mardi, 08 décembre 2009
L'histoire en danger.
Par Yves Thréard, journaliste.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 08 décembre 2009
L'Association des professeurs d'histoire et de géographie a raison d'être en colère. Le projet du gouvernement de sacrifier l'enseignement obligatoire de ces deux disciplines en terminale S est inopportun et maladroit.
L'ambition du ministère de l'Éducation nationale de réhabiliter le baccalauréat littéraire (L), dévalorisé depuis le désintérêt pour les langues mortes, est certes louable. Mais ce retour en grâce ne saurait se faire au détriment de la filière scientifique. Au prix d'un nivellement par le bas dont notre système éducatif ne cesse de faire les frais pour conduire le maximum de jeunes au baccalauréat. Encore une fois, on va déshabiller Paul pour habiller Jacques.
Résultat, la section L va peut-être progresser en effectifs, mais pas en qualité. Quant à la section S, elle perdra sur tous les plans. Et ce n'est pas le renforcement de son programme d'histoire-géographie en classe de première qui comblera cette perte. Chacun sait que la compréhension grandit avec le nombre des années et la maturité.
À l'heure où les Français sont appelés à réfléchir sur l'identité nationale, on se demande comment pareille idée a pu germer. Elle est en complète contradiction avec la volonté affichée de donner des repères à une société qui se cherche, à des jeunes qui peinent à trouver parfois leur place. La France a une âme que des siècles d'histoire, pour le meilleur et pour le pire, ont petit à petit forgée. Il est indispensable d'en avoir conscience.
Au-delà, c'est l'enseignement de l'histoire en général, des plus petites aux plus grandes classes de notre système éducatif, qui mériterait d'être revu et corrigé. Quel intérêt de revisiter notre passé depuis l'Antiquité à chaque niveau de l'école primaire, du CP au CM2 ? L'apprentissage chronologique est à peu près respecté au collège, mais il est abandonné pour devenir thématique au lycée. Comme si, à 15 ou 16 ans, on avait la même aisance pour jongler avec les siècles qu'à l'âge universitaire. La société médiatique du « flash », du « zoom » et du « zapping » n'a pas sa place dans une enceinte scolaire, où rigueur et logique doivent être de mise.
L'histoire et la géographie sont affaire de savoirs. Pas de « pédagogisme » ou de méthodologie, porte ouverte aux comparaisons hâtives, aux erreurs d'interprétation ou aux ignorances les plus graves.
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vendredi, 04 décembre 2009
Pourquoi pas un vrai service civique ?
Par Luc Ferry,
ancien ministre de l'Education nationale.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 03 décembre 2009.
Je ne suis partisan ni du grand emprunt (on pouvait trouver l'argent autrement) ni des cadeaux absurdes faits aux restaurateurs. L'État est en faillite et ce n'est pas le moment, voilà tout. Mais si grand emprunt il doit y avoir, autant l'utiliser au mieux. Et puisqu'on relance à tout-va les thèmes de l'identité nationale et de l'insécurité, pourquoi ne pas rétablir, comme promis pendant la campagne électorale, un grand service national, non plus militaire, mais civil et civique ?
Plutôt que de s'en tenir à des débats théoriques sur la nation, dont le seul objet véritable est d'embarrasser la gauche (certes, ça marche à merveille, mais est-ce une raison suffisante ?), on offrirait au moins une réponse concrète à une question bien réelle : comment réconcilier les jeunes, les enfants des banlieues comme ceux des bobos, avec les principes élémentaires de la morale républicaine ? Quand on voit les hordes sauvages qui montent à la capitale pour casser, désormais à coups de marteaux (on n'arrête pas le progrès !) du «keuf» et du journaliste, on se dit que ce ne serait pas du luxe. Dans la rubrique investissements pour l'avenir, je ne vois guère plus urgent ni plus utile. On me dira que c'est en cours, sous la houlette compétence de Martin Hirsch. Je le sais, j'y ai contribué et je m'en réjouis. Mais le budget affecté à cette opération est ridicule. Il ne permet pas de faire les choses en grand afin de contrebalancer les effets désastreux de la suppression irréfléchie de ce creuset républicain qu'était, malgré tous ses défauts, le service militaire. Lors de sa mise en place, le nouveau service civique ne touchera que cinq ou six mille volontaires, alors qu'une classe d'âge compte plus de 700 000 jeunes. Une misère par rapport aux besoins réels.
À la demande du président de la République et du premier ministre, le Conseil d'analyse de la société, que je préside, a auditionné et travaillé pendant plus d'un an pour répondre à toutes les questions concrètes que pose la mise en œuvre d'un tel projet : quelle durée faut-il envisager (trois mois, six mois, un an, des périodes ?), quel budget en fonction de cette durée et du nombre de jeunes concernés, quelles tâches leur confier, étant entendu qu'il faut éviter les stages «photocopies-café» qui ne sont d'aucune utilité pour personne, comment vérifier que les missions seront bien d'intérêt général, comment éviter qu'elles empiètent, surtout en période de chômage, sur l'emploi marchand, sur quels critères habiliter les associations qui vont offrir ces projets, faut-il héberger les jeunes, les nourrir, les habiller, faut-il les rémunérer et, si oui, de quel montant, avec quelle protection sociale, comment instaurer une vraie mixité sociale, créer à cette fin des chantiers collectifs plutôt que des engagements individuels, faut-il instaurer une agence pour gérer le dispositif, vérifier qu'on n'a pas affaire à une nouvelle usine à gaz, etc. Bref, dès qu'on se plonge un tant soit peu dans le sujet, on voit qu'il est infiniment plus complexe qu'on ne l'imagine a priori.
Sur ces questions et quelques autres, notre rapport (1) s'est attaché à explorer toutes les hypothèses, à les budgéter, ainsi qu'à proposer chaque fois des solutions. Une question a hanté notre travail : un tel service doit-il être obligatoire ou volontaire ? À l'évidence, un service obligatoire poserait, s'il devait s'imposer dans l'immédiat, des problèmes insolubles, et pas seulement sur le plan budgétaire. Pour une période de six mois, il reviendrait environ à cinq milliards d'euros par an, ce qui peut paraître dissuasif.
Mais il y a plus grave : le vrai problème, c'est que nous ne disposons pas a priori et d'un seul coup des 700 000 «postes» qu'il faudrait offrir aux jeunes, tant s'en faut ! En outre, les associations susceptibles de les accueillir sont toutes, sans exception aucune, hostiles à une obligation qui tue à leurs yeux l'idée même d'engagement et pose des problèmes insolubles de simple police. Toutes les personnalités que nous avons auditionnées se sont rendues à l'évidence, y compris celles qui défendaient le plus ardemment l'obligation : il faut, au moins pendant cinq ans, mettre provisoirement le problème de côté et faire monter le dispositif en puissance autant qu'il est possible, pour passer, le cas échéant en fin de parcours, à un service obligatoire. Raison de plus pour ne pas commencer en jouant petits bras. Le grand emprunt ne pourrait-il y aider ?
(1) Pour un service civique, publié aux éditions Odile Jacob.
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samedi, 10 octobre 2009
Un reflet du désespoir qui règne à l'école.
Par Chantal Delsol,
Philosophe, Membre de l'Institut.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 09 octobre 2009.
Devenus impuissants à lutter contre l'absentéisme scolaire, quelques lycées ont pris la décision de récompenser les classes assidues en leur consentant des «cagnottes» permettant de financer des projets comme l'obtention de permis de conduire ou des voyages. L'affaire fait grand bruit. Affaire de détail, mais si révélatrice de l'état où se trouve l'institution scolaire.
Ceux qui considèrent l'enfant comme un citoyen à part entière, autonome par nature, nanti de toutes sortes de droits (dont le droit de grève) qu'il peut revendiquer avec véhémence, devraient juger la chose normale : l'enfant est aussi un travailleur comme un autre, susceptible de recevoir des émoluments pour sa présence et son labeur.
Naturellement, les défenseurs de cette mesure arguent qu'il ne s'agit pas de rétribuer l'élève personnellement, mais de financer toute une classe pour son assiduité. En quoi serait-ce plus justifiable ? L'idée de «cagnotte» suppose une responsabilité collective. Ce qui est parfaitement injuste. La responsabilité collective ne s'entend que dans un groupe communautaire, c'est-à-dire réuni par des liens de sang, de croyance ou d'affection indélébile, ou à la limite, dans un groupe menacé en situation exceptionnelle. Une classe n'est pas une communauté, mais un ensemble de personnes réunies par un but commun, qui peuvent être solidaires, mais ne répondent pas les unes des autres. On imagine la pression des bons élèves sur les habitués de l'école buissonnière… La rétribution a clairement été collectivisée pour échapper au reproche de l'individualisme marchand. Car il est bien curieux de voir sortir cette mesure dans une société où toute relation d'argent est vilipendée à temps et à contretemps. Autrement dit : l'argent doit vous paraître détestable, sauf à être remis au groupe tout entier. Quelle hypocrisie.
Pantalonnade
La mesure, qui sera tentée à titre d'essai dans quelques lycées, traduit, au-delà de son aspect de pantalonnade, le désespoir qui règne dans l'école. Elle nous apprend (cela n'est pas clamé sur les toits, naturellement), que l'absentéisme est devenu monnaie courante au lycée. On peut comprendre que beaucoup d'élèves multiredoublants, qui ne restent là que par obligation de présence avant d'avoir le droit légal de travailler, s'ennuient mortellement et préfèrent tâter des petits boulots au lieu d'écouter à longueur de journée des cours qui ne les concernent plus. Il faut comprendre aussi que l'on ne peut plus punir les absences, et il faut comprendre que les parents n'ont plus l'autorité suffisante pour persuader un adolescent de 15 ans d'aller à l'école.
L'Éducation nationale finira-t-elle par se rendre compte qu'il serait préférable pour certains enfants de commencer un apprentissage plus tôt, et que son patron en lui imposant de venir travailler le matin, le construira au lieu de le détruire (les patrons sont tous des exploiteurs, comme on sait) ? Finira-t-elle par saisir que des punitions justifiées construisent l'adolescent en même temps qu'elles le contraignent (la contrainte est fasciste, comme on sait) ? Les parents finiront-ils par saisir que surveiller et punir un enfant n'est pas un délit foucaldien, mais un geste de construction de la personnalité ?
Des générations de petits tyrans
Nous nous trouvons là devant l'impuissance affichée d'adultes terrorisés par des enfants-rois : lesquels, en conséquence, ne deviendront pas des adultes, puisque personne n'ose leur fixer des limites. Nous fabriquons des générations de petits tyrans, qui continueront de se croire tout permis, exhiberont un ego surdimensionné, et se prétendront victimes des moindres déboires de la vie, à moins qu'ils ne deviennent tout simplement des flambeurs criminels.
En même temps, cette méthode proprement incroyable pour répondre au problème de l'absentéisme scolaire signe le caractère décidément maternel, et despotique au sens littéral, de l'État français. Au même moment, on nous annonce l'installation de brigades de sécurité scolaire qui pourront intervenir dans les lycées menacés de violences. C'est dire que l'État se donne pour mission d'éduquer lui-même les enfants, à savoir à la fois de punir et de récompenser. Ce qui revient aux familles, si elles veulent, du moins, façonner des enfants autonomes, c'est-à-dire capables d'intérioriser les normes morales pour pouvoir ensuite se les donner à soi-même. L'État qui récompense et punit à la place des parents, méprise les groupes intermédiaires, ignore tout ce qui peut se glisser entre lui et l'individu solitaire, et finit par devenir le maître des esprits et des cœurs. Le rôle de l'État, dans la situation présente, serait davantage d'inciter les parents à remplir leur mission, de les y aider, et éventuellement de les priver d'allocations familiales s'ils négligent de s'acquitter de leurs devoirs légitimes. Sans groupes intermédiaires conscients de leur rôle et même jaloux de leur rôle, l'État devient le directeur d'un immense jardin d'enfants qui tape sur les doigts et distribue des sucettes. Parce qu'il n'a pas les moyens d'éduquer à l'autonomie, il peut seulement répondre en aval aux conséquences des sottises enfantines.
Devoir payer quelqu'un pour qu'il accomplisse son simple devoir, c'est légitimer l'émergence d'une société à la fois irresponsable et matérialiste.
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mercredi, 18 mars 2009
Esprit français, es-tu là ?
Par Xavier Darcos,
Ministre de l'Education nationale, Membre de l'Institut.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 18 mars 2009.
Parmi les grandes démocraties contemporaines, la France occupe, historiquement, une place particulière, parce qu'elle a toujours accordé au savoir et aux idées une prééminence dans la conduite du débat public et, partant, de l'action politique.
Et lorsque les intellectuels semblent moins s'exprimer, on leur fait reproche de leurs "salves de silence". On y voit une sorte de trahison ou de manquement. Car cette vigilance de l'esprit constitue un utile contre-pouvoir, une force dialectique, un stimulant. Cette singularité est un atout dans une société soumise au rythme de l'information immédiate et éphémère, dans laquelle tout se perd et tout se vaut.
Cet usage résulte, comme chacun sait, de la figure française de "l'auteur engagé". Depuis Voltaire, au moins, il s'identifie à une résistance face à l'institution, même si de grands esprits et des plumes alertes ont aussi pu accompagner les ambitions de la nation, tels les poètes de la Pléiade contribuant à l'unification linguistique et politique du royaume de France sous François Ier.
Mais cette vision émane aussi de notre héritage positiviste, qui a scellé une alliance du monde intellectuel et du monde politique, en fondant le progrès social sur les avancées de la science et de la vérité critique. C'est à cette longue tradition que se référait Nicolas Sarkozy en rappelant, au cours de sa campagne présidentielle, qu'il n'y a pas de projet politique sans véritable projet scolaire - entendez par là, sans revenir aux racines mêmes du projet républicain qui a voulu fonder le pacte social sur le partage du savoir, sur l'accès aux monuments de la culture et de la pensée. Tout honnête homme, quelle que soit son appartenance politique, désire l'avènement d'une société éclairée où progressent pour tous les valeurs de liberté et de justice.
D'où vient alors ce soupçon perpétuel qui pèse sur nos gouvernements, quelles que soient leur appartenance et les mesures qu'ils adoptent ? Le voici qui se réanime bruyamment, oscillant entre le procès en illégitimité et l'accusation de vouloir bâillonner culture et libre pensée.
Comment expliquer que dans un pays qui a magnifié à ce point l'usage de la raison ou l'examen des preuves, le rationnel semble exilé du débat public, tandis que la rumeur, l'outrance, la théorie du complot ou le déni de vérité s'instillent jusque dans les sphères les plus éclairées du monde intellectuel ? La dérive n'est pas inusitée, certes. Montaigne voyait déjà dans la "passion du courroux" un puissant ennemi du dialogue raisonnable, vouant à l'échec la cause de la vérité : "Il n'est passion qui ébranle tant la sincérité des jugements que la colère." Je m'étonne : par paradoxe, cet excès de passion semble désormais le premier argument de ceux qui entendent défendre les intérêts de la raison.
Cette tendance imprécatrice blesse l'intelligence. Elle me choque : non seulement parce qu'elle peut émaner de personnalités que j'admire et auprès desquelles j'ai appris et travaillé ; mais aussi parce qu'elle encourage le monde du savoir dans une défiance explicite, voire obligée, à l'égard du politique, au risque d'une rupture entre ces deux alliés du projet républicain.
Lorsqu'on laisse utiliser le sceau et la typographie officielle de la Sorbonne pour publier des tracts parodiques appelant au procès du président de la République, ce n'est pas seulement la représentation du peuple que l'on bafoue : ce sont aussi les efforts et le mérite de tous ceux qui ont obtenu leur doctorat frappé de ce même sceau que l'on déprécie. Affaiblir le pouvoir, galvauder l'image du savoir, ridiculiser ses espèces, c'est faire la part belle à tous les populismes, voire aux obscurantismes qui rêvent toujours de couper durablement la politique de l'esprit.
Personne n'a intérêt à encourager cette dérive. Personne n'en sortira gagnant. Et surtout, personne ne peut en justifier les vrais ressorts, qui sont le dévoiement de la fonction critique de l'intellectuel, au profit d'intérêts partisans ou caricaturaux. Il suffit, pour s'en convaincre, de fréquenter certains blogs ou certains forums dans lesquels les exposés les plus brillants sont parfois consacrés aux arguties de thèses les plus insensées, assorties de procès en sorcellerie ad hominem.
Là n'est pas l'exigence de l'esprit d'examen et de la rigueur morale qui ont fait le prestige de notre tradition intellectuelle - et, même, je le reconnais, sa précellence sur un personnel politique soumis aux aléas de l'opinion et aux contraintes du transitoire.
Comme ministre, mais aussi comme professeur, je crois que nous devons sortir le débat d'idées de ce registre polémique, sophistiqué et agressif, dans lequel il est actuellement tenté de s'enfermer. Les politiques ne sont pas les ennemis du savoir - surtout pas ceux de cette majorité qui a fait de l'université et de la recherche une priorité.
Dans un monde où les valeurs matérielles et vénales basculent sous leur propre échec, les intellectuels vont, une fois encore, se trouver aux avant-postes pour inventer une autre utopie sociale. Nous avons soif de leurs clartés, d'autant que nous n'avons d'autre moteur du progrès que la connaissance. L'affaire ne se clive pas entre les bons (la gauche) et les méchants (la droite).
Cette supputation est inféconde. Elle donne un exemple désastreux à notre jeunesse, en privilégiant la querelle ou le préjugé plutôt que la controverse argumentée. De quelque côté que nous nous trouvions, nous pouvons disputer et penser des convergences utiles.
Bref, et si on retrouvait cette forme de l'excellence de l'esprit français, "l'art de conférer" ?
15:00 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, education, sarkozy, darcos, ump, sarkosy, ps, pc, modem, verts
jeudi, 22 janvier 2009
Darcos : "L'absentéisme, un fléau pour l'école"
Interview de Xavier DARCOS,
Ministre de l'Education nationale.
Publié dans Le Figaro,
le 22 janvier 2009.
Le ministre va recruter 5 000 agents pour alerter les familles sur les absences de leurs enfants.
LE FIGARO. - L'absentéisme est devenu un problème majeur pour l'école, au point que vous l'avez inscrit au rang de vos priorités. Que comptez-vous faire ?
Xavier DARCOS. - Je veux faire de l'absentéisme une grande cause de l'Éducation nationale. De plus en plus d'élèves sont absents de manière régulière. Or, tout est lié. L'absentéisme mène au décrochage, qui conduit à l'échec scolaire, lequel mine l'insertion professionnelle et sociale des jeunes. Et c'est lorsqu'un jeune n'est plus encadré, qu'il n'a plus de projet, qu'il peut être conduit à tous les échecs. L'absentéisme est un fléau, et les solutions actuelles pour y remédier ne fonctionnent pas. Certains établissements préviennent les parents rapidement via des SMS ou des appels téléphoniques, mais cela ne suffit pas. Que fait-on lorsque les familles ne veulent pas se déplacer ou ne répondent pas aux appels de l'école ? L'école doit alors aller à leur rencontre. Avec Fadela Amara, qui fait un travail admirable auprès de ces jeunes, nous avons décidé de recruter 5 000 «médiateurs de la réussite scolaire», qui feront l'interface entre l'école et les parents.
Qui seront ces médiateurs ?
Ce seront des personnes qui connaissent les quartiers, les familles, mais qui relèveront de l'Éducation nationale. Il s'agit d'emplois aidés dans le cadre du plan de relance. Ont été ciblés 215 quartiers en difficulté dans lesquels le médiateur aura aussi une fonction d'insertion. C'est important, car, géographiquement, les écoles, collèges et lycées de l'éducation prioritaire sont plus touchés que les autres. Ils seront opérationnels dès le mois de mars pour remplir leur mission.
L'orientation est un casse-tête pour les jeunes et leurs familles. Que comptez-vous faire pour les aider ?
L'orientation était, il est vrai, un des thèmes centraux de la réforme du lycée. Actuellement, le système est trop complexe, opaque, et génère de véritables «délits d'initiés». Il ne fonctionne bien que pour ceux qui savent s'y retrouver. Dès la rentrée prochaine, les élèves et leurs parents pourront recevoir des conseils et des informations par le biais d'une plateforme téléphonique accessible tous les jours jusqu'à 20 heures, doublée d'un service de réponses par Internet, qui sera placée sous l'égide de l'Onisep. Elle associera des conseillers d'orientation psychologues, mais également des acteurs économiques. Nous allons faire en sorte, en outre, que les rendez-vous en tête à tête soient plus fréquents dans les établissements les plus défavorisés. Par ailleurs, à titre expérimental, certains établissements vont consacrer une semaine à l'orientation en milieu d'année.
» Les propositions du Conseil d'orientation pour l'emploi
Les parents sont souvent désarmés devant la complexité des programmes. Peut-on démocratiser le système ?
Je veux donner à chacun la possibilité d'accéder à l'ensemble des savoirs dispensés à l'école. C'est pourquoi, dès le mois de juin, nous allons mettre sur Internet tous les programmes du CP à la terminale. Cette «académie en ligne» sera gratuite et reprendra tous les cours dispensés dans le cadre du Centre national d'enseignement à distance.
Vous avez réformé la formation des enseignants en supprimant une année de stage rémunérée. La qualité de leur formation ne risque-t-elle pas d'y perdre ?
Personne ne conteste l'objectif de cette réforme, qui est de recruter des enseignants disposant d'un niveau de qualification plus élevé. Ils auront tous désormais un master (bac + 5), au lieu d'un bac + 3 ou + 4, qui leur permettra d'entrer plus facilement sur le marché du travail s'ils ne sont pas reçus aux concours d'enseignants. Les futurs enseignants seront aussi mieux préparés à leur métier puisqu'ils auront la possibilité d‘accomplir des stages de mise en pratique professionnelle dans les établissements scolaires, avant même de passer le concours. Enfin, cette réforme s'accompagne d'une véritable revalorisation des débuts de carrière. Les enseignants débutants reçoivent déjà, depuis cette rentrée une prime d'entrée dans la carrière de 1 500 euros, mais nous irons plus loin.
À Paris, plusieurs centaines de maîtres refusent d'appliquer le soutien scolaire que vous avez mis en place. Comment jugez-vous leur comportement ?
On parle beaucoup de la centaine d'enseignants militants qui agissent par pure idéologie et pas assez des 380 000 professeurs des écoles qui font leur travail avec un grand dévouement. Quand un professeur refuse d'aider ses élèves, il rompt la confiance que la Nation place dans l'école.
LE FIGARO. - L'absentéisme est devenu un problème majeur pour l'école, au point que vous l'avez inscrit au rang de vos priorités. Que comptez-vous faire ?
Xavier DARCOS. - Je veux faire de l'absentéisme une grande cause de l'Éducation nationale. De plus en plus d'élèves sont absents de manière régulière. Or, tout est lié. L'absentéisme mène au décrochage, qui conduit à l'échec scolaire. L'insertion professionnelle et sociale des jeunes est alors menacée. Lorsqu'un jeune n'est plus encadré, qu'il n'a plus de projet, il peut être confronté à tous les échecs. L'absentéisme est un fléau, et les solutions actuelles pour y remédier ne fonctionnent pas. Certains établissements préviennent les parents rapidement via des SMS ou des appels téléphoniques, mais cela ne suffit pas. Que fait-on lorsque les familles ne veulent pas se déplacer ou ne répondent pas aux appels de l'école ? L'école doit alors aller à leur rencontre. Avec Fadela Amara, qui fait un travail admirable auprès de ces jeunes, nous avons décidé de recruter 5 000 «médiateurs de la réussite scolaire», qui feront l'interface entre l'école et les parents.
Qui seront ces médiateurs ?
Ce seront des personnes qui connaissent les quartiers, les familles, mais qui relèveront de l'Éducation nationale. Il s'agit d'emplois aidés dans le cadre du plan de relance. Ont été ciblés 215 quartiers en difficulté dans lesquels le médiateur aura aussi une fonction d'insertion. C'est important, car, géographiquement, les écoles, collèges et lycées de l'éducation prioritaire sont plus touchés que les autres. Ils seront opérationnels dès le mois de mars pour remplir leur mission.
L'orientation est un casse-tête pour les jeunes et leurs familles. Que comptez-vous faire pour les aider ?
L'orientation était, il est vrai, un des thèmes centraux de la réforme du lycée. Actuellement, le système est trop complexe, opaque, et génère de véritables «délits d'initiés». Il ne fonctionne bien que pour ceux qui savent s'y retrouver. Dès la rentrée prochaine, les élèves et leurs parents pourront recevoir des conseils et des informations par le biais d'une plateforme téléphonique accessible tous les jours jusqu'à 20 heures, doublée d'un service de réponses par Internet, qui sera placée sous l'égide de l'Onisep. Elle associera des conseillers d'orientation psychologues, mais également des acteurs économiques. Nous allons faire en sorte, en outre, que les rendez-vous en tête à tête soient plus fréquents dans les établissements les plus défavorisés. Par ailleurs, à titre expérimental, certains établissements vont consacrer une semaine à l'orientation en milieu d'année.Les parents sont souventdésarmés devant la complexitédes programmes. Peut-on démocratiser le système ? Je veux donner à chacun la possibilité d'accéder à l'ensemble des savoirs dispensés à l'école. C'est pourquoi, dès le mois de juin, nous allons mettre sur Internet tous les programmes du CP à la terminale. Cette «académie en ligne» sera gratuite et reprendra tous les cours dispensés dans le cadre du Centre national d'enseignement à distance.
Vous avez réformé la formation des enseignants en supprimant une année de stage rémunérée. La qualité de leur formation ne risque-t-elle pas d'y perdre ?
Personne ne conteste l'objectif de cette réforme, qui est de recruter des enseignants disposant d'un niveau de qualification plus élevé. Ils auront tous désormais un master (bac + 5), au lieu d'un bac + 3 ou + 4, qui leur permettra d'entrer plus facilement sur le marché du travail s'ils ne sont pas reçus aux concours d'enseignants. Les futurs enseignants seront aussi mieux préparés à leur métier puisqu'ils auront la possibilité d‘accomplir des stages de mise en pratique professionnelle dans les établissements scolaires, avant même de passer le concours. Enfin, cette réforme s'accompagne d'une véritable revalorisation des débuts de carrière. Les enseignants débutants reçoivent déjà, depuis cette rentrée une prime d'entrée dans la carrière de 1 500 euros, mais nous irons plus loin.
À Paris, plusieurs centaines de maîtres refusent d'appliquer le soutien scolaire que vous avez mis en place. Comment jugez-vous leur comportement ?
On parle beaucoup de la centaine d'enseignants militants qui agissent par pure idéologie et pas assez des 380 000 professeurs des écoles qui font leur travail avec un grand dévouement. Quand un professeur refuse d'aider ses élèves, il rompt la confiance que la Nation place dans l'école.
Propos recueillis par Christine Ducros, Marie-Amélie Lombard-Latune, Marie-Estelle Pech, Aude Sérès pour Le Figaro.
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mardi, 23 décembre 2008
Mouvement des lycéens : mensonges, mensonges.
Par Chantal Delsol,
Membre de l'Institut.
Tribune publiée dans Le Figrao,
le 22 décembre 2008.
Le philosophe et écrivain Chantal Delsol, auteur du livre «Qu'est-ce que l'homme ?», livre son analyse de la révolte étudiante.
Manque de moyens : tel est le voile pudique sous lequel on camoufle, année après année, le mécontentement des lycéens et étudiants. On sait bien que, dans le domaine éducatif, le pays est pourtant surdoté. Le malaise, qui tourne au désespoir, provient d'autre chose : c'est la vérité qui manque.
Née de parents nantis par le développement des Trente Glorieuses, la jeunesse de ce début de siècle a généralement bénéficié d'une certaine aisance financière familiale. Éduquée par la génération 68, elle n'a guère vu passer d'interdictions et on s'est abstenu de lui réclamer des efforts, lui susurrant au contraire qu'elle avait tous les droits. Ses parents, qui ont acquis un niveau d'études nettement supérieur à celui de la génération précédente, pensaient que l'élan allait se poursuivre avec leurs enfants : ton grand-père n'avait pas son bac, je suis professeur, tu feras Normale, mon fils, ou alors tu es un nul… D'où le ressentiment quand le fils se retrouve dans la masse des AES (1) ou des LEA (2) sous-dotés et sans espoir. L'appréciation d'une situation s'inscrit toujours dans un temps et dans un lieu. La situation actuelle de la jeunesse n'est pas déplorable en soi, mais au regard des attentes et du progrès espéré. Elle s'est imaginé - irréalisme naïf - que la montée vers plus de diplômes, plus d'argent, plus de confort, s'inscrivait dans un Destin inéluctable. Et on s'est bien gardé de la détromper : on a joué d'une démagogie honteuse. Mensonges.
Nous avons au contraire tout organisé pour laisser croire à ce progrès indéfini, en accumulant les trompe-l'œil : par exemple, la multiplication des diplômes qui deviennent des assignats. Nous avons beaucoup trop de diplômés pour le nombre de postes à hautes responsabilités auxquels ils pensent pouvoir aspirer légitimement. Un pays ne peut pas être entièrement peuplé d'avocats, de médecins spécialisés et d'enseignants-chercheurs. Nous avons gonflé nos enfants d'une prétention imbécile en leur inspirant constamment le mépris du plombier. Nous leur avons soufflé qu'ils étaient tous des intellectuels (comme cela est français !), et avaient droit à un job correspondant à leurs désirs. Mensonges.
L'acquisition du baccalauréat d'abord, des diplômes universitaires ensuite, s'est largement «démocratisée» (le mot est absurde mais c'est celui-ci qui est compris). Les universités ont créé à tour de bras des bac + 5 et abaissé considérablement le niveau d'exigence à l'entrée de ces spécialisations. La conséquence : de nombreux étudiants, nantis d'un Master 2, ont tout juste un niveau de secrétaire de direction, si l'on regarde leur maîtrise de la langue, leur niveau culturel et leur éducation générale (ce qui n'est pas rien). Le petit pourcentage (non évaluable) de jeunes brillants et doués n'a certainement pas changé avec le temps : mais la distribution des diplômes a convaincu un grand nombre qu'ils ont atteint ce niveau supérieur. On le leur a fait croire, depuis que Laurent Fabius expliquait qu'en donnant le bac à 80 % des élèves on élèverait le niveau général… Mensonges. Finalement, la grande majorité des étudiants qui expriment leur révolte dans la rue sont frustrés de ne pas obtenir des places qu'on leur a laissé espérer par pure démagogie, car ces places n'existent pas en si grand nombre, et de surcroît beaucoup d'entre eux ne sont pas capables de les occuper. Depuis leur petite enfance, on leur a menti. On leur a menti en leur disant qu'ils pouvaient dire merde à leurs parents et que ce genre de chose tout au long de la vie faisait rire tout le monde. On leur a menti en leur disant que c'était à la société de s'adapter à eux, et non le contraire, parce qu'ils étaient le centre du monde. On leur a menti en jetant de la dérision partout autour d'eux et en leur disant que rien n'avait d'importance, que rien n'était grave, et qu'il suffisait de faire l'imbécile dans la vie pour être heureux. On leur a menti en leur disant qu'ils n'avaient de devoir envers personne (parce qu'ils n'ont pas demandé à naître, et d'ailleurs nous non plus), qu'ils ne devaient rien à personne et pouvaient s'occuper exclusivement d'eux-mêmes. On leur a menti en leur disant qu'une société organisée de cette façon serait beaucoup plus gaie et heureuse parce que débarrassée des devoirs réactionnaires, et embrassons-nous Folleville.
La masse des mensonges dont ils sont recouverts les laisse à peine respirer. On n'aperçoit au milieu de ce tas d'ordures que des regards apeurés et haineux. Et toute cette boue de mensonge, c'est nous qui l'avons mise. En tout cas, qui ne sommes pas parvenus à la nettoyer, car certains d'entre nous ont passé leur vie entière à clamer comme des Cassandre qu'une génération nourrie au mensonge finit en buvant le fiel de la haine.
Le principe de plaisir, qui était l'armature des idéologies utopiques, est resté l'armature de l'éducation une fois disparus les grands récits. Car on peut se libérer des contenus, mais les esprits demeurent construits par une forme dans laquelle les nouveaux contenus se glissent, toujours de la même manière. La génération précédente attendait, selon le principe de plaisir, une société où chacun travaillerait selon son envie et serait payé selon ses besoins. La génération actuelle attend, selon le principe de plaisir, une société où l'État verserait des salaires (corrects) à des dizaines de millions de psychologues simplement parce que ceux-ci ont désiré s'inscrire dans ces formations, sans se demander une seconde s'il existait une demande suffisante pour répondre à leurs désirs.
Pourquoi tant de Français ont-ils tendance à dire que cette situation provient d'un déficit d'allocations (il faudrait payer les étudiants pour étudier) et d'un capitalisme asocial (les salaires sont trop bas) ? Parce que nous voulons nous cacher à nous-mêmes les mensonges que nous connaissons trop bien. Et parce que nombre d'entre nous sont si matérialistes qu'ils regardent tous les problèmes en terme de manque d'argent. Des valeurs immatérielles comme l'effort ou le mérite paraissent stériles et surannées. Il y a des pays où l'allocation étudiant existe, mais elle est corrélée à l'effort, on ne la donne qu'à ceux qui travaillent et réussissent leurs examens, et ces conditions seraient pour nous discriminantes !
En France, la sélection est un gros mot. Le baccalauréat est largement distribué, l'entrée à l'université automatique. Tout se passe comme si tous étaient également capables et également travailleurs, et comme si la sélection ne devait pas s'instaurer en fin de compte, et durement, au moment de la recherche d'emploi. Mensonges, mensonges. Le lycée, en dépit de nombre d'enseignants compétents et dévoués, accepte par une démagogie honteuse que des adolescents fassent la grève, ce qui les laisse croire qu'ils sont déjà, avant de l'avoir mérité par eux-mêmes, des partenaires responsables dans le jeu social : mensonges… L'université est devenue une sorte de parking où l'on vient refaire ses forces en attendant la galère de la recherche de travail. Nous regorgeons d'étudiants fantômes, qui s'inscrivent (parfois après avoir passé la sélection de Master 2) pour deux ou trois centaines d'euros, puis profitent de tous les avantages du statut étudiant et n'assistent pas aux cours ni ne viennent passer l'examen. Ou encore, nombre d'étudiants qui ont raté en juin ne viennent pas passer la session de septembre. Ils préfèrent redoubler plutôt que passer l'été à réviser. Mais on tait cela pudiquement, car les étudiants doivent tous être considérés comme des victimes épuisées, jamais comme des profiteurs. Mensonges.
Trop longtemps cachée, la vérité n'est-elle pas souvent cruelle ? Quand elle finit par affleurer à la conscience, ceux qui ont été trompés se retournent ordinairement contre les falsificateurs. Habités par le désespoir et la haine, ils casseraient bien le leurre qu'on leur a construit. Il va nous falloir un jour prochain assumer les fruits amers d'une démagogie peu glorieuse : mentir à la jeunesse, c'est la pire des démagogies.
(1) AES : Administration économique et sociale. (2) LEA : Langues étrangères appliquées.
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jeudi, 18 décembre 2008
Intervention du Président de la République à l'issue du Conseil des ministres du 17 décembre 2008.
Dans l’éducation nationale, un travail de réforme sans précédent a déjà été accompli.
Il était nécessaire. Car notre école peine aujourd’hui à remplir ses missions. On sait par exemple que 15% des élèves quittent l’école primaire en ayant de graves lacunes en lecture, en écriture et en mathématiques.
Jusqu’à présent la seule réponse à ces difficultés avait été l’augmentation des moyens : en 20 ans, le budget de l’Education nationale a été multiplié par deux.
Il fallait changer de stratégie. L’éducation nationale ne peut se contenter de répéter, année après année, les mêmes formules, alors que leur échec est devenu évident.
Sous l’impulsion de Xavier Darcos, et avec l’entier soutien de François Fillon et de moi-même, des réformes très importantes ont déjà été faites, en dix-huit mois seulement :
• L’école primaire a été réformée : les programmes scolaires ont été réécrits, l’organisation du temps scolaire a été repensée, des évaluations-bilan des acquis des élèves ont été mises au point, un droit d’accueil a été mis en place à l’école primaire.
• L’enseignement professionnel a été rénové, avec la généralisation du baccalauréat professionnel (« bac pro ») en 3 ans et la multiplication des « lycées des métiers ».
• Un accompagnement éducatif après les cours a été instauré, gratuit et accessibles à tous les élèves, ainsi que des stages de remise à niveau pendant les vacances.
• La carte scolaire a été assouplie, et elle accorde enfin une réelle priorité aux élèves boursiers.
• La scolarisation des élèves handicapés a beaucoup progressé, avec la création de 4700 postes d’assistants de vie scolaire.
Toutes ces réformes se sont accompagnées d’un fort engagement budgétaire.
En 2009, le budget de la mission « enseignement scolaire », premier budget de l’État, s’élèvera à 60 milliards d’euros.
Grâce à l’effort budgétaire accompli par le Gouvernement, de très nombreux professeurs ont vu leur pouvoir d’achat augmenter sensiblement : plus de 410 millions d’euros supplémentaires ont déjà été consacrés à la revalorisation de la condition enseignante, grâce notamment à l’augmentation du taux des heures supplémentaires et à leur défiscalisation partielle.
Le travail de réforme se poursuivra.
Ainsi par exemple, la formation des professeurs sera améliorée. Recrutés au niveau du master à partir de 2010, les candidats aux concours disposeront de bases académiques plus solides. Valérie Pécresse et Xavier Darcos mènent dans ce domaine une action résolue et efficace que je salue.
Le lycée sera également réformé, pour que les jeunes de France soient mieux préparés aux études supérieures et à leur vie d’adulte. C’est un sujet à la fois capital et très compliqué, qui tient à cœur à tous les Français, puisque c’est de l’avenir de notre jeunesse dont il est question. Mais ce n’est pas parce que le consensus est difficile à trouver qu’il faudrait baisser les bras, bien au contraire.
Je remercie vivement Xavier Darcos des propositions très utiles qu’il a déjà faites pour qu’à l‘avenir les besoins particuliers de chaque lycéen soient mieux pris en compte et que le système des filières, qui met la section S au centre de tout, soit corrigé et rééquilibré. Ce qui est en cause c’est le choix des bonnes orientations. Et c’est la réussite dans l’enseignement supérieur. Je rappelle que la moitié des jeunes qui entrent dans l’enseignement supérieur le quittent sans diplôme avant 2 ans. C’est un gâchis inacceptable. Il faut préparer notre jeunesse à réussir ses études supérieures.
Xavier a souhaité vous le savez se donner du temps pour mieux expliquer pourquoi il faut réformer le lycée et comment il faut le faire. J’ai approuvé cette proposition car je tiens vraiment à ce que cette réforme essentielle pour nos jeunes aboutisse. Xavier Darcos sait qu’il peut compter sur mon soutien et sur celui du Premier ministre, comme sur celui de chacun de ses collègues du Gouvernement.
18:25 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, education, sarkozy, darcos, ump, sarkosy, ps
mardi, 16 décembre 2008
Ferry : "Il faut transformer le lycée de toute façon."
Entretien avec Luc FERRY,
ancien Ministre de l'Education nationale.
Publié dans Le Figaro,
le 16 décembre 2008.
L'ancien ministre de l'Éducation nationale de Jacques Chirac observe que le contexte de crise a nui au projet.
LE FIGARO. - Êtes-vous étonné par ce revirement du gouvernement sur la réforme du lycée ?
Luc FERRY. - Je suis très surpris parce que j'ai vu Xavier Darcos il y a quatre jours pour lui dire tout le bien que je pensais de sa réforme du lycée. Alors que je suis au contraire très négatif sur sa réforme du primaire qui consiste à supprimer des heures de cours.
Cela me rappelle à quel point j'étais désespéré, anéanti lorsque Chirac m'avait demandé de retirer mon texte sur l'autonomie des universités en 2003. Cette réforme du lycée, il fallait la faire car la série littéraire (L) est exsangue. Un rééquilibrage des filières était nécessaire. Il s'agissait aussi de mieux préparer les jeunes à l'université et de supprimer des heures de cours. Une heure en moins, c'est 4 000 postes économisés. Avec les deux heures et demie en moins que prévoyait le texte ces derniers jours, on aurait économisé 10 000 postes d'enseignants. Et dans le schéma initial, on réglait tous les problèmes de suppressions de postes !
Le ministre affirme pourtant qu'il n'abandonnera pas sa réforme.
Malheureusement quand on reporte une réforme, ça signifie en langage politique qu'elle est enterrée. Moi aussi Jean-Pierre Raffarin m'avait dit : tu verras, on la refera l'an prochain ta réforme. Je n'étais évidemment pas dupe. L'autre problème qui a peut-être nui à Xavier Darcos, c'est que cette réforme est d'inspiration libérale. Dans le contexte actuel de crise, une réforme libérale, ça ne passe pas. Il suffit d'ouvrir les yeux. Je pense aussi que Xavier Darcos était mal à l'aise avec cette idée d'un « lycée à la carte » qui ne correspond pas à ses idées républicaines. C'est toujours difficile de conduire une réforme qui ne colle pas avec votre image.
Mais dans le contexte actuel, n'était-il pas sage de reculer ?
Quand les arguments employés par vos adversaires sont inexacts, il ne faut pas céder. Dans les manifestations, les lycéens racontent souvent n'importe quoi. Quant aux jeunes qui manifestent parce qu'on leur supprimerait une ou deux heures de cours, ça me fait rire. Il faut tout de même savoir que nous sommes le seul pays européen à compter jusqu'à 35 heures de cours par semaine au lycée !
Propos recueillis parMarie-Estelle Pech pour Le Figaro.
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mercredi, 09 juillet 2008
Pour un meilleur enseignement de l'économie au lycée.
Par Yvon GATTAZ,
Membre de l'Académie des
sciences morales et politiques.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 9 juillet 2008.
Le lundi 7 juillet, notre Académie a remis solennellement au ministre de l'Éducation nationale, M. Xavier Darcos, le rapport qu'elle a établi sur ce sujet essentiel pour nos jeunes : «L'enseignement de l'économie dans les lycées».
Il n'est pas surprenant que l'Académie se soit spontanément saisie de ce sujet sociétal, puisqu'en janvier 2007, elle avait déjà établi un important rapport : «La France prépare mal l'avenir de sa jeunesse», à l'initiative de deux membres prestigieux de notre compagnie, MM. Pierre Messmer et Raymond Barre. Elle prouvait, une fois de plus, qu'elle s'intéressait à l'avenir de notre pays, bien consciente des enjeux liés à la formation de la jeunesse, préoccupation conforme à sa mission nationale depuis 1795.
L'enseignement de l'économie dans les lycées est un élément décisif de cette formation, et de nombreux confrères avaient déjà émis, depuis de nombreux mois, des critiques et des suggestions. Notre section «Économie politique, statistique et finances» a donc décidé de créer un groupe de travail et de réflexion, en s'assurant la coopération éminente de deux membres de la section «philosophie», et de notre membre correspondant, le professeur Jean-Claude Berthélémy.
La première étape fut la rédaction des critiques des dix membres de ce groupe, ce qui permit de constater une grande convergence de vues tant sur les programmes que sur les manuels scolaires. En substance, nos confrères s'inquiètent de discordances entre le titre et le contenu de l'enseignement, du rabaissement des savoirs disciplinaires, de programmes prétentieusement philosophiques, d'une approche inopportune de la vaste sociologie, d'une carence d'initiations scientifiques progressives à l'économie, du risque de faire critiquer pompeusement des théories mal assimilées, de la négligence des bases de l'analyse économique en raison d'une démarche partant de la macroéconomie pour n'aborder qu'ensuite la microéconomie, de l'incitation à la superficialité par manque de rigueur scientifique, de l'oubli fréquent de l'entreprise comme exemple de microéconomie, de l'absence de notions élémentaires de comptabilité, de la démarche intellectuelle si rarement préhensible du général au particulier alors qu'il faudrait pratiquer la méthode inverse, du simple au complexe.
Les membres de l'Académie, après cet examen critique des programmes, ont fait des suggestions précises qui ont été reprises dans le rapport remis au ministre.
La deuxième étape a été initiée par notre confrère Jean-Claude Casanova qui nous présenta le professeur Georges de Ménil, directeur d'études à l'EHESS et professeur invité de la Stern School à New York University. Celui-ci, intéressé par notre démarche, nous a proposé de faire analyser les programmes et les manuels par cinq professeurs étrangers, de nationalités diverses, éminents spécialistes en économie et impartiaux évidents devant l'enseignement français : sir Tony Atkinson, Senior Research Fellow, Nuffield College, Oxford ; Martin Hellwig, directeur du Max Planck Institut zur Erforschung von Gemeinschaftsgütern, Bonn ; José Scheinkman, professeur d'Économie, Princeton University ; Xavier Vives, professeur d'Économie et finances à l'IESE Business School, Madrid et Barcelone ; et Pierre-André Chiappori, professeur d'Économie, Columbia University, qui a bien voulu se charger lui-même de la synthèse des travaux de ses confrères.
Ces conclusions constituent un document exceptionnel par sa hauteur de vues, ses fondements scientifiques, la qualité indiscutable des auteurs et les propositions concrètes sur lesquelles elles débouchent pour un meilleur enseignement de l'économie dans nos lycées. Certes, le constat est sévère et notre confrère Michel Pébereau a bien résumé son contenu dans l'introduction qu'il a accepté de rédiger, texte qui a été relu et analysé par Marcel Boiteux.
On trouvera, par ailleurs, la liste de nos propositions et je ne les reprendrai pas ici moi-même. Nous pensons qu'elles seront considérées avec la plus grande attention par le ministre et ses collaborateurs, car il est exceptionnel que cinq personnalités étrangères de cette qualité entreprennent une étude aussi approfondie sur un sujet qui les passionne, certes, mais ne les concerne pas directement.
Avec ces rapports étayés, l'Académie des sciences morales et politiques n'a d'autre ambition que d'œuvrer utilement pour l'enseignement français et l'avenir de nos jeunes lycéens.
09:08 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, education, sarkozy, darcos, ump, sarkosy, ps
mardi, 15 avril 2008
Xavier Darcos : "non au statu quo à l'école."
Entretien avec Xavier DARCOS,
Ministre de l'Education nationale.
Publié dans Le Figaro,
le 15 avril 2008.
Une nouvelle journée d'action lycéenne se déroule aujourd'hui. Comment comptez-vous calmer les lycéens et mener à bien votre prochaine réforme du lycée ?
Je suis à l'écoute mais je reste ferme. Nous sommes à la croisée des chemins. Soit l'on continue à considérer que la réponse aux problèmes du lycée est une réponse quantitative. Soit nous considérons que cette logique de nombre de postes n'est pas la bonne et qu'il faut un New Deal du lycée. Or, il faut admettre que la logique quantitative, défendue par les syndicats, n'a pas empêché la dégradation continuelle des performances de notre système scolaire dans les classements internationaux ! Et ce, alors qu'un lycéen coûte au contribuable 22% plus cher que la moyenne des pays de l'OCDE. Dans ce contexte, vouloir plus de postes à tout prix, c'est une forme de recul, c'est une erreur. D'autant que, sur les 8500 postes d'enseignements qui seront supprimés à la rentrée prochaine, quelque 5000 d'entre eux sont transformés en heures supplémentaires. Ce qui revient in fine à 3500 suppressions de postes, un chiffre à mettre en relation avec les 145000 élèves que nous avons perdus au cours des 3 dernières années.
Y aura-t-il des ajustements dans les suppressions de postes ?
Il y aura, comme chaque année, des ajustements dans la répartition des postes, notamment dans les académies de Créteil et de Versailles, qui sont particulièrement concernées par les suppressions de postes. Depuis plus d'une dizaine d'années, les prévisions qui remontent des établissements ne correspondent pas à la réalité. C'est ainsi que les prévisions pour la rentrée 2007 étaient de 25000 élèves en moins et finalement, les effectifs ont diminué de 50352 élèves!
Que répondez-vous à Jack Lang qui a réclamé une exception budgétaire pour le «ministère de l'avenir» que représente à ses yeux l'Éducation nationale ?
Que ce qu'il appelle une exception est en réalité une impasse dans laquelle nous sommes enfermés depuis vingt ans. Tout ne peut pas être réglé par la question de l'emploi public et rien ne sera réglé par une querelle de chiffres. C'est d'ailleurs mon principal point de désaccord avec les syndicats enseignants et je ne peux me résoudre à voir des adolescents de seize ans, qui ont l'avenir devant eux, reprendre ce leitmotiv à leur tour. D'autant plus que j'entends des contre-vérités sur le thème «halte à la loi Darcos», loi qui n'existe pas, ou encore «nous ne voulons pas être 40 par classe» alors qu'il n'en a jamais été question! Le rôle des syndicats n'est pas de se retrancher derrière les lycéens pour les encourager à manifester, ni à déambuler dans la rue. C'est une conception surannée des relations entre ministre et personnels. Le ministère de l'Éducation nationale sera le «ministère de l'avenir» quand nous commencerons à parler de l'avenir, pas de la préservation du statu quo.
Les trois porte-parole de l'UMP estiment qu'il faut vous «encourager» à présenter des «réformes de fond» et à y «associer les lycéens».
Ce n'est pas une surprise que de dire que je partage avec l'UMP le même désir de réformer profondément le système éducatif. L'UMP a d'ailleurs raison de dire que le débat sur les chiffres est devenu le cache-sexe de l'absence de réforme. Il faut se demander sans tabou comment on peut faire aujourd'hui un lycée qui prépare mieux à l'enseignement supérieur et qui redevienne une référence et un modèle au sein des pays européens. Les organisations lycéennes que j'ai reçues la semaine dernière sont les premières à le reconnaître. Elles demandent moins de bachotage et plus de personnalisation des enseignements. Nous avons, je crois, trois grands chantiers qui nous attendent. Premièrement, redéfinir l'articulation entre le temps scolaire, le temps d'accompagnement des élèves et le temps du travail autonome. Deuxièmement, réfléchir ensemble aux améliorations que nous pouvons apporter au statut du lycéen aujourd'hui. Troisièmement, envisager ensemble de la façon dont nous pourrions bâtir un lycée qui laisserait une plus grande autonomie aux élèves. Un lycée avec une terminale différente, qui serait un véritable pivot entre l'enseignement scolaire et le système universitaire. Un lycée dans lequel l'orientation ne rimerait pas avec sélection mais avec destination. Nous aurons besoin de toute l'audace de la jeunesse pour bâtir un lycée aussi ambitieux!
17:48 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, education, sarkozy, darcos, ump, sarkosy, ps































































































