vendredi, 27 novembre 2009
Coopération sino-française : trois propositions à Lagarde.
Par Chen Deming,
ministre du commerce de la République populaire de Chine.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 24 novembre 2009.
En visite en France pour deux jours à partir de jeudi avec une délégation d'entrepreneurs, le ministre chinois du Commerce plaide pour trouver de nouvelles opportunités commerciales entre la Chine et notre pays, malgré la crise.
En avril dernier, les présidents Hu Jintao et Nicolas Sarkozy ont eu une rencontre fructueuse au sommet du G20 à Londres, remettant les relations sino-françaises sur le rail d'un sain développement. Récemment, ils se sont rencontrés à New York, réaffirmant leur attachement au partenariat global stratégique sino-français. Afin de concrétiser cette convergence de vue, de faire écho à l'appel des communautés d'affaires des deux pays et renforcer la coopération économique et commerciale bilatérale, une délégation du ministère du Commerce de Chine et une «mission de promotion du commerce et de l'investissement» composée de 290 entrepreneurs chinois venant de plus de 140 sociétés, se rendent ces jours-ci en France.
Malgré les défis de toutes sortes, la coopération économique et commerciale sino-française s'est toujours développée à un rythme régulier. En 2008, le volume de nos échanges commerciaux a atteint un record historique de 38,9 milliards de dollars, en hausse annuelle de 16 %. Aujourd'hui, plus de 2 000 entreprises françaises sont implantées en Chine, leurs chiffres d'affaires cumulés s'élèvent à 25 milliards de dollars par an, équivalant à deux fois le montant des exportations françaises vers la Chine. Nos deux pays ont mené des coopérations fructueuses dans divers secteurs, comme l'énergie, l'aéronautique et l'aérospatiale, le transport, etc. La France est le quatrième partenaire commercial européen de la Chine ; celle-ci le premier partenaire de la France en Asie.
Malgré la crise, nos entreprises ont su trouver de nouvelles opportunités commerciales. Sur les dix premiers mois de l'année, le volume du commerce bilatéral a atteint 27,75 milliards de dollars. Les exportations françaises vers la Chine se sont inscrites en baisse de 11,9 %, une meilleure performance que celle du commerce extérieur de la Chine et du commerce sino-européen, ce qui prouve l'ouverture de notre plan de relance aux exportations françaises. Plus de 140 sociétés à capitaux français ont été créées en Chine au cours de cette même période, soit en moyenne une nouvelle entreprise tous les deux jours.
Le chemin qui mène l'économie mondiale des débuts de la reprise vers un nouveau cycle de croissance sera long et sinueux. Le gouvernement chinois, mettant la priorité sur l'élargissement de la demande intérieure, a mis en place un plan global. Les résultats sont là et l'objectif de 8 % de croissance pour 2009 sera réalisé.
La Chine a aussi envoyé une dizaine de missions de promotion du commerce et de l'investissement vers plus de 30 pays et apporté ainsi sa contribution à la reprise économique mondiale. L'assertion qui veut que la crise soit issue du déséquilibre économique mondial dû aux excédents importants des pays asiatiques est sans aucun fondement. Le déséquilibre entre les pays développés et les pays en voie de développement mérite beaucoup plus d'attention. Hélas, cette néothéorie du déséquilibre économique mondial est en train de fomenter le protectionnisme commercial, ce qui menace le redressement économique. La septième réunion des ministres du Commerce de l'OMC aura lieu dans quelques jours, au cours de laquelle sera évaluée la progression des négociations du cycle de Doha. Le succès à brève échéance de ce cycle est essentiel pour freiner le protectionnisme commercial. J'aimerais aussi faire trois propositions sur la coopération bilatérale sino-française. Primo, multiplier les échanges entre nos entreprises. Récemment, nous avons salué la visite en Chine de Mme Christine Lagarde, qui a emmené avec elle des entreprises françaises renommées. Et début décembre, la troisième édition de la convention d'affaires «China Europa» se tiendra au Havre. Secundo, transformer les défis en opportunités, notamment dans les secteurs émergents comme l'économie verte.
Nos deux pays devraient approfondir la coopération dans les secteurs tels que les nouvelles énergies, la protection environnementale, le transport, l'aéronautique et l'aérospatiale, en mettant l'accent sur certains projets structurants. En même temps, la Chine affiche une forte demande dans les secteurs de services tels que la finance, la logistique, le tourisme, l'industrie créative, le développement de logiciels. Elle accueillera favorablement les entreprises françaises sur son marché. Tertio, fournir plus de facilités pour multiplier les investissements croisés, français en Chine et chinois en France.
La Chine et la France sont liées par une histoire d'amitié. Au début du XXe siècle, nombre de jeunes Chinois sont allés en France faire leurs études, parmi lesquels Zhou Enlai et Deng Xiaoping, devenus fondateurs de la nouvelle Chine. Le général de Gaulle a fait de la France le premier grand pays occidental à établir les relations diplomatiques avec la nouvelle Chine. Aujourd'hui c'est à nous de consolider l'amitié traditionnelle entre la Chine et la France.
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jeudi, 26 novembre 2009
Strauss-Kahn : «Il faut revoir notre modèle de croissance»
Interview de Dominique Strauss-Khan,
Directeur général du FMI.
Entretien publié dans Le Figaro, le 25 novembre 2009.
La crise financière est « à peu près maîtrisée », même si les banques sont encore très loin d'avoir complètement nettoyé leurs bilans. L'économie mondiale commence à voir le bout du tunnel, mais ce n'est qu'à l'été 2010 que le chômage commencera à refluer aux États-Unis et en Europe. Dominique Strauss-Kahn a répondu aux questions du Figaro.
LE FIGARO. - La reprise mondiale est-elle solide ?
Dominique STRAUSS-KAHN. En Asie, elle est là. Ailleurs, elle se profile seulement - selon le FMI, elle viendra au premier semestre 2010. Mais la reprise est fragile. Quel est le risque aujourd'hui ? Que l'on ne continue pas à mettre en œuvre les politiques qu'il faut pour assurer la pérennité de la reprise. Nous ne croyons pas à une rechute, ce que l'on appelle un scénario de « W », mais nous ne pouvons pas complètement l'exclure. Il faut donc maintenir les soutiens publics, car la demande privée reste faible et le chômage va continuer à augmenter encore assez longtemps. On peut aujourd'hui considérer que la crise financière est à peu près maîtrisée. Elle a dégénéré en crise économique, dont on commence à voir le bout du tunnel. Mais la crise sociale reste très forte, principalement dans les pays avancés. C'est ma préoccupation majeure. Au delà, c'est notre modèle de croissance lui-même qu'il faut repenser.
Faudrait-il remuscler les plans de relance ?
Non, mais la question se pose aux États-Unis. Le risque est que dans certains pays on n'estime plus nécessaire de réaliser les programmes de relance prévus pour 2010, ce qui augmenterait la probabilité d'une rechute. En même temps, il faut préparer les plans de sortie de crise, annoncer comment on va revenir à des situations budgétaires plus soutenables, tout le monde a besoin de le savoir, et en même temps il ne faut pas les mettre en œuvre trop tôt. C'est une contradiction apparente qu'il faut gérer habilement.
Les dettes publiques atteignent des niveaux inquiétants. Peut-on les laisser dériver ?
Nous étions face à un incendie. Le FMI a été le premier à sonner le tocsin. On a sorti les grosses lances à incendie la coopération monétaire, bancaire et budgétaire. On a ainsi évité une crise comme celle de 1929 et on a éteint le feu. Mais, maintenant, il y a de l'eau partout. Il faudra du temps pour l'éponger et revenir à des niveaux raisonnables. Mais il faudra le faire.
Comment se sortir des déficits et de la dette ? Par l'impôt ?
Quand la reprise sera assurée, la stratégie budgétaire devra alors devenir la priorité. Le problème de la dette n'est pas le même pour tout le monde. Il dépend du niveau d'endettement avant la crise, de la démographie et, évidemment, du potentiel de croissance.
Le rendement de ces plans de relance n'est-il pas décevant ?
Au contraire ! Selon nos calculs, une dépense publique de 100 milliards aura entraîné une croissance de 100 milliards on dit que « l'effet multiplicateur » est, grosso modo, de un. C'est un bon rendement. Rendez-vous compte : certains pays auront été confrontés à des reculs de 10 à 15 % du PIB cette année. On a évité un effondrement généralisé.
N'a-t-on pas une déperdition quand les gens épargnent l'argent public au lieu de le dépenser ?
Effectivement. Le taux d'épargne américain est remonté à 6 % ; selon certains experts, l'objectif est de le faire remonter à 8 %. C'est salutaire à moyen terme, car cela contribue à réduire les déséquilibres mondiaux. Mais c'est un problème à court terme, car ce qui n'est pas consommé ralentit d'autant la reprise.
Ce qui a redémarré sur les chapeaux de roues, c'est la spéculation, notamment sur les matières premières…
Voilà pourquoi il faut revoir notre modèle de croissance, sinon chaque fois que la croissance repartira les tensions sur les matières premières et le pétrole referont surface. Le problème le plus important pour les pays émergents est l'abondance de liquidités mises en place pour lutter contre la crise. Ces flux de capitaux se déversent en masse dans certains pays émergents, comme le Brésil ou l'Indonésie. Je comprends que ces pays pensent à mettre en place des mesures pour empêcher que leur taux de change ne s'apprécie trop - y compris parfois des contrôles de capitaux.
On a l'impression que la coopération internationale s'est arrêtée sur les taux de change…
La coopération a porté sur les politiques monétaires des banques centrales, les soutiens aux banques et les instruments budgétaires. C'est la première fois que tous les grands pays du monde décident de la même politique, et c'est très positif. Pour les taux de change, c'est plus compliqué. L'élément le plus discuté concerne la valeur certaines monnaies asiatiques, y compris la monnaie chinoise. Une appréciation du yuan serait cohérente avec la stratégie de relance de leur demande intérieure que les autorités chinoises ont choisie.
S'acheminent-ils vers une simple réévaluation du yuan ou Pékin acceptera-t-il de le laisser flotter ?
Un jour ou l'autre viendra où l'importance de l'économie chinoise conduira le yuan à flotter. Mais aujourd'hui les Chinois veulent maîtriser la façon dont il s'appréciera. Cela prendra du temps, même s'il n'est pas inconcevable qu'il y ait un premier mouvement plus rapidement.
N'y a-t-il pas une complicité entre la Chine et les États-Unis qui forment de facto une zone monétaire commune ?
Oui et non. Cela n'arrange pas les exportateurs américains que le yuan soit sous-évalué, ce qui est le cas. Par ailleurs, un effondrement du dollar n'arrangerait pas les Chinois détenteurs d'énormes quantités de billets verts. Ce n'est donc pas une question de complicité : avec la mondialisation, tout le monde se tient par la barbichette ! Faisons en sorte que ce soit pour le meilleur.
Vue d'Europe, la situation des changes n'est-elle pas pire ? l'Europe a la reprise la plus faible et la monnaie la plus chère…
Ce sont en tout cas les Européens qui se plaignent le plus de la valeur de leur monnaie. Le FMI considère également que l'euro est sans doute un peu fort, mais il est très difficile de déterminer de façon incontestable la valeur d'équilibre des devises. Les Européens doivent cependant mieux affirmer leur stratégie économique s'ils ne veulent pas laisser le couple sino-américain dominer le débat mondial des vingt prochaines années.
Que peut faire l'Europe pour exister face au couple sino-américain ?
Pour être une puissance économique, aujourd'hui, il faut deux atouts : un effet de nombre c'est ce qui fait la force de la Chine - et une avance technologique - qui donne un avantage comparatif aux États-Unis. L'Europe élargie a une population importante, avec 500 millions d'habitants, mais sur le plan technologique les choses n'ont pas suffisamment avancé depuis qu'on a lancé la stratégie de Lisbonne en 2002. Et je constate que le débat technologique, aujourd'hui focalisé notamment sur l'énergie, est beaucoup plus vif aux États-Unis qu'en Europe.
En promettant des taux zéro pendant longtemps, la Fed n'encourage-t-elle pas une forme de spéculation à partir du dollar ?
L'objectif de Ben Bernanke est de faciliter la reprise américaine. Il a raison. Sa stratégie monétaire est la bonne. Mais toute solution a ses inconvénients. Le carry trade, c'est-à-dire la spéculation sur les différences de taux d'intérêt, est une source d'instabilité pour les pays émergents, car leurs monnaies se trouvent appréciées. Mais la priorité numéro un aujourd'hui, c'est le retour à la croissance.
Quel est aujourd'hui le niveau des pertes non reconnues des banques ?
Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. La proportion est plus forte en Europe qu'aux États-Unis. Je le redis : l'histoire des crises bancaires, notamment au Japon, démontre qu'il n'y aura pas de croissance vive et saine sans un nettoyage complet du bilan des banques.
Faut-il imposer une taille limite aux banques ?
Je ne crois pas qu'il faille imposer des tailles limites. En revanche, si une banque prend des risques tels qu'elle présente un danger pour le système financier tout entier, il n'est pas illégitime de lui demander une contribution financière. Cette prime d'assurance aurait un double avantage : inciter la banque en question à prendre moins de risques, et collecter des ressources pour répondre à une éventuelle crise bancaire future. Le FMI étudie toutes les propositions de taxation du système financier, comme le lui a demandé le G20, et rendra son rapport en avril.
Ne faudrait-il pas alors couper les banques en deux ?
J'adhère à l'objectif de limiter les risques mais, si la partie banque d'investissement est bien surveillée et si elle paye une prime d'assurance, l'intérêt de couper les banques en deux s'estompe.
Faut-il taper plus sur les bonus ?
Sur le plan éthique, après les soutiens publics dont ont bénéficié les banques, je comprends que ce qui se passe paraisse scandaleux. Sur le plan économique, les bonus posent aussi un problème systémique, car il y a un lien entre des rémunérations démesurées et des prises de risques excessives même s'il y a aussi d'autres problèmes à régler, à commencer par le niveau de capital des banques. Sur le plan politique, enfin, la question des bonus est essentielle, car une nouvelle crise financière peut toujours survenir et la réaction risque de ne plus être la même : on ne verra pas deux fois des centaines de milliards de dollars d'argent public ainsi déversés sur le secteur financier !
Par manque de moyens ?
Non ! Parce que les opinions publiques et les Parlements n'accepteront pas de payer deux fois une telle facture. D'où l'importance d'une nouvelle réglementation du secteur financier comme de cette prime d'assurance. Limiter les bonus, moraliser la finance, c'est aussi préparer l'avenir.
Les gouvernements ont déployé des moyens colossaux pour lutter contre la crise. Comment en sortir de façon concertée ?
Ce sera plus compliqué que ne l'a été la coordination des mesures de soutien. Mais c'est indispensable pour éviter les distorsions de concurrence. Politiquement, la sortie de crise ne sera pas facile à gérer non plus. Je n'ai pas d'inquiétude pour les banques centrales. La sortie des plans de relance par les gouvernements est techniquement et politiquement plus délicate…
Vous êtes l'opposant de Nicolas Sarkozy le plus populaire de France. Qu'est-ce que cela vous fait ?
Cela fait toujours plaisir que vos concitoyens vous aiment bien, mais ce n'est pas mon sujet aujourd'hui.
Propos recueillis par Alexandrine Bouilhet, Gaëtan de Capèle, Jean-Pierre Robin et Yves Thréard
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vendredi, 20 novembre 2009
Soumettre le grand emprunt à une règle budgétaire.
Par Jacques Delpla,
économiste.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 19 novembre 2009.
Membre de la commission Rocard-Juppé sur le grand emprunt, dont le rapport est publié jeudi, l'économiste (1) souhaite qu'une règle de retour à l'équilibre budgétaire à moyen terme soit inscrite dans la Constitution.
Pour endiguer l'explosion de notre dette publique, il nous faut une règle budgétaire dans la Constitution. Ce n'est ni le grand emprunt ni les gigantesques déficits publics actuels liés à la récession qui mettent en péril nos finances publiques, car ce ne sont que des déficits temporaires. Le vrai danger vient des larges déficits structurels qui existaient déjà avant la crise (3 % du PIB de 1980 à 2007) et qui risquent de perdurer - il est vraisemblable qu'ils seront de 5 % du PIB, soit 100 milliards d'euros, à la sortie de la récession actuelle. Pour vaincre un tel danger, il faut un engagement durable et crédible à réduire nos déficits, avec une règle de retour à l'équilibre budgétaire à moyen terme, inscrite dans la Constitution.
En Allemagne, avec le plan de relance (50 milliards d'euros) de janvier 2009, la CDU et le SPD ont adopté une stricte règle budgétaire, insérée, en juin 2009, dans leur Constitution. Je suggère l'adoption, en 2010, lors du vote du grand emprunt, d'une règle semblable. Les grands principes de cette règle devraient être dans notre Constitution et les détails dans une loi organique. La règle serait ainsi : à partir de 2017 ou 2018, les budgets de l'État central (projet de loi de finances, PLF) et de la Sécurité sociale (PLFSS) sont votés en équilibre - hors cycle - sous peine d'inconstitutionnalité. En cas d'exécution du budget avec un déficit, ce déficit doit être amorti sur les cinq années suivantes. Pour éviter toute manipulation des chiffres, un comité budgétaire indépendant et crédible estime les déficits hors cycle et le PIB potentiel. Cette règle s'applique tant que la dette publique est supérieure à 40 % du PIB (à ce seuil, après une crise majeure, la dette n'excède pas trop les 60 %). Cette règle ne s'applique ni en cas de récession ni en cas de circonstance exceptionnelle (déterminée par un vote à la majorité qualifiée, afin que le gouvernement ne s'affranchisse de la règle que pour des raisons raisonnables et consensuelles). Avec une telle règle, la dette publique atteindrait 60 % du PIB vers 2026 et 40 % du PIB vers 2036.
Si l'on veut éviter qu'une telle règle ne comprime trop les dépenses d'avenir, on pourrait imaginer de contraindre le PLF à un surplus de 1 % à 2 % du PIB (comme l'ont fait les Scandinaves depuis dix ans) et d'affecter ce surplus à des «dépenses d'avenir», comme celles du grand emprunt.
Plusieurs critiques sont parfois adressées à ces règles. Tout d'abord, «elles ne marcheraient pas». C'est faux : celles qui ont échoué étaient soit mal faites en s'appliquant au déficit courant (en ignorant le cycle économique), soit incohérentes (en Californie, la Constitution interdit les déficits, les hausses d'impôts et la baisse de la plupart des dépenses !). «Elles abrogeraient le choix du Parlement et les choix politiques.»
Au contraire ! La grandeur du Parlement n'est pas de toujours faire payer à la génération suivante nos dépenses publiques de consommation (s'endetter pour payer les retraites n'a rien à voir avec la préparation de l'avenir). Par ailleurs, il existe déjà de nombreuses limites au pouvoir absolu du Parlement (le Conseil constitutionnel, les traités). Cette règle budgétaire est bipartisane : dans une démocratie saine, la gauche doit assumer ses choix (des impôts élevés pour financer des dépenses publiques élevées) et la droite les siens (des dépenses publiques modérées avec des impôts modérés), les déficits ne faisant que lisser le cycle économique ou préparer l'avenir. Ce qu'il faut éviter, c'est le populisme budgétaire, i.e. des dépenses de gauche et des impôts de droite. Chaque parti doit assumer les coûts de ses choix politiques devant les électeurs.
Enfin ne nous leurrons pas, l'Allemagne est entrée dans une grande phase de réduction de sa dette. Si nous faisons le chemin inverse, aux yeux des Allemands, du G20 et des marchés financiers, la France aura la crédibilité financière de l'Italie, puis celle de la Grèce. Adieu alors les rêves de puissance, de leadership européen et de coopération étroite avec l'Allemagne. C'est au plus profond de la crise budgétaire, alors la dette et le poids du grand emprunt deviennent un enjeu de crainte, que nous devons voter une telle règle pour redonner espoir dans l'avenir.
(1) L'auteur publiera une note détaillée sur la règle budgétaire en décembre à la Fondation pour l'innovation politique.
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lundi, 02 novembre 2009
Le grand emprunt doit mobiliser entre 50 et 100 milliards d'euros.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 02 novembre 2009.
Pour le Parti socialiste, "un grand emprunt, c'est d'abord une grande dette de plus", pour reprendre l'expression du président socialiste de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Il aurait dû écouter plus attentivement le discours du président de la République, à Versailles, le 22 juin, devant le Sénat et l'Assemblée nationale réunis en Congrès.
Il disait en substance : "Certes, nous avons un problème de finances publiques mais, pour le résoudre, il nous faut changer notre approche des déficits, notre façon de poser le problème. La situation ne doit pas être examinée qu'en termes de valeur absolue. Il faut distinguer le mauvais déficit, celui qui finance les mauvaises dépenses, du déficit imputable à la crise, à la diminution des recettes, à l'augmentation des dépenses sociales. Mais il peut également y avoir un déficit justifié par le financement des dépenses d'avenir. Le grand emprunt constitue une vraie opportunité de débattre et d'identifier les investissements stratégiques pour préparer la sortie de crise et la croissance de demain."
Pour nous, le grand emprunt c'est d'abord une opportunité de rompre avec une pratique qui depuis presque trente ans veut que l'on s'endette essentiellement pour assurer des dépenses de fonctionnement. Cette pratique doit être combattue et ce type de déficit condamné. Année après année, les investissements publics de l'Etat, sacrifiés sur l'autel de l'urgence et de l'immédiat, ont reculé pour s'établir à quelques milliards d'euros annuels seulement.
Or notre pays dispose de réserves de prospérité et d'un potentiel de croissance dans des secteurs d'excellence. Le pari du grand emprunt, c'est de transformer ce potentiel de croissance en recettes positives, en emplois, en amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens, en réponse au défi environnemental.
Travailler sur le grand emprunt, c'est donc préparer la sortie de crise et l'avenir, qui se jouera sur la sélection des projets et des investissements. Ils devront respecter des principes rigoureux en termes de lisibilité, d'ancrage territorial et de rentabilité. Ces investissements devront être compris et approuvés par nos concitoyens qui pourront ainsi les soutenir, les porter et contribuer à leur succès. Ils devront donc concerner des programmes phares, mais surtout rentables, susceptibles de générer des retours sur investissement sous forme de croissance, d'emploi et de développement durable, à un horizon raisonnable. C'est la préoccupation essentielle des Français.
Les idées ne manquent pas. Il faudra choisir les investissements les plus importants pour la croissance de demain et poser les conditions nécessaires pour garantir la meilleure utilisation de cet argent et les retombées économiques les plus favorables à la prospérité de notre pays.
Un nouveau modèle de croissance est en train d'émerger. Si nous n'investissons pas massivement pour prendre une option sur l'avenir, nous risquons de prendre un retard que nous mettrions plusieurs décennies à rattraper. Ce serait une erreur historique. Les pays qui ont raté la "révolution industrielle" ou les "trente glorieuses" ont mis très longtemps à s'en remettre.
Nous sommes à la veille d'une révolution d'une ampleur comparable. Face aux risques de déclassement liés à l'immobilisme, nous devons faire preuve d'audace et mobiliser les moyens suffisants pour donner à notre économie une dynamique nouvelle, pour faire de notre société une société de création, d'invention, d'innovation, résolument tournée vers l'avenir; un avenir qui garantisse notre souveraineté.
Ces moyens, ils sont mobilisés en Chine, en Inde, au Brésil, qui veulent toute leur part de cette nouvelle croissance. Ils sont également mobilisés aux Etats-Unis par l'administration Obama, qui investit massivement dans la croissance verte.
C'est dire que le grand emprunt ne doit pas devenir un "petit emprunt", au moment même où l'Allemagne décide de donner la priorité à la croissance en programmant des baisses d'impôts qui, sur cinq ans, représenteront 120 milliards d'euros.
Pour construire la France du XXIe siècle, la France de l'après-Kyoto, de la croissance verte, de la révolution numérique, de la société de la connaissance, pour bâtir les infrastructures, les universités, les laboratoires, les entreprises, les grandes métropoles de premier rang mondial de demain, nous devons pouvoir mobiliser une masse critique de plus de 50 milliards d'euros, voire, pourquoi pas, aller, si les projets le justifient, jusqu'à 100 milliards d'euros d'investissements publics supplémentaires, qui seront dépensés sur les cinq à dix ans à venir.
Les fonds levés doivent être isolés du budget général. Ils ne doivent pas servir à financer les dépenses courantes. Ils doivent être investis selon des critères rigoureux. Ils pourraient donner lieu à des prises de participation dans des sociétés à créer, à des avances assurant une capacité de remboursement ou de valorisation. L'efficacité économique des dépenses doit être le maître mot. Et ainsi, dans cet esprit de rigueur et d'efficacité, nous pourrons inventer l'avenir et le grand emprunt représentera une rupture majeure dans la politique économique française.
Martine Aurillac ; Brigitte Barèges ; Jean-Louis Bernard ; Jérôme Bignon ; Claude Bodin ; Michel Bouvard ; Bernard Brochand ; Bernard Carayon ; Olivier Carré ; Eric Ciotti ; François Cornut-Gentille ; Jean-Michel Couve ; Olivier Dassault ; Bernard Deflesselles ; Yves Deniaud ; Nicolas Dhuicq ; David Douillet ; Cécile Dumoulin ; Raymond Durand ; Daniel Fasquelle ; Jean-Michel Ferrand ; Jean-Pierre Giran ; Jean-Claude Guibal ; Philippe Goujon ; Anne Grommerch ; Michel Heinrich ; Laurent Hénart ; Olivier Jardé ; Yves Jégo ; Arlette Grosskost ; Jean-Christophe Lagarde ; Jean-François Lamour ; Robert Lecou ; Marc Le Fur ; Jean Leonetti ; Maurice Leroy ; François Loos ; Lionnel Luca ; Jean-François Mancel ; Philippe-Armand Martin ; Damien Meslot ; Renaud Muselier ; Jacques Myard ; Françoise de Panafieu ; Jean-Frédéric Poisson ; Bérengère Poletti ; Jean-Luc Préel ; Didier Quentin ; Bernard Reyniès ; Franck Reyner ; Jean Roatta ; Arnaud Robinet ; François Rochebloine ; Marie-Josée Roig ; Jean-Marc Roubaud ; Francis Saint-Léger ; Rudy Salles ; André Santini ; François Scellier ; Georges Siffredi ; Daniel Spagnou ; Jean Tiberi ; René-Paul Victoria.
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mardi, 06 octobre 2009
L'après-G20 : la régulation est vitale, elle n'est pas la solution.
Par Luc Ferry, ancien ministre de l'Education nationale.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 1er octobre 2009.
Est-il permis de défendre dans un même point de vue deux idées qui se nuancent l'une l'autre, d'affirmer que, oui, en effet, nous avons un besoin vital de régulation mondiale, mais que non, la solution de la crise ne se trouve pas là ? Il est de bon ton aujourd'hui de jouer les sceptiques, de prendre l'air de celui à qui «on ne la fait pas» pour balayer d'un revers de main les décisions du G20. Facile ! La vérité, c'est que l'existence même de cette institution est déjà en soi un événement historique, le signe d'une prise de conscience que la mondialisation ne peut plus proliférer sans gouvernance politique. Sans parler même de l'Iran, les décisions touchant à la régulation financière sont décisives pour prévenir une prochaine crise, pire que l'actuelle, car la marge d'intervention des États sera désormais nulle. La régulation de la finance est donc cruciale, et nul ne peut le nier. Reste, bien entendu, à faire passer les mots dans les faits.
Reste surtout à comprendre enfin qu'à l'encontre de la rengaine désormais gravée dans le marbre, la crise ne vient pas au premier chef de la finance, de sorte que la régulation de cette dernière, essentielle pour prévenir, ne sert pas pour autant à guérir.
L'image d'Épinal selon laquelle il y aurait une «bonne économie», l'économie réelle, et une «mauvaise économie», l'économie «casino», image popularisée dans les années 1980 par le film Wall street, ne résiste pas à l'analyse. L'idée que ces deux économies seraient séparables est même absurde. Elle rencontre pourtant un large écho, notamment à gauche, parce qu'elle rassure : il «suffirait» (toujours ces bons vieux «y a qu'à» !) de faire «reculer» le capitalisme, de mettre ici ou là quelques garde-fous et le tour serait joué ! On reviendrait à la bonne pratique de banques destinées à financer l'industrie et non à faire de l'argent avec l'argent. Le problème, c'est que la vérité est tout autre. C'est bel et bien l'économie réelle, et non au premier chef la cupidité de quelques financiers fous, qui est à l'origine de nos ennuis. Voici pourquoi.
Un tassement des classes moyennes
Depuis les années 1980, comme l'a montré Patrick Artus, les États-Unis ont connu une bipolarisation croissante du monde du travail, avec, d'un côté, un nombre réduit de travailleurs à hauts revenus et, de l'autre, une masse de plus en plus nombreuse de salariés peu rémunérés. Au milieu, un formidable tassement des classes moyennes. Or ce sont elles qui tiraient la croissance. D'où une nouvelle équation à résoudre : comment booster l'économie malgré le déclin du milieu de gamme ? Réponse, imposée aux banques américaines par Clinton et Greenspan, donc par l'intervention de l'État : grâce à l'endettement massif des ménages les moins riches (le fameux subprime).
Conséquence : ce ne sont plus les salaires qui vont porter la croissance, mais les crédits. On va faire de la richesse, non plus avec de la richesse, mais avec de la dette. De là le recours aux prêts à très hauts risques. De là aussi le fait qu'aux États-Unis, les secteurs les plus touchés sont ceux, comme l'automobile, où il est souvent nécessaire de recourir à un crédit, désormais impossible parce que saturé.
Tout reste à faire
C'est donc seulement dans un second temps que la crise financière va se mettre en place. Car c'est bien après coup qu'on va titriser les crédits frelatés, puis les disséminer de par le monde en les dissimulant, avec la complicité des agences de notation, dans des produits financiers si peu lisibles que les banquiers eux-mêmes n'y retrouvent plus leurs petits. Bien entendu, cette opération engendrera une formidable crise de confiance interbancaire laquelle, à son tour, mais seulement dans un troisième temps, rejaillit sur l'économie. Si l'on admet le raisonnement qui précède, et que les chiffres de l'endettement américain corroborent sans faille, on comprend aussi que la sortie de crise ne passe à proprement parler ni par la régulation, ni par la morale. Les deux sont certes indispensables si l'on veut éviter une rechute. Mais la véritable équation à résoudre est avant tout la suivante : comment renouer avec une croissance saine, tirée par de la richesse et non plus par de la dette ? Où est la nouvelle «nouvelle économie» ? Dans l'économie verte ? Ailleurs, mais où ? Avec une sous-question désormais impossible à éluder : est-ce écologiquement tenable ? De ce point de vue, quels que soient les mérites du G 20 - dont le principal est d'exister -, tout reste à faire.
08:50 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, economie, finance, g20, ump, sarkozy, ps, pc, verts, modem
mardi, 29 septembre 2009
Assurance-maladie : finissons-en avec les contre-vérités.
Eric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique.
Tribune publiée dans Le Monde, le 29 septembre 2009.
Il a suffi d'un article de presse évoquant une possible hausse du forfait journalier hospitalier pour déclencher une vaste polémique. Comme c'est le cas dès qu'on évoque la question du financement de notre système de santé, le spectre de sa privatisation et de l'exclusion de centaines de milliers de personnes de la santé a été immédiatement brandi.
Année après année, les réflexes sont les mêmes et les arguments toujours aussi caricaturaux : il y aurait, d'un côté, les vrais défenseurs du système, ceux qui protègent l'accès aux soins et, de l'autre, ceux qui se polariseraient sur les chiffres, en méconnaissant les enjeux sanitaires et sociaux. Tout cela n'a aucun sens, et l'assurance-maladie mérite bien mieux que cette caricature. Je voudrais aujourd'hui le démontrer, en commençant par rappeler deux vérités trop souvent ignorées.
Premier point : nous avons l'un des meilleurs systèmes d'assurance-maladie au monde. L'un des meilleurs d'abord du point de vue de la qualité des soins. La France est, par exemple, le pays qui offre le plus rapidement accès aux médicaments les plus innovants. Mais nous avons aussi celui qui assure la couverture maladie la plus large et la plus équitable.
Nous sommes au premier rang mondial pour l'importance des dépenses publiques de santé (9 % du PIB). Un Français, en moyenne, reçoit de la Sécurité sociale 1 920 euros par an, contre 1 760 euros en Allemagne, 1 310 euros aux Pays-Bas, ou encore 1 090 euros en Espagne. Et cette meilleure protection concerne en particulier les Français les plus fragiles. Ceux qui ont des maladies lourdes bénéficient de la gratuité totale de leurs soins médicaux grâce au système des "affections de longue durée", qui couvre 9,7 millions de personnes, et 4,2 millions de ménages modestes bénéficient d'une couverture complémentaire gratuite (CMUC).
Il ne faut pas se le cacher, des cas de renoncement aux soins faute de moyens existent. Le gouvernement en a conscience et fait de leur réduction une priorité. C'est la raison pour laquelle nous avons également amélioré l'aide pour l'acquisition d'une couverture complémentaire (ACS) destinée aux Français ayant des revenus légèrement supérieurs à ceux donnant accès à la CMUC. Le nombre de bénéficiaires a augmenté de 31 % en un an et, aujourd'hui, plus de 470 000 personnes à bas revenu en bénéficient.
Deuxième point : notre système est menacé par les déficits. Grâce un effort sans précédent de maîtrise des dépenses, le déficit de l'assurance-maladie a été divisé par deux entre 2005 et 2008, de - 8 milliards d'euros à - 4,4 milliards d'euros. Mais la crise a fait chuter les recettes et augmenter très fortement le déficit : il sera supérieur à 10 milliards d'euros en 2009, et il augmentera encore de plusieurs milliards d'euros en 2010. Que signifient ces chiffres : tout simplement qu'en 2010, si nous ne prenons aucune mesure d'économies, c'est l'équivalent de tous les achats de médicaments en pharmacie de l'année qui seront financés par emprunt.
Troisième point : opposer logique comptable et logique médicale est une erreur de raisonnement grave. Tout le monde, je pense, se retrouve sur l'idée qu'un système qui s'enfonce dans les déficits n'a plus la maîtrise de son avenir. Mais dès que l'on aborde les solutions, les propositions sont plus rares, et tournent souvent autour d'une seule logique : redresser les comptes, ce serait dégrader les soins. Je veux résolument combattre cette idée qui conduit à l'inaction.
La population vieillit, les pathologies chroniques augmentent, le coût du progrès médical est de plus en plus important. Face à ces facteurs d'augmentation rapide des dépenses de santé, on peut décider que l'assurance-maladie doit continuer à tout rembourser comme avant. Je pense que c'est la condamner au déficit, et qu'elle doit au contraire concentrer son intervention sur les dépenses les plus indispensables et les plus efficaces. Quelques exemples. Pour continuer à être leader dans l'introduction des médicaments les plus innovants, il faut, par exemple, accepter de moins rembourser les médicaments dont la communauté médicale (pas le gouvernement !) a reconnu qu'ils rendaient un service médical faible. C'est la raison pour laquelle je défends l'idée que les complémentaires remboursent davantage ces médicaments et que la Sécurité sociale se concentre sur ceux dont le service rendu aux patients est élevé. Cette orientation s'ajoute à notre politique de baisse du prix des médicaments, qui bénéficie non seulement à l'assurance-maladie, mais aussi aux Français. En 2008, ces baisses ont concerné 140 millions de boîtes de médicaments.
Pour continuer à avoir l'un des systèmes hospitaliers les plus performants, il faut préserver notre politique de prise en charge des médicaments les plus coûteux, garantir la motivation des équipes hospitalières, rénover les bâtiments hospitaliers et donner en permanence accès aux meilleurs équipements. Voilà le coeur de la qualité des soins à l'hôpital. C'est là que doit aller l'essentiel des financements de l'assurance-maladie, parce que c'est là que se joue la santé des Français.
Il faut bien sûr être exigeant avec ces financements. C'est pourquoi nous faisons de l'amélioration de l'efficacité de l'hôpital, et plus généralement de l'ensemble des professionnels de santé, une priorité. C'est l'un des objectifs de la loi hôpital de Roselyne Bachelot, qui va produire ses effets dès l'année prochaine.
Mais il faut également, et logiquement, que l'assurance-maladie, se concentrant sur les dépenses hospitalières liées aux soins, contribue un peu moins au financement des "à-côtés". Tel est le sens de l'augmentation du forfait hospitalier, c'est-à-dire de la part payée non pas pour leurs soins médicaux à l'hôpital, mais pour une partie du coût de la chambre et des repas pris à l'hôpital.
Bien sûr, cette augmentation ne suffit pas pour remédier au déficit de l'assurance-maladie. Mais elle incarne une logique, celle d'une assurance-maladie qui sait choisir ce qu'elle finance. Et ce, contrairement à ce que j'entends, sans que cela ne remette en cause l'accès aux soins : les complémentaires financent ce forfait, 8 millions de Français en sont exonérés du fait de leur situation médicale ou financière et une hausse de quelques euros ne doit pas faire oublier que les dépenses des Français à l'hôpital sont prises en charge à hauteur de 97 %.
La santé de la Sécurité sociale et celle des Français sont un tout. Il faut d'urgence cesser de les opposer en présentant chaque piste d'économie comme une menace pour la qualité des soins. La seule menace, la vraie, c'est celle qui consisterait à ne rien faire dans une telle situation financière.
Il faut maintenant affronter la réalité, sortir de la caricature et de la critique facile, avoir le courage de débattre et de proposer.
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vendredi, 25 septembre 2009
«Il est indispensable d'avoir un cadre de règles partagées»
Interview de Christian Noyer,
Gouverneur de la Banque de France.
Entretien publié dans Le Figaro, le 25 septembre 2009.
Le Figaro - Sur quels critères jugera-t-on que le G 20 est une réussite ?
Christian NOYER - Le G20 sera un succès s'il affirme une volonté commune de renforcer la solidité du secteur financier. Il est indispensable de parvenir à un cadre de règles partagées. Car tout ce que ferait un pays seul ne servirait à rien.
L'introduction de nouvelles règles ne risque-t-elle pas de biaiser la concurrence entre banques européennes et américaines ?
Nous devons aboutir à un système juste, efficace, et qui ne tendrait pas à favoriser certains systèmes bancaires ou d'intermédiation par rapport à d'autres. Cela suppose en particulier que nous partions de bases communes en matière prudentielle et comptable. Le G20 doit impérativement pousser à la convergence des standards de part et d'autre de l'Atlantique, car en l'état, ceux-ci induisent des différences considérables.
Par quels moyens améliorera-t-on la solidité du système financier ?
Le principe posé au G20 de Londres en avril, selon lequel la régulation doit s'étendre à tous les acteurs, tous les marchés et tous les produits, doit être pris au sérieux. Or, le système de règles prudentielles que nous appelons «Bâle 2», appliqué en Europe notamment, est celui qui répond le mieux à cette exigence. Il faut donc qu'il soit adopté partout, et l'engagement en ce sens des Etats-Unis constitue une réelle avancée. Cela dit, ce système mérite quelques aménagements à la lumière de la crise récente. En particulier, les exigences de fonds propres pour les activités de marché doivent être renforcées. Il faut également corriger le caractère intrinsèquement procyclique de ces règles. Le travail en cours porte sur la constitution de provisions plus importantes en haut de cycle et de «coussins» de capitaux destinés à amortir les crises.
En tant qu'autorité de tutelle des banques françaises, leur demanderez-vous de consacrer leurs résultats de 2009 en priorité à la reconstitution de fonds propres ? Êtes-vous favorables à ce qu'elles remboursent rapidement l'Etat ?
Nous serons très attentifs à ce qu'il n'y ait pas de distribution excessive de rémunérations et de dividendes. Nous le ferons sur la base des orientations qui naîtront du G20 puis des travaux du comité de Bâle et de l'Union européenne, et en fonction de la situation de fonds propres de chaque établissement. En France, nous avons commencé à enquêter auprès de chaque établissement pour nous assurer que les politiques mises en œuvre n'incitent pas à la prise de risques excessifs. Nous rendrons notre rapport au gouvernement à la fin de l'année. Il me paraît normal et souhaitable que les banques françaises, qui sont solides, se posent la question du remboursement de l'Etat. Là encore, nous serons très vigilants. En tant que régulateur, nous nous assurerons de la faisabilité de ces opérations et du maintien d'un niveau de fonds propres appropriés.
Les activités de marché sont souvent mal perçues par l'opinion publique. Quelle est leur utilité économique ?
Les activités de marché sont utiles à l'économie et on a besoin de banques pour le faire. Si les entreprises peuvent lever des capitaux, se couvrir sur les marchés des changes ou émettre des titres de créances, c'est parce qu'il y a des banques qui réalisent ces opérations. Les gestionnaires d'actifs ont aussi besoin d'opérateurs de marché pour gérer leurs risques et assurer ainsi un certain rendement aux épargnants. Il est indispensable que les banques françaises soient présentes dans ces activités; il ne serait dans l'intérêt d'aucun acteur en France entreprises ou gestionnaires - d'être entre les mains des banques d'investissement étrangères. Les réformes que nous entreprenons ne visent pas à tuer les activités de marché mais à éviter toute prise de risque excessive.
Le marché du crédit commence-t-il enfin à se dégeler en France ?
La progression des encours reste modeste. Sur les douze derniers mois les crédits bancaires aux entreprises affichent une hausse très faible notamment du fait du déstockage. Mais on assiste à un fort redémarrage des opérations de financement des entreprises sur les marchés financiers. Au total, les financements, toutes origines confondues marquent une augmentation de 5,4 %. Il est essentiel pour le redémarrage de l'activité économique que les banques soient allantes sur le crédit et financent l'investissement.
Qu'en est-il des ménages ?
On a assisté un net infléchissement, surtout sur les crédits de trésorerie dont les encours ont augmenté de moins de 1 % en un an. Les crédits à l'habitat ont également marqué un très net coup de frein, même si les encours ont continué de progresser de 4,3 % sur les douze derniers mois. Cette inflexion s'explique à la fois par une forte réduction des transactions immobilières et par la baisse des prix des logements eux mêmes. Mais le crédit semble repartir, en particulier grâce à la baisse des taux.
Comment jugez-vous la reprise économique en France ?
Il y a effectivement une reprise significative mais encore beaucoup d'incertitudes ; sur l'évolution du chômage, la reprise des investissements, la façon dont les Etats vont gérer la fin de leurs programmes de relances… Aujourd'hui, malgré ces difficultés, le consensus des économistes table sur une croissance de 1,1 % pour la France en 2010 ; cette prévision me semble raisonnable.
Faut-il s'inquiéter de la remontée de l'euro vis-à-vis du dollar ?
Il y un accord général pour considérer que la stabilité des changes constitue un élément important pour la reprise mondiale. Lors du G20 de Londres du 2 avril le communiqué a explicitement dénoncé toute tentative de dévaluation compétitive.
08:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, economie, ump, sarkozy, ps, verts, modem
samedi, 05 septembre 2009
Bonus : il nous faut des règles.
Par Christine Lagarde,
Ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 04 septembre 2009.
Il y a bientôt un an, la chute de Lehman Brothers plongeait le monde dans une crise financière sans précédent. Du jour au lendemain, les certitudes que nous pouvions avoir sur la solidité de nos institutions financières et sur le fonctionnement d'un système financier toujours plus innovant étaient remises en cause. Très vite, des pans entiers de nos économies nationales en ont subi les effets brutaux.
Les raisons de cette crise ne sont aujourd'hui que trop connues. Si celle-ci s'est déclenchée dans le secteur immobilier américain, elle s'est rapidement propagée au monde de la finance tout entier par le biais de la titrisation pratiquée à grande échelle. Cette crise est le résultat de la sophistication excessive des instruments financiers, de l'absence d'évaluation des risques, de la régulation insuffisante de certains acteurs et certains produits et de la cupidité insatiable d'autres acteurs encore, pour qui toujours plus n'était jamais assez.
Face à ce défi, les États ont su mobiliser les moyens nécessaires pour éviter l'effondrement. Nous avons apporté un soutien exceptionnel à nos secteurs financiers. Nous avons mis en place des plans de relance massifs - près de 5 000 milliards de dollars à l'échelle mondiale selon le FMI.
Si chacun a agi à sa manière et avec ses priorités propres, la volonté de coopération internationale et d'action coordonnée a été sans précédent. C'est ce qui distingue profondément cette crise de celle que le monde a connue dans les années 1930.
En avril dernier, les chefs d'État et de gouvernement du G20 représentant 85 % de la richesse mondiale se sont réunis à Londres et se sont engagés sur des règles visant à traiter les racines du problème. Les décisions adoptées visaient à éliminer les causes de cette crise en instaurant plus de transparence, plus de régulation et de responsabilité parmi ses acteurs. Elles répondent à une demande légitime de nos concitoyens qui exigent davantage d'encadrement et si ce n'est des certitudes du moins des garanties que ces dysfonctionnements ne se reproduiront plus.
En tant que représentants de ces sociétés, nous avons le devoir de les mettre pleinement en œuvre, afin de faire tout notre possible pour bannir les comportements à risques et mettre fin à l'irresponsabilité dévastatrice de certains acteurs de la finance. Nous voyons aujourd'hui des raisons d'espérer une sortie prochaine de ce cataclysme. S'il est trop tôt pour crier victoire, les données et les indicateurs économiques les plus récents semblent indiquer que le pire de cette crise est derrière nous. Même si l'économie ne redémarre pas aussi vite que nous le souhaiterions, nous ne pouvons que nous réjouir des indices positifs qui commencent à voir le jour.
Toutefois, nous devons éviter en parallèle que des comportements nuisibles ne resurgissent chez certains acteurs de la finance. Les banques, dont certaines n'ont dû leur salut qu'à un apport massif d'argent public, profitent de bons résultats au premier semestre pour prétendre que cette crise n'était qu'un incident de parcours et que les agissements d'hier peuvent reprendre comme si rien ne s'était passé. Disons-le tout net : ces comportements sont dangereux mais aussi indécents, cyniques et inacceptables. Ils constituent une provocation face à la montée du chômage.
Nous ne choisissons pas de déposer notre argent à la banque, nous y sommes obligés. Les banques sont un rouage essentiel de notre système économique ; nous devons donc veiller à ce qu'elles obéissent à des règles et qu'elles ne puissent plus jamais mettre en péril l'ensemble de ce système. Les risques liés aux systèmes de rémunération doivent faire l'objet d'une surveillance rigoureuse. Le danger est trop grand quand les erreurs de quelques-uns sont susceptibles d'avoir des répercussions sur l'ensemble de nos populations.
C'est pourquoi nous défendrons, lors de la réunion des ministres des Finances du G20 ce vendredi à Londres, un encadrement strict des rémunérations. Les bonus garantis supérieurs à un an doivent être interdits. Le versement des bonus doit être étalé sur plusieurs années et les bonus versés doivent correspondre aux performances réelles des individus concernés et aux activités de la banque sur cette période.
Les banques doivent également être d'une transparence totale en rendant publiques des informations précises sur leur politique de rémunération. Enfin, chacun des pays doit s'assurer que ses banques respectent ces règles.
En outre, nos opinions publiques ont du mal à comprendre qu'une si petite minorité puisse avoir des exigences aussi élevées. Le montant de certains bonus pose de vraies questions, pas seulement d'un point de vue moral. Nous sommes conscients qu'il s'agit là d'une question difficile, mais il nous faudra bien l'aborder. D'aucuns ont proposé d'aller plus loin, par exemple, en limitant les bonus, voire en les taxant ou en imposant aux banques des obligations supplémentaires.
Chacun voit bien que ces règles ne sont qu'une première partie d'un ensemble plus vaste et incontournable de mesures de régulation du secteur financier. De plus, si les banques ont pu renouer avec les bénéfices, elles le doivent en grande partie aux décisions audacieuses prises par les gouvernements et les banques centrales. Par conséquent, nous attendons d'elles des initiatives aussi audacieuses pour que ces bénéfices profitent à l'économie réelle. Nous avons aujourd'hui une occasion unique d'être ambitieux pour la sécurité de nos citoyens et le bon fonctionnement de nos économies.
Nous avons d'ores et déjà commencé à agir et sommes déterminés à poursuivre notre action. Nous appelons nos collègues du G20 à se joindre à nous pour adopter des règles strictes. De toute évidence, elles seront d'autant plus efficaces qu'elles seront adoptées au niveau international.
Allons au bout de l'effort historique engagé le 2 avril et posons ensemble les bases d'une croissance durable fondée sur des principes de transparence et de responsabilité. Il faut mettre un terme à la culture du bonus et saisir l'occasion du sommet du G20 à Pittsburgh pour le faire.
09:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ps, verts, modem
vendredi, 14 août 2009
Lagarde «reste sur un schéma de sortie de crise mi-2010»
Interview de Christine Lagarde,
Ministre de l'Economie, de l'Emploi et de l'Industrie.
Entretien publié dans Le Figaro, le 13 août 2009.
Malgré la progression surprise de 0,3% du PIB français au deuxième trimestre, Christine Lagarde reste prudente. Après les effets positifs de la prime à la casse, elle compte sur les mesures de soutien aux ménages les plus modestes et sur le restockage des entreprises pour soutenir l'économie. Elle recevra les banquiers le 24 août pour s'assurer qu'ils continuent à jouer leur rôle en matière de prêts.
LE FIGARO. Comment interprétez-vous le rebond de la croissance ?
Christine LAGARDE. Ces chiffres confortent la stratégie de notre plan de relance axé sur l'investissement. Ils témoignent aussi du succès de la prime à la casse à la fois en France mais aussi chez nos voisins qui ont imité ce système en début d'année, en particulier l'Allemagne, où nous constatons un rebond très net de nos exportations de véhicules. L'autre bonne surprise, c'est que malgré leurs achats automobiles les Français ont continué à consommer des services. C'est l'un des effets positifs du ralentissement de l'inflation en début d'année, qui a conforté leur pouvoir d'achat.
Quel sera le profil de l'activité dans les prochains mois ?
L'effet de la prime à la casse devrait commencer à s'estomper. Au troisième trimestre, nous devrions tirer profit d'une autre mesure du plan de relance, en faveur du revenu disponible des 6 millions de ménages les plus modestes: la suppression d'un deuxième tiers de l'impôt sur le revenu pour la première tranche de ménages imposables aura permis d'injecter 1 milliard d'euros directement dans la consommation. L'autre soutien à l'activité devrait provenir des stocks. Au premier semestre, le déstockage massif des entreprises face à la crise a mécaniquement beaucoup pesé sur la croissance. Désormais, leurs stocks ont, en moyenne, rejoint un niveau normal, ce qui est a priori davantage favorable à la production pour les prochains mois. J'observe d'ailleurs que depuis quelques semaines des chaînes de montage qui avaient été arrêtées sont en train de redémarrer.
Maintenez-vous vos prévisions d'un recul du PIB compris entre 2,5 et 3% sur l'ensemble de l'année et d'une hausse de 0,5% en 2010 ?
Je me félicite du chiffre publié jeudi matin par l'Insee car il est concret, tangible et récompense nos efforts. Il y a six semaines, personne n'aurait parié dessus. Mais il doit nous inciter à rester prudents pour la suite. Nous sommes clairement en phase de stabilisation. Pour autant, il est trop tôt pour réviser nos prévisions. Je reste sur un schéma de sortie de crise définitive mi-2010. Maintenant, si nous redémarrons avant, tant mieux! Le point clef consiste désormais à assurer une relance de l'investissement privé, qui est toujours très déprimé. Pour inciter les entreprises à réinvestir, je fonde beaucoup d'espoir sur la suppression de la taxe professionnelle. C'est le projet majeur que je défendrai cet automne dans le cadre du projet de loi de finances pour 2010. Nous devons aller jusqu'au bout.
Le succès de la prime à la casse ne rend-il pas difficile sa suppression en fin d'année, comme l'ont évoqué certains au gouvernement ?
Effectivement, ce qui s'est passé au deuxième trimestre doit nous conduire à faire évoluer notre réflexion sur le sujet. Nous devons tirer les enseignements de la balladurette et de la juppette: arrêter brutalement ce système serait dangereux. Il faut organiser une sortie progressive, en sifflet.
Une reprise de l'activité ne peut s'opérer sans le soutien des banques aux entreprises. Qu'allez-vous faire dans ce domaine ?
Il ne faut pas relâcher la pression sur les banques. C'est le sens de la réunion qui s'est tenue à Matignon la semaine dernière et de la convocation qu'a adressée le président de la République aux dirigeants des grandes banques françaises pour le 25 août. De mon côté, je les recevrai la veille, le 24 août, à Bercy, pour préparer techniquement la réunion de l'Élysée. Deux sujets doivent être menés de front: le financement de l'économie et la question des rémunérations variables. Au sujet des prêts, si les hauts dirigeants de banques promettent de continuer à en distribuer, il est important que ce message soit relayé en interne jusqu'aux responsables crédits des agences locales. Ce sont eux qui accordent ou non des prêts aux clients. Il faut les sensibiliser.
Quelles sont les perspectives pour l'emploi ?
Le chômage est toujours notre préoccupation essentielle. La dégradation du marché du travail au deuxième trimestre semble avoir été moins importante qu'au début de l'année, mais les pertes d'emploi sur l'ensemble de l'année seront sensibles. Tant que les entreprises ne recommenceront pas à investir, elles ne créeront pas suffisamment d'emplois. Il ne faut pas s'attendre à des miracles à court terme: les chefs d'entreprise vont attendre de voir comment évolue la situation avant de se lancer dans de nouveaux projets. En attendant, cela justifie l'accélération de nos mesures pour l'emploi, comme l'extension du contrat de transition professionnel dans quarante zones, la mise en place des nouvelles indemnisations du chômage partiel ou encore la réforme de la formation professionnelle.
Propos recueillis par Cyrille Lachèvre pour Le Figaro.
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lundi, 06 avril 2009
DSK : "La reprise viendra des Etats-Unis début 2010."
Entretien publié dans Le Figaro,
le 06 avril 2009.
INTERVIEW EXCLUSIVE - Le directeur général du FMI commente les résultats du G20 et le nouveau rôle du Fonds, grand gagnant, sur le plan financier.
Le Figaro. - Le succès politique du G20 suffira-t-il à faire renaître la confiance des investisseurs, des consommateurs et des entreprises ?
Dominique Strauss-Kahn. - Ce serait exagéré de dire que le G20 va à lui seul faire revenir la confiance. Mais il est vrai que la crise est assez largement une crise de confiance. Le succès de ce G20, la détermination des chefs d'État et de gouvernement, les décisions qui ont été prises, constituent un élément du retour à la confiance, ce qui est décisif pour que l'économie reparte.
On peut dire désormais qu'il y a un capitaine dans le bateau ? Un commandement uni ?
C'est difficile à dire, car j'aurai du mal à le nommer. Mais il y a un équipage qui prend l'habitude de travailler ensemble et de tirer des bords comme il convient.
N'êtes vous pas déçu de l'absence d'efforts supplémentaires dans les plans de relance nationaux ?
Non. Le problème principal aujourd'hui ce n'est pas d'augmenter les plans de relance. Pour 2009, le résultat est presque à la hauteur de ce que le FMI avait demandé en février : une relance équivalente à environ 2 % du PIB. Nous n'en sommes pas loin. Pour 2010, on verra, mais l'important est que les Etats aient déclarés être prêts à en faire davantage si cela s'avérait nécessaire. La polémique sur ce sujet a été exagérée. Les Américains ont, il est vrai, voulu pousser les Européens à faire plus. Honnêtement, si on regarde les programmes de relance, le plan américain est plus massif que le plan européen. Mais quand on tient compte de la protection sociale, des «stabilisateurs automatiques », bien plus forts en Europe, l'écart n'est pas si grand.
Estimez-vous avoir été entendu au G20 sur la nécessité de nettoyer le bilan des banques ?
Oui. La plupart des chefs d'État et de gouvernement ont compris que le nettoyage du système financier était un préalable indispensable à une relance et une régulation efficace. Ils l'ont affirmé haut et fort au G20. C'est un progrès considérable dans la compréhension du problème et la détermination à y apporter des solutions. Il faut donc le faire maintenant et il faut le faire vite. Le FMI qui a traité 122 crises bancaires dans son histoire, depuis l'après guerre, a noté une constante : le retour à la croissance ne se fait pas tant que l'assainissement du système bancaire n'a pas été opéré. L'exemple le plus frappant est celui du Japon des années 1990 : les Japonais ont déversé des tonnes d'argent public pour favoriser la relance, mais cela n'a rien donné jusqu'au moment où ils ont fini pas nettoyer leur système bancaire. J'ai le sentiment d'avoir été entendu, nous allons voir maintenant si les décisions suivent.
Que faut-il attendre des 1100 milliards de dollars annoncés ?
Même si elle additionne un peu des choux et des carottes, la somme est considérable : 500 milliards pour le FMI, plus 250 milliards de DTS, 100 milliards pour les banques de développement dont la Banque mondiale. A quoi s'ajoutent 250 milliards pour le financement du commerce mondial qui seront mobilisés par la Banque Mondiale et toute une série d'agences pour le commerce extérieur, comme la Coface en France. Le soutien au commerce mondial est capital, car son financement a été l'une des victimes directe du «credit crunch» et du rapatriement des capitaux par les banques occidentales
Cette enveloppe sera-t-elle rapidement mobilisable ? Sur quels montants le FMI peut-il compter dès 2009 ?
C'est une question de semaines, voire de mois, mais pas plus. Pour sa part le FMI aura son compte ; les 500 milliards de dollars de ressources supplémentaires seront disponibles avant la fin de l'année. On a déjà 100 milliards du gouvernement japonais, 100 milliards des Européens et environ autant attendu des États-Unis. Les Chinois et les Russes m'ont fait part de leur intérêt. D'autres pays ont déjà annoncé leur participation et vont nous aider. On sera donc proche des 500 milliards à la fin de l'année.
Le G20 a décidé d'augmenter de 250 milliards, les Droits de Tirage Spéciaux du FMI. Pouvez-vous nous donner une définition simple des DTS et nous dire à quoi cela sert ?
Il s'agit d'une capacité d'emprunt offerte à chacun des membres du FMI, en fonction de ses quotas au capital du Fonds. Cet instrument de financement est négociable : les pays qui n'en ont pas besoin peuvent les prêter à d'autres. En ce sens, cela devient une monnaie, mais uniquement échangée entre les banques centrales des pays. L'augmentation des DTS, à quoi ça sert ? D'abord à augmenter les réserves des banques centrales et aider les pays à stabiliser leurs monnaies. Les pays africains qui ont entre 7 ou et 8 % de quotas du FMI, vont ainsi recevoir 19 milliards de dollars. Ils peuvent obtenir davantage ensuite grâce à des accords d'échanges avec les pays développés. Résultat : cela crée une liquidité internationale supplémentaire. Le seul inconvénient est le risque inflationniste, mais il est aujourd'hui limité ! Cela revient aussi à faire fonctionner le FMI presque comme une banque centrale. Par ailleurs cela donne un coup de pouce à l'idée de monnaie internationale, ce qui est très important sur le plan symbolique.
Pourquoi ?
Cela démontre que les États-Unis, qui ont approuvé une telle décision et qui en sont même à l'origine, acceptent de renforcer le FMI dans son rôle de prêteur en dernier ressort et de fournisseur de liquidités internationales. Cela confirme la conversion de la nouvelle administration américaine à une approche plus multilatérale dans les relations internationales.
Cette remise au centre du jeu des DTS aurait aussi fait plaisir au Général de Gaulle … Est-ce également une réponse aux Chinois qui souhaitent la création d'une monnaie de réserve de substituant au dollar ?
Effectivement. Les Autorités françaises ont toujours été opposées à la une domination exagérée du dollar et favorables aux émissions de DTS. Ce n'est pas un hasard, non plus, si les Chinois ont parlé des DTS avant le G20. Mais la suprématie du dollar dans le système international est encore là pour longtemps. Ce ne sont pas ces 250 milliards qui vont complètement changer les choses. En termes absolus c'est peu, comparé aux milliers de milliards de dollars en circulation. En revanche, c'est une décision porteuse de symbole.
Le FMI va-t-il être en mesure d'assurer mieux son rôle de surveillance des monnaies et de mettre en garde sur les déséquilibre commerciaux qui sont à l'origine de la crise actuelle ?
Je nuancerai les choses. Ces déséquilibres sont certes un problème en soi et il faut y remédier. Mais on peut sans peine imaginer une situation dans laquelle il n'y aurait pas de déséquilibres internationaux, et où les pratiques bancaires nationales auraient quand même déclenché des problèmes de surendettement, de subprime et de titrisation, du fait de la défaillance des contrôles bancaires !
Le nouveau poids qu'entend jouer la Chine au FMI ne va-t-il pas vous empêcher de critiquer la sous évaluation du yuan ?
Au contraire. On est plus à même de donner des conseils lorsque les pays sont autour de la table que lorsqu'ils en sont absents. Le FMI doit être franc et je dis depuis des mois que le remimbi (l'autre nom du yuan, ndlr) est sous-évalué et que la voie pour le réévaluer est que la croissance chinoise ne se nourrisse plus exclusivement des exportations, mais se recentre sur la demande intérieure, ce qui en train de se passer.
En matière de surveillance et de régulation pourquoi l'idée d'une Organisation mondiale de la finance, sur le modèle de l'OMC pour le commerce, est-elle considérée comme impossible ?
On a souvent voulu attribuer au FMI un tel rôle. Je ne suis pas sûr que l'on ait besoin d'un grand régulateur au niveau mondial. Mais de toutes façons, ce n'est pas notre mission. C'est plutôt le rôle du Forum de stabilité financière, et maintenant du Conseil de stabilité financière, que de créer des règles prudentielles. C'est ce Conseil qui doit coordonner les organismes spécialisés dans la régulation comme le Comité de Bâle pour les activités bancaires ou l'IOSCO pour les valeurs mobilières, et ces institutions elles-mêmes rassemblent les autorités nationales, telle la commission bancaire en France. L'essentiel est que ces règles existent dans chaque pays et qu'elles soient respectées. C'est alors qu'intervient le FMI pour examiner si les secteurs financiers nationaux fonctionnent correctement. C'est un travail de surveillance et non pas de régulateur. On appelle cela les FSAP, Financial Sector Assessment Program. Cette procédure, nous allons d'ailleurs l'améliorer de façon à effectuer des «stress test», des tests de résistance, en cas de crise. Il s'agit de procédures volontaires, et parmi les grands pays, seuls les États-Unis et la Chine avaient jusqu'à maintenant toujours refusé d'y participer. Mais depuis la crise ils ont accepté de s'y soumettre.
Quels seront les signes avant-coureur de la reprise mondiale ?
La crise est partie des États-Unis, dans le secteur immobilier. Le redémarrage se constatera d'abord aux États-Unis. Il faut donc surveiller les prix de l'immobilier américain. La fin de la baisse constituera un signe important. On peut penser qu'on n'est pas trop loin du plancher, d'où notre schéma de reprise au premier semestre 2010. Un autre indicateur à suivre, est l'état des stocks des entreprises. Le déstockage va arriver à son terme, et la production pourra alors reprendre. Le redémarrage des marchés de crédits, qui restent encore gelés, est également essentiel. La reprise du commerce international constituera également un test de fin de crise.
Dans un monde financier dévasté, le FMI apparaît comme un îlot de prospérité avec des perspectives de bénéfices importants. Allez-vous embaucher ?
Notre mission n'est pas de faire des bénéfices mais de contribuer à la stabilité financière et d'aider les pays à résoudre leurs problèmes de déficits extérieurs. Nous allons effectivement renforcer nos effectifs. Nous nous apprêtons à recruter une petite centaine de spécialistes.
Propos recueillis par Alexandrine Bouilhet et Jean-Pierre Robin.
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