut bien encourager les réseaux d'initiative publique. Mais je veux que nous menions une réflexion pour que ces services soient délivrés à tous les Français au titre du service public universel. Comme l'eau, l'électricité ! Cela oblige l'État, les collectivités et les opérateurs à couvrir le territoire avec un coût identique pour tous les usagers. Nous allons porter cette question au niveau européen dans le cadre de la présidence française.
Propos recueillis par Marielle Court pour Le Figaro.
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samedi, 03 novembre 2007
"Grenelle de l'environnement", un pas de géant pour la France.
Par Nicolas Hulot, Président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 3 novembre 2007.
Le « Grenelle » est passé. Les choses sérieuses commencent, tout au moins pour ceux qui vont avoir la mise en oeuvre de ce qui a été acté. L'écologie est entrée dans l'âge de raison. Finie la sous-traitance sur un sujet si complexe. Désormais chacun est convié à apporter sa contribution et à prendre sa part de résolution face à l'équation basique du développement durable : comment conjuguer la croissance économique avec la rareté établie ou annoncée de certaines ressources et l'obli-gation d'une économie décarbonnée ?
Qui eût cru possible que Greenpeace ou le Medef puissent se parler et avancer sur ces sujets, il y a encore quelques mois ? Que la FNSEA puisse valider un gel des OGM, qu'un président de droite puisse être aussi offensif sur un thème considéré il y a peu comme archaïque et obscurantiste dans son propre camp ? Que les partenaires sociaux puissent être aussi constructifs qu'ils l'ont été dans ce « Grenelle » ? Qu'un numéro deux du gouvernement puisse systématiquement déplacer le curseur vers l'impératif écologique, quand les discussions achoppaient pendant la négociation ? Tout cela est totalement inespéré et, désormais, il y aura un avant et un après.
Une dynamique est en route dans tous les secteurs de notre société, seule l'incertitude sur son ampleur et sa cadence demeure. Les transports et le logement ont été les sujets les plus ambitieusement traités au « Grenelle ». Les avancées sur la gouvernance sont aussi essentielles. Si une grande réforme fiscale se profile pour basculer une partie de la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique et environnementale, une étape cruciale sera encore franchie.
Pour être objectif et repartir à la tâche, nous avons été faibles sur la biodiversité, l'agriculture, les déchets et l'éducation. La biodiversité recycle quelques engagements déjà pris et non réalisés et est en retrait de beaucoup d'accords internationaux. Seule la trame verte, si elle est opposable, sera une mesure très structurante. Sur l'agriculture : le bio, le labellisé dans les cantines scolaires est une excellente initiative. Sur les OGM appliquons à la lettre le principe de précaution et décidons ensuite. Pour les pesticides et autres substances nocives et dangereuses, il faut aller plus vite. Mais le débat de fond n'a pu avoir lieu. Notre mode de production est-il le seul compatible avec les exigences alimentaires et économiques ? Je crois qu'entre le productivisme et le bio, il y a des pistes qui ne sont pas suffisamment explorées, comme l'agriculture durable. La question de notre dépendance chronique au maïs et à son complément le soja pour l'alimentation du bétail n'est pas encore posée. Y a-t-il d'autres voies moins gourmandes en eau, en énergie et en intrans ? Sans tabous ni provocations, il faudra bien à un moment ou à un autre mettre les choses à plat. Les réponses peuvent agréablement nous surprendre.
Sur les déchets, on s'est trop intéressé à l'aval (incinérateurs ou tri). La norme, la réglementation, l'économie de fonctionnalité doivent s'attaquer au flux et à l'amont. Enfin l'éducation, sujet sur lequel il est convenu de remettre la main à l'ouvrage. Il faut être beaucoup plus ambitieux que les simples classes vertes. Et surtout que les corps d'État, les grandes administrations soient eux aussi obligatoirement imprégnés de la dimension du développement durable.
Enfin, si le « Grenelle » a donné lieu, dans les médias, mais aussi dans la société, à des débats politiques, économiques et technologiques, il y a une dimension qui a été totalement esquivée : c'est la dimension éthique et spirituelle. À nouveau nos intellectuels, tout au moins ceux qui ont pignon dans les médias (à l'exception de quelques convaincus fidèles), ont méprisé et ignoré ce rendez-vous critique de notre et de nos sociétés.
Pourtant, c'était l'occasion d'une remise en question de certaines valeurs ou fausses valeurs, qui nous ont conduits au seuil de l'impasse. Aucune question sur l'obsolescence ou sur les deux principes qui nous enivrent : les principes technologique et économique. Le premier « tout ce que l'on rêve d'avoir, on peut le faire », le second « tout ce que l'on rêve d'avoir, on peut l'avoir ». Pas de prospective, ni d'analyse sur la trajectoire de notre civilisation. Pas de doute exprimé sur notre culture matérialiste, sur « la profusion des moyens et la dispersion des intentions » évoquées par Einstein. Rien qui puisse servir à étayer un nouveau modèle social et économique. Rien sur de nouveaux indicateurs comme, pourquoi pas, le BIB, le bien-être intérieur brut... Comme si ces sujets étaient pour certains une compromission insupportable, ou plus simplement comme si le statut d'intellectuel immunisait contre les désordres annoncés.
Dommage, car l'esprit du « pacte écologique » s'est incarné dans le « Grenelle » pour mutualiser toutes les intelligences et les expériences. Seules celles labellisées ou certifiées intellectuelles ont fait défaut. Leur rôle est essentiel, qu'ils s'emparent enfin du sujet.
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mardi, 16 octobre 2007
Le visage humain du changement climatique.
Par Kofi Annan, président du Forum humanitaire mondial, à Genève. Secrétaire général des Nations unies de 1997 à 2006, co-lauréat, avec l'ONU, du prix Nobel de la Paix en 2001.
Tribune publiée dasn Le Figaro,
le 16 octobre 2007.
Ces derniers mois, la prise de conscience générale des risques associés au changement climatique a évolué d'une façon radicale. Aujourd'hui rares sont ceux qui osent contester le fait que le changement climatique représente, pour le présent comme pour l'avenir, un énorme défi humain. Même si de grands progrès pouvaient être réalisés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il faut garder à l'esprit que les régimes climatiques ont déjà subi des modifications, que les températures moyennes mondiales ont déjà augmenté et, surtout, que le changement climatique coûte déjà un grand nombre de vies humaines.
Trop longtemps, le changement climatique a été perçu comme un problème du futur et du domaine exclusif de quelques ministères ou institutions. Cela doit changer !
Nous devons développer nos connaissances sur la façon dont les communautés les plus vulnérables peuvent se protéger et s'adapter, et réfléchir aux différents types d'aide globale nécessaires. Comment des millions de personnes en Afrique et en Asie s'adapteront-elles aux changements intervenus dans le cycle de la mousson ? Comment les pauvres feront-ils face à des sécheresses et à des inondations plus fréquentes et plus intenses ? Comment les plus vulnérables au sein de nos communautés survivront-ils à des vagues de chaleur de plus en plus fortes et à des tempêtes tropicales de plus en plus violentes ? Comment pouvons-nous désamorcer les tensions susceptibles de s'exacerber avec l'aggravation des pénuries de nourriture et d'eau ? Quelles sont les implications sur la sécurité des déplacements massifs de populations annoncés par de nombreux experts ? Faut-il, dès à présent, commencer à identifier des terres plus sûres pour les populations côtières et insulaires ? Comment les récents progrès dans l'agriculture et la collecte de l'eau peuvent-ils être mis à la portée de ceux qui en ont le plus besoin ? Que doit faire la communauté humanitaire pour obtenir l'aide de tous les secteurs afin de relever ces défis ? Qui paiera la facture ? Ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses questions que nous nous posons aujourd'hui.
S'adapter aux conséquences du changement climatique signifie aussi renforcer la capacité de résilience des communautés exposées aux risques. Atteindre cet objectif exige des efforts et des compétences dans les secteurs allant du développement économique à la réduction des risques, en passant par les secours d'urgence et par des investissements privés. La coordination des efforts au niveau mondial, régional et local sera donc nécessaire pour trouver des solutions pratiques.
Cependant, pour arriver à ce but, il y a un coût. Il est par conséquent très important que les communautés du monde entier mobilisent les ressources humaines et financières nécessaires.
Demain, mercredi 17 octobre, je lancerai le Forum humanitaire mondial à Genève. Sa mission est de promouvoir le dialogue et les partenariats pour renforcer la capacité de la communauté internationale à faire face aux défis humanitaires actuels et futurs. Le Forum encouragera vivement toutes les actions efficaces prises pour protéger les personnes les plus vulnérables et ayant le plus besoin d'aide.
Dans un premier temps, le Forum portera son attention principalement sur les conséquences humanitaires du changement climatique. Il s'efforcera d'être une plate-forme impartiale et inclusive où les décideurs pourront briser les barrières actuelles qui limitent les actions d'adaptation et où ces derniers pourront travailler ensemble à la recherche de solutions. Le Forum sera un lieu où les scientifiques et les économistes pourront rencontrer les responsables des communautés qui essaient déjà de s'adapter à un climat en plein changement. Il sera également un lieu où nous pourrons mieux exploiter le potentiel de la communauté des affaires pour le bien commun.
Les résultats du Forum contribueront aux négociations à venir sur le futur régime du changement climatique, dont l'adaptation sera une partie importante et intégrale. Le Forum cherche à devenir un catalyseur de l'action et à accélérer le soutien aux communautés les plus exposées aux risques climatiques. La portée du changement climatique et son impact sur les communautés humaines exigent une collaboration sans précédent. Il faut agir maintenant.
09:25 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecologie, Nobel, politique, UMP, SARKOZY, PS, VERTS
vendredi, 12 octobre 2007
Al Gore et le GIEC, Prix Nobel de la paix.
Le prix Nobel de la paix a été attribué vendredi à l'ancien vice-président américain Al Gore et au panel de l'ONU sur le climat (Giec) pour leurs efforts visant à accroître les connaissances sur le changement climatique, a annoncé le comité Nobel norvégien.
Le prix leur est conjointement décerné "pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l'homme et pour avoir posé les fondements pour les mesures nécessaires à la lutte contre ces changements", a déclaré à Oslo le président du comité Nobel norvégien, Ole Danbolt Mjoes. Une récompense saluée par le président du Giec, Rajendra Pachauri, pour qui l'attribution du prix Nobel de la paix devrait permettre de créer un "sentiment d'urgence" face au réchauffement climatique.
Al Gore est le réalisateur d'un documentaire "Une vérité qui dérange" qui a été récompensé par deux Oscars.
14:05 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecologie, Nobel, politique, UMP, SARKOZY, PS, VERTS
lundi, 08 octobre 2007
Bill Clinton : "Le monde sait que l’Amérique vaut mieux que la guerre d’Irak"
Interview réalisée par Marie-Laure Germon et Stéphane Marchand
et publiée dans Le Figaro, le 8 octobre 2007.
L’ancien président des États-Unis vient de passer par Paris pour y faire la promotion de son dernier livre «Donner: comment chacun de nous peut changer le monde» (Odile Jacob). Dans une interview exclusive au «Figaro», il parle de ses nouvelles missions planétaires, des États-Unis, de la campagne présidentielle et des changements qui s’annoncent.
LE FIGARO. – La guerre d’Irak est devenue un abcès de fixation comme le monde n’en a pas connu depuis la fin de la guerre froide. À votre avis, la réputation de l’Amérique a-t-elle déjà, dans le passé, été aussi dégradée qu’aujourd’hui ?
Bill CLINTON. – Nous étions très mal vus pendant la guerre du Vietnam. À l’époque, j’étais jeune et je me disais : l’Amérique se trompe, mais elle reste un bon pays qui veut combattre ses ennemis sans poursuivre des objectifs coloniaux. Le monde était divisé en deux camps. C’était une bataille mondiale entre le totalitarisme et les forces de la liberté. La situation créée actuellement par notre présence en Irak est radicalement différente et ses effets sont bien pires parce que nous vivons dans un monde complètement interdépendant. Aucun pays, pas même l’Amérique, ne peut résoudre seul un problème difficile. Il n’y aura que des solutions coopératives, dessinées ensemble, tout particulièrement contre le terrorisme. Avant et après le 11 Septembre, tous les gens qui ont été arrêtés pour avoir planifié des attaques contre les États-Unis l’ont été par des étrangers, dans d’autres pays travaillant avec nous: police, armée, renseignement, experts financiers. C’est une métaphore de ce qui marche dans le monde moderne. Si nous sommes dans une telle difficulté aujourd’hui dans une grande partie du monde, c’est à cause de l’Irak, bien sûr, mais pas seulement. C’est l’unilatéralisme des États-Unis qui est en cause. Sur le réchauffement climatique, la prolifération, l’arrêt des essais nucléaires…
Pourquoi George Bush a-t-il pris cette voie ?
L’Administration Bush croyait qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait, qu’elle coopérerait uniquement quand il le faudrait. Alors qu’à mon sens – et c’est la posture traditionnelle des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale – il faut faire le contraire: coopérer à chaque fois que c’est possible et agir seul uniquement quand il le faut. Tout pays a le droit de défendre ses propres intérêts mais à condition de respecter une sorte de consensus sur la direction générale que doit prendre le monde.
Pensez-vous que, si Hillary Clinton, votre femme, est élue présidente l’année prochaine, l’image de l’Amérique dans le monde s’en trouvera automatiquement améliorée ?
Oui, et je crois que ce sera très rapide. Vous savez, il y a des gens qui aiment détester l’Amérique, mais la plupart sont simplement en désaccord avec les politiques menées. Et quand le président Bush a été réélu, le monde entier y a vu un soutien aux visions mondiales du président et cela les a irrités. Mais si nous montrons que nous sommes prêts à nous désengager des rôles de combat de première ligne, sans abandonner les Kurdes et sans prendre le risque de voir éclater un conflit entre l’Irak et la Turquie, si nous prenons à bras-le-corps le réchauffement climatique, si nous retournons dans le processus de non-prolifération, si nous revenons au respect du droit international et de la convention de Genève, alors le ressentiment à notre encontre s’estompera vite. Parce qu’à la vérité, dans le même temps, les citoyens américains sont partout où il y a besoin d’aide. En Indonésie, après le tsunami, la popularité des États-Unis a fait un bond extraordinaire suite à nos interventions humanitaires.
Vous venez d’écrire Donner (Odile Jacob) un livre sur le don et la générosité individuelle. À la tête de la Fondation Clinton, vous êtes devenu un expert en ce domaine. Dites-nous où, dans le monde, se trouvent les peuples les plus généreux. Y a-t-il des pays plus généreux que d’autres ?
Dans un grand pays, la société doit posséder trois caractéristiques. Il faut une économie prospère. Après tout, la meilleure protection sociale, c’est quand tout le monde a un job. Il faut aussi un bon gouvernement, qui prend en charge tout ce dont le marché ne peut pas s’occuper, et puis une société civile vibrante avec des ONG pour faire en sorte que personne ne soit oublié, que personne ne passe à travers les mailles du système.
Les pays libéraux sont-ils plus généreux que les pays plus étatiques ?
Dans les pays possédant soit un État faible, soit une économie faible, soit les deux, il faudrait que la société civile soit plus forte mais comprenez-moi bien : je ne prêche absolument pas pour que la société civile se substitue au gouvernement. Regardez l’Europe du Nord. Ce sont des pays qui fournissent une aide publique au développement considérable, mais quand le tsunami a frappé, ils ont aussi été très généreux en contributions privées. Ce n’est pas un jeu à somme nulle. L’un peut entraîner l’autre. Le gouvernement est là pour faciliter l’acheminement de l’aide privée. J’ai découvert un système formidable aux Pays-Bas : la loterie du code postal. Tous les habitants du code postal gagnant touchent quelque chose, la loterie canalisant une partie des gains vers les pays en développement. Cette loterie me donne beaucoup d’argent et me permet de lutter contre le sida et le réchauffement climatique dans quarante-six villes sur les cinq continents.
La France est un pays qui a une grande tradition d’aide publique mais où l’aide privée cale parfois. Qu’en pensez-vous ?
La taxe sur les billets d’avion créée par Jacques Chirac est une bonne idée pour tenter de régler les problèmes de santé dans les pays pauvres. Avec cette taxe, via Unitaid, nous achetons des médicaments. Il y a cinq ans, 500.000 enfants mourraient chaque année du sida. Hormis au Brésil et en Thaïlande, 10.000 enfants seulement à travers le monde recevaient des médicaments gratuits. J’ai demandé l’aide de mes amis Chris et Jamie Cooper-Hohn qui ont une fondation pour les enfants alimentée automatiquement à hauteur de 1% des capitaux de leur fonds d’investissement. Grâce à eux, on est passé à 20.000 enfants. Quand les Français ont créé Unitaid, la taxe aérienne nous a permis d’alimenter 100.000 enfants en médicaments. C’est un système hybride public-privé qui fonctionne remarquablement.
Les ONG se rapprochent de votre fondation pour que votre célébrité serve de multiplicateur financier. Comment sélectionnez-vous ?
Vous savez, nous sommes des prestataires de services directs, et franchement la qualité de mes équipes compte plus que ma notoriété. Ce sont les pays qui nous sélectionnent. Si un pays me demande d’intervenir, nous l’aidons à développer un programme de lutte contre le sida. Nous formons son personnel, nous aidons à trouver les médicaments les moins chers. Nous fournissons cette prestation à vingt-cinq pays et nous vendons des médicaments dans soixante et onze pays. Et parce que c’est hybride, ça marche plus vite, ça coûte moins cher et il y a moins de frais fixes que dans la plupart des programmes gouvernementaux.
Pour encourager la générosité, qu’est-ce qui est le plus efficace, la religion, la fiscalité ?
C’est sûr qu’une déduction fiscale des contributions peut aider mais l’essentiel, c’est la conviction morale. Les gens qui ne donnent pas, c’est parce qu’ils ne se sentent pas tenus de le faire, que personne ne leur a expliqué ou qu’ils ne pensent pas que donner puisse changer grand-chose. Ma mission, c’est de les convaincre du contraire, leur dire que nous sommes devenus une machine à donner très efficace. Mais les gens donnent aussi s’ils consomment de manière différente, s’ils respectent l’environnement.
Les Américains sont généreux, mais l’Amérique en tant que pays est particulièrement pingre en ce qui concerne l’aide publique au développement. Comment expliquez-vous ce contraste ?
C’est très préoccupant. J’y vois trois raisons. D’abord, les Américains ne connaissent pas la vérité. Ils croient que le pays dépense 10% en aide extérieure et qu’on devrait se contenter de 5%, alors que le vrai chiffre est 1%! Cette ignorance empêchait que ce sujet devienne un thème de campagne et personne ne risquait de perdre une élection pour son avarice vis-à-vis du monde. Mais ceci est en train de changer. Cette élection présidentielle est la première de ma vie où une large partie de nos concitoyens va voter pour celui ou celle qui sera jugé le plus à même de restaurer notre stature internationale, de nous faire revenir dans le concert des nations. Dans le cœur de l’Amérique profonde, même des gens qui n’ont jamais possédé de passeport sont inquiets de la réputation de leur pays. À tout le moins, nous devons payer notre part des dépenses de développement de l’ONU.
Cela fait quinze ans que l’Amérique promet de faire plus.
Pendant la guerre froide, il y a eu une sorte d’accord tacite entre les États-Unis, l’Europe et le Japon : les premiers payaient plus en dépenses militaires pour fournir un parapluie de sécurité et les deux autres se concentraient sur l’aide au développement, et ça a bien marché. Quand le mur de Berlin est tombé et que nos dépenses militaires ont commencé à baisser, nous aurions dû accroître notre aide au développement. Mais en 1994, le Congrès républicain n’était pas intéressé.
Les bons démocrates contre les mauvais républicains ?
Pas du tout… Écoutez ça : quand le président Bush est arrivé à la Maison-Blanche, les Églises chrétiennes ont commencé à demander plus d’argent pour le sida, la malaria et la tuberculose. Et l’Afrique en a beaucoup profité. Notre popularité est énorme dans les dix pays où le président Bush, avec la Fondation Gates, avec la Fondation Clinton, a facilité l’envoi d’une aide médicale contre la malaria et le sida. Pour ces gens, l’Amérique ne se résume pas à la guerre d’Irak. Elle vaut bien mieux que ça. Elle incarne la possibilité très concrète d’envoyer leurs enfants à l’école et d’envisager qu’ils puissent avoir un avenir.
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