lundi, 02 novembre 2009
Le grand emprunt doit mobiliser entre 50 et 100 milliards d'euros.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 02 novembre 2009.
Pour le Parti socialiste, "un grand emprunt, c'est d'abord une grande dette de plus", pour reprendre l'expression du président socialiste de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Il aurait dû écouter plus attentivement le discours du président de la République, à Versailles, le 22 juin, devant le Sénat et l'Assemblée nationale réunis en Congrès.
Il disait en substance : "Certes, nous avons un problème de finances publiques mais, pour le résoudre, il nous faut changer notre approche des déficits, notre façon de poser le problème. La situation ne doit pas être examinée qu'en termes de valeur absolue. Il faut distinguer le mauvais déficit, celui qui finance les mauvaises dépenses, du déficit imputable à la crise, à la diminution des recettes, à l'augmentation des dépenses sociales. Mais il peut également y avoir un déficit justifié par le financement des dépenses d'avenir. Le grand emprunt constitue une vraie opportunité de débattre et d'identifier les investissements stratégiques pour préparer la sortie de crise et la croissance de demain."
Pour nous, le grand emprunt c'est d'abord une opportunité de rompre avec une pratique qui depuis presque trente ans veut que l'on s'endette essentiellement pour assurer des dépenses de fonctionnement. Cette pratique doit être combattue et ce type de déficit condamné. Année après année, les investissements publics de l'Etat, sacrifiés sur l'autel de l'urgence et de l'immédiat, ont reculé pour s'établir à quelques milliards d'euros annuels seulement.
Or notre pays dispose de réserves de prospérité et d'un potentiel de croissance dans des secteurs d'excellence. Le pari du grand emprunt, c'est de transformer ce potentiel de croissance en recettes positives, en emplois, en amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens, en réponse au défi environnemental.
Travailler sur le grand emprunt, c'est donc préparer la sortie de crise et l'avenir, qui se jouera sur la sélection des projets et des investissements. Ils devront respecter des principes rigoureux en termes de lisibilité, d'ancrage territorial et de rentabilité. Ces investissements devront être compris et approuvés par nos concitoyens qui pourront ainsi les soutenir, les porter et contribuer à leur succès. Ils devront donc concerner des programmes phares, mais surtout rentables, susceptibles de générer des retours sur investissement sous forme de croissance, d'emploi et de développement durable, à un horizon raisonnable. C'est la préoccupation essentielle des Français.
Les idées ne manquent pas. Il faudra choisir les investissements les plus importants pour la croissance de demain et poser les conditions nécessaires pour garantir la meilleure utilisation de cet argent et les retombées économiques les plus favorables à la prospérité de notre pays.
Un nouveau modèle de croissance est en train d'émerger. Si nous n'investissons pas massivement pour prendre une option sur l'avenir, nous risquons de prendre un retard que nous mettrions plusieurs décennies à rattraper. Ce serait une erreur historique. Les pays qui ont raté la "révolution industrielle" ou les "trente glorieuses" ont mis très longtemps à s'en remettre.
Nous sommes à la veille d'une révolution d'une ampleur comparable. Face aux risques de déclassement liés à l'immobilisme, nous devons faire preuve d'audace et mobiliser les moyens suffisants pour donner à notre économie une dynamique nouvelle, pour faire de notre société une société de création, d'invention, d'innovation, résolument tournée vers l'avenir; un avenir qui garantisse notre souveraineté.
Ces moyens, ils sont mobilisés en Chine, en Inde, au Brésil, qui veulent toute leur part de cette nouvelle croissance. Ils sont également mobilisés aux Etats-Unis par l'administration Obama, qui investit massivement dans la croissance verte.
C'est dire que le grand emprunt ne doit pas devenir un "petit emprunt", au moment même où l'Allemagne décide de donner la priorité à la croissance en programmant des baisses d'impôts qui, sur cinq ans, représenteront 120 milliards d'euros.
Pour construire la France du XXIe siècle, la France de l'après-Kyoto, de la croissance verte, de la révolution numérique, de la société de la connaissance, pour bâtir les infrastructures, les universités, les laboratoires, les entreprises, les grandes métropoles de premier rang mondial de demain, nous devons pouvoir mobiliser une masse critique de plus de 50 milliards d'euros, voire, pourquoi pas, aller, si les projets le justifient, jusqu'à 100 milliards d'euros d'investissements publics supplémentaires, qui seront dépensés sur les cinq à dix ans à venir.
Les fonds levés doivent être isolés du budget général. Ils ne doivent pas servir à financer les dépenses courantes. Ils doivent être investis selon des critères rigoureux. Ils pourraient donner lieu à des prises de participation dans des sociétés à créer, à des avances assurant une capacité de remboursement ou de valorisation. L'efficacité économique des dépenses doit être le maître mot. Et ainsi, dans cet esprit de rigueur et d'efficacité, nous pourrons inventer l'avenir et le grand emprunt représentera une rupture majeure dans la politique économique française.
Martine Aurillac ; Brigitte Barèges ; Jean-Louis Bernard ; Jérôme Bignon ; Claude Bodin ; Michel Bouvard ; Bernard Brochand ; Bernard Carayon ; Olivier Carré ; Eric Ciotti ; François Cornut-Gentille ; Jean-Michel Couve ; Olivier Dassault ; Bernard Deflesselles ; Yves Deniaud ; Nicolas Dhuicq ; David Douillet ; Cécile Dumoulin ; Raymond Durand ; Daniel Fasquelle ; Jean-Michel Ferrand ; Jean-Pierre Giran ; Jean-Claude Guibal ; Philippe Goujon ; Anne Grommerch ; Michel Heinrich ; Laurent Hénart ; Olivier Jardé ; Yves Jégo ; Arlette Grosskost ; Jean-Christophe Lagarde ; Jean-François Lamour ; Robert Lecou ; Marc Le Fur ; Jean Leonetti ; Maurice Leroy ; François Loos ; Lionnel Luca ; Jean-François Mancel ; Philippe-Armand Martin ; Damien Meslot ; Renaud Muselier ; Jacques Myard ; Françoise de Panafieu ; Jean-Frédéric Poisson ; Bérengère Poletti ; Jean-Luc Préel ; Didier Quentin ; Bernard Reyniès ; Franck Reyner ; Jean Roatta ; Arnaud Robinet ; François Rochebloine ; Marie-Josée Roig ; Jean-Marc Roubaud ; Francis Saint-Léger ; Rudy Salles ; André Santini ; François Scellier ; Georges Siffredi ; Daniel Spagnou ; Jean Tiberi ; René-Paul Victoria.
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mardi, 06 octobre 2009
L'après-G20 : la régulation est vitale, elle n'est pas la solution.
Par Luc Ferry, ancien ministre de l'Education nationale.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 1er octobre 2009.
Est-il permis de défendre dans un même point de vue deux idées qui se nuancent l'une l'autre, d'affirmer que, oui, en effet, nous avons un besoin vital de régulation mondiale, mais que non, la solution de la crise ne se trouve pas là ? Il est de bon ton aujourd'hui de jouer les sceptiques, de prendre l'air de celui à qui «on ne la fait pas» pour balayer d'un revers de main les décisions du G20. Facile ! La vérité, c'est que l'existence même de cette institution est déjà en soi un événement historique, le signe d'une prise de conscience que la mondialisation ne peut plus proliférer sans gouvernance politique. Sans parler même de l'Iran, les décisions touchant à la régulation financière sont décisives pour prévenir une prochaine crise, pire que l'actuelle, car la marge d'intervention des États sera désormais nulle. La régulation de la finance est donc cruciale, et nul ne peut le nier. Reste, bien entendu, à faire passer les mots dans les faits.
Reste surtout à comprendre enfin qu'à l'encontre de la rengaine désormais gravée dans le marbre, la crise ne vient pas au premier chef de la finance, de sorte que la régulation de cette dernière, essentielle pour prévenir, ne sert pas pour autant à guérir.
L'image d'Épinal selon laquelle il y aurait une «bonne économie», l'économie réelle, et une «mauvaise économie», l'économie «casino», image popularisée dans les années 1980 par le film Wall street, ne résiste pas à l'analyse. L'idée que ces deux économies seraient séparables est même absurde. Elle rencontre pourtant un large écho, notamment à gauche, parce qu'elle rassure : il «suffirait» (toujours ces bons vieux «y a qu'à» !) de faire «reculer» le capitalisme, de mettre ici ou là quelques garde-fous et le tour serait joué ! On reviendrait à la bonne pratique de banques destinées à financer l'industrie et non à faire de l'argent avec l'argent. Le problème, c'est que la vérité est tout autre. C'est bel et bien l'économie réelle, et non au premier chef la cupidité de quelques financiers fous, qui est à l'origine de nos ennuis. Voici pourquoi.
Un tassement des classes moyennes
Depuis les années 1980, comme l'a montré Patrick Artus, les États-Unis ont connu une bipolarisation croissante du monde du travail, avec, d'un côté, un nombre réduit de travailleurs à hauts revenus et, de l'autre, une masse de plus en plus nombreuse de salariés peu rémunérés. Au milieu, un formidable tassement des classes moyennes. Or ce sont elles qui tiraient la croissance. D'où une nouvelle équation à résoudre : comment booster l'économie malgré le déclin du milieu de gamme ? Réponse, imposée aux banques américaines par Clinton et Greenspan, donc par l'intervention de l'État : grâce à l'endettement massif des ménages les moins riches (le fameux subprime).
Conséquence : ce ne sont plus les salaires qui vont porter la croissance, mais les crédits. On va faire de la richesse, non plus avec de la richesse, mais avec de la dette. De là le recours aux prêts à très hauts risques. De là aussi le fait qu'aux États-Unis, les secteurs les plus touchés sont ceux, comme l'automobile, où il est souvent nécessaire de recourir à un crédit, désormais impossible parce que saturé.
Tout reste à faire
C'est donc seulement dans un second temps que la crise financière va se mettre en place. Car c'est bien après coup qu'on va titriser les crédits frelatés, puis les disséminer de par le monde en les dissimulant, avec la complicité des agences de notation, dans des produits financiers si peu lisibles que les banquiers eux-mêmes n'y retrouvent plus leurs petits. Bien entendu, cette opération engendrera une formidable crise de confiance interbancaire laquelle, à son tour, mais seulement dans un troisième temps, rejaillit sur l'économie. Si l'on admet le raisonnement qui précède, et que les chiffres de l'endettement américain corroborent sans faille, on comprend aussi que la sortie de crise ne passe à proprement parler ni par la régulation, ni par la morale. Les deux sont certes indispensables si l'on veut éviter une rechute. Mais la véritable équation à résoudre est avant tout la suivante : comment renouer avec une croissance saine, tirée par de la richesse et non plus par de la dette ? Où est la nouvelle «nouvelle économie» ? Dans l'économie verte ? Ailleurs, mais où ? Avec une sous-question désormais impossible à éluder : est-ce écologiquement tenable ? De ce point de vue, quels que soient les mérites du G 20 - dont le principal est d'exister -, tout reste à faire.
08:50 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, economie, finance, g20, ump, sarkozy, ps, pc, verts, modem
mardi, 29 septembre 2009
Assurance-maladie : finissons-en avec les contre-vérités.
Eric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique.
Tribune publiée dans Le Monde, le 29 septembre 2009.
Il a suffi d'un article de presse évoquant une possible hausse du forfait journalier hospitalier pour déclencher une vaste polémique. Comme c'est le cas dès qu'on évoque la question du financement de notre système de santé, le spectre de sa privatisation et de l'exclusion de centaines de milliers de personnes de la santé a été immédiatement brandi.
Année après année, les réflexes sont les mêmes et les arguments toujours aussi caricaturaux : il y aurait, d'un côté, les vrais défenseurs du système, ceux qui protègent l'accès aux soins et, de l'autre, ceux qui se polariseraient sur les chiffres, en méconnaissant les enjeux sanitaires et sociaux. Tout cela n'a aucun sens, et l'assurance-maladie mérite bien mieux que cette caricature. Je voudrais aujourd'hui le démontrer, en commençant par rappeler deux vérités trop souvent ignorées.
Premier point : nous avons l'un des meilleurs systèmes d'assurance-maladie au monde. L'un des meilleurs d'abord du point de vue de la qualité des soins. La France est, par exemple, le pays qui offre le plus rapidement accès aux médicaments les plus innovants. Mais nous avons aussi celui qui assure la couverture maladie la plus large et la plus équitable.
Nous sommes au premier rang mondial pour l'importance des dépenses publiques de santé (9 % du PIB). Un Français, en moyenne, reçoit de la Sécurité sociale 1 920 euros par an, contre 1 760 euros en Allemagne, 1 310 euros aux Pays-Bas, ou encore 1 090 euros en Espagne. Et cette meilleure protection concerne en particulier les Français les plus fragiles. Ceux qui ont des maladies lourdes bénéficient de la gratuité totale de leurs soins médicaux grâce au système des "affections de longue durée", qui couvre 9,7 millions de personnes, et 4,2 millions de ménages modestes bénéficient d'une couverture complémentaire gratuite (CMUC).
Il ne faut pas se le cacher, des cas de renoncement aux soins faute de moyens existent. Le gouvernement en a conscience et fait de leur réduction une priorité. C'est la raison pour laquelle nous avons également amélioré l'aide pour l'acquisition d'une couverture complémentaire (ACS) destinée aux Français ayant des revenus légèrement supérieurs à ceux donnant accès à la CMUC. Le nombre de bénéficiaires a augmenté de 31 % en un an et, aujourd'hui, plus de 470 000 personnes à bas revenu en bénéficient.
Deuxième point : notre système est menacé par les déficits. Grâce un effort sans précédent de maîtrise des dépenses, le déficit de l'assurance-maladie a été divisé par deux entre 2005 et 2008, de - 8 milliards d'euros à - 4,4 milliards d'euros. Mais la crise a fait chuter les recettes et augmenter très fortement le déficit : il sera supérieur à 10 milliards d'euros en 2009, et il augmentera encore de plusieurs milliards d'euros en 2010. Que signifient ces chiffres : tout simplement qu'en 2010, si nous ne prenons aucune mesure d'économies, c'est l'équivalent de tous les achats de médicaments en pharmacie de l'année qui seront financés par emprunt.
Troisième point : opposer logique comptable et logique médicale est une erreur de raisonnement grave. Tout le monde, je pense, se retrouve sur l'idée qu'un système qui s'enfonce dans les déficits n'a plus la maîtrise de son avenir. Mais dès que l'on aborde les solutions, les propositions sont plus rares, et tournent souvent autour d'une seule logique : redresser les comptes, ce serait dégrader les soins. Je veux résolument combattre cette idée qui conduit à l'inaction.
La population vieillit, les pathologies chroniques augmentent, le coût du progrès médical est de plus en plus important. Face à ces facteurs d'augmentation rapide des dépenses de santé, on peut décider que l'assurance-maladie doit continuer à tout rembourser comme avant. Je pense que c'est la condamner au déficit, et qu'elle doit au contraire concentrer son intervention sur les dépenses les plus indispensables et les plus efficaces. Quelques exemples. Pour continuer à être leader dans l'introduction des médicaments les plus innovants, il faut, par exemple, accepter de moins rembourser les médicaments dont la communauté médicale (pas le gouvernement !) a reconnu qu'ils rendaient un service médical faible. C'est la raison pour laquelle je défends l'idée que les complémentaires remboursent davantage ces médicaments et que la Sécurité sociale se concentre sur ceux dont le service rendu aux patients est élevé. Cette orientation s'ajoute à notre politique de baisse du prix des médicaments, qui bénéficie non seulement à l'assurance-maladie, mais aussi aux Français. En 2008, ces baisses ont concerné 140 millions de boîtes de médicaments.
Pour continuer à avoir l'un des systèmes hospitaliers les plus performants, il faut préserver notre politique de prise en charge des médicaments les plus coûteux, garantir la motivation des équipes hospitalières, rénover les bâtiments hospitaliers et donner en permanence accès aux meilleurs équipements. Voilà le coeur de la qualité des soins à l'hôpital. C'est là que doit aller l'essentiel des financements de l'assurance-maladie, parce que c'est là que se joue la santé des Français.
Il faut bien sûr être exigeant avec ces financements. C'est pourquoi nous faisons de l'amélioration de l'efficacité de l'hôpital, et plus généralement de l'ensemble des professionnels de santé, une priorité. C'est l'un des objectifs de la loi hôpital de Roselyne Bachelot, qui va produire ses effets dès l'année prochaine.
Mais il faut également, et logiquement, que l'assurance-maladie, se concentrant sur les dépenses hospitalières liées aux soins, contribue un peu moins au financement des "à-côtés". Tel est le sens de l'augmentation du forfait hospitalier, c'est-à-dire de la part payée non pas pour leurs soins médicaux à l'hôpital, mais pour une partie du coût de la chambre et des repas pris à l'hôpital.
Bien sûr, cette augmentation ne suffit pas pour remédier au déficit de l'assurance-maladie. Mais elle incarne une logique, celle d'une assurance-maladie qui sait choisir ce qu'elle finance. Et ce, contrairement à ce que j'entends, sans que cela ne remette en cause l'accès aux soins : les complémentaires financent ce forfait, 8 millions de Français en sont exonérés du fait de leur situation médicale ou financière et une hausse de quelques euros ne doit pas faire oublier que les dépenses des Français à l'hôpital sont prises en charge à hauteur de 97 %.
La santé de la Sécurité sociale et celle des Français sont un tout. Il faut d'urgence cesser de les opposer en présentant chaque piste d'économie comme une menace pour la qualité des soins. La seule menace, la vraie, c'est celle qui consisterait à ne rien faire dans une telle situation financière.
Il faut maintenant affronter la réalité, sortir de la caricature et de la critique facile, avoir le courage de débattre et de proposer.
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vendredi, 25 septembre 2009
«Il est indispensable d'avoir un cadre de règles partagées»
Interview de Christian Noyer,
Gouverneur de la Banque de France.
Entretien publié dans Le Figaro, le 25 septembre 2009.
Le Figaro - Sur quels critères jugera-t-on que le G 20 est une réussite ?
Christian NOYER - Le G20 sera un succès s'il affirme une volonté commune de renforcer la solidité du secteur financier. Il est indispensable de parvenir à un cadre de règles partagées. Car tout ce que ferait un pays seul ne servirait à rien.
L'introduction de nouvelles règles ne risque-t-elle pas de biaiser la concurrence entre banques européennes et américaines ?
Nous devons aboutir à un système juste, efficace, et qui ne tendrait pas à favoriser certains systèmes bancaires ou d'intermédiation par rapport à d'autres. Cela suppose en particulier que nous partions de bases communes en matière prudentielle et comptable. Le G20 doit impérativement pousser à la convergence des standards de part et d'autre de l'Atlantique, car en l'état, ceux-ci induisent des différences considérables.
Par quels moyens améliorera-t-on la solidité du système financier ?
Le principe posé au G20 de Londres en avril, selon lequel la régulation doit s'étendre à tous les acteurs, tous les marchés et tous les produits, doit être pris au sérieux. Or, le système de règles prudentielles que nous appelons «Bâle 2», appliqué en Europe notamment, est celui qui répond le mieux à cette exigence. Il faut donc qu'il soit adopté partout, et l'engagement en ce sens des Etats-Unis constitue une réelle avancée. Cela dit, ce système mérite quelques aménagements à la lumière de la crise récente. En particulier, les exigences de fonds propres pour les activités de marché doivent être renforcées. Il faut également corriger le caractère intrinsèquement procyclique de ces règles. Le travail en cours porte sur la constitution de provisions plus importantes en haut de cycle et de «coussins» de capitaux destinés à amortir les crises.
En tant qu'autorité de tutelle des banques françaises, leur demanderez-vous de consacrer leurs résultats de 2009 en priorité à la reconstitution de fonds propres ? Êtes-vous favorables à ce qu'elles remboursent rapidement l'Etat ?
Nous serons très attentifs à ce qu'il n'y ait pas de distribution excessive de rémunérations et de dividendes. Nous le ferons sur la base des orientations qui naîtront du G20 puis des travaux du comité de Bâle et de l'Union européenne, et en fonction de la situation de fonds propres de chaque établissement. En France, nous avons commencé à enquêter auprès de chaque établissement pour nous assurer que les politiques mises en œuvre n'incitent pas à la prise de risques excessifs. Nous rendrons notre rapport au gouvernement à la fin de l'année. Il me paraît normal et souhaitable que les banques françaises, qui sont solides, se posent la question du remboursement de l'Etat. Là encore, nous serons très vigilants. En tant que régulateur, nous nous assurerons de la faisabilité de ces opérations et du maintien d'un niveau de fonds propres appropriés.
Les activités de marché sont souvent mal perçues par l'opinion publique. Quelle est leur utilité économique ?
Les activités de marché sont utiles à l'économie et on a besoin de banques pour le faire. Si les entreprises peuvent lever des capitaux, se couvrir sur les marchés des changes ou émettre des titres de créances, c'est parce qu'il y a des banques qui réalisent ces opérations. Les gestionnaires d'actifs ont aussi besoin d'opérateurs de marché pour gérer leurs risques et assurer ainsi un certain rendement aux épargnants. Il est indispensable que les banques françaises soient présentes dans ces activités; il ne serait dans l'intérêt d'aucun acteur en France entreprises ou gestionnaires - d'être entre les mains des banques d'investissement étrangères. Les réformes que nous entreprenons ne visent pas à tuer les activités de marché mais à éviter toute prise de risque excessive.
Le marché du crédit commence-t-il enfin à se dégeler en France ?
La progression des encours reste modeste. Sur les douze derniers mois les crédits bancaires aux entreprises affichent une hausse très faible notamment du fait du déstockage. Mais on assiste à un fort redémarrage des opérations de financement des entreprises sur les marchés financiers. Au total, les financements, toutes origines confondues marquent une augmentation de 5,4 %. Il est essentiel pour le redémarrage de l'activité économique que les banques soient allantes sur le crédit et financent l'investissement.
Qu'en est-il des ménages ?
On a assisté un net infléchissement, surtout sur les crédits de trésorerie dont les encours ont augmenté de moins de 1 % en un an. Les crédits à l'habitat ont également marqué un très net coup de frein, même si les encours ont continué de progresser de 4,3 % sur les douze derniers mois. Cette inflexion s'explique à la fois par une forte réduction des transactions immobilières et par la baisse des prix des logements eux mêmes. Mais le crédit semble repartir, en particulier grâce à la baisse des taux.
Comment jugez-vous la reprise économique en France ?
Il y a effectivement une reprise significative mais encore beaucoup d'incertitudes ; sur l'évolution du chômage, la reprise des investissements, la façon dont les Etats vont gérer la fin de leurs programmes de relances… Aujourd'hui, malgré ces difficultés, le consensus des économistes table sur une croissance de 1,1 % pour la France en 2010 ; cette prévision me semble raisonnable.
Faut-il s'inquiéter de la remontée de l'euro vis-à-vis du dollar ?
Il y un accord général pour considérer que la stabilité des changes constitue un élément important pour la reprise mondiale. Lors du G20 de Londres du 2 avril le communiqué a explicitement dénoncé toute tentative de dévaluation compétitive.
08:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, economie, ump, sarkozy, ps, verts, modem
samedi, 05 septembre 2009
Bonus : il nous faut des règles.
Par Christine Lagarde,
Ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 04 septembre 2009.
Il y a bientôt un an, la chute de Lehman Brothers plongeait le monde dans une crise financière sans précédent. Du jour au lendemain, les certitudes que nous pouvions avoir sur la solidité de nos institutions financières et sur le fonctionnement d'un système financier toujours plus innovant étaient remises en cause. Très vite, des pans entiers de nos économies nationales en ont subi les effets brutaux.
Les raisons de cette crise ne sont aujourd'hui que trop connues. Si celle-ci s'est déclenchée dans le secteur immobilier américain, elle s'est rapidement propagée au monde de la finance tout entier par le biais de la titrisation pratiquée à grande échelle. Cette crise est le résultat de la sophistication excessive des instruments financiers, de l'absence d'évaluation des risques, de la régulation insuffisante de certains acteurs et certains produits et de la cupidité insatiable d'autres acteurs encore, pour qui toujours plus n'était jamais assez.
Face à ce défi, les États ont su mobiliser les moyens nécessaires pour éviter l'effondrement. Nous avons apporté un soutien exceptionnel à nos secteurs financiers. Nous avons mis en place des plans de relance massifs - près de 5 000 milliards de dollars à l'échelle mondiale selon le FMI.
Si chacun a agi à sa manière et avec ses priorités propres, la volonté de coopération internationale et d'action coordonnée a été sans précédent. C'est ce qui distingue profondément cette crise de celle que le monde a connue dans les années 1930.
En avril dernier, les chefs d'État et de gouvernement du G20 représentant 85 % de la richesse mondiale se sont réunis à Londres et se sont engagés sur des règles visant à traiter les racines du problème. Les décisions adoptées visaient à éliminer les causes de cette crise en instaurant plus de transparence, plus de régulation et de responsabilité parmi ses acteurs. Elles répondent à une demande légitime de nos concitoyens qui exigent davantage d'encadrement et si ce n'est des certitudes du moins des garanties que ces dysfonctionnements ne se reproduiront plus.
En tant que représentants de ces sociétés, nous avons le devoir de les mettre pleinement en œuvre, afin de faire tout notre possible pour bannir les comportements à risques et mettre fin à l'irresponsabilité dévastatrice de certains acteurs de la finance. Nous voyons aujourd'hui des raisons d'espérer une sortie prochaine de ce cataclysme. S'il est trop tôt pour crier victoire, les données et les indicateurs économiques les plus récents semblent indiquer que le pire de cette crise est derrière nous. Même si l'économie ne redémarre pas aussi vite que nous le souhaiterions, nous ne pouvons que nous réjouir des indices positifs qui commencent à voir le jour.
Toutefois, nous devons éviter en parallèle que des comportements nuisibles ne resurgissent chez certains acteurs de la finance. Les banques, dont certaines n'ont dû leur salut qu'à un apport massif d'argent public, profitent de bons résultats au premier semestre pour prétendre que cette crise n'était qu'un incident de parcours et que les agissements d'hier peuvent reprendre comme si rien ne s'était passé. Disons-le tout net : ces comportements sont dangereux mais aussi indécents, cyniques et inacceptables. Ils constituent une provocation face à la montée du chômage.
Nous ne choisissons pas de déposer notre argent à la banque, nous y sommes obligés. Les banques sont un rouage essentiel de notre système économique ; nous devons donc veiller à ce qu'elles obéissent à des règles et qu'elles ne puissent plus jamais mettre en péril l'ensemble de ce système. Les risques liés aux systèmes de rémunération doivent faire l'objet d'une surveillance rigoureuse. Le danger est trop grand quand les erreurs de quelques-uns sont susceptibles d'avoir des répercussions sur l'ensemble de nos populations.
C'est pourquoi nous défendrons, lors de la réunion des ministres des Finances du G20 ce vendredi à Londres, un encadrement strict des rémunérations. Les bonus garantis supérieurs à un an doivent être interdits. Le versement des bonus doit être étalé sur plusieurs années et les bonus versés doivent correspondre aux performances réelles des individus concernés et aux activités de la banque sur cette période.
Les banques doivent également être d'une transparence totale en rendant publiques des informations précises sur leur politique de rémunération. Enfin, chacun des pays doit s'assurer que ses banques respectent ces règles.
En outre, nos opinions publiques ont du mal à comprendre qu'une si petite minorité puisse avoir des exigences aussi élevées. Le montant de certains bonus pose de vraies questions, pas seulement d'un point de vue moral. Nous sommes conscients qu'il s'agit là d'une question difficile, mais il nous faudra bien l'aborder. D'aucuns ont proposé d'aller plus loin, par exemple, en limitant les bonus, voire en les taxant ou en imposant aux banques des obligations supplémentaires.
Chacun voit bien que ces règles ne sont qu'une première partie d'un ensemble plus vaste et incontournable de mesures de régulation du secteur financier. De plus, si les banques ont pu renouer avec les bénéfices, elles le doivent en grande partie aux décisions audacieuses prises par les gouvernements et les banques centrales. Par conséquent, nous attendons d'elles des initiatives aussi audacieuses pour que ces bénéfices profitent à l'économie réelle. Nous avons aujourd'hui une occasion unique d'être ambitieux pour la sécurité de nos citoyens et le bon fonctionnement de nos économies.
Nous avons d'ores et déjà commencé à agir et sommes déterminés à poursuivre notre action. Nous appelons nos collègues du G20 à se joindre à nous pour adopter des règles strictes. De toute évidence, elles seront d'autant plus efficaces qu'elles seront adoptées au niveau international.
Allons au bout de l'effort historique engagé le 2 avril et posons ensemble les bases d'une croissance durable fondée sur des principes de transparence et de responsabilité. Il faut mettre un terme à la culture du bonus et saisir l'occasion du sommet du G20 à Pittsburgh pour le faire.
09:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ps, verts, modem
vendredi, 14 août 2009
Lagarde «reste sur un schéma de sortie de crise mi-2010»
Interview de Christine Lagarde,
Ministre de l'Economie, de l'Emploi et de l'Industrie.
Entretien publié dans Le Figaro, le 13 août 2009.
Malgré la progression surprise de 0,3% du PIB français au deuxième trimestre, Christine Lagarde reste prudente. Après les effets positifs de la prime à la casse, elle compte sur les mesures de soutien aux ménages les plus modestes et sur le restockage des entreprises pour soutenir l'économie. Elle recevra les banquiers le 24 août pour s'assurer qu'ils continuent à jouer leur rôle en matière de prêts.
LE FIGARO. Comment interprétez-vous le rebond de la croissance ?
Christine LAGARDE. Ces chiffres confortent la stratégie de notre plan de relance axé sur l'investissement. Ils témoignent aussi du succès de la prime à la casse à la fois en France mais aussi chez nos voisins qui ont imité ce système en début d'année, en particulier l'Allemagne, où nous constatons un rebond très net de nos exportations de véhicules. L'autre bonne surprise, c'est que malgré leurs achats automobiles les Français ont continué à consommer des services. C'est l'un des effets positifs du ralentissement de l'inflation en début d'année, qui a conforté leur pouvoir d'achat.
Quel sera le profil de l'activité dans les prochains mois ?
L'effet de la prime à la casse devrait commencer à s'estomper. Au troisième trimestre, nous devrions tirer profit d'une autre mesure du plan de relance, en faveur du revenu disponible des 6 millions de ménages les plus modestes: la suppression d'un deuxième tiers de l'impôt sur le revenu pour la première tranche de ménages imposables aura permis d'injecter 1 milliard d'euros directement dans la consommation. L'autre soutien à l'activité devrait provenir des stocks. Au premier semestre, le déstockage massif des entreprises face à la crise a mécaniquement beaucoup pesé sur la croissance. Désormais, leurs stocks ont, en moyenne, rejoint un niveau normal, ce qui est a priori davantage favorable à la production pour les prochains mois. J'observe d'ailleurs que depuis quelques semaines des chaînes de montage qui avaient été arrêtées sont en train de redémarrer.
Maintenez-vous vos prévisions d'un recul du PIB compris entre 2,5 et 3% sur l'ensemble de l'année et d'une hausse de 0,5% en 2010 ?
Je me félicite du chiffre publié jeudi matin par l'Insee car il est concret, tangible et récompense nos efforts. Il y a six semaines, personne n'aurait parié dessus. Mais il doit nous inciter à rester prudents pour la suite. Nous sommes clairement en phase de stabilisation. Pour autant, il est trop tôt pour réviser nos prévisions. Je reste sur un schéma de sortie de crise définitive mi-2010. Maintenant, si nous redémarrons avant, tant mieux! Le point clef consiste désormais à assurer une relance de l'investissement privé, qui est toujours très déprimé. Pour inciter les entreprises à réinvestir, je fonde beaucoup d'espoir sur la suppression de la taxe professionnelle. C'est le projet majeur que je défendrai cet automne dans le cadre du projet de loi de finances pour 2010. Nous devons aller jusqu'au bout.
Le succès de la prime à la casse ne rend-il pas difficile sa suppression en fin d'année, comme l'ont évoqué certains au gouvernement ?
Effectivement, ce qui s'est passé au deuxième trimestre doit nous conduire à faire évoluer notre réflexion sur le sujet. Nous devons tirer les enseignements de la balladurette et de la juppette: arrêter brutalement ce système serait dangereux. Il faut organiser une sortie progressive, en sifflet.
Une reprise de l'activité ne peut s'opérer sans le soutien des banques aux entreprises. Qu'allez-vous faire dans ce domaine ?
Il ne faut pas relâcher la pression sur les banques. C'est le sens de la réunion qui s'est tenue à Matignon la semaine dernière et de la convocation qu'a adressée le président de la République aux dirigeants des grandes banques françaises pour le 25 août. De mon côté, je les recevrai la veille, le 24 août, à Bercy, pour préparer techniquement la réunion de l'Élysée. Deux sujets doivent être menés de front: le financement de l'économie et la question des rémunérations variables. Au sujet des prêts, si les hauts dirigeants de banques promettent de continuer à en distribuer, il est important que ce message soit relayé en interne jusqu'aux responsables crédits des agences locales. Ce sont eux qui accordent ou non des prêts aux clients. Il faut les sensibiliser.
Quelles sont les perspectives pour l'emploi ?
Le chômage est toujours notre préoccupation essentielle. La dégradation du marché du travail au deuxième trimestre semble avoir été moins importante qu'au début de l'année, mais les pertes d'emploi sur l'ensemble de l'année seront sensibles. Tant que les entreprises ne recommenceront pas à investir, elles ne créeront pas suffisamment d'emplois. Il ne faut pas s'attendre à des miracles à court terme: les chefs d'entreprise vont attendre de voir comment évolue la situation avant de se lancer dans de nouveaux projets. En attendant, cela justifie l'accélération de nos mesures pour l'emploi, comme l'extension du contrat de transition professionnel dans quarante zones, la mise en place des nouvelles indemnisations du chômage partiel ou encore la réforme de la formation professionnelle.
Propos recueillis par Cyrille Lachèvre pour Le Figaro.
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lundi, 06 avril 2009
DSK : "La reprise viendra des Etats-Unis début 2010."
Entretien publié dans Le Figaro,
le 06 avril 2009.
INTERVIEW EXCLUSIVE - Le directeur général du FMI commente les résultats du G20 et le nouveau rôle du Fonds, grand gagnant, sur le plan financier.
Le Figaro. - Le succès politique du G20 suffira-t-il à faire renaître la confiance des investisseurs, des consommateurs et des entreprises ?
Dominique Strauss-Kahn. - Ce serait exagéré de dire que le G20 va à lui seul faire revenir la confiance. Mais il est vrai que la crise est assez largement une crise de confiance. Le succès de ce G20, la détermination des chefs d'État et de gouvernement, les décisions qui ont été prises, constituent un élément du retour à la confiance, ce qui est décisif pour que l'économie reparte.
On peut dire désormais qu'il y a un capitaine dans le bateau ? Un commandement uni ?
C'est difficile à dire, car j'aurai du mal à le nommer. Mais il y a un équipage qui prend l'habitude de travailler ensemble et de tirer des bords comme il convient.
N'êtes vous pas déçu de l'absence d'efforts supplémentaires dans les plans de relance nationaux ?
Non. Le problème principal aujourd'hui ce n'est pas d'augmenter les plans de relance. Pour 2009, le résultat est presque à la hauteur de ce que le FMI avait demandé en février : une relance équivalente à environ 2 % du PIB. Nous n'en sommes pas loin. Pour 2010, on verra, mais l'important est que les Etats aient déclarés être prêts à en faire davantage si cela s'avérait nécessaire. La polémique sur ce sujet a été exagérée. Les Américains ont, il est vrai, voulu pousser les Européens à faire plus. Honnêtement, si on regarde les programmes de relance, le plan américain est plus massif que le plan européen. Mais quand on tient compte de la protection sociale, des «stabilisateurs automatiques », bien plus forts en Europe, l'écart n'est pas si grand.
Estimez-vous avoir été entendu au G20 sur la nécessité de nettoyer le bilan des banques ?
Oui. La plupart des chefs d'État et de gouvernement ont compris que le nettoyage du système financier était un préalable indispensable à une relance et une régulation efficace. Ils l'ont affirmé haut et fort au G20. C'est un progrès considérable dans la compréhension du problème et la détermination à y apporter des solutions. Il faut donc le faire maintenant et il faut le faire vite. Le FMI qui a traité 122 crises bancaires dans son histoire, depuis l'après guerre, a noté une constante : le retour à la croissance ne se fait pas tant que l'assainissement du système bancaire n'a pas été opéré. L'exemple le plus frappant est celui du Japon des années 1990 : les Japonais ont déversé des tonnes d'argent public pour favoriser la relance, mais cela n'a rien donné jusqu'au moment où ils ont fini pas nettoyer leur système bancaire. J'ai le sentiment d'avoir été entendu, nous allons voir maintenant si les décisions suivent.
Que faut-il attendre des 1100 milliards de dollars annoncés ?
Même si elle additionne un peu des choux et des carottes, la somme est considérable : 500 milliards pour le FMI, plus 250 milliards de DTS, 100 milliards pour les banques de développement dont la Banque mondiale. A quoi s'ajoutent 250 milliards pour le financement du commerce mondial qui seront mobilisés par la Banque Mondiale et toute une série d'agences pour le commerce extérieur, comme la Coface en France. Le soutien au commerce mondial est capital, car son financement a été l'une des victimes directe du «credit crunch» et du rapatriement des capitaux par les banques occidentales
Cette enveloppe sera-t-elle rapidement mobilisable ? Sur quels montants le FMI peut-il compter dès 2009 ?
C'est une question de semaines, voire de mois, mais pas plus. Pour sa part le FMI aura son compte ; les 500 milliards de dollars de ressources supplémentaires seront disponibles avant la fin de l'année. On a déjà 100 milliards du gouvernement japonais, 100 milliards des Européens et environ autant attendu des États-Unis. Les Chinois et les Russes m'ont fait part de leur intérêt. D'autres pays ont déjà annoncé leur participation et vont nous aider. On sera donc proche des 500 milliards à la fin de l'année.
Le G20 a décidé d'augmenter de 250 milliards, les Droits de Tirage Spéciaux du FMI. Pouvez-vous nous donner une définition simple des DTS et nous dire à quoi cela sert ?
Il s'agit d'une capacité d'emprunt offerte à chacun des membres du FMI, en fonction de ses quotas au capital du Fonds. Cet instrument de financement est négociable : les pays qui n'en ont pas besoin peuvent les prêter à d'autres. En ce sens, cela devient une monnaie, mais uniquement échangée entre les banques centrales des pays. L'augmentation des DTS, à quoi ça sert ? D'abord à augmenter les réserves des banques centrales et aider les pays à stabiliser leurs monnaies. Les pays africains qui ont entre 7 ou et 8 % de quotas du FMI, vont ainsi recevoir 19 milliards de dollars. Ils peuvent obtenir davantage ensuite grâce à des accords d'échanges avec les pays développés. Résultat : cela crée une liquidité internationale supplémentaire. Le seul inconvénient est le risque inflationniste, mais il est aujourd'hui limité ! Cela revient aussi à faire fonctionner le FMI presque comme une banque centrale. Par ailleurs cela donne un coup de pouce à l'idée de monnaie internationale, ce qui est très important sur le plan symbolique.
Pourquoi ?
Cela démontre que les États-Unis, qui ont approuvé une telle décision et qui en sont même à l'origine, acceptent de renforcer le FMI dans son rôle de prêteur en dernier ressort et de fournisseur de liquidités internationales. Cela confirme la conversion de la nouvelle administration américaine à une approche plus multilatérale dans les relations internationales.
Cette remise au centre du jeu des DTS aurait aussi fait plaisir au Général de Gaulle … Est-ce également une réponse aux Chinois qui souhaitent la création d'une monnaie de réserve de substituant au dollar ?
Effectivement. Les Autorités françaises ont toujours été opposées à la une domination exagérée du dollar et favorables aux émissions de DTS. Ce n'est pas un hasard, non plus, si les Chinois ont parlé des DTS avant le G20. Mais la suprématie du dollar dans le système international est encore là pour longtemps. Ce ne sont pas ces 250 milliards qui vont complètement changer les choses. En termes absolus c'est peu, comparé aux milliers de milliards de dollars en circulation. En revanche, c'est une décision porteuse de symbole.
Le FMI va-t-il être en mesure d'assurer mieux son rôle de surveillance des monnaies et de mettre en garde sur les déséquilibre commerciaux qui sont à l'origine de la crise actuelle ?
Je nuancerai les choses. Ces déséquilibres sont certes un problème en soi et il faut y remédier. Mais on peut sans peine imaginer une situation dans laquelle il n'y aurait pas de déséquilibres internationaux, et où les pratiques bancaires nationales auraient quand même déclenché des problèmes de surendettement, de subprime et de titrisation, du fait de la défaillance des contrôles bancaires !
Le nouveau poids qu'entend jouer la Chine au FMI ne va-t-il pas vous empêcher de critiquer la sous évaluation du yuan ?
Au contraire. On est plus à même de donner des conseils lorsque les pays sont autour de la table que lorsqu'ils en sont absents. Le FMI doit être franc et je dis depuis des mois que le remimbi (l'autre nom du yuan, ndlr) est sous-évalué et que la voie pour le réévaluer est que la croissance chinoise ne se nourrisse plus exclusivement des exportations, mais se recentre sur la demande intérieure, ce qui en train de se passer.
En matière de surveillance et de régulation pourquoi l'idée d'une Organisation mondiale de la finance, sur le modèle de l'OMC pour le commerce, est-elle considérée comme impossible ?
On a souvent voulu attribuer au FMI un tel rôle. Je ne suis pas sûr que l'on ait besoin d'un grand régulateur au niveau mondial. Mais de toutes façons, ce n'est pas notre mission. C'est plutôt le rôle du Forum de stabilité financière, et maintenant du Conseil de stabilité financière, que de créer des règles prudentielles. C'est ce Conseil qui doit coordonner les organismes spécialisés dans la régulation comme le Comité de Bâle pour les activités bancaires ou l'IOSCO pour les valeurs mobilières, et ces institutions elles-mêmes rassemblent les autorités nationales, telle la commission bancaire en France. L'essentiel est que ces règles existent dans chaque pays et qu'elles soient respectées. C'est alors qu'intervient le FMI pour examiner si les secteurs financiers nationaux fonctionnent correctement. C'est un travail de surveillance et non pas de régulateur. On appelle cela les FSAP, Financial Sector Assessment Program. Cette procédure, nous allons d'ailleurs l'améliorer de façon à effectuer des «stress test», des tests de résistance, en cas de crise. Il s'agit de procédures volontaires, et parmi les grands pays, seuls les États-Unis et la Chine avaient jusqu'à maintenant toujours refusé d'y participer. Mais depuis la crise ils ont accepté de s'y soumettre.
Quels seront les signes avant-coureur de la reprise mondiale ?
La crise est partie des États-Unis, dans le secteur immobilier. Le redémarrage se constatera d'abord aux États-Unis. Il faut donc surveiller les prix de l'immobilier américain. La fin de la baisse constituera un signe important. On peut penser qu'on n'est pas trop loin du plancher, d'où notre schéma de reprise au premier semestre 2010. Un autre indicateur à suivre, est l'état des stocks des entreprises. Le déstockage va arriver à son terme, et la production pourra alors reprendre. Le redémarrage des marchés de crédits, qui restent encore gelés, est également essentiel. La reprise du commerce international constituera également un test de fin de crise.
Dans un monde financier dévasté, le FMI apparaît comme un îlot de prospérité avec des perspectives de bénéfices importants. Allez-vous embaucher ?
Notre mission n'est pas de faire des bénéfices mais de contribuer à la stabilité financière et d'aider les pays à résoudre leurs problèmes de déficits extérieurs. Nous allons effectivement renforcer nos effectifs. Nous nous apprêtons à recruter une petite centaine de spécialistes.
Propos recueillis par Alexandrine Bouilhet et Jean-Pierre Robin.
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vendredi, 03 avril 2009
G20 : sauvons aussi les pays pauvres !
Par le Président Jacques Chirac.
Tribune publiée dans Libération,
le 1er avril 2009.
La crise financière focalise aujourd’hui toutes les attentions, tant par son ampleur, que parce qu’elle marque la terrible sanction de décennies de course folle à l’enrichissement, rendue possible par la spéculation généralisée, l’endettement sans mesure et la dérégulation aveugle.
Avec, à l’arrivée, cette dramatique injustice : ce sont les plus modestes, ceux qui font vivre l’économie réelle qui sont touchés de plein fouet par l’effondrement de l’économie virtuelle. Face à cette crise globale, cette crise de sens, cette crise éthique, l’Europe s’est, comme il le fallait, donné les moyens d’agir au G20 pour exiger non pas un simple replâtrage d’un système en fin de course, mais de véritables réformes de fond à l’échelle mondiale.
Mais le G20 n’irait pas au bout de sa mission, s’il ne prenait pas aussi des mesures claires, justes et fortes pour sauver de la crise les pays les plus pauvres. Plus que pour les autres nations encore, le piège se referme sur eux. Ils sont importateurs de presque tout, exportateurs de presque rien, et leurs travailleurs peinent, de plus en plus, à s’employer en dehors de chez eux. Certains pays n’ont plus devant eux que quelques mois d’importation…
Dans ce contexte, plus personne ne veut vendre aux plus pauvres, ou alors à des prix léonins. La Banque mondiale estime que 44 millions de personnes sont menacées de malnutrition en raison de la crise et de la hausse des prix alimentaires. C’est un tragique retour en arrière. Pour un pays comme l’Angola, un pays pourtant riche de matières premières, le PIB va chuter d’un cinquième cette année. La récession profonde, celle qui détruit tout, c’est en Afrique, dans les Caraïbes, dans une part de l’Asie du Sud et du Sud-Est, qu’elle frappe le plus. Dans beaucoup de pays, des déficits publics colossaux sont en train de se creuser. Le risque de faillite approche pour beaucoup d’Etats. Ces faillites déstabiliseront encore plus un système mondial déjà fragile.
Ne pas agir maintenant, c’est créer les conditions d’un désastre économique dans les pays les plus vulnérables. C’est laisser monter un terrible sentiment d’abandon et d’injustice, qui irrémédiablement viendra nourrir l’immigration de désespoir, les incompréhensions profondes, mais aussi la violence extrême à l’échelle planétaire.
Le G20 doit faire de l’aide aux pays les plus pauvres l’une de ses priorités. Je plaide aujourd’hui pour trois actions immédiates :
Assurer qu’au moins 1 % des dépenses de relance seront consacrées à un fonds spécialement dédié aux pays pauvres touchés par la crise ; la Banque mondiale se bat pour arracher 0,7 % depuis des mois.
Réserver 10 % des quelque 600 milliards de dollars [451 milliards d’euros] qui seront consacrés à soutenir les actions du FMI à de nouveaux allégements de la dette publique des Etats pauvres. Faute de cet argent, nous ne tiendrons jamais les objectifs du millénaire :
l’éradication de la pauvreté, des grandes épidémies, de la famine risque de prendre des dizaines d’années de retard.
Assurer la sanctuarisation durant cinq ans des crédits déjà décidés pour le développement dans tous les pays du G20. Il faut tenir parole, pour tous nos engagements, coûte que coûte.
Et puis, au-delà de ces mesures d’urgence, inscrivons-nous dans le processus de réforme du système financier mondial pour mettre en place de nouveaux financements innovants pour le développement. La France a montré la voie. La contribution sur les billets d’avions a prouvé son efficacité pour apporter des moyens nouveaux dans la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Les plans de sauvetages des banques ont montré aussi qu’on savait être imaginatif et trouver des moyens considérables quand on le voulait vraiment. Alors n’attendons pas, ne restons pas murés dans nos idées reçues et nos égoïsmes.
Il nous faut, bien entendu, assainir nos marchés, reconstruire nos industries, relancer les échanges mondiaux sur d’autres bases. Le reste du monde dépend de notre prospérité. Mais ne faisons pas, une nouvelle fois, l’impasse sur les pays pauvres. Sinon, l’histoire sanctionnera, avec brutalité, cette légèreté et cet aveuglement.
06:54 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : g20, chirac, ump, gaullisme, sarkozy, ps, pc, modem
mercredi, 25 mars 2009
Obama : "Au G20, les Etats-Unis assumeront leur leadership"
Par Barack Obama,
Président des Etats-Unis.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 25 mars 2009.
Nous vivons une période de défis économiques mondiaux auxquels on ne peut répondre par des demi-mesures ou les efforts d'un seul pays, quel qu'il soit. Il est aujourd'hui de la responsabilité des leaders du G20 de prendre des mesures audacieuses, ambitieuses et coordonnées qui non seulement permettront à l'économie de se redresser, mais ouvriront une ère nouvelle d'engagement économique capable d'empêcher à l'avenir une telle crise de se reproduire.
Personne ne peut nier qu'une action urgente doit être entreprise. La crise du crédit, doublée d'une perte de confiance, s'est propagée à travers les frontières et fait sentir ses effets partout dans le monde. Pour la première fois depuis une génération, l'économie mondiale se contracte et le commerce ralentit. Des centaines de milliards de dollars ont été perdus, les banques ont cessé de prêter et plusieurs dizaines de millions de personnes, à travers le monde, vont perdre leur emploi. La prospérité de l'ensemble des pays est menacée, mais aussi la stabilité des gouvernements et la survie de ceux qui habitent les régions les plus vulnérables de la planète.
Nous avons une fois pour toutes appris que la bonne marche de l'économie américaine est inextricablement liée à celle de l'économie mondiale. On ne peut pas séparer les mesures qui restaurent la croissance à l'intérieur de nos frontières de celles qui la soutiennent à l'extérieur. Si les citoyens des autres pays ne peuvent consommer, les marchés se tarissent – comme le montre la chute récente de nos exportations, la plus importante en près de quatre décennies, qui a directement entraîné la perte de nombreux emplois américains. Et si nous continuons à laisser les établissements financiers du monde agir avec la même désinvolture et la même irresponsabilité, nous resterons prisonniers du cycle des bulles et des éclatements de bulles. C'est pourquoi le prochain sommet du G20 à Londres aura un impact direct sur le redressement américain.
Mon message est clair: les Etats-Unis sont prêts à assumer leur leadership, et nous appelons nos partenaires à se joindre à nous, conscients de l'urgence et soucieux de l'objectif commun. Du bon travail a déjà été accompli, mais beaucoup plus reste à faire. Notre leadership est fondé sur une prémisse simple: nous sommes résolus à agir avec détermination pour sortir l'économie américaine de la crise et réformer nos mécanismes de régulation, et nos actions seront renforcées par les mesures complémentaires prises à l'étranger.
Grâce à l'exemple qu'ils donneront, les Etats-Unis pourront œuvrer au redressement global et reconstruire la confiance dans le monde ; et si le sommet de Londres contribue à impulser une action collective, nous parviendrons à établir un redressement solide qui nous permettra d'éviter de nouvelles crises.
Nos efforts doivent commencer par des mesures immédiates destinées à stimuler la croissance. Les Etats-Unis ont d'ores et déjà adopté l'American Recovery and Reinvestment Act – l'ensemble de mesures pour l'emploi le plus spectaculaire intervenu depuis une génération. D'autres membres du G20 ont également mis en place des plans de relance; ces initiatives doivent être poursuivies et consolidées jusqu'à ce que la demande soit rétablie. Tout en agissant, nous devons nous engager collectivement à encourager le libre-échange et la liberté des investissements, tout en résistant aux tentations protectionnistes qui ne feraient qu'aggraver la crise.
En deuxième lieu, nous devons restaurer le crédit dont dépendent entreprises et particuliers. Aux Etats-Unis même, nous déployons tous les moyens pour stabiliser notre système financier. Cela passe par une évaluation honnête des bilans de nos plus grandes banques, et devrait permettre à terme de rétablir les prêts qui permettront aux Américains de se remettre à consommer, de garder leur logement et de développer leurs entreprises. Ce mouvement devra être amplifié par les actions de nos partenaires du G20. Ensemble, nous pouvons adopter un cadre commun qui insiste sur la transparence et la responsabilité, et qui s'attache à restaurer le flux du crédit qui est la sève vitale d'une économie mondiale prospère. De concert avec les institutions multilatérales, le G20 devrait s'employer à financer le commerce afin de relancer les exportations et de créer des emplois.
Troisièmement, nous avons l'obligation économique, sécuritaire et morale de tendre la main aux pays et aux populations les plus gravement menacés. Si nous leur tournons le dos, les souffrances entraînées par cette crise seront plus vives encore, et notre propre redressement sera retardé du fait que les marchés susceptibles d'accueillir nos produits se rétréciront encore plus, entraînant par là même des pertes supplémentaires d'emplois américains.
"JE SAIS QUE L'AMÉRIQUE PORTE UNE PART DE RESPONSABILITÉ"
Le G20 devrait déployer rapidement des ressources afin de stabiliser les marchés émergents, renforcer substantiellement les moyens d'urgence du Fonds monétaire international (FMI) et aider les banques régionales de développement à accélérer les prêts. Dans le même temps, l'Amérique procédera à des investissements nouveaux et conséquents en matière de sécurité alimentaire afin d'aider les plus pauvres à surmonter les jours difficiles qui s'annoncent.
Mais si ces actions doivent nous permettre de sortir de la crise, nous ne pouvons nous contenter d'un retour au statu quo. Nous devons mettre un terme à la spéculation effrénée et à notre tendance à vivre au-dessus de nos moyens; nous devons en finir avec le mauvais crédit, les banques surendettées et l'absence de tout contrôle qui nous condamne à ces bulles qui finissent inévitablement par éclater. Seule une action internationale coordonnée pourra empêcher les prises de risque irresponsables qui ont provoqué cette crise. C'est pourquoi je suis déterminé à saisir cette occasion pour procéder à une réforme en profondeur de nos dispositifs de régulation et de supervision.
Tous nos établissements financiers – ceux de Wall Street comme ceux du reste du monde – doivent se plier à un contrôle sérieux et obéir à des règles de conduite communes. Tous les marchés devraient être dotés de normes de stabilité et de transparence. Un encadrement précis des besoins en capitaux propres devrait nous protéger de nouvelles crises. Nous devons prendre des mesures énergiques contre les paradis fiscaux et le blanchiment d'argent.
Une transparence et une responsabilisation rigoureuses doivent faire cesser les abus, tout comme l'on doit mettre fin aux rémunérations déraisonnables. Au lieu des mesures dispersées qui ont rendu possible la course à l'abîme, nous devons définir clairement des incitations à la responsabilité capables de favoriser une course vers le haut.
Je sais que l'Amérique porte une part de responsabilité dans le gâchis auquel nous sommes tous confrontés. Mais je sais aussi que nous n'avons pas à faire le choix entre un capitalisme chaotique et impitoyable et une économie étatique oppressante. C'est là une fausse alternative qui ne servira ni les Américains ni aucun autre peuple.
Le sommet du G20 nous fournit un forum en vue d'une coopération économique mondiale d'un nouveau genre. Le temps est venu de travailler ensemble afin de restaurer la croissance soutenue que seuls peuvent procurer des marchés ouverts et stables qui favorisent l'innovation, encouragent l'esprit d'entreprise et apporte des occasions favorables.
Les pays du monde ont des intérêts communs. Les Etats-Unis sont prêts à participer à un effort mondial en vue de créer des emplois et d'impulser une croissance durable. Ensemble, nous pouvons tirer les leçons de cette crise et construire une prospérité sûre et pérenne pour le XXIe siècle.
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lundi, 23 mars 2009
Lettre ouverte à mes amis de la classe dirigeante.
Par Alain Minc.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 23 mars 2009.
Après le tollé provoqué par l'affaire des stock-options de la Société générale, l'essayiste Alain Minc (*) fustige le comportement du patronat français en cette période de crise, lui reprochant son «autisme» et son «inconscience».
Nul ne peut me soupçonner d'être votre ennemi : c'est plutôt le reproche inverse que je subis à longueur de colonnes dans les journaux. Mais je suis aujourd'hui inquiet pour vous car je ne comprends ni vos réactions, ni vos raisonnements, ni - pardonnez-moi le mot - votre autisme. La France n'est pas l'Allemagne : elle a toujours eu des difficultés à établir sur des bases claires un contrat social entre patrons, salariés et pouvoirs publics. De là le poids des symboles. Les syndicats essaient de canaliser tant bien que mal le mécontentement et donc de préserver l'ordre social. Les pouvoirs publics s'efforcent de tenir l'équilibre entre les dépenses nécessaires pour aider les plus malheureux et l'obligation de ne pas déstabiliser, au-delà du raisonnable, les règles de bonne gestion. Les petits patrons se battent pour leur carnet de commandes, courent derrière leurs lignes de trésorerie et sont en fait, face à la crise, du même côté que leurs salariés. Et pendant ce temps, vous qui avez les yeux fixés au-delà du Rhin pour y chercher l'exemple de la modération salariale, vous n'avez pas remarqué le code de conduite en temps de crise signé par le patronat et le gouvernement de Berlin !
Au lieu de s'engager dans cette voie, quelle image avez-vous donnée la semaine dernière ? Vous empochez la décision du gouvernement de ne pas toucher au bouclier fiscal dont vous êtes parmi d'autres les bénéficiaires mais vous ne comprenez pas l'obligation, en contrepartie, de modérer la distribution des revenus primaires pour les dirigeants les plus favorisés. Brice Hortefeux et Christine Lagarde adressent au Medef une lettre nuancée demandant, de la part des dirigeants qui recourent à un chômage partiel important ou à des licenciements massifs non de baisser leurs rémunérations, mais de renoncer à leur part variable.
Que leur répond la présidente du Medef ? Qu'elle n'a ni le pouvoir - c'est exact - ni le désir - c'est une provocation - de le faire. Passons sur les stock-options distribuées au plus bas des cours de Bourse par une banque qui doit, comme toutes ses collègues, sa survie à l'intervention publique. Que penser de la manière dont la première entreprise française perçoit ses relations avec la société environnante, au-delà de ses maladresses de communication, en se contentant, comme seul geste de bonne volonté, de verser une prime à la cuve dont on oublie qu'elle est une simple avance sur l'impôt sur les sociétés et dont l'effort contributif se limite au coût correspondant de la trésorerie, qui plus est, avant impôts ?
Mesurez-vous que le pays a les nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fût-il erroné, de subir une crise dont nous sommes tous à leurs yeux les fautifs ? Comprenez-vous qu'aux aguets de l'opinion, comme l'exige leur métier, les parlementaires n'ont qu'une envie : prendre des dispositions sur les rémunérations qui seraient à terme aussi destructrices pour l'efficacité économique que la loi de 1947 sur les loyers a pu l'être, pendant des décennies, sur l'immobilier ? Ignorez-vous que la quête de boucs émissaires est une constante de notre histoire et que 1789 se joue en 1788 ? Sentez-vous le grondement populiste, la rancœur des aigris mais aussi le sentiment d'iniquité qui parcourt, comme une lame de fond, le pays ? Acceptez-vous de méditer ce mot de la comtesse de Boigne, une habituée des révolutions : «Les peuples ont l'instinct de leur approche ; ils éprouvent un malaise général. Mais les personnes haut placées n'aperçoivent le danger que lorsqu'il est devenu irrésistible» ?
Un léger «retard à l'allumage» est pardonnable ; un excès d'inconscience, non, surtout quand il s'assimile à une pulsion suicidaire.
Amis, de grâce, reprenez vos esprits !
(*) dernier livre paru : «Dix jours qui ébranleront le monde», Grasset, 134 pages, 9 €.
09:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, economie, emploi, sarkozy, ump, ps, verts, pc, modem































































































