lundi, 21 décembre 2009

Jean-Louis Borloo : «C'est une première étape»

ad7f4ff6-edfa-11de-b41f-b1f7fe8b4b9c.jpgInterview de Jean-Louis Borloo,

Ministre d'Etat, Ministre de l'Ecologie.

 

 

Entretien publié dans Le Figaro, le 21 décembre 2009.

 

 

Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Écologie, a bataillé durant quinze jours à Copenhague pour obtenir un accord. Après deux nuits blanches et un peu de repos, il livre ses réflexions.

 

LE FIGARO. - Doit-on parler d'un échec de Copenhague?

Jean-Louis BORLOO. - Ce n'est pas un succès, c'est une étape difficile et importante. Il y a un incroyable décalage entre les convictions affichées, la prise de conscience, les décisions françaises et européennes, et la réalité du reste du monde.

C'est-à-dire ?

La France vit dans une union sacrée, grâce au Grenelle environnement, qui lui a permis de faire un chemin considérable. Copenhague, en revanche, n'a pas été un Grenelle mondial. C'est cela qui crée en fait notre déception.

On mesure d'ailleurs à l'aune de ce qui s'est passé à Copenhague à quel point l'accord européen sur le climat adopté en décembre dernier a été une performance.

On trouve des pays pour qui se mettre autour de la table de négociations représente une énorme contrainte. Le mandat de Lula, c'est de nourrir sa population. Celui de la Chine ou de l'Inde, c'est de réduire le nombre d'habitants qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et qui se comptent par centaine de millions.

Pour nous, c'était le rendez-vous de l'espoir pour ces pays, le rendez-vous de la difficulté.

Quelles sont les avancées du texte ?

On entre dans un processus de construction commune. Désormais, la Chine, les États-Unis, l'Inde, l'Afrique, le Brésil et, bien sûr, l'Europe sont assis autour de la même table. C'est très important. Il faut bien se rappeler qu'un processus comme celui de Kyoto a mis treize ans pour aboutir.

Il y a par ailleurs des engagements financiers importants : à court terme, d'ici 2012, 10 milliards de dollars par an ont été actés. Ils sont destinés prioritairement aux pays les plus vulnérables, ce qui était une revendication française forte et qui représente pour eux un atout de développement majeur. À long terme, engagement est pris de monter en puissance, de telle façon qu'il y ait 100 milliards par an en 2020. C'est une première étape.

Est-on arrivé au bout d'un processus de négociation dans le cadre de l'ONU ?

Après deux ans de discussions intenses, les négociateurs de l'ONU n'ont pas réussi à produire un seul texte. Ou, tout du moins, ceux qu'ils ont produits étaient criblés de mots entre parenthèses demandant à être confirmés ou infirmés. On ne peut plus fonctionner avec un système d'unanimité qui impose un vote positif de 193 pays en même temps. On ne peut pas fonctionner avec un système d'unanimité, avec des intérêts aussi divergents qu'entre pays pétroliers et non pétroliers, qu'entre petits et grands pays.

Maintenant, que va-t-il se passer ?

Le document qui a été validé à Copenhague vaut accord opérationnel pour que la Conférence climat applique les engagements. Mais, surtout, il y a des engagements multilatéraux. En matière de financement, par exemple, on peut parfaitement décider de la création d'un fonds géré paritairement entre les financeurs et les bénéficiaires s'appuyant sur la législation financière internationale. On n'a pas besoin d'attendre un traité de l'ONU. Je suis bien sûr favorable à ce que ce processus de négociations aboutisse à un traité, mais, s'il y a les mêmes règles qu'à Copenhague, la prochaine conférence, prévue à Mexico, sera confrontée aux mêmes difficultés en décembre prochain.

L'Europe ne ressort-elle pas cabossée de cette négociation qui a vu s'affronter les deux géants du monde que sont la Chine et les États-Unis ?

L'Europe a été très présente. Sans l'action conjointe d'Angela Merkel, de Gordon Brown et de Nicolas Sarkozy, il n'y aurait pas eu un accord de Copenhague.

L'Europe, qui s'était engagée à passer à 30 % de réduction de gaz à effet de serre en cas d'accord satisfaisant, n'a pas l'air de vouloir en prendre la voie…

Nous espérons que ce sera la position commune de l'Europe. La France, en tout cas, s'y est engagée. Le président de la République l'a annoncé. Nous avons fait nos calculs et nous savons que nous pouvons le réaliser.

Propos recueillis par Marielle Court.

mercredi, 16 décembre 2009

Renouons notre lien avec la nature en luttant contre la déforestation.

17e2d776-b23f-11dd-a41c-1675759359a8.jpgPar Charles d'Angleterre,

Prince de Galles.

 

 

 

Tribune publiée dans Le Monde, le 15 décembre 2009.

 

A ce propos, j'ai été très impressionné par l'initiative prise il y a quelques mois par le président Sarkozy, lorsqu'il a créé la commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social. Après tout, les milliards de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre que nous envoyons chaque année dans l'atmosphère sont liés à des activités économiques que nous croyons capables d'améliorer le bien-être de l'espèce humaine. Peut-être une nouvelle définition du progrès économique nous permettrait-elle de faire davantage pour les réduire ?

Actuellement, nous estimons devoir choisir entre le développement économique d'une part, et la protection des écosystèmes de notre fragile planète, d'autre part. Le réchauffement climatique est l'exemple même de la façon erronée dont nous appréhendons le problème, car il ne constitue pas en priorité une alternative au développement économique ; il s'agit en fait d'un "multiplicateur de risques", un facteur qui diminuera notre capacité à améliorer le bien-être de l'humanité, si nous n'agissons pas immédiatement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Par exemple, mettre fin à la pauvreté pour que chacun puisse avoir la possibilité de mener une vie décente constitue déjà un défi ambitieux que la rapidité du réchauffement climatique rendra plus difficile encore. Diverses études ont mis en lumière les menaces que font peser les changements climatiques sur le développement économique, en particulier dans les pays les plus pauvres et les plus vulnérables. Ce qui affectera du coup les programmes visant à réduire la pauvreté.

La sécurité alimentaire est déjà menacée par l'érosion des sols et la flambée des prix du pétrole et du gaz qui alimentent l'agriculture industrielle, alors que la demande augmente en raison de la croissance de la population et de l'évolution des habitudes alimentaires. Le réchauffement climatique ne fera qu'exacerber cette situation intenable. Selon les prévisions du programme des Nations unies pour l'environnement, la chute de la productivité agricole pourrait atteindre 50 % dans de nombreux pays en voie de développement à l'horizon 2080, en particulier à cause des changements affectant la pluviosité.

C'est pourquoi il me semble que nous devons adopter une nouvelle approche, dont le point de départ doit être de voir le monde tel qu'il est réellement, et peut-être aussi d'accepter que l'économie est dépendante de la nature, et non pas l'inverse. Après tout, la nature constitue le capital sur lequel se fonde le capitalisme. Les forêts vierges tropicales en témoignent.

Ces écosystèmes incroyables abritent plus de la moitié de la biodiversité terrestre de la planète dont dépend notre survie, que cela nous plaise ou non. Ce sont ces forêts qui génèrent la pluie. Elles constituent l'habitat de nombreux peuples autochtones et permettent de répondre aux besoins de centaines de millions d'êtres humains. Elles retiennent en outre d'énormes quantités de carbone. Cependant, elles voient chaque année disparaître près de six millions d'hectares qui partent en rondins et en fumée. En plus d'accélérer l'extinction massive d'espèces susceptibles d'aider tant au traitement de maladies humaines qu'à l'élaboration de nouvelles technologies s'appuyant sur l'imitation du génie de la nature, cette déforestation provoque des émissions massives de gaz à effet de serre, représentant environ un cinquième du total des émissions de la planète.

C'est pourquoi mon projet "Rainforests" ("forêts tropicales") a consenti tant d'efforts au cours ces deux dernières années en vue de faciliter un consensus sur la coopération internationale pour réduire la déforestation. En avril, j'ai convié les chefs d'Etat et de gouvernement au palais de St James, en marge du G20 de Londres. Au cours de cette réunion, il a été décidé de créer un nouveau groupe informel chargé d'étudier les moyens de ralentir cette déforestation. Ce groupe a formulé des recommandations, il y a quelques semaines à peine, et il est très encourageant d'observer l'importance des liens tissés entre les pays, les entreprises et les groupes environnementaux décidés à travailler ensemble pour mettre en oeuvre les mesures proposées destinées à s'attaquer aux racines économiques de la déforestation.

En récompensant financièrement les pays qui ont réussi à faire reculer la déforestation (ou qui n'y ont pas recours), nous ferions en sorte que les pays abritant des forêts primaires mettent en place des stratégies de développement durable, sans avoir à dépendre des activités économiques qui en profitent. En recourant - en plus des financements publics - à des instruments financiers innovants et à des investissements à long terme, soutenus par les banques multilatérales de développement, de grandes superficies, déjà dégradées, pourraient être restaurées et accroître la production alimentaire.

Parallèlement, des fonds seraient dégagés pour financer de nouveaux programmes de santé et d'éducation, ainsi que des modèles de développement rural intégré. En retour, le monde financerait les services vitaux rendus par les écosystèmes sur lesquels nous comptons tous pour assurer notre survie économique, matérielle et spirituelle.

L'idée que le monde devrait payer d'une façon quelconque les services rendus au public par les forêts tropicales (puisque, après tout, nous payons déjà l'eau, le gaz et l'électricité) n'est pas nouvelle. Il semble cependant qu'enfin beaucoup soient d'accord pour estimer que ce serait une façon de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de gagner ainsi un temps précieux dans notre bataille contre la catastrophe que constitue le réchauffement climatique. Grâce à ce processus constructif, les différents pays ont pu trouver une approche sur laquelle ils ont réussi à s'entendre et qui, je l'espère, conduira à une coopération internationale susceptible de faire toute la différence.

Il faut que des initiatives de ce genre soient prises, mais elles ne sont qu'une partie de la solution et ne sauraient suffire à elles seules. Au fur et à mesure de notre éloignement de la nature en faveur d'un recours aux inventions technologiques pour résoudre nos problèmes, nous voyons de moins en moins nos difficultés telles qu'elles sont, c'est-à-dire comme résultant de la perte de la notion d'équilibre et d'harmonie avec les rythmes de la nature, ses cycles et ses ressources limitées. Le fait que nous envisagions l'économie comme séparée de la nature n'est que l'un des signes de ce déséquilibre.

Renouer des liens avec la nature, réaligner nos sociétés et nos économies sur ses possibilités, voilà, à mon avis, le véritable défi qu'il nous faut relever. Le sommet de Copenhague contribuera, je l'espère, à un changement profond, ainsi qu'à l'établissement d'un plan de transition vers une économie propre avec des objectifs officiels, des politiques et des technologies bien définies. En l'état actuel des choses, le monde n'en manque pas, mais ce qui lui fait défaut, c'est l'état d'esprit nécessaire pour faire face à cette situation.

Si le temps n'agit pas en notre faveur, il nous reste notre capacité à coopérer et à innover pour trouver des solutions. Nous avons été confrontés dans le passé à d'immenses défis, que nous avons relevés. Cette fois-ci, le défi semble plus grand que jamais, mais j'espère, de tout mon coeur, qu'à Copenhague nous saurons montrer tout ce dont nous sommes capables. C'est bien le moins que nous puissions faire pour les générations futures.

jeudi, 03 décembre 2009

L'énergie du vent, la bienfaisante.

yann_arthus-bertrand_academicien_reference.gifPar Yann Arthus-Bertrand, Paul Neau, Gilles Lara.

 

Tribune publiée dans Le Monde,

le 1er décembre 2009.

 

En décembre 2009, c'est à Copenhague que sera proclamé l'après-Kyoto lors d'une conférence décisive pour l'avenir de l'humanité. Copenhague, capitale du Danemark, est tournée vers la mer et vers un parc de 20 éoliennes implantées à quelques kilomètres du littoral et propriété collective de milliers de Danois. Le ballet des éoliennes rythme le paysage comme celui des navires, à deux pas de la Résidence royale.

Les éoliennes y sont admirées avec fierté, dans ce pays classé comme le plus heureux de la planète (si on se réfère au Monde Magazine n° 1 du 18 septembre 2009 : "Voyage au pays du bonheur, pourquoi le Danemark reste en tête des nations heureuses").

L'exemple danois montre que le "cachez ces éoliennes que je ne saurais voir" français est anachronique et grincheux. Bien sûr, la protection des paysages est une nécessité (et l'arsenal réglementaire tricolore est vaste pour cela), mais cette protection semble à deux vitesses : des éoliennes plus qu'exemplaires et, par exemple, des entrées de ville toutes uniformes et hymnes à la consommation.

Le paysage est une perception humaine et le témoin de nos activités, notamment énergétiques. Les mines de charbon ou les tourbières d'hier ont façonné les paysages ; il nous en reste les terrils, des terres nues...

Les éoliennes sont, aujourd'hui, des signes paysagers de l'ingéniosité humaine face à un problème écologique. Elles sont également des indicateurs de vent : leurs voisins sont nombreux à les regarder pour savoir s'il y a du vent et d'où il vient. De la même façon, les 20 000 moulins à vent d'il y a deux siècles résultaient de l'ingéniosité de nos ancêtres et marquaient les paysages.

Et puis, quelque part, ces éoliennes matérialisent et visualisent nos consommations et leurs impacts, ici avant tout visuels ; alors que la magie de nos interrupteurs fait oublier les pollutions, lourdes et irréversibles, associées aux productions électriques.

Les éoliennes peuvent être les phares du développement durable : elles montrent une alternative aux combustibles fossiles et fissiles et initient le débat sur nos "besoins" d'énergie.

En ces temps d'urgence climatique, la priorité doit être au développement de toutes les énergies renouvelables, sans oublier l'énergie éolienne, moyen de produire de l'électricité renouvelable et décarbonée le plus performant et le moins coûteux. C'est aussi une ressource qui colle bien à nos consommations : le vent souffle la nuit comme le jour et davantage en hiver qu'en été.

Avec plus de 3 000 mégawatts installés au Danemark, le taux d'équipement en éoliennes par habitant est 10 fois plus élevé que celui des Français (4 000 mégawatts éoliens). En 2020, lorsque les objectifs du Grenelle seront atteints (25 000 MW éoliens), nous serons au niveau d'équipement par habitant du Danemark à mi-2000... En ces temps de changement climatique, le terme de frilosité sied bien à nos décideurs politiques.

En ces temps de crise économique, la filière éolienne est créatrice d'emplois locaux ; au Danemark, elle constitue l'un des principaux postes d'exportation. Qui sait que Vestas, premier fabricant danois et mondial d'éoliennes, a autant d'employés (21 000) qu'Airbus en France ?

En ces temps de tensions et de conflits entre nations, très souvent liés à l'accès aux ressources énergétiques (Afrique, Koweït/Irak, Ukraine…), l'énergie éolienne est une énergie de paix, indépendante de tout marchandage, de tout chantage et de tout embargo.

L'énergie du vent (une énergie solaire car formée par la circulation d'air entre des masses de températures différentes) est inépuisable : elle ne prive pas nos enfants de combustibles fossiles que la nature met des millions d'années à constituer. Son utilisation est réversible : elle ne laisse pas à nos successeurs de fardeau de déchets toxiques. L'énergie éolienne est une chance, saisissons-la vraiment !

Le vent, le bienfaisant, est et sera toujours là pour construire, avec la sobriété et l'efficacité énergétiques, un monde durable.

Yann Arthus-Bertrand est président de la Fondation GoodPlanet, Paul Neau est ingénieur écologue en énergies renouvelables et Gilles Lara est président de l'association CLER.

mercredi, 02 septembre 2009

«Oui à la taxe carbone, non à un impôt de plus»

58c9f222-9729-11de-be55-61078c0dd5ed.jpgInterview d'Alain Juppé,

ancien Premier ministre,

Maire UMP de Bordeaux.

 

 

 

Publiée dans le Figaro, le 02 septembre 2009.

 

 

LE FIGARO. - Approuvez-vous le principe de la création de la taxe carbone ?
Alain JUPPÉ. - Oui. Sur le principe, il faut évidemment aller dans cette direction. On ne peut pas en permanence expliquer aux Français qu'il faut lutter contre le réchauffement climatique, réduire les émissions de CO2 et ne pas s'en donner les moyens. Il y a là une urgence absolue et un souci de cohérence. Mais il y a le principe et les modalités. Et comme souvent, le diable est dans les détails.

La taxe carbone est-elle le bon moyen pour atteindre l'objectif ?
Je me suis longtemps interrogé sur les techniques fiscales. Il faut définir une assiette fiscale. Taxer l'énergie fossile est le moyen le plus facile. L'assiette, c'est la consommation de combustible fossile, c'est-à-dire le charbon, le pétrole et le gaz. C'est là qu'on se rend compte qu'il s'agit en réalité d'une taxe sur le gaz et sur l'essence.

Les socialistes, Ségolène Royal en tête, dénoncent un impôt «injuste et inefficace».
C'est une attitude que je ne comprends pas. Je trouve curieux, après avoir signé les engagements du pacte écologique de Nicolas Hulot pendant la campagne présidentielle, que Ségolène Royal change à ce point de convictions. En réalité, la réforme peut être juste et efficace si on prend soin d'en préciser les modalités.

Comment faire pour pénaliser le moins possible les Français, notamment ceux qui vivent loin des centres-villes et n'ont pas d'autre choix que d'utiliser leur véhicule ?
Il y a deux conditions à remplir pour que la réforme soit juste. La première est que ça ne doit pas être une taxe de plus. Il s'agit bien, dans mon esprit, de rebattre les cartes de notre fiscalité pour modifier les comportements des consommateurs. Sur ce point, le projet est encore un peu flou. On nous dit que ce ne sera pas un impôt de plus, on aimerait en avoir la démonstration concrète. La deuxième condition tient à la répartition entre les Français. L'objectif est qu'ils se détournent des modes de consommation d'énergie les plus polluants. Cela implique qu'on développe des solutions alternatives en termes de transports collectifs et de véhicule propre. Je regrette qu'un effort massif n'ait pas été fait pour développer la voiture électrique.

Pour compenser la taxe carbone, quelle piste faut-il privilégier ? Le chèque vert ? Ou la baisse de la CSG comme l'envisage le gouvernement ?
Je n'ai pas de point de vue arrêté sur cette question très technique. Il ne faut pas que ce soit un impôt de plus. Le plus simple serait de choisir la baisse d'un impôt existant et qui touche tout le monde. Mais si l'on veut garder un effet d'incitation, la compensation ne doit pas être totale.

Redoutez-vous un recul du gouvernement sous la pression de tous les opposants au système et d'une partie de l'opinion ?
J'espère bien qu'il ne reculera pas. Le gouvernement est sage en partant d'assez bas, c'est-à-dire en retenant la base de 15 euros la tonne de CO2 émise alors que la commission Rocard avait recommandé le double. La montée en puissance, année après année, devra se faire au fur et à mesure que des solutions alternatives seront proposées aux Français.

mercredi, 08 juillet 2009

Réchauffement climatique : faire face !

2745f9e8-6abb-11de-afda-ada66b0768d7.jpgPar Tony Blair, ancien premier ministre britannique.

 

 

Tribune publiée dans Le Figaro,

le 07 juillet 2009.

 

Le 9 juillet, les dirigeants des principaux pays développés se réunissent à L'Aquila en Italie dans le cadre du Forum des grandes économies (MEF) pour y préparer un nouvel accord sur le réchauffement climatique qui devrait être signé dans six mois à Copenhague. La réunion du MEF intervient donc à un moment crucial. La plupart des chefs d'État ou de gouvernement qui y participent se sont déjà rencontrés en avril pour réagir à la crise économique. Ils s'étaient alors engagés à faire «tout ce qui est nécessaire». Il faudrait que le même esprit de décision les anime lors de leur rencontre à L'Aquila.

Il semble qu'il y ait une énorme bonne volonté en ce sens. La nouvelle Administration américaine est favorable à des mesures fortes sur le plan intérieur. La Chine se fixe des objectifs ambitieux en terme d'économie d'énergie et procède à des investissements massifs dans les énergies renouvelables. L'Inde a dressé son propre plan d'action et l'Europe s'est fixée comme objectif d'atteindre en 2020 un niveau d'émission inférieur de 30 % à celui de 1990 s'il y a un accord mondial suffisamment ambitieux. Le Japon a publié ses propres propositions en matière de réduction des émissions de carbone. À travers le monde, les engagements se font de plus en plus nombreux.

Mais il reste des difficultés pratiques. On voudrait qu'en 2050, après un pic qui devrait être atteint avant 2020, la totalité des émissions de la planète soit inférieure de moitié à ce qu'elle était en 1990. Or les émissions de l'ensemble des pays en développement sont inférieures à celles du monde développé et, à court terme, il faudrait qu'elles restent à la hausse de manière à maintenir la croissance économique et réduire la pauvreté. Il a donc été proposé qu'en 2050 les pays développés aient abaissé leurs émissions d'au moins 80 % par rapport à 1990, avec une mise en œuvre des principales mesures en ce sens lors de la prochaine décennie.

Les pays en développement devront aussi assumer leur part de responsabilité en réduisant leurs émissions et en faisant que leur pic soit atteint au cours des prochaines décennies. Pour les USA, leur engagement signifierait de réduire leurs émissions à environ un dixième de leur niveau actuel par habitant et pour la Chine cela signifierait de créer un nouveau modèle de développement à faible émission de carbone. Pour tous les pays, il s'agit d'un défi majeur - une révolution qui implique un énorme changement de cap.

L'aspect positif, c'est que si on se fixe des objectifs clairs, concrets et réalisables, quel que soit exactement l'objectif intermédiaire, on pourra aboutir à des réductions importantes des émissions qui permettront à la communauté internationale de concevoir une approche radicalement nouvelle dans un laps de temps réaliste. Un nouveau rapport du projet «Breaking the Climate Deadlock» montre qu'il est possible de parvenir à des réductions drastiques déjà à l'horizon 2020 si nous concentrons notre action sur certaines technologies clés, si nous mettons en œuvre des mesures dont l'efficacité est avérée, et si nous investissons dès maintenant dans le développement de technologies du futur qui nécessiteront du temps pour parvenir à maturité.

Il est possible de parvenir à 70 % des réductions prévues pour 2020 en investissant dans trois domaines : l'augmentation du rendement énergétique, la réduction de la déforestation et l'utilisation de sources d'énergie à faible émission de carbone (notamment l'énergie nucléaire et les énergies renouvelables). La simple mise en œuvre de sept mesures parfaitement efficaces permettrait d'y parvenir : des normes pour les énergies renouvelables (par exemple en ce qui concerne le rachat de l'électricité produite par des entreprises ou des particuliers), des mesures concernant le rendement des industries, des normes dans le domaine de la construction, des normes de rendement appliquées aux véhicules, des normes en ce qui concerne les émissions lors du cycle thermodynamique du carburant, des normes concernant les outils ménagers et des mesures pour réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation de la forêt (REDD).

Toutes ces mesures ont déjà été appliquées avec succès dans plusieurs pays un peu partout dans le monde, mais il faut leur donner plus d'envergure. Si le système de plafonnement et d'échange des droits d'émission et la taxation des émissions peuvent inciter les entreprises à investir dans des technologies à faible émission au moins à court terme, ces sept mesures (accompagnées d'investissements publics avec l'implication directe des États) sont nécessaires pour parvenir aux objectifs fixés.

À long terme, il faudra aussi mettre en œuvre des technologies tels que la capture et le stockage du carbone (CCS), recourir davantage à l'énergie nucléaire et à de nouvelles générations de systèmes de production d'énergie solaire et développer des technologies dont nous ignorons encore le potentiel ou même l'existence. Dans la perspective de Copenhague, il faut que des décisions d'investissement soient prises dès maintenant pour en récolter les bénéfices au moment opportun.

La Chine et l'Inde vont construire des nouvelles centrales électriques, indispensables pour poursuivre l'industrialisation qui va tirer des centaines de millions de personnes hors de la pauvreté. La grande majorité de ces centrales fonctionneront au charbon, c'est là une réalité. Aussi pour parvenir aux objectifs fixés pour 2050, il est essentiel de développer la technologie CCS ou une technologie alternative qui pourrait faire du charbon une énergie propre. Mais c'est maintenant qu'il faut investir - suffisamment et dans le cadre d'une collaboration mondiale - de manière à ce qu'en 2020 nous puissions étendre la technologie CCS ou en déployer une autre.

La renaissance de l'énergie nucléaire suppose une forte augmentation du nombre de scientifiques, de techniciens et d'ingénieurs. Il faudra transformer les infrastructures pour les adapter aux véhicules électriques. Un réseau intelligent de distribution électrique permettrait une réduction importante des émissions, mais il y faudra toute une planification. Ces mesures prendront du temps, mais c'est maintenant qu'il faut investir. À court terme, l'utilisation d'un éclairage à basse énergie et l'emploi de moteurs industriels à rendement élevé devraient relever de l'évidence, pourtant nous y recourons bien moins que ce qui serait possible.

Nous savons ce qu'il faut faire et nous avons les outils pour cela. Les dirigeants politiques qui se réunissent dans le cadre du MEF peuvent adopter en confiance les objectifs intermédiaires et à long terme que recommande la communauté scientifique : maintenir le réchauffement à moins de 2 °C, atteindre le pic d'émission lors de la prochaine décennie et parvenir en 2050 à une diminution des émissions d'au moins 50 % par rapport à leur niveau de 1990.

Les pays développés peuvent s'engager à réduire à cette date leurs émissions de 80 %, ainsi que beaucoup l'ont déjà fait, et apporter le financement et l'aide technique voulus aux pays en développement pour soutenir leur effort. Grâce à cette aide, les pays en développement devront à leur tour concevoir et appliquer un «plan de croissance à faible émission de carbone» qui leur permettra de diminuer leurs émissions et d'atteindre leur pic. Avec ces engagements, les dirigeants politiques qui se rencontreront à L'Aquila (leurs pays représentent à eux tous plus des trois-quarts des émissions totales) établiront une base solide pour le succès de Copenhague.

Entre L'Aquila et Copenhague, il y aura sans doute des discussions difficiles sur les objectifs intermédiaires pour les pays développés. Ces objectifs sont certes importants, mais la priorité est de parvenir à un accord sur les mesures qui mettront l'humanité sur la voie d'un avenir à faible émission de carbone.

Depuis des années, on a, à juste titre, voulu persuader la population qu'il fallait avoir la volonté de réagir face au réchauffement climatique. Les dirigeants politiques, en prise avec ce problème crucial alors que l'on est en pleine crise économique, doivent savoir qu'il y a une issue. C'est seulement en combinant la volonté populaire et la volonté des dirigeants que l'on réussira. Heureusement il existe une solution - elle constitue un énorme défi, mais elle est réalisable.

(Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz)

© Project Syndicate, 2009. www.project-syndicate.org

mardi, 07 juillet 2009

Jacques Chirac : « Soyez fiers d'être africains ! »

007072009151611000000chirac08web.jpgInterview de Jacques Chirac, ancien Président de la République.

 

Entretien publié dans Jeune Afrique,

le 07 juillet 2009.

 

Jeune Afrique : Quels résultats attendez-vous de l’action de votre fondation ?

Jacques Chirac : Ma fondation a une ambition : servir la paix et le développement. Elle œuvre aussi à une prise de conscience mondiale des problèmes de l’Afrique.

Tout ce qui touche au développement de l’agriculture est essentiel. Il faut d’abord donner à manger aux hommes. Pour les nourrir, il faut produire et, pour produire, il faut une agriculture. Donc promouvoir l’autosuffisance alimentaire dans un maximum de pays. Cela implique en particulier de soutenir les exploitations familiales. La communauté internationale doit faire preuve d’un peu de générosité en matière de lutte contre la désertification et la déforestation, d’accès à l’eau ou à des médicaments de qualité. C’est ce but que poursuit, modestement, la fondation.

 

Y a-t-il, chez les dirigeants africains, une prise de conscience du défi écologique ?

Je pense qu’une majorité d’entre eux, chacun l’exprimant à sa manière, a acquis une conscience écologique. Au Burkina Faso, à Madagascar, un certain nombre d’initiatives ont été prises. Le Kenya, par exemple, a interdit les sacs plastique. Au Maroc, la princesse Lalla Meryem s’est engagée dans ce domaine. C’est une calamité, ces sacs en plastique !

 

Que pensez-vous de l’engagement africain de Barack Obama ?

Le plus grand bien. On dit parfois que les États-Unis ont tendance à se replier sur eux-mêmes et à ne pas tenir compte des réalités qui s’expriment ailleurs. Les déclarations et les prises de position du président Obama me paraissent extrêmement intéressantes pour faire connaître l’Afrique aux Américains.

 

Vous avez tenu à assister aux obsèques d’Omar Bongo. Sa disparition marque-t-elle la fin de la Françafrique ?

Je ne le crois pas. Il y a, entre la France et l’Afrique, un lien historique et psychologique profond. Et ce lien n’est pas susceptible d’être remis en cause par la disparition de tel ou tel responsable. Naturellement, le président Bongo incarnait ce lien, d’une certaine façon. Mais enfin, il y en a bien d’autres, à commencer par Denis Sassou Nguesso ou Abdou Diouf.

 

Quel bilan tirez-vous de vos douze années de politique africaine à l’Élysée ?

Je regrette que l’on n’en ait pas fait plus. On s’est laissé un peu prendre par les exigences du moment, l’aide au développement n’a pas été suffisamment accrue. Une espèce d’égoïsme, dont nous avons tous été responsables, a consisté à considérer que l’aide à l’Afrique était secondaire. Mon regret est de ne pas avoir entraîné les Européens à en faire davantage.

 

Et aujourd’hui ?

La solidarité s’impose. Je ne peux que constater avec tristesse la baisse de l’aide au développement. C’est injuste et scandaleux. L’aide n’est pas une aumône. C’est une exigence légitime d’équilibre du monde.

 

L’Union pour la Méditerranée voulue par Nicolas Sarkozy est-elle viable ou s’agit-il d’une coquille vide ?

C’est un principe sérieux et une entité viable. Il faut maintenant remplir cette coquille.

 

Vous aviez promis de soumettre à référendum l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’UE. Pensez-vous que vos successeurs honoreront cette promesse ? 

Il ne m’appartient pas de parler au nom de mes successeurs. Mais je pense qu’il est légitime, à partir du moment où le problème politique se pose, d’interroger les Européens, et en particulier les Français, sur cette question.

 

Le conflit israélo-palestinien menace-t-il la paix mondiale ?

Je ne le crois pas. Je suis un optimiste. On ne peut pas imaginer qu’il y ait en permanence une situation de guerre entre les Palestiniens et les Israéliens. Israël a droit à son territoire, à sa patrie, et les Palestiniens ont droit aux leurs.

 

Quel message aimeriez-vous adresser aux Africains ?

Un message de respect. Ils ne doivent pas oublier qu’ils ont été, au fond, les premiers. L’homme africain a été le premier homme civilisé. Il ne faut jamais oublier la perspective historique. Les Africains doivent être fiers d’eux-mêmes. Soyez fiers d’être africains. Le monde a besoin de l’Afrique.

 

Et l’Afrique, a-t-elle encore besoin de vous ?

(Rires). Inch’Allah !

vendredi, 26 juin 2009

Développement durable en Méditerranée.

d79ed4e2-6172-11de-9acf-d3bffe7916cc.jpgPar Elisabeth Guigou et Alain Juppé.

Tribune publiée dans Le Figaro,

le 25 juin 2009.

 

Dans ce monde plein d'incertitudes, il y a des évolutions évidentes : le développement durable et la croissance verte constituent l'une de ces évidences, car nul ne peut réfuter l'idée du réchauffement climatique ni celle du nécessaire recours à la croissance verte.

L'autre évidence est la future accession des pays arabes méditerranéens au rang des pays émergents. Le Financial Times titrait «The time of the Mediterranean» : après l'émergence de la Chine dans les années 1990, l'émergence des pays d'Amérique latine en 2000, le moment est venu de voir les pays arabes méditerranéens accélérer leur développement. Mais quel développement ? Nous partageons une intime conviction : le développement durable en Méditerranée permettra de transformer en excellence trois peurs communes aux deux rives :

La peur du réchauffement climatique. Une étude réalisée en 2008 pour l'Ipemed (Institut de prospective économique sur le monde méditerranéen) confirme que le réchauffement climatique sera particulièrement cruel en Méditerranée du Sud et du Nord : + 3° à + 4° d'ici à 2050, la montée des eaux de + 50 cm associés à des anomalies climatiques à répétition. Dans un tel contexte, les gouvernements des pays du Nord, comme ceux du Sud, ne peuvent que préconiser une économie décarbonée. C'est une question de survie.

La peur de l'après-pétrole. Dans quarante à cinquante ans, les ressources naturelles en pétrole et en gaz des pays de la rive sud déclineront sérieusement. Comme ceux du Nord, ces pays sont donc condamnés à opérer dès maintenant les reconversions énergétiques qui s'imposent vers les énergies renouvelables et le développement durable.

La peur de sombrer dans le déclin historique. Le monde multipolaire qui se dessine, privilégie actuellement les États américains et ceux d'Asie de l'Est. Dès lors les 500 millions d'Européens et les 400 millions d'Arabo-musulmans proches de la Méditerranée n'ont d'autre issue que de s'associer pour créer eux aussi une grande «région Nord-Sud» susceptible de soutenir la comparaison et, mieux, de devenir un laboratoire du développement durable à inventer.

Ces trois peurs ont été exprimées le 13 juillet 2008 par les 44 chefs d'État de l'Europe et de la Méditerranée réunis à Paris pour lancer l'Union pour la Méditerranée.

Au-delà, la crise financière actuelle renforce elle-même l'impératif de développement durable. En effet, chacun sait que les motivations économiques (le coût de dégradation de l'environnement qui risque de réduire très fortement notre croissance «normale» ; la volatilité des coûts des énergies fossiles, la mise en place de la taxe carbone, si elle est confirmée) sont souvent plus stimulantes que les exhortations morales.

Ce n'est pas un hasard si, après l'interruption diplomatique consécutive à la guerre de Gaza en décembre 2008, les négociations sur les projets de l'UPM (Union pour la Méditerranée) reprennent à Paris le 25 juin rassemblant les ministres de l'Environnement de tous les pays européens et des pays riverains de la Méditerranée. L'Union pour la Méditerranée n'a pas d'autres choix que de promouvoir, à travers les énergies renouvelables, l'eau, l'agriculture, l'habitat et les transports, des formes originales qui permettront au pays du Sud de sauter une étape et aux pays de la rive nord d'être les modèles de la croissance verte. Les élections européennes nous encouragent à emprunter cette voie.

jeudi, 23 octobre 2008

Ecologie-économie, même combat

nkm.jpgPar Nathalie Kosciusko-Morizet,
Secrétaire d'Etat à l'écologie, secrétaire général adjoint de l'UMP.


Tribune publiée dans Le Monde,
le 23 octobre 2008.


L'horizon de nos sociétés et celui de l'écologie sont longs. Or, cette crise, qui nous dévore, risque de nous rendre aveugles, si nous ne parvenons pas à sortir des enchaînements de court terme dans lesquels les financiers nous ont égarés. Les urgences ne doivent rien effacer.

Cette crise est le résultat de l'action de tous ceux qui ont couru après des gains excessifs, qui n'ont eu de cesse de proclamer la recherche de rendements excessifs. Il fallait gagner, amasser le plus vite possible, au meilleur prix... Il va falloir changer les horloges. Retrouver une conjugaison nouvelle entre justice sociale et progrès. Nous poser la question des équilibres indispensables à notre survie. C'est le moment de nous projeter vers le futur. De l'imaginer. De le construire.

L'actualité a bousculé tous les calendriers. Il faut donc se tenir à distance du bruit et de la fureur, et bien regarder, dans le labyrinthe des prochains mois, le chemin à parcourir. Avec le Grenelle de l'environnement, le président de la République a inscrit pour longtemps une méthode et des résultats inattendus. Aucun gouvernement n'a jamais engagé une révolution écologique aussi profonde et tranquille. Ce projet peut-il être interrompu ? La loi, qui vient d'être votée en première lecture à l'Assemblée nationale, révèle trop d'enjeux et illustre trop de débats pour qu'il puisse être mis fin à ce travail. Le président de la République a toujours tenu le cap.

Mais c'est l'instant de tous les dangers. Nombreux sont encore ceux qui seraient prêts à tout remettre en cause. J'entends déjà les colporteurs de vieilles lunes qui se poussent du col : Comment imaginer mettre 1 liard sur un avenir dont on ne sait rien ? Pourquoi entretenir ces peurs dont la réalité est si controversée ? Faisons confiance aux ressorts du bon vieux progrès technique ! Ceux-là imaginent que les écologistes ne sont que des bobos et que ces politiques ne valent que par grand beau temps. Erreur.

D'abord, il y a deux ou trois choses qu'il ne faut pas oublier. Dans ces moments d'affolement, ceux qui de l'accessoire ont voulu faire le principal nous pousseraient bien à commettre un deuxième péché de vanité en écartant l'essentiel : l'éthique de nos comportements. L'écologie contient en elle-même une dimension éthique non contestable, elle proclame l'urgence climatique et environnementale qui sont autant d'exigences et de nécessités politiques de nos sociétés contemporaines.

Fort de ce constat d'évidence, désormais, le Grenelle ajoute une tout autre dimension en additionnant économie et écologie. Nous ne sommes plus dans les années 1980 : l'écologie n'est plus cette imprécation marginale, la croissance verte n'est pas un slogan... Nous avons changé de monde.

Nous faisons le pari d'une économie nouvelle qui sait que l'environnement est un investissement, l'instrument de notre compétitivité. D'ici à 2020, les seuls investissements du Grenelle représenteront 400 milliards d'euros. Nous faisons le pari d'une responsabilité partagée : le bonus-malus y contribue, les engagements des industriels aussi. Cette approche qualitative est à l'origine d'un gain potentiel de croissance que nous évaluons à 0,8 %, à une augmentation de valeur ajoutée nationale de 15 milliards d'euros, qui représente 500 000 emplois !

Mais, nous avons aussi l'ardente obligation de dégager des avantages comparatifs nouveaux, durabilité, qualité, au risque d'un monde qui épuise ses ressources énergétiques. De plus, que de marchés nouveaux qui intéressent désormais les pays développés et émergents et dont les pays en développement ne doivent pas être écartés. Rien ne sera donc utile à qui oubliera d'offrir aux urgences des réponses de long terme. Sur notre planète qui change trop vite, le siècle prochain s'écrit aujourd'hui et dans les jours qui viennent. Pour se sauver tout de suite, il faut voir loin.

Or la crise économique et la crise écologique témoignent des mêmes erreurs. Et réclament des corrections semblables. Elles appellent de la régulation, plus de régulation... Nous demandons depuis des années la création d'une organisation mondiale de l'environnement qui s'empare du débat sur la surproduction, la surconsommation...

Ces deux crises peuvent se résoudre du même mouvement. Pour cela, il faut que nous sachions pourquoi nous produisons et surtout comment. L'écologie recèle ici quelques réponses. Elle se nourrit de prospectives, de prévisions techniques sur l'utilisation des matières premières ou des hydrocarbures... Elle a pour motif de débusquer les vrais besoins de notre société : eau, déchets, transports, habitat, alimentation... Elle a pour ambition de ne jamais ignorer l'impact dans notre vie quotidienne de tous nos actes sur notre santé...

Ces deux crises ne sont pas étrangères l'une de l'autre. Ni concurrentes dans les solutions à y apporter. Elles se croisent et appellent des réponses communes : moins de "court-termisme", plus d'horizon durable, moins de produits virtuels, plus d'investissements pour satisfaire nos vrais besoins. Nous ne pouvons accepter un monde qui se construit autour de l'éphémère ou de l'irréel. Nous nous battons pour un monde nouveau solide, juste, dont nous offrirons les clés demain à ceux qui nous suivront.

mardi, 12 février 2008

Borloo : "Mes projets pour les futurs lignes TGV."

37e671612efd6681f0b103c322341434.jpgEntretien publié dans Le Figaro
du 13 février 2008.


Le ministre dévoile les futures transversales à grande vitesse. Elles créeront un axe Espagne-France-Italie.
Après le «Grenelle de l'environnement», Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, de l'Aménagement et du Développement durables, s'ex­prime sur les grands projets d'in­frastructures.


LE FIGARO. Le «Grenelle de l'environnement» a acté la création de quelque 2 000 kilomètres de lignes à grande vitesse. Où en est-on ?

Jean-Louis BORLOO. Le «Grenelle» avance. Après sept années d'enlisement, nous lançons l'appel d'offres pour la ligne Tours-Bordeaux. Cela représente un investissement de 7 milliards d'euros que nous engageons avec les régions Centre, Aquitaine, Poitou-Charentes et Midi-Pyrénées. C'est une avancée considérable pour aller ensuite vers Toulouse et Narbonne. De même, on prolonge les lignes entre Le Mans et Rennes, Baudrecourt et Strasbourg, ainsi que le contournement de Nîmes et Montpellier. Mais ce n'est qu'un début, nous lançons les études pour les lignes transversales : entre Nantes et Lyon en passant par Nevers, entre Toulouse et Narbonne, Nîmes et Perpignan. Ces lignes seront complétées par une radiale vers Clermont-Ferrand. Nous re­lions ainsi la France, l'Espagne et l'Italie et organisons la grande traversée est-ouest par le sud. Sans oublier le centre de la France.

Ces très gros investissements ne servent que les voyageurs ?

Bien au contraire. Ils libèrent les sillons classiques pour le fret. Car l'objectif, c'est bien de faire diminuer considérablement le trafic des camions notamment étrangers. Une étude entre Nîmes et Montpellier montre que quatre camions sur cinq sont étrangers. Nous voulons avec les transporteurs routiers organiser les transferts route-rail sur les grandes distances.

En Ile-de-France, les investissements d'infrastructure sont très en retard pour le fameux Grand Paris ?

L'aménagement de l'Ile-de-France est aussi une de mes priorités. Je viens de donner mon accord à son président pour le financement du tramway entre Montfermeil et Clichy-sous-Bois (150 millions d'euros, moitié État moitié Région) et pour une liaison en transport public entre Massy et Évry (400 millions d'euros). Par ailleurs, 20 millions d'euros toujours partagés entre l'État et la Région vont être immédiatement débloqués pour améliorer cinquante lignes de bus de la périphérie parisienne.

Ne faut-il pas être plus ambitieux ?

Nous engageons une grande concertation entre l'État, la Région et les communes. Ce qui me semble aujourd'hui le plus urgent et ce qu'attendent les Franciliens, c'est avant tout concrétiser et mettre en œuvre les projets dont ils ont be­soin tout en poursuivant la ré­flexion sur les institutions.

Ces projets n'empêchent pas la poursuite des travaux autoroutiers à Strasbourg ou aéroportuaires à Nantes. Pour les ONG, vous reprenez d'une main ce que vous donnez de l'autre.
Ces projets étaient déjà engagés depuis longtemps et nécessaires. Mais ils se font aujourd'hui en concertation avec les acteurs lo­caux, et les nouveaux projets s'inscrivent pleinement dans les priorités du «Grenelle».

En matière de téléphonie mobile ou de haut débit, la France a une couverture très inégalitaire.

C'est bien l'un des enjeux importants de l'aménagement du territoire que je veux défendre. Ce sont près de sept cents communes qui sont oubliées de la téléphonie mobile et quasiment autant qui n'ont pas accès au haut débit. Quant au très haut débit mobile (UMTS), c'est environ 30 % du territoire qui n'est pas couvert ! Pour le téléphone, nous allons régler cela dans l'année. Je veux trouver un accord avec les opérateurs. Cela représente un investissement d'environ quatorze millions d'euros.

Et pour le haut débit mobile ?

Nous allons demander d'utiliser les canaux hertziens libérés par la progression de la télévision numérique. Nous avons besoin d'affecter une partie de la bande entre 700 et 900 mégahertz pour aboutir à ces résultats et couvrir la France.

Comment contraindre des opérateurs à investir dans des zones jugées non rentables ?

Il faut bien encourager les réseaux d'initiative publique. Mais je veux que nous menions une réflexion pour que ces services soient délivrés à tous les Français au titre du service public universel. Comme l'eau, l'électricité ! Cela oblige l'État, les collectivités et les opérateurs à couvrir le territoire avec un coût identique pour tous les usagers. Nous allons porter ­cette question au niveau européen dans le cadre de la présidence française.

Propos recueillis par Marielle Court pour Le Figaro.

samedi, 03 novembre 2007

"Grenelle de l'environnement", un pas de géant pour la France.

5eb39a99f5128feefacc1288073c23b9.jpgPar Nicolas Hulot, Président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme.

Tribune publiée dans Le Figaro,
le 3 novembre 2007.


Le « Grenelle » est passé. Les choses sérieuses commencent, tout au moins pour ceux qui vont avoir la mise en oeuvre de ce qui a été acté. L'écologie est entrée dans l'âge de raison. Finie la sous-traitance sur un sujet si complexe. Désormais chacun est convié à apporter sa contribution et à prendre sa part de résolution face à l'équation basique du développement durable : comment conjuguer la croissance économique avec la rareté établie ou annoncée de certaines ressources et l'obli-gation d'une économie décarbonnée ?

Qui eût cru possible que Greenpeace ou le Medef puissent se parler et avancer sur ces sujets, il y a encore quelques mois ? Que la FNSEA puisse valider un gel des OGM, qu'un président de droite puisse être aussi offensif sur un thème considéré il y a peu comme archaïque et obscurantiste dans son propre camp ? Que les partenaires sociaux puissent être aussi constructifs qu'ils l'ont été dans ce « Grenelle » ? Qu'un numéro deux du gouvernement puisse systématiquement déplacer le curseur vers l'impératif écologique, quand les discussions achoppaient pendant la négociation ? Tout cela est totalement inespéré et, désormais, il y aura un avant et un après.

Une dynamique est en route dans tous les secteurs de notre société, seule l'incertitude sur son ampleur et sa cadence demeure. Les transports et le logement ont été les sujets les plus ambitieusement traités au « Grenelle ». Les avancées sur la gouvernance sont aussi essentielles. Si une grande réforme fiscale se profile pour basculer une partie de la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique et environnementale, une étape cruciale sera encore franchie.

Pour être objectif et repartir à la tâche, nous avons été faibles sur la biodiversité, l'agriculture, les déchets et l'éducation. La biodiversité recycle quelques engagements déjà pris et non réalisés et est en retrait de beaucoup d'accords internationaux. Seule la trame verte, si elle est opposable, sera une mesure très structurante. Sur l'agriculture : le bio, le labellisé dans les cantines scolaires est une excellente initiative. Sur les OGM appliquons à la lettre le principe de précaution et décidons ensuite. Pour les pesticides et autres substances nocives et dangereuses, il faut aller plus vite. Mais le débat de fond n'a pu avoir lieu. Notre mode de production est-il le seul compatible avec les exigences alimentaires et économiques ? Je crois qu'entre le productivisme et le bio, il y a des pistes qui ne sont pas suffisamment explorées, comme l'agriculture durable. La question de notre dépendance chronique au maïs et à son complément le soja pour l'alimentation du bétail n'est pas encore posée. Y a-t-il d'autres voies moins gourmandes en eau, en énergie et en intrans ? Sans tabous ni provocations, il faudra bien à un moment ou à un autre mettre les choses à plat. Les réponses peuvent agréablement nous surprendre.

Sur les déchets, on s'est trop intéressé à l'aval (incinérateurs ou tri). La norme, la réglementation, l'économie de fonctionnalité doivent s'attaquer au flux et à l'amont. Enfin l'éducation, sujet sur lequel il est convenu de remettre la main à l'ouvrage. Il faut être beaucoup plus ambitieux que les simples classes vertes. Et surtout que les corps d'État, les grandes administrations soient eux aussi obligatoirement imprégnés de la dimension du développement durable.

Enfin, si le « Grenelle » a donné lieu, dans les médias, mais aussi dans la société, à des débats politiques, économiques et technologiques, il y a une dimension qui a été totalement esquivée : c'est la dimension éthique et spirituelle. À nouveau nos intellectuels, tout au moins ceux qui ont pignon dans les médias (à l'exception de quelques convaincus fidèles), ont méprisé et ignoré ce rendez-vous critique de notre et de nos sociétés.

Pourtant, c'était l'occasion d'une remise en question de certaines valeurs ou fausses valeurs, qui nous ont conduits au seuil de l'impasse. Aucune question sur l'obsolescence ou sur les deux principes qui nous enivrent : les principes technologique et économique. Le premier « tout ce que l'on rêve d'avoir, on peut le faire », le second « tout ce que l'on rêve d'avoir, on peut l'avoir ». Pas de prospective, ni d'analyse sur la trajectoire de notre civilisation. Pas de doute exprimé sur notre culture matérialiste, sur « la profusion des moyens et la dispersion des intentions » évoquées par Einstein. Rien qui puisse servir à étayer un nouveau modèle social et économique. Rien sur de nouveaux indicateurs comme, pourquoi pas, le BIB, le bien-être intérieur brut... Comme si ces sujets étaient pour certains une compromission insupportable, ou plus simplement comme si le statut d'intellectuel immunisait contre les désordres annoncés.

Dommage, car l'esprit du « pacte écologique » s'est incarné dans le « Grenelle » pour mutualiser toutes les intelligences et les expériences. Seules celles labellisées ou certifiées intellectuelles ont fait défaut. Leur rôle est essentiel, qu'ils s'emparent enfin du sujet.

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