samedi, 19 décembre 2009

Mon ambition économique pour la France.

05ffc148-ec06-11de-9edf-00a1a66c6a13.jpgPar Dominique de Villepin,

ancien Premier ministre.

 

Tribune publiée dans Le Figaro,

le 19 décembre 2009.

 

 

Aujourd'hui face à la crise, nous avons le devoir de préparer notre avenir et de nous fixer une grande ambition de modernisation économique, politique et sociale. Ne nous laissons pas aveugler par les faux débats sur l'identité nationale, par les clivages partisans et l'éparpillement des réformes, car le véritable enjeu, c'est la défense de l'intérêt national.

La déferlante financière de 2008 a secoué le monde, mais, dans l'ensemble, les autorités monétaires et les dirigeants des grands pays ont su faire preuve de sang-froid et de sens des responsabilités.

La France a même mieux résisté que beaucoup d'autres. Pourquoi ? Non pas tant en vertu des politiques menées qu'en raison des évolutions structurelles de notre pays, qui se détourne peu à peu de l'industrie et tire sa croissance de l'appétit de son marché intérieur, un peu à l'écart de la mondialisation. Mais il amortit aussi les chocs extérieurs par un modèle social solide et un État encore fort.

Notre pays redémarrera-t-il aussi vite que les autres ? Ce qui a retenu sa chute freinera aussi son rebond. Nos amis allemands partent mieux armés pour la nouvelle mondialisation, avec une industrie compétitive, bien spécialisée et soutenue. Le risque du décrochage est là. Pour aller de l'avant, libérons les forces de la modernisation et construisons une stratégie nationale de sortie de crise.

 

Protection sociale, déficits et innovation

 

Trois défis centraux exigent notre détermination pour lutter contre le chômage de masse, à la fois gâchis humain et menace sociale, et inventer une nouvelle croissance sociale et durable.

Une garantie de la protection sociale, qui suppose de faire avancer de pair efficacité économique et justice sociale en refondant notre système de protection sociale avec un niveau de prestations durable et un financement consolidé. Pour cela, il faut alléger les charges qui pèsent sur les salariés et élargir le financement aux revenus du capital.

Le combat contre les déficits, ensuite, qui nécessite plus d'efforts. Nous traitons aujourd'hui nos problèmes en reportant leur coût sur les générations futures. Une stratégie volontaire et contraignante de désendettement s'impose pour venir à bout de nos faiblesses, à l'image de la révision constitutionnelle adoptée récemment par l'Allemagne.

Le chantier de la compétitivité et de l'innovation, enfin. Le débat sur le grand emprunt, même s'il ne saurait suffire, aura permis de repérer des filières d'avenir et des besoins. Mais il ne s'agit pas de faire table rase et de ne se vouer qu'à l'attrait de la nouveauté. Nous nous devons d'accompagner aussi nos secteurs d'excellence traditionnelle qui souffrent de la crise, industrie du luxe, tourisme comme agroalimentaire. Ayons le courage de planifier l'avenir grâce au pilotage public d'une stratégie unissant tous les acteurs, grandes entreprises, PME et banques par filières.

 

«Il faut trouver le courage du sursaut»

 

Plusieurs exigences décideront du succès de nos efforts. L'obligation de résultats, comme nous nous y sommes astreints dans un autre contexte entre 2005 et 2007. Qu'il s'agisse de la bataille de l'emploi, avec 600.000 chômeurs de moins et le taux de chômage le plus bas depuis 1984 ; de la réduction des déficits de 56 milliards à 36 milliards d'euros en deux ans, nous permettant de nous affranchir de la tutelle humiliante d'une mise sous surveillance par Bruxelles ; ou encore du patriotisme économique, avec la mise en œuvre des pôles de compétitivité autour de la modernisation de grands champions nationaux.

Le rassemblement, parce qu'il n'y a pas de politique durable qui construise sur les divisions. Parce qu'il faut rétablir la confiance des citoyens en un système économique remis à niveau. Il faut donc trouver le courage du sursaut et se concentrer sur l'essentiel, ne pas engager cent chantiers à la fois, mais lancer les réformes essentielles dont on sait qu'elles peuvent changer la donne.

La justice, parce que c'est l'exigence de la politique de répartir les efforts mais aussi les fruits selon les capacités et les besoins. La crise a révélé les inégalités accumulées. Elle y a ajouté le scandale, quand ouvriers et employés ont dû payer pour les dégâts de l'économie-casino.

L'équilibre des institutions, enfin, indispensable à toute action efficace, comme l'enseigne l'histoire de la Ve République. Retrouvons l'élan modernisateur du général de Gaulle. Il faut pour cela un premier ministre et un gouvernement forts, ainsi qu'un Parlement capable de se faire entendre face au risque d'isolement du président.

Nous ne sommes pas à l'heure des ruptures, au contraire, nous nous trouvons face au défi de préserver, ensemble, le salut public et l'intérêt général de la nation.

dimanche, 13 décembre 2009

Michel Rocard répond au quotidien Le Monde.

f0828df6-0faf-11de-a890-636fc1c9cffd.jpgPar Michel Rocard,

ancien Premier ministre.

 

 

 

Lettre publiée dans Le Monde, le 12 décembre 2009.

 

 

Cela ne va toujours pas bien à Dubaï, que le riche cousin Abou Dhabi tarde à renflouer. Cela ne va pas non plus très fort en Espagne, où le chômage approche les 20 % et dont la dette préoccupe beaucoup Standard & Poor's, ce qui n'augure jamais rien de bon. Au Royaume-Uni, Gordon Brown, à quelques mois d'élections qui s'annoncent aussi périlleuses pour son parti que le financement du déficit budgétaire, fait preuve d'une grande créativité fiscalo-démago-morale, en taxant les bonus des traders et en baissant les salaires de ses hauts fonctionnaires.

La Grèce se trouve quant à elle carrément au bord de la banqueroute, la seule question étant de savoir si c'est le Fonds monétaire international (FMI) ou Bruxelles qui va sortir le carnet de chèques et diriger, de fait, la politique économique du pays, à la place de M. Papandréou.

Tous ces événements confirment qu'on est bien en train de passer d'une crise de la dette privée à une crise de la dette publique, de Lehman Brothers à la Grèce, que le virus des subprimes a voyagé de Wall Street jusqu'à l'Acropole.

Dieu merci, la France est à l'abri de ces vents mauvais qui soufflent sur les marchés d'emprunts d'Etat. Pour preuve, Nicolas Sarkozy dévoilera lundi 14 décembre tous les détails de son grand emprunt. Jusqu'à lui donner un nom ? Nul n'ose sérieusement imaginer un seul instant qu'il puisse en porter un autre que le sien. A propos de l'"emprunt Sarkozy", donc, nous avons reçu de Michel Rocard la lettre suivante :

"L'article que vous avez publié sous le titre "J'emprunte donc je suis" appelle de ma part trois remarques. La première concerne l'objet même de l'emprunt. Il est symptomatique que vous ne citiez qu'une seule fois les mots mêmes du président de la République : "financer l'avenir de la France", au début de l'article, pour n'y plus revenir ensuite, comme s'il n'y avait aucun problème à cet égard et s'il s'agissait là d'un mauvais alibi.

On eût souhaité lire sous votre plume votre avis sur le retard des universités françaises dans les classements mondiaux, sur les conséquences prévisibles de la baisse significative et constante du pourcentage d'étudiants s'orientant vers les sciences exactes, et sur le blocage faute de financements de programmes de recherche majeurs dans les sciences du vivant, dans les nanotechnologies, dans les énergies renouvelables ou dans la préparation d'objets moins énergivores pour nos déplacements urbains, notre chauffage ou nos activités maritimes, aériennes et spatiales. C'est de ce diagnostic que dépend la possibilité pour la France de maintenir ou de reconquérir de fortes positions mondiales, ou d'être suiviste et importatrice (d'où la dette de demain, monsieur) dans ces domaines dont dépend notre avenir.

La seconde concerne la dette. C'est le monde entier que la crise bancaire financière et économique en cours a affecté d'une augmentation spectaculaire et dangereuse de l'endettement. Quelques pays sont en faillite pure et simple, Hongrie, Lettonie, Islande. Les Etats-Unis portent une dette ahurissante (37 trillions de dollars) mais c'est moins grave pour eux que pour d'autres, aussi longtemps que le dollar restera la monnaie du monde, à cela près que justement leur dette met en cause ce règne du dollar.

Aux limites de l'étranglement sont aussi l'Angleterre, l'Irlande, l'Espagne, l'Italie et la Belgique et quelques autres. Les deux pays qui ont le moins mal résisté sont la France et l'Allemagne, même si leur dette à toutes deux est en train d'approcher 80 % du PNB, ce qui est énorme, dangereux, mais moins que la moyenne. Nos deux Trésors publics restent notés AAA, sans annonce de modification prochaine comme ce vient d'être le cas pour l'Angleterre. C'est justement cette situation comparative qui laisse à la France la marge de liberté de se poser la question de savoir s'il n'y a pas encore plus d'urgence à renforcer nos positions pour l'avenir, du moment que l'augmentation annuelle de notre dette est acceptable par les marchés. L'emprunt en représente 12 % ; les opérateurs considèrent ce niveau comme acceptable, précisément. Pour en discuter, il eût fallu relativiser et comparer. Votre papier eût été plus convaincant si vous l'aviez fait.

Ma troisième remarque me concerne personnellement. Vous écrivez :"Deux anciens premiers ministres, Rocard à gauche, Juppé à droite, qui il est vrai avaient pratiqué avec brio l'art du déficit quand ils occupaient leur poste..." Je ne peux ni ne cherche à parler au nom d'Alain Juppé. Pour ce qui me concerne, il me faut rappeler quelques faits.

Je suis nommé le 10 mai 1988. Le budget de cette année a été arrêté par le gouvernement et la majorité précédente avec un déficit de 135 milliards de francs. Je l'exécute au milliard près. Je fais adopter pour 1989 un budget au déficit de 115 milliards, puis pour 1990 un budget au déficit de 100 milliards, tous deux exécutés au milliard près. Je fais adopter le budget pour 1991 avec un déficit de 90 milliards. Je quitte mes fonctions en mai, ce dernier budget sera exécuté avec un déficit majoré de près de 4 milliards. La récession de 1992 commençait en effet à se faire sentir fin 1991. Est-ce ce type de gestion que vous appelez "pratiquer avec brio l'art du déficit" ? Une meilleure mémoire vous aurait évité ce que, compte tenu justement de l'idée que je me fais des finances publiques et de la dette, je ne peux considérer que comme une insulte."

lundi, 07 décembre 2009

La tour de Babel des subprimes.

tour-dubai.gifPar Pierre-Antoine Delhommais,

journaliste.

 

 

Tribune publiée dans Le Monde,

le 05 décembre 2009.

 

 

Quand c'est fini, ça recommence. A peine le débat était-il lancé sur l'opportunité de lever les dispositifs de crise, voilà que Dubaï se retrouve au bord de la faillite. A peine osait-on parler de la crise financière au passé que le futur inquiète de nouveau, que les Bourses vacillent, que l'or s'envole, que le FMI tombe des nues et que les banques évaluent les dégâts, qui se chiffreront en milliards de dollars.

Au vu des phénomènes très étranges qui pouvaient être observés dans cet émirat sans pétrole, tout financier un peu sensé ou tout superviseur un peu avisé avait pourtant mille raisons de se tenir sur ses gardes. Sans pétrole, mais plein d'idées mégalomaniaques. Un hôtel de glace par 45 degrés à l'ombre, cinq pistes de ski, le plus grand métro et le plus long pont du monde, un Opéra de 2 500 places, une cité reproduisant les quartiers les plus célèbres des villes, dont la Cité interdite, une tour Eiffel grandeur nature, un archipel d'îles artificielles représentant le système solaire et dont la construction mobiliserait plus de sable que celle d'une muraille de Chine faisant le tour de la Terre. Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner que la rationalité économique et financière avait déserté les sables de Dubaï. Et qu'avec un sixième des grues de la planète concentrées sur ce territoire de 3 900 km2, il y avait de la bulle spéculative dans l'air.

Il suffisait d'ailleurs de lever les yeux pour l'apercevoir, sous la forme de ces gratte-ciel géants, comme un double défi à la loi de la gravitation et à la théorie des agents économiques rationnels, à Isaac Newton et à Robert Lucas. C'est le 4 janvier qu'y sera inaugurée la Burj Tower, la tour la plus haute au monde (816 mètres). Une naine, toutefois, comparée au projet de la Nakheel Tower, dévoilé en avril 2008. Une vraie tour de Babel des subprimes, 1 000 mètres de hauteur sur 200 étages, avec Cheikh Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum dans le rôle de Nemrod. "Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux !" (Gen. 11, 4.)

En 1999, un analyste de la Dresdner Bank, Andrew Lawrence, avait mis au point un indice des gratte-ciel, établissant une corrélation entre la construction de tours géantes et l'éclatement des bulles financières ("Tours suspendues", Gilles Antier, L'Histoire, mai 2009). Il en avait eu l'intuition au lendemain de la crise financière asiatique, l'achèvement des tours Petronas de Kuala Lumpur ayant coïncidé avec l'effondrement du ringgit malaisien.

Lauwrence avait alors remonté le temps et décelé des simultanéités troublantes. A Manhattan, en 1907, les deux plus hautes tours du monde de l'époque, le Singer Building et le Metropolitan Life Building, étaient en passe d'être terminées quand l'indice de Wall Street perdit la moitié de sa valeur lors de la "panique des banquiers". La flèche du Chrysler Building fut posée la veille du Jeudi noir d'octobre 1929. Quant aux tours jumelles du World Trade Center, elles furent inaugurées au moment où éclatait le premier choc pétrolier. Les projets de construction les plus fous furent conçus dans le Japon de la fin des années 1980, juste avant qu'explose la bulle boursière et immobilière. Plus de 2 000 mètres pour l'Aeropolis d'Obayashi Gumi, 4 000 mètres imaginés par le groupe Taisei.

A l'explication un peu café du commerce - l'illusion de richesse alimente la folie de grandeur et de pouvoir - s'en greffe une autre, plus économique et prosaïque, celle des ravages provoqués par des politiques de crédit laxistes. Qui fabriquent de mauvais investissements en perturbant la fixation des prix et en tuant toute notion de rentabilité. La hauteur des gratte-ciel est inversement proportionnelle au coût de l'argent. Une baisse d'un demi-point des taux de la Fed, et les architectes élèvent leurs édifices de 50 mètres.

Mais les arbres ne montent pas au ciel, comme le dit le proverbe boursier, et les gratte-ciel non plus. Une punition divine finit toujours par frapper les hommes qui ont prétendu échapper à leur condition et aux lois de l'économie de marché.

L'émirat est loin d'avoir eu, au cours des dernières années, le monopole de la démesure architecturale et immobilière. A Moscou, le chantier de la Russian Tower (609 mètres) a été arrêté en novembre 2008 à cause de la crise. En Espagne, le délire de construction fut moins vertical, mais tout aussi spectaculaire, le pays consommant la moitié de tout le ciment utilisé en Europe pour bétonner avec soin des milliers de kilomètres de côte.

Même la petite Islande - élue à l'unanimité "bulle d'or" de la saison 2008-2009 - avait aussi ses rêves de grandeur immobilière : le chantier de son Palais de la musique et des congrès a été abandonné, les autorités ayant un instant songé à en faire un mémorial de l'effondrement économique et financier du pays. De Dubaï à Reykjavik, tous ces miracles économiques n'étaient en fait que des mirages, construits sur du sable et des empilements de dettes.

A qui le tour, si l'on peut dire ? Le Vietnam, hier modèle de développement économique sage et équilibré, commence à inquiéter - la construction du Hanoi City Complex, un building de 65 étages et 267 mètres, vient d'ailleurs d'y reprendre. Moins que la Chine, avec la Bionic Tower que Shanghaï rêve d'édifier : 1 228 mètres, pouvant accueillir 100 000 personnes, 163 mètres de diamètre de base, 368 ascenseurs. Du dernier étage, le 300e, on y tombera de très haut.

mardi, 01 décembre 2009

Des financements innovants pour aider au développement, l'idée fait son chemin.

703815.jpgPar Christine Lagarde et Bernard Kouchner,

ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi et

ministre des Affaires Etrangères et Européennes.

 

Tribune publiée dans Le Monde, le 1er décembre 2009.

 

Ces derniers temps, la notion de financements innovants stables, prévisibles et complémentaires des financements publics traditionnels connaît un intérêt croissant, bien au-delà des frontières hexagonales. Cette idée, les ministères des affaires étrangères et des finances la promeuvent depuis bientôt quatre ans.

Cette idée, la France l'a remise à l'agenda international au printemps 2009, bien avant que les discussions sur le financement de l'adaptation climatique ou le débat sur la contribution du secteur financier à la sortie de crise ne se fassent jour.

En mai dernier, les représentants de 59 pays, des ONG, des organisations internationales se sont réunis à Paris sous l'égide de nos deux ministères : la France a promu le lancement d'un groupe de travail ad hoc visant à expertiser et proposer la mise en place d'une contribution de solidarité internationale. Cette contribution serait assise sur les changes et plus largement sur les valeurs mobilières, pour financer le développement et l'atteinte des objectifs du Millénaire dont la communauté internationale sera comptable en 2015, autant dire demain.

Or, depuis lors, l'activisme français n'a cessé de porter : à New York, lors de l'assemblée générale des Nations unies, notre proposition a été saluée par tous, quelques jours plus tard à Pittsburgh, le G20 se rangeait à la nécessité d'étudier la faisabilité de ces mécanismes. La communauté des grands argentiers s'est également singularisée par des prises de position que l'on pensait impossibles, en soutenant le discours français. Ainsi, lors de la réunion des ministres des finances du G20 à StAndrews, le premier ministre britannique a évoqué une taxation des transactions financières internationales parmi les outils de résolution des crises financières.

Cette idée s'inscrit au confluent des problématiques de régulation du système financier mondial et de la solidarité internationale pour le développement.

Ces initiatives rejoignent les préoccupations de ceux qui veulent financer le changement climatique ou qui souhaitent améliorer la solidité du système financier international, en faisant payer aux banques elles-mêmes le coût d'une éventuelle défaillance.

A Pittsburgh, les chefs d'Etat ont affirmé clairement la nécessité d'étudier la faisabilité de ces mécanismes. Le Fonds monétaire international (FMI) a été mandaté pour étudier une taxe internationale sur les institutions financières. Diverses assiettes sont envisageables. Ces initiatives, ces travaux, qui doivent être internationaux si l'on veut qu'ils débouchent sur des décisions partagées, montrent clairement qu'il y a une volonté politique forte d'explorer plus avant ces outils.

Une taxe sur le secteur financier mondial peut financer le développement. Le moment venu, il faudra en décider collectivement. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de proposer la mise en place d'une taxe Tobin, dont l'objectif premier était de réguler un marché des changes trop erratique. Non, il s'agit de financer le développement, sans perturber les transactions financières.

Une taxe de 5 centimes sur 1 000 euros serait indolore, mais pas sans conséquences pour le monde en développement : car même à un seuil aussi peu significatif, les recettes escomptées pourraient représenter jusqu'à 35 milliards d'euros !

Cet argent doit contribuer à la satisfaction des besoins primaires : l'eau, la sécurité alimentaire, l'éducation, la santé. C'est là l'urgence, alors qu'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable, qu'un milliard de personnes souffrent de la faim, que l'emprise de la pauvreté éloigne les enfants des écoles et ne leur permet pas de réaliser leur potentiel, qu'un million de personnes meurt chaque année du paludisme... Ces fonds pourraient également contribuer à financer des actions d'adaptation au changement climatique et d'accès à l'énergie.

Enfin, les recettes pourraient venir corriger les perturbations induites par la crise financière de l'automne 2008 en évitant d'exposer les budgets nationaux au risque représenté par le système bancaire.

Les financements innovants sont donc une évidence. Défi majeur du nouveau siècle, les financements innovants ne sont plus une simple option, ils sont devenus une évidence. Cette évidence, la France l'a portée dès le premier jour, en adoptant deux mécanismes qui ont démontré leur efficience : la taxe sur les billets d'avion créée en 2006 qui finance la lutte contre les grandes pandémies et la facilité financière internationale pour l'accès à la vaccination, initiative franco-britannique.

Aujourd'hui encore, la France est à l'avant-garde : nous avons réuni le 22 octobre dernier à Paris des ministres des affaires étrangères et des ministres des finances, issus de 12 pays différents, pays du Sud (Sénégal), puissances émergentes (Brésil), grands partenaires européens (Espagne, Allemagne...), Etats où se situent les principales places financières (Grande-Bretagne, Japon). Tous ont adopté une déclaration soutenant l'initiative française. Demain nous devrons convaincre les Etats-Unis, la Chine de se joindre à cette initiative. La France sera alors parvenue, une nouvelle fois, à faire bouger les lignes, en portant le débat et l'initiative, pour faire progresser la cohésion et la stabilité internationales.

dimanche, 29 novembre 2009

Gazprom à EDF : «Bienvenue» dans le projet South Stream !

ae981ce8-dad5-11de-9b54-c76061863e00.jpgPar Alexei Miller,

PDG de Gazprom.

Tribune publiée dans Le Figaro,

le 27 novembre 2009.

 

Gazprom et EDF signent vendredi un accord historique portant sur la construction du gazoduc South Stream. Ce projet améliorera non seulement la sécurité énergétique des pays européens, mais il aidera aussi l'UE à atteindre ses objectifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Je suis fier de voir que les liens franco-russes dans le domaine de l'énergie sont chaque jour plus forts. En 2008, Gazprom a célébré 25 ans de livraisons ininterrompues en France. Cette année, la plus importante entreprise d'électricité française nous rejoint dans ce projet extraordinaire qu'est South Stream. C'est important pour nous d'être associés à EDF, « opérateur historique » et porte-drapeau de l'excellence économique française. Notre accord est aussi une étape fondamentale dans les relations économiques franco-russes, car South Stream devient aujourd'hui le projet commun de deux entreprises chères aux citoyens russes et français.

L'autre bonne nouvelle concerne la sécurité des approvisionnements. On ne peut sous-estimer l'importance du pas que la France réalise aujourd'hui vers une plus grande sécurité énergétique européenne. En janvier dernier, Gazprom a été confronté à une situation de force majeure : l'Ukraine n'avait plus de contrat pour ses approvisionnements en gaz et refusait de payer ses factures. L'interruption du transit de gaz russe vers l'Europe qui a résulté de cette situation nous a laissé dans l'incapacité d'assurer l'approvisionnement de l'ensemble de nos clients européens. Cet épisode regrettable a montré à quel point il est important de créer de nouveaux gazoducs vers l'Europe afin de réduire les risques liés au transit et d'améliorer la fiabilité des exportations de gaz. L'implication d'EDF, qui rejoint dans South Stream notre partenaire italien ENI, va dans ce sens. C'est une étape fondamentale vers une mise en œuvre rapide et efficace de ce projet - démontrant également, si quelqu'un en doutait encore, sa viabilité commerciale.

L'objectif de South Stream est simple : transporter des volumes additionnels de gaz vers l'Europe centrale et du Sud et réduire les risques liés au transit. Avec une capacité totale de 63 milliards de mètres cubes, South Stream traversera la mer Noire, la Bulgarie, la Hongrie, la Grèce et la Serbie. Il permettra de répondre à l'accroissement de la demande européenne dès 2015, tout en contribuant de façon déterminante à l'amélioration de la sécurité énergétique des pays de l'Union. Ce projet permettra enfin d'aider l'Europe à atteindre ses objectifs environnementaux.

En effet, une autre raison - et probablement la plus importante - pour laquelle nous célébrons aujourd'hui cette signature est qu'elle marque la reconnaissance du gaz naturel comme une source d'énergie prometteuse. Dans dix jours, se tiendra à Copenhague la conférence des Nations unies sur le changement climatique. Chacun espère que la communauté internationale y prendra des décisions essentielles pour diminuer les émissions de CO2 et combattre ainsi le réchauffement de notre planète. Je crois personnellement que le gaz naturel aura un rôle précieux à jouer dans cette lutte. Aujourd'hui, les énergies renouvelables ont encore besoin de temps et d'investissements colossaux pour se développer.

Le gaz naturel peut contribuer efficacement à réduire l'empreinte carbone de l'UE, dans des conditions économiques optimales. En effet, c'est la plus propre des énergies fossiles. Non seulement il émet moins de CO2 que le charbon et le pétrole, mais il est aussi beaucoup plus efficace. Le remplacement des centrales électriques fonctionnant au charbon par des centrales au gaz aboutirait, par exemple, à des réductions majeures d'émission de gaz et aiderait l'UE à réaliser ses objectifs environnementaux. En cela, et la signature de vendredi le confirme, le gaz naturel est le carburant du XXIe siècle.

 

jeudi, 26 novembre 2009

Strauss-Kahn : «Il faut revoir notre modèle de croissance»

e523b104-d92d-11de-a1ff-05a8ec6ca7f8.jpgInterview de Dominique Strauss-Khan,

Directeur général du FMI.

 

 

Entretien publié dans Le Figaro, le 25 novembre 2009.

 

 

La crise financière est « à peu près maîtrisée », même si les banques sont encore très loin d'avoir complètement nettoyé leurs bilans. L'économie mondiale commence à voir le bout du tunnel, mais ce n'est qu'à l'été 2010 que le chômage commencera à refluer aux États-Unis et en Europe. Dominique Strauss-Kahn a répondu aux questions du Figaro.

LE FIGARO. - La reprise mondiale est-elle solide ?

Dominique STRAUSS-KAHN. En Asie, elle est là. Ailleurs, elle se profile seulement - selon le FMI, elle viendra au premier semestre 2010. Mais la reprise est fragile. Quel est le risque aujourd'hui ? Que l'on ne continue pas à mettre en œuvre les politiques qu'il faut pour assurer la pérennité de la reprise. Nous ne croyons pas à une rechute, ce que l'on appelle un scénario de « W », mais nous ne pouvons pas complètement l'exclure. Il faut donc maintenir les soutiens publics, car la demande privée reste faible et le chômage va continuer à augmenter encore assez longtemps. On peut aujourd'hui considérer que la crise financière est à peu près maîtrisée. Elle a dégénéré en crise économique, dont on commence à voir le bout du tunnel. Mais la crise sociale reste très forte, principalement dans les pays avancés. C'est ma préoccupation majeure. Au delà, c'est notre modèle de croissance lui-même qu'il faut repenser.

Faudrait-il remuscler les plans de relance ?

Non, mais la question se pose aux États-Unis. Le risque est que dans certains pays on n'estime plus nécessaire de réaliser les programmes de relance prévus pour 2010, ce qui augmenterait la probabilité d'une rechute. En même temps, il faut préparer les plans de sortie de crise, annoncer comment on va revenir à des situations budgétaires plus soutenables, tout le monde a besoin de le savoir, et en même temps il ne faut pas les mettre en œuvre trop tôt. C'est une contradiction apparente qu'il faut gérer habilement.

Les dettes publiques atteignent des niveaux inquiétants. Peut-on les laisser dériver ?

Nous étions face à un incendie. Le FMI a été le premier à sonner le tocsin. On a sorti les grosses lances à incendie la coopération monétaire, bancaire et budgétaire. On a ainsi évité une crise comme celle de 1929 et on a éteint le feu. Mais, maintenant, il y a de l'eau partout. Il faudra du temps pour l'éponger et revenir à des niveaux raisonnables. Mais il faudra le faire.

Comment se sortir des déficits et de la dette ? Par l'impôt ?

Quand la reprise sera assurée, la stratégie budgétaire devra alors devenir la priorité. Le problème de la dette n'est pas le même pour tout le monde. Il dépend du niveau d'endettement avant la crise, de la démographie et, évidemment, du potentiel de croissance.

Le rendement de ces plans de relance n'est-il pas décevant ?

Au contraire ! Selon nos calculs, une dépense publique de 100 milliards aura entraîné une croissance de 100 milliards on dit que « l'effet multiplicateur » est, grosso modo, de un. C'est un bon rendement. Rendez-vous compte : certains pays auront été confrontés à des reculs de 10 à 15 % du PIB cette année. On a évité un effondrement généralisé.

N'a-t-on pas une déperdition quand les gens épargnent l'argent public au lieu de le dépenser ?

Effectivement. Le taux d'épargne américain est remonté à 6 % ; selon certains experts, l'objectif est de le faire remonter à 8 %. C'est salutaire à moyen terme, car cela contribue à réduire les déséquilibres mondiaux. Mais c'est un problème à court terme, car ce qui n'est pas consommé ralentit d'autant la reprise.

Ce qui a redémarré sur les chapeaux de roues, c'est la spéculation, notamment sur les matières premières…

Voilà pourquoi il faut revoir notre modèle de croissance, sinon chaque fois que la croissance repartira les tensions sur les matières premières et le pétrole referont surface. Le problème le plus important pour les pays émergents est l'abondance de liquidités mises en place pour lutter contre la crise. Ces flux de capitaux se déversent en masse dans certains pays émergents, comme le Brésil ou l'Indonésie. Je comprends que ces pays pensent à mettre en place des mesures pour empêcher que leur taux de change ne s'apprécie trop - y compris parfois des contrôles de capitaux.

On a l'impression que la coopération internationale s'est arrêtée sur les taux de change…

La coopération a porté sur les politiques monétaires des banques centrales, les soutiens aux banques et les instruments budgétaires. C'est la première fois que tous les grands pays du monde décident de la même politique, et c'est très positif. Pour les taux de change, c'est plus compliqué. L'élément le plus discuté concerne la valeur certaines monnaies asiatiques, y compris la monnaie chinoise. Une appréciation du yuan serait cohérente avec la stratégie de relance de leur demande intérieure que les autorités chinoises ont choisie.

S'acheminent-ils vers une simple réévaluation du yuan ou Pékin acceptera-t-il de le laisser flotter ?

Un jour ou l'autre viendra où l'importance de l'économie chinoise conduira le yuan à flotter. Mais aujourd'hui les Chinois veulent maîtriser la façon dont il s'appréciera. Cela prendra du temps, même s'il n'est pas inconcevable qu'il y ait un premier mouvement plus rapidement.

N'y a-t-il pas une complicité entre la Chine et les États-Unis qui forment de facto une zone monétaire commune ?

Oui et non. Cela n'arrange pas les exportateurs américains que le yuan soit sous-évalué, ce qui est le cas. Par ailleurs, un effondrement du dollar n'arrangerait pas les Chinois détenteurs d'énormes quantités de billets verts. Ce n'est donc pas une question de complicité : avec la mondialisation, tout le monde se tient par la barbichette ! Faisons en sorte que ce soit pour le meilleur.

Vue d'Europe, la situation des changes n'est-elle pas pire ? l'Europe a la reprise la plus faible et la monnaie la plus chère…

Ce sont en tout cas les Européens qui se plaignent le plus de la valeur de leur monnaie. Le FMI considère également que l'euro est sans doute un peu fort, mais il est très difficile de déterminer de façon incontestable la valeur d'équilibre des devises. Les Européens doivent cependant mieux affirmer leur stratégie économique s'ils ne veulent pas laisser le couple sino-américain dominer le débat mondial des vingt prochaines années.

Que peut faire l'Europe pour exister face au couple sino-américain ?

Pour être une puissance économique, aujourd'hui, il faut deux atouts : un effet de nombre c'est ce qui fait la force de la Chine - et une avance technologique - qui donne un avantage comparatif aux États-Unis. L'Europe élargie a une population importante, avec 500 millions d'habitants, mais sur le plan technologique les choses n'ont pas suffisamment avancé depuis qu'on a lancé la stratégie de Lisbonne en 2002. Et je constate que le débat technologique, aujourd'hui focalisé notamment sur l'énergie, est beaucoup plus vif aux États-Unis qu'en Europe.

En promettant des taux zéro pendant longtemps, la Fed n'encourage-t-elle pas une forme de spéculation à partir du dollar ?

L'objectif de Ben Bernanke est de faciliter la reprise américaine. Il a raison. Sa stratégie monétaire est la bonne. Mais toute solution a ses inconvénients. Le carry trade, c'est-à-dire la spéculation sur les différences de taux d'intérêt, est une source d'instabilité pour les pays émergents, car leurs monnaies se trouvent appréciées. Mais la priorité numéro un aujourd'hui, c'est le retour à la croissance.

Quel est aujourd'hui le niveau des pertes non reconnues des banques ?

Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. La proportion est plus forte en Europe qu'aux États-Unis. Je le redis : l'histoire des crises bancaires, notamment au Japon, démontre qu'il n'y aura pas de croissance vive et saine sans un nettoyage complet du bilan des banques.

Faut-il imposer une taille limite aux banques ?

Je ne crois pas qu'il faille imposer des tailles limites. En revanche, si une banque prend des risques tels qu'elle présente un danger pour le système financier tout entier, il n'est pas illégitime de lui demander une contribution financière. Cette prime d'assurance aurait un double avantage : inciter la banque en question à prendre moins de risques, et collecter des ressources pour répondre à une éventuelle crise bancaire future. Le FMI étudie toutes les propositions de taxation du système financier, comme le lui a demandé le G20, et rendra son rapport en avril.

Ne faudrait-il pas alors couper les banques en deux ?

J'adhère à l'objectif de limiter les risques mais, si la partie banque d'investissement est bien surveillée et si elle paye une prime d'assurance, l'intérêt de couper les banques en deux s'estompe.

Faut-il taper plus sur les bonus ?

Sur le plan éthique, après les soutiens publics dont ont bénéficié les banques, je comprends que ce qui se passe paraisse scandaleux. Sur le plan économique, les bonus posent aussi un problème systémique, car il y a un lien entre des rémunérations démesurées et des prises de risques excessives même s'il y a aussi d'autres problèmes à régler, à commencer par le niveau de capital des banques. Sur le plan politique, enfin, la question des bonus est essentielle, car une nouvelle crise financière peut toujours survenir et la réaction risque de ne plus être la même : on ne verra pas deux fois des centaines de milliards de dollars d'argent public ainsi déversés sur le secteur financier !

Par manque de moyens ?

Non ! Parce que les opinions publiques et les Parlements n'accepteront pas de payer deux fois une telle facture. D'où l'importance d'une nouvelle réglementation du secteur financier comme de cette prime d'assurance. Limiter les bonus, moraliser la finance, c'est aussi préparer l'avenir.

Les gouvernements ont déployé des moyens colossaux pour lutter contre la crise. Comment en sortir de façon concertée ?

Ce sera plus compliqué que ne l'a été la coordination des mesures de soutien. Mais c'est indispensable pour éviter les distorsions de concurrence. Politiquement, la sortie de crise ne sera pas facile à gérer non plus. Je n'ai pas d'inquiétude pour les banques centrales. La sortie des plans de relance par les gouvernements est techniquement et politiquement plus délicate…

Vous êtes l'opposant de Nicolas Sarkozy le plus populaire de France. Qu'est-ce que cela vous fait ?

Cela fait toujours plaisir que vos concitoyens vous aiment bien, mais ce n'est pas mon sujet aujourd'hui.

 

Propos recueillis par Alexandrine Bouilhet, Gaëtan de Capèle, Jean-Pierre Robin et Yves Thréard

mercredi, 25 novembre 2009

Coopération sino-française : trois propositions à Lagarde.

8428d05_0.jpgPar Chen Deming,

ministre du commerce de la République populaire de Chine.

Tribune publiée dans Le Figaro,

le 24 novembre 2009.

En visite en France pour deux jours à partir de jeudi avec une délégation d'entrepreneurs, le ministre chinois du Commerce plaide pour trouver de nouvelles opportunités commerciales entre la Chine et notre pays, malgré la crise.

 

En avril dernier, les présidents Hu Jintao et Nicolas Sarkozy ont eu une rencontre fructueuse au sommet du G20 à Londres, remettant les relations sino-françaises sur le rail d'un sain développement. Récemment, ils se sont rencontrés à New York, réaffirmant leur attachement au partenariat global stratégique sino-français. Afin de concrétiser cette convergence de vue, de faire écho à l'appel des communautés d'affaires des deux pays et renforcer la coopération économique et commerciale bilatérale, une délégation du ministère du Commerce de Chine et une «mission de promotion du commerce et de l'investissement» composée de 290 entrepreneurs chinois venant de plus de 140 sociétés, se rendent ces jours-ci en France.

Malgré les défis de toutes sortes, la coopération économique et commerciale sino-française s'est toujours développée à un rythme régulier. En 2008, le volume de nos échanges commerciaux a atteint un record historique de 38,9 milliards de dollars, en hausse annuelle de 16 %. Aujourd'hui, plus de 2 000 entreprises françaises sont implantées en Chine, leurs chiffres d'affaires cumulés s'élèvent à 25 milliards de dollars par an, équivalant à deux fois le montant des exportations françaises vers la Chine. Nos deux pays ont mené des coopérations fructueuses dans divers secteurs, comme l'énergie, l'aéronautique et l'aérospatiale, le transport, etc. La France est le quatrième partenaire commercial européen de la Chine ; celle-ci le premier partenaire de la France en Asie.

Malgré la crise, nos entreprises ont su trouver de nouvelles opportunités commerciales. Sur les dix premiers mois de l'année, le volume du commerce bilatéral a atteint 27,75 milliards de dollars. Les exportations françaises vers la Chine se sont inscrites en baisse de 11,9 %, une meilleure performance que celle du commerce extérieur de la Chine et du commerce sino-européen, ce qui prouve l'ouverture de notre plan de relance aux exportations françaises. Plus de 140 sociétés à capitaux français ont été créées en Chine au cours de cette même période, soit en moyenne une nouvelle entreprise tous les deux jours.

Le chemin qui mène l'économie mondiale des débuts de la reprise vers un nouveau cycle de croissance sera long et sinueux. Le gouvernement chinois, mettant la priorité sur l'élargissement de la demande intérieure, a mis en place un plan global. Les résultats sont là et l'objectif de 8 % de croissance pour 2009 sera réalisé.

La Chine a aussi envoyé une dizaine de missions de promotion du commerce et de l'investissement vers plus de 30 pays et apporté ainsi sa contribution à la reprise économique mondiale. L'assertion qui veut que la crise soit issue du déséquilibre économique mondial dû aux excédents importants des pays asiatiques est sans aucun fondement. Le déséquilibre entre les pays développés et les pays en voie de développement mérite beaucoup plus d'attention. Hélas, cette néothéorie du déséquilibre économique mondial est en train de fomenter le protectionnisme commercial, ce qui menace le redressement économique. La septième réunion des ministres du Commerce de l'OMC aura lieu dans quelques jours, au cours de laquelle sera évaluée la progression des négociations du cycle de Doha. Le succès à brève échéance de ce cycle est essentiel pour freiner le protectionnisme commercial. J'aimerais aussi faire trois propositions sur la coopération bilatérale sino-française. Primo, multiplier les échanges entre nos entreprises. Récemment, nous avons salué la visite en Chine de Mme Christine Lagarde, qui a emmené avec elle des entreprises françaises renommées. Et début décembre, la troisième édition de la convention d'affaires «China Europa» se tiendra au Havre. Secundo, transformer les défis en opportunités, notamment dans les secteurs émergents comme l'économie verte.

Nos deux pays devraient approfondir la coopération dans les secteurs tels que les nouvelles énergies, la protection environnementale, le transport, l'aéronautique et l'aérospatiale, en mettant l'accent sur certains projets structurants. En même temps, la Chine affiche une forte demande dans les secteurs de services tels que la finance, la logistique, le tourisme, l'industrie créative, le développement de logiciels. Elle accueillera favorablement les entreprises françaises sur son marché. Tertio, fournir plus de facilités pour multiplier les investissements croisés, français en Chine et chinois en France.

La Chine et la France sont liées par une histoire d'amitié. Au début du XXe siècle, nombre de jeunes Chinois sont allés en France faire leurs études, parmi lesquels Zhou Enlai et Deng Xiaoping, devenus fondateurs de la nouvelle Chine. Le général de Gaulle a fait de la France le premier grand pays occidental à établir les relations diplomatiques avec la nouvelle Chine. Aujourd'hui c'est à nous de consolider l'amitié traditionnelle entre la Chine et la France.

vendredi, 20 novembre 2009

Soumettre le grand emprunt à une règle budgétaire.

90b232e0-d4f4-11de-9d98-fdf10e98966a.jpgPar Jacques Delpla,

économiste.

 

 

 

Tribune publiée dans Le Figaro, le 19 novembre 2009.

 

 

Membre de la commission Rocard-Juppé sur le grand emprunt, dont le rapport est publié jeudi, l'économiste (1) souhaite qu'une règle de retour à l'équilibre budgétaire à moyen terme soit inscrite dans la Constitution.

 

Pour endiguer l'explosion de notre dette publique, il nous faut une règle budgétaire dans la Constitution. Ce n'est ni le grand emprunt ni les gigantesques déficits publics actuels liés à la récession qui mettent en péril nos finances publiques, car ce ne sont que des déficits temporaires. Le vrai danger vient des larges déficits structurels qui existaient déjà avant la crise (3 % du PIB de 1980 à 2007) et qui risquent de perdurer - il est vraisemblable qu'ils seront de 5 % du PIB, soit 100 milliards d'euros, à la sortie de la récession actuelle. Pour vaincre un tel danger, il faut un engagement durable et crédible à réduire nos déficits, avec une règle de retour à l'équilibre budgétaire à moyen terme, inscrite dans la Constitution.

En Allemagne, avec le plan de relance (50 milliards d'euros) de janvier 2009, la CDU et le SPD ont adopté une stricte règle budgétaire, insérée, en juin 2009, dans leur Constitution. Je suggère l'adoption, en 2010, lors du vote du grand emprunt, d'une règle semblable. Les grands principes de cette règle devraient être dans notre Constitution et les détails dans une loi organique. La règle serait ainsi : à partir de 2017 ou 2018, les budgets de l'État central (projet de loi de finances, PLF) et de la Sécurité sociale (PLFSS) sont votés en équilibre - hors cycle - sous peine d'inconstitutionnalité. En cas d'exécution du budget avec un déficit, ce déficit doit être amorti sur les cinq années suivantes. Pour éviter toute manipulation des chiffres, un comité budgétaire indépendant et crédible estime les déficits hors cycle et le PIB potentiel. Cette règle s'applique tant que la dette publique est supérieure à 40 % du PIB (à ce seuil, après une crise majeure, la dette n'excède pas trop les 60 %). Cette règle ne s'applique ni en cas de récession ni en cas de circonstance exceptionnelle (déterminée par un vote à la majorité qualifiée, afin que le gouvernement ne s'affranchisse de la règle que pour des raisons raisonnables et consensuelles). Avec une telle règle, la dette publique atteindrait 60 % du PIB vers 2026 et 40 % du PIB vers 2036.

Si l'on veut éviter qu'une telle règle ne comprime trop les dépenses d'avenir, on pourrait imaginer de contraindre le PLF à un surplus de 1 % à 2 % du PIB (comme l'ont fait les Scandinaves depuis dix ans) et d'affecter ce surplus à des «dépenses d'avenir», comme celles du grand emprunt.

Plusieurs critiques sont parfois adressées à ces règles. Tout d'abord, «elles ne marcheraient pas». C'est faux : celles qui ont échoué étaient soit mal faites en s'appliquant au déficit courant (en ignorant le cycle économique), soit incohérentes (en Californie, la Constitution interdit les déficits, les hausses d'impôts et la baisse de la plupart des dépenses !). «Elles abrogeraient le choix du Parlement et les choix politiques.»

Au contraire ! La grandeur du Parlement n'est pas de toujours faire payer à la génération suivante nos dépenses publiques de consommation (s'endetter pour payer les retraites n'a rien à voir avec la préparation de l'avenir). Par ailleurs, il existe déjà de nombreuses limites au pouvoir absolu du Parlement (le Conseil constitutionnel, les traités). Cette règle budgétaire est bipartisane : dans une démocratie saine, la gauche doit assumer ses choix (des impôts élevés pour financer des dépenses publiques élevées) et la droite les siens (des dépenses publiques modérées avec des impôts modérés), les déficits ne faisant que lisser le cycle économique ou préparer l'avenir. Ce qu'il faut éviter, c'est le populisme budgétaire, i.e. des dépenses de gauche et des impôts de droite. Chaque parti doit assumer les coûts de ses choix politiques devant les électeurs.

Enfin ne nous leurrons pas, l'Allemagne est entrée dans une grande phase de réduction de sa dette. Si nous faisons le chemin inverse, aux yeux des Allemands, du G20 et des marchés financiers, la France aura la crédibilité financière de l'Italie, puis celle de la Grèce. Adieu alors les rêves de puissance, de leadership européen et de coopération étroite avec l'Allemagne. C'est au plus profond de la crise budgétaire, alors la dette et le poids du grand emprunt deviennent un enjeu de crainte, que nous devons voter une telle règle pour redonner espoir dans l'avenir.

(1) L'auteur publiera une note détaillée sur la règle budgétaire en décembre à la Fondation pour l'innovation politique.

lundi, 02 novembre 2009

Le grand emprunt doit mobiliser entre 50 et 100 milliards d'euros.

idees-grand-emprunt-2010-L-1.jpgTribune publiée dans Le Monde,

le 02 novembre 2009.

 

 

 

 

Pour le Parti socialiste, "un grand emprunt, c'est d'abord une grande dette de plus", pour reprendre l'expression du président socialiste de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Il aurait dû écouter plus attentivement le discours du président de la République, à Versailles, le 22 juin, devant le Sénat et l'Assemblée nationale réunis en Congrès.

Il disait en substance : "Certes, nous avons un problème de finances publiques mais, pour le résoudre, il nous faut changer notre approche des déficits, notre façon de poser le problème. La situation ne doit pas être examinée qu'en termes de valeur absolue. Il faut distinguer le mauvais déficit, celui qui finance les mauvaises dépenses, du déficit imputable à la crise, à la diminution des recettes, à l'augmentation des dépenses sociales. Mais il peut également y avoir un déficit justifié par le financement des dépenses d'avenir. Le grand emprunt constitue une vraie opportunité de débattre et d'identifier les investissements stratégiques pour préparer la sortie de crise et la croissance de demain."

Pour nous, le grand emprunt c'est d'abord une opportunité de rompre avec une pratique qui depuis presque trente ans veut que l'on s'endette essentiellement pour assurer des dépenses de fonctionnement. Cette pratique doit être combattue et ce type de déficit condamné. Année après année, les investissements publics de l'Etat, sacrifiés sur l'autel de l'urgence et de l'immédiat, ont reculé pour s'établir à quelques milliards d'euros annuels seulement.

Or notre pays dispose de réserves de prospérité et d'un potentiel de croissance dans des secteurs d'excellence. Le pari du grand emprunt, c'est de transformer ce potentiel de croissance en recettes positives, en emplois, en amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens, en réponse au défi environnemental.

Travailler sur le grand emprunt, c'est donc préparer la sortie de crise et l'avenir, qui se jouera sur la sélection des projets et des investissements. Ils devront respecter des principes rigoureux en termes de lisibilité, d'ancrage territorial et de rentabilité. Ces investissements devront être compris et approuvés par nos concitoyens qui pourront ainsi les soutenir, les porter et contribuer à leur succès. Ils devront donc concerner des programmes phares, mais surtout rentables, susceptibles de générer des retours sur investissement sous forme de croissance, d'emploi et de développement durable, à un horizon raisonnable. C'est la préoccupation essentielle des Français.

Les idées ne manquent pas. Il faudra choisir les investissements les plus importants pour la croissance de demain et poser les conditions nécessaires pour garantir la meilleure utilisation de cet argent et les retombées économiques les plus favorables à la prospérité de notre pays.

Un nouveau modèle de croissance est en train d'émerger. Si nous n'investissons pas massivement pour prendre une option sur l'avenir, nous risquons de prendre un retard que nous mettrions plusieurs décennies à rattraper. Ce serait une erreur historique. Les pays qui ont raté la "révolution industrielle" ou les "trente glorieuses" ont mis très longtemps à s'en remettre.

Nous sommes à la veille d'une révolution d'une ampleur comparable. Face aux risques de déclassement liés à l'immobilisme, nous devons faire preuve d'audace et mobiliser les moyens suffisants pour donner à notre économie une dynamique nouvelle, pour faire de notre société une société de création, d'invention, d'innovation, résolument tournée vers l'avenir; un avenir qui garantisse notre souveraineté.
Ces moyens, ils sont mobilisés en Chine, en Inde, au Brésil, qui veulent toute leur part de cette nouvelle croissance. Ils sont également mobilisés aux Etats-Unis par l'administration Obama, qui investit massivement dans la croissance verte.

C'est dire que le grand emprunt ne doit pas devenir un "petit emprunt", au moment même où l'Allemagne décide de donner la priorité à la croissance en programmant des baisses d'impôts qui, sur cinq ans, représenteront 120 milliards d'euros.

Pour construire la France du XXIe siècle, la France de l'après-Kyoto, de la croissance verte, de la révolution numérique, de la société de la connaissance, pour bâtir les infrastructures, les universités, les laboratoires, les entreprises, les grandes métropoles de premier rang mondial de demain, nous devons pouvoir mobiliser une masse critique de plus de 50 milliards d'euros, voire, pourquoi pas, aller, si les projets le justifient, jusqu'à 100 milliards d'euros d'investissements publics supplémentaires, qui seront dépensés sur les cinq à dix ans à venir.

Les fonds levés doivent être isolés du budget général. Ils ne doivent pas servir à financer les dépenses courantes. Ils doivent être investis selon des critères rigoureux. Ils pourraient donner lieu à des prises de participation dans des sociétés à créer, à des avances assurant une capacité de remboursement ou de valorisation. L'efficacité économique des dépenses doit être le maître mot. Et ainsi, dans cet esprit de rigueur et d'efficacité, nous pourrons inventer l'avenir et le grand emprunt représentera une rupture majeure dans la politique économique française.

Martine Aurillac ; Brigitte Barèges ; Jean-Louis Bernard ; Jérôme Bignon ; Claude Bodin ; Michel Bouvard ; Bernard Brochand ; Bernard Carayon ; Olivier Carré ; Eric Ciotti ; François Cornut-Gentille ; Jean-Michel Couve ; Olivier Dassault ; Bernard Deflesselles ; Yves Deniaud ; Nicolas Dhuicq ; David Douillet ; Cécile Dumoulin ; Raymond Durand ; Daniel Fasquelle ; Jean-Michel Ferrand ; Jean-Pierre Giran ; Jean-Claude Guibal ; Philippe Goujon ; Anne Grommerch ; Michel Heinrich ; Laurent Hénart ; Olivier Jardé ; Yves Jégo ; Arlette Grosskost ; Jean-Christophe Lagarde ; Jean-François Lamour ; Robert Lecou ; Marc Le Fur ; Jean Leonetti ; Maurice Leroy ; François Loos ; Lionnel Luca ; Jean-François Mancel ; Philippe-Armand Martin ; Damien Meslot ; Renaud Muselier ; Jacques Myard ; Françoise de Panafieu ; Jean-Frédéric Poisson ; Bérengère Poletti ; Jean-Luc Préel ; Didier Quentin ; Bernard Reyniès ; Franck Reyner ; Jean Roatta ; Arnaud Robinet ; François Rochebloine ; Marie-Josée Roig ; Jean-Marc Roubaud ; Francis Saint-Léger ; Rudy Salles ; André Santini ; François Scellier ; Georges Siffredi ; Daniel Spagnou ; Jean Tiberi ; René-Paul Victoria.

mardi, 06 octobre 2009

L'après-G20 : la régulation est vitale, elle n'est pas la solution.

66a1e32c-caf7-11dd-8b6f-502a518105e4.jpgPar Luc Ferry, ancien ministre de l'Education nationale.

 

 

 

Tribune publiée dans Le Figaro, le 1er octobre 2009.

 

Est-il permis de défendre dans un même point de vue deux idées qui se nuancent l'une l'autre, d'affirmer que, oui, en effet, nous avons un besoin vital de régulation mondiale, mais que non, la solution de la crise ne se trouve pas là ? Il est de bon ton aujourd'hui de jouer les sceptiques, de prendre l'air de celui à qui «on ne la fait pas» pour balayer d'un revers de main les décisions du G20. Facile ! La vérité, c'est que l'existence même de cette institution est déjà en soi un événement historique, le signe d'une prise de conscience que la mondialisation ne peut plus proliférer sans gouvernance politique. Sans parler même de l'Iran, les décisions touchant à la régulation financière sont décisives pour prévenir une prochaine crise, pire que l'actuelle, car la marge d'intervention des États sera désormais nulle. La régulation de la finance est donc cruciale, et nul ne peut le nier. Reste, bien entendu, à faire passer les mots dans les faits.

Reste surtout à comprendre enfin qu'à l'encontre de la rengaine désormais gravée dans le marbre, la crise ne vient pas au premier chef de la finance, de sorte que la régulation de cette dernière, essentielle pour prévenir, ne sert pas pour autant à guérir.

L'image d'Épinal selon laquelle il y aurait une «bonne économie», l'économie réelle, et une «mauvaise économie», l'économie «casino», image popularisée dans les années 1980 par le film Wall street, ne résiste pas à l'analyse. L'idée que ces deux économies seraient séparables est même absurde. Elle rencontre pourtant un large écho, notamment à gauche, parce qu'elle rassure : il «suffirait» (toujours ces bons vieux «y a qu'à» !) de faire «reculer» le capitalisme, de mettre ici ou là quelques garde-fous et le tour serait joué ! On reviendrait à la bonne pratique de banques destinées à financer l'industrie et non à faire de l'argent avec l'argent. Le problème, c'est que la vérité est tout autre. C'est bel et bien l'économie réelle, et non au premier chef la cupidité de quelques financiers fous, qui est à l'origine de nos ennuis. Voici pourquoi.

 

Un tassement des classes moyennes

 

Depuis les années 1980, comme l'a montré Patrick Artus, les États-Unis ont connu une bipolarisation croissante du monde du travail, avec, d'un côté, un nombre réduit de travailleurs à hauts revenus et, de l'autre, une masse de plus en plus nombreuse de salariés peu rémunérés. Au milieu, un formidable tassement des classes moyennes. Or ce sont elles qui tiraient la croissance. D'où une nouvelle équation à résoudre : comment booster l'économie malgré le déclin du milieu de gamme ? Réponse, imposée aux banques américaines par Clinton et Greenspan, donc par l'intervention de l'État : grâce à l'endettement massif des ménages les moins riches (le fameux subprime).

Conséquence : ce ne sont plus les salaires qui vont porter la croissance, mais les crédits. On va faire de la richesse, non plus avec de la richesse, mais avec de la dette. De là le recours aux prêts à très hauts risques. De là aussi le fait qu'aux États-Unis, les secteurs les plus touchés sont ceux, comme l'automobile, où il est souvent nécessaire de recourir à un crédit, désormais impossible parce que saturé.

 

Tout reste à faire

 

C'est donc seulement dans un second temps que la crise financière va se mettre en place. Car c'est bien après coup qu'on va titriser les crédits frelatés, puis les disséminer de par le monde en les dissimulant, avec la complicité des agences de notation, dans des produits financiers si peu lisibles que les banquiers eux-mêmes n'y retrouvent plus leurs petits. Bien entendu, cette opération engendrera une formidable crise de confiance interbancaire laquelle, à son tour, mais seulement dans un troisième temps, rejaillit sur l'économie. Si l'on admet le raisonnement qui précède, et que les chiffres de l'endettement américain corroborent sans faille, on comprend aussi que la sortie de crise ne passe à proprement parler ni par la régulation, ni par la morale. Les deux sont certes indispensables si l'on veut éviter une rechute. Mais la véritable équation à résoudre est avant tout la suivante : comment renouer avec une croissance saine, tirée par de la richesse et non plus par de la dette ? Où est la nouvelle «nouvelle économie» ? Dans l'économie verte ? Ailleurs, mais où ? Avec une sous-question désormais impossible à éluder : est-ce écologiquement tenable ? De ce point de vue, quels que soient les mérites du G 20 - dont le principal est d'exister -, tout reste à faire.

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