vendredi, 06 novembre 2009

«L'Europe, modèle de gouvernance pour le monde»

T_de_Montbrial.jpgINTERVIEW - Thierry de Montbrial, Membre de l'Institut, est directeur général de l'Institut français des relations internationales (Ifri) et fondateur de la World Policy Conference, dont la 2e édition s'est tenue à Marrakech, le week-end dernier, sur le thème de la gouvernance mondiale.

 

 

 

Entretien publié dans Le Figaro, le 04 novembre 2009.

 

 

LE FIGARO. - Quelles sont les questions clés sur lesquelles les dirigeants doivent encore travailler pour pérenniser un nouveau mode de gouvernance mondiale adapté aux enjeux d'aujourd'hui ?
Thierry de MONTBRIAL. - Deux points forts me sautent aux yeux. La question de la volonté politique, d'abord : quand on ne veut pas résoudre un problème, on ne le résout pas. Cela paraît évident, mais c'est fondamental. Prenez les problèmes de sécurité au Moyen-Orient, on peut discuter du format le plus adapté aux enjeux du processus de paix israélo-palestinien ou du dossier nucléaire iranien, mais si les parties refusent d'avancer ou ne partagent pas un sens de l'urgence, il ne se passe rien. Le second point a trait à la question culturelle. Autrefois, on parlait du dialogue des cultures. C'est un concept un peu fumeux, mais il faut tenir compte, dans nos efforts de gouvernance mondiale, des différences de sens, d'interprétation au sens le plus large. La notion de «bien public», par exemple, n'a pas le même contenu partout. Le terme de «laïcité», pour n'en citer qu'un, n'a pas d'équivalent en arabe. Sur la notion de droit international, les pays du Nord et ceux du Sud ont des positions totalement différentes. Et je ne parle pas des États-Unis, qui forment une catégorie distincte à eux seuls.

Dans ces conditions, n'est-il pas utopique de courir après un idéal de gouvernance mondiale ?
J'en tire la conclusion inverse. Si nous ne progressons pas dans la coordination des politiques nationales, en un temps où aucun pays ne peut résoudre seul les problèmes auquel il est confronté, nous irons dans le mur. Concrètement, cela signifie un monde fragmenté, et peut-être la multiplication des conflits politiques, économiques, voire des conflits armés. Je ne dis pas que c'est à l'ordre du jour, mais c'est un vrai danger. Par conséquent, le travail que nous avons essayé de faire à la World Policy Conference est indispensable.

La crise économique et financière avait dopé cet élan, mais beaucoup s'inquiètent aujourd'hui, à la faveur de la sortie de crise, d'un repli sur les stratégies nationales… Certains, notamment aux États-Unis, n'entrent pas dans la logique de la gouvernance collective, parce qu'ils restent enfermés dans la mentalité de la puissance dominante. Barack Obama n'est pas aussi bloqué. Mais les États-Unis doivent accepter le fait qu'ils sont en recul relatif par rapport à leur statut antérieur d'unique superpuissance.

Le constat unanime, aujourd'hui, semble être que l'ONU a échoué. Comment définir le rôle respectif du Conseil de sécurité, du G8, du G20 ?
Si l'on voit l'ONU comme une machine à empêcher les grands conflits, évidemment, elle a échoué. Mais l'ONU a tout de même montré son utilité en tant que forum de négociations organisé et structuré. La question qui se pose, c'est celle de la transformation du Conseil de sécurité : peut-être a-t-il vocation à devenir le nouveau G8, c'est-à-dire le forum des principales puissances pour les questions politiques et de sécurité. Il faudrait alors redéfinir ses missions, élaborer une charte des droits et des devoirs s'appliquant à ses membres. Chacun des cercles de gouvernance, G14 ou G20, devrait en faire autant. Ce serait la garantie de la volonté politique dont je parlais plus haut. Si le G8 - ou le Conseil de sécurité rénové - a plutôt une vocation politique et sécuritaire, et le G20 une mission d'ordre plutôt économique, encore faut-il être d'accord sur un schéma d'action et pouvoir engager des ressources. On peut en outre imaginer des «G» adaptés à des enjeux particuliers, comme la santé, l'énergie ou la sécurité alimentaire.

Il est aussi beaucoup question de gouvernance régionale : comment devraient s'articuler les différents niveaux de délibération internationale ?
C'est une question fondamentale, car la plupart des problèmes de la planète ne peuvent pas être réglés à l'échelle planétaire. C'est même une des raisons des difficultés de l'ONU. Je crois que ce qu'on appelle dans l'Union européenne le principe de subsidiarité doit s'appliquer chaque fois que cela est possible : en clair, un problème devrait être réglé au niveau le plus bas possible. Il faut donc renforcer les organisations régionales. Reste une vraie difficulté, qui est au cœur de la géopolitique : celle de définir les régions pertinentes. Le cas du Moyen-Orient est typique : où s'arrête-t-on ? À l'Iran, au Pakistan, à l'Inde  ?

Comment garder à ces nouvelles structures de gouvernance leur légitimité démocratique ?
Le problème n'est pas l'élection directe de tous les niveaux de représentation. Ce qu'il faut pour que ça marche, c'est que chaque forum de gouvernance soit perçu comme utile et que les intérêts de ceux qui n'en font pas partie y soient tout de même pris en compte. Il faut trouver le bon équilibre entre l'efficacité, qui plaide en faveur de groupes restreints, et la légitimité, qui pousse à élargir le jeu.

Comment voyez-vous le rôle de l'Europe dans les nouveaux équilibres de la gouvernance ?
L'Europe est un fantastique laboratoire de construction d'une nouvelle forme d'unité politique. Malgré ses faiblesses, l'Union européenne a une valeur d'exemple considérable. C'est une vraie communauté de nations, vouée à assurer la sécurité et la prospérité de ses membres et qui se projette à l'extérieur comme un «pouvoir doux» (soft power), dont la puissance ne s'exprime pas agressivement. L'UE aborde la résolution des problèmes en des termes nouveaux, qui ne sont pas des expressions de la puissance brute. C'est un modèle à choyer. Nous réalisons là à l'échelle d'un continent, bien sûr péniblement, un modèle de gouvernance pour le monde. Si les choses se passent bien, la gouvernance mondiale dans deux siècles aura réalisé à l'échelle planétaire quelque chose qui ressemblera à ce que nous sommes en train de construire à l'échelle de l'UE. C'est d'ailleurs pourquoi je suis contre l'idée de fixer des limites a priori à l'Union européenne. Le concept de l'UE a une vocation planétaire.

lundi, 19 octobre 2009

Les silences du métronome.

9aad5f0e-bc8a-11de-b964-db61ca243e18.jpgPar Philippe Labro.

 

Tribune publiée dans Le Figaro,

le 19 octobre 2009.

 

 

Ce petit homme trapu, dont la tête massive domine un corps épais et tassé, dans un éternel costume sombre, qui a dit autrefois : «Quand on ne sait pas où on va, tous les chemins mènent nulle part», a traversé Paris pendant 48 heures, la semaine dernière, personnage singulier, chargé d'histoires, secrets et expériences, tel un voyageur dont les valises seraient si volumineuses qu'elles feraient exploser, à l'enregistrement, la machine à mesurer l'excédent de bagages.

À son âge (86 ans), Henry Kissinger sait sans doute très bien où il va - où nous irons tous, un jour fatal - mais il ne cesse de parcourir le monde à la même allure que celle de sa cinquantaine, lorsque, secrétaire d'État du président Richard Nixon, il ordonnançait la diplomatie de l'Amérique. Arrivant de Pékin, repartant pour Francfort, évoluant de colloques en séminaires, de conférences - chèrement rétribuées - en consultations au plus haut niveau - tout aussi bien payées -, Kissinger qui fut autant attaqué que respecté, accusé que célébré, m'a permis, à trois reprises, d'observer le déroulement de sa mécanique cérébrale, le déploiement de sa puissante personnalité. La première fois, au cours d'une cérémonie à l'ambassade des États-Unis. VGE remettait les insignes de commandeur dans l'ordre de la Légion d'honneur à l'ancien représentant de George W. Bush (Craig Stapleton), en présence du nouvel envoyé de Barack Obama (Charles Rivkin), sous les regards de deux cents hommes et femmes, séduits par cette démonstration typiquement américaine de courtoisie entre un républicain et un démocrate, que tout, en principe, sépare, mais que réunit la même dévotion à leur pays natal ainsi que le même amour pour la France. Au milieu de cette assemblée, se détachait, débonnaire et attentive, la figure marmoréenne de Kissinger, entouré comme un pontife, à qui, d'ailleurs, VGE rendit hommage en faisant l'éloge de son ouvrage, Diplomatie, paru chez Fayard. En 763 pages de portraits et d'analyses, Kissinger y dresse le panorama des relations internationales, de Richelieu à Dean Acheson, de Metternich et Bismarck à Gorbatchev et Reagan. C'est un livre époustouflant. La deuxième fois, au cours d'un dîner en petit comité au Quai d'Orsay, donné en son honneur par Bernard Kouchner, avec qui il confronta ses vues sur l'Afghanistan. La troisième fois, un matin, dans un salon de l'hôtel Ritz, où je pus converser à bâtons rompus, avec lui, avant que Renaud Girard l'interroge sur l'actualité. Vous avez lu leur entretien dans ce même journal, samedi dernier.

 

Inclassable

 

Contrairement aux politiques de la nouvelle génération, qui attendent à peine la fin d'une question pour bombarder leur réplique, Kissinger offre un spectacle d'autant plus fascinant qu'il n'est pas spectaculaire, celui de la réflexion au travail. L'homme est inclassable, avec des lèvres à la fois gourmandes et sceptiques, un index de sa main droite épais et charnu comme si ce doigt avait pris du muscle à force de s'être agité, avoir tracé des lignes, conduit négociations et pourparlers, avec la même souplesse et autorité que le chef d'orchestre maniant sa baguette. Je suis frappé par la dissymétrie des yeux : le gauche est ouvert, inquisiteur, vivant et souriant, le droit presque clos, alourdi par une paupière dolente. Kissinger parle d'une voix caverneuse, colorée pour toujours par un accent allemand, prononçant chaque phrase sur la même tonalité monocorde, pourchassant le moindre soupçon d'équivoques et amphibologies, en ennemi juré de l'impropriété. Il n'a pas encore répondu. On dirait que ça rumine, ça phosphore, ça dissèque et ça passe à travers un tamis, on devine alors quel est son système de pensée. En fait, Kissinger organise son temps de riposte comme celui d'un métronome, dont les battements, réguliers mais silencieux, marquent la mesure de ses appréciations. Un tic, puis un tac, une affirmation, puis son antithèse. Kissinger étudie d'abord l'intention, pour construire sa rhétorique avant de la délivrer oralement, choisissant ses mots avec scrupule, avec la minutie d'un artisan du drap qui s'assure du bon agencement de la moindre rame sur un tissu.

 

Vision

 

Il refuse la définition shakespearienne de l'Histoire comme un «récit raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien». Pour lui, chaque période développe une certaine identité, avec ses limites, et seul le passé permet de comprendre le présent. C'est pourquoi il se définit autant historien que diplomate. Mais quand je lui demande de sélectionner ses souvenirs les plus forts, il répond : «Les plus émouvants : quand le Duc Tho m'a tendu, à Paris, en 1973, sa proposition de l'accord jetant les bases de la fin du conflit au Vietnam. Et, dans le même esprit, quand Sadate, dans son bureau à Assouan, a reçu, devant moi, le message confirmant l'accord Égypte-Israël pour la fin de la guerre du Kippour, à laquelle j'avais tellement œuvré.»

- Qui vous a le plus impressionné au cours de votre carrière ?

- De Gaulle, Mao, Sadate, Mandela et, un rang en dessous, Zhou Enlai.

- Qu'avaient-ils en commun ?

- La vision du futur, la capacité analytique, le courage. Et dans le cas de Mandela et Sadate, une certaine générosité d'âme.

 

Spasmes

 

Et si j'avance qu'après tout, vision et analyse font partie de ses propres atouts, le Prix Nobel de la paix 1973 émet un gloussement ; «Si vous vous intéressez trop à vous-même, vous perdez vite la vision». Ceci venant d'un homme dont les détracteurs ont souligné une propension à l'égocentrisme, peut prêter à sourire, mais il me semble qu'il est le premier à le savoir et que, dupe de rien, il a atteint ce stade de la vie où surgit une manière de sérénité. Sur les chefs d'État actuels, Kissinger s'avère prudent et poli, mais, comme toujours, avec sa méthodologie (le tic suivi du tac), il me dit : «Les leaders modernes sont plus préoccupés par l'environnement immédiat, et l'humeur des opinions publiques, et ils oublient trop les tendances longues de l'Histoire.» Et cette réflexion : «Je crois plus aux changements graduels qu'aux spasmes. Il est vrai qu'il n'y avait pas de façon graduelle de se débarrasser du spasme appelé Hitler !»

À l'énoncé de ce nom, il évoque pudiquement son enfance (il est né à Fürth, en Allemagne) et la fuite de ses parents juifs, ce qui lui permit de toucher du pied le sol de l'Amérique, se faire naturaliser, devenir prof de sciences politiques à Harvard, avant d'assouvir sa dévorante ambition politique, son avide envie d'exercer une haute responsabilité aux côtés des présidents (Nixon puis Ford).

- Je n'aurais jamais rêvé de devenir secrétaire d'État.

- Vous l'avez dû aux circonstances ou à votre «pouvoir cérébral» ?

- Un mélange des deux, sans doute. Mais je ne suis pas sûr que, dans les mêmes circonstances, n'importe qui d'autre aurait obtenu ce poste.

Surgit à nouveau le sourire de celui qui est conscient de sa différence, et a vécu dans la certitude de ses qualités d'exception. J'apprendrai, plus tard, que malgré un agenda quasi présidentiel, Henry Kissinger aura trouvé le temps d'aller passer une heure et demie au Louvre pour contempler les œuvres de Titien, Véronèse et Tintoret, s'attardant longuement devant trois tableaux : «Le Saint Jérôme pénitent dans le désert», «Les Pèlerins d'Emmaüs», «La Mise au tombeau». Précarité du pouvoir face à l'éternité de l'art.

dimanche, 18 octobre 2009

Lavez l'injustice faite aux Chagossiens.

ALeqM5jpfc-louFH1g9Y1jE4vkOFqr_VmA.jpgPar Jean-Marie Gustave Le Clézio.

 

 

Tribune publiée dans Le Monde,

le 17 octobre 2009.

 

 

Monsieur le président, votre élection à la présidence des Etats-Unis a soulevé une immense vague d'espoir dans le monde. Pour la première fois depuis Abraham Lincoln, le président des Etats-Unis était aussi, spontanément, un peu celui de la plus grande partie des habitants de la Terre.

Votre parcours politique, vos origines, votre héritage et votre conduite ont quelque chose d'exemplaire. Et puis il y a eu le discours d'investiture que vous avez prononcé devant l'Union, et nous avons compris que vous étiez un grand homme d'Etat. Nous savions que vous n'alliez pas nous manquer, que nous ne pourrions pas nous passer de vous.

Ce discours a été lu et écouté dans le monde entier, non seulement dans les grands pays, mais aussi dans nombre de petits pays sans importance pour les affaires du monde. A Maurice (j'en parle car c'est aussi ma patrie), votre discours a été salué par l'ensemble de la population.

L'idée que vous y développez est simple et lumineuse : il ne saurait y avoir de démocratie sans que soit affirmé le droit pour chaque individu de ne jamais avoir à renoncer à aucune partie de son identité. Vous êtes, monsieur le président, le symbole vivant de ce droit, et c'est pourquoi il fallait aussi que ce soit vous qui affirmiez cette conviction. Mais vous énoncez l'autre partie de cette certitude, qui lui donne un caractère d'universalité. C'est qu'il faut savoir dépasser le particularisme pour adhérer au projet humain universel, qui nous rend égaux et libres. Sans cette contrepartie, l'identité ne vaut rien car elle conduit à l'exclusion et à la guerre.

En vous octroyant le prix Nobel de la paix, le comité d'Oslo a répondu à cette ferveur. Il soutient aussi votre action à un moment où vous êtes l'objet d'attaques déloyales dans votre propre pays et à l'extérieur, pour vouloir instaurer la justice en matière de protection sociale et combattre l'âpreté des lois du marché.

La tâche qui est devant vous est immense, c'est une tâche de paix et de réconciliation. Vous êtes le seul aujourd'hui à pouvoir l'accomplir. C'est pourquoi je souhaite attirer votre attention sur une injustice qui dure depuis quarante ans. Je veux parler de la déportation du peuple chagossien.

Permettez-moi, monsieur le président, de vous remémorer les faits : en 1968, l'île Maurice accédait à une indépendance longuement désirée. Au moment des négociations entre les Mauriciens et le gouvernement colonial britannique, ce dernier exigea en contrepartie de maintenir son autorité sur un groupe d'îles de l'océan Indien comprenant l'archipel des Chagos, devenues de ce fait le British Indian Ocean Territory (BIOT).

Dès l'accord signé, les Britanniques s'empressèrent de louer cet archipel au gouvernement des Etats-Unis qui cherchait à établir une base militaire dans l'océan Indien. La seule exigence préalable des Etats-Unis était qu'il s'agît d'îles désertes, afin de ne pas contrevenir au droit d'éventuels habitants. Un mensonge des autorités britanniques apporta cette garantie : les Chagos, affirmèrent-elles, étaient peuplées seulement d'un groupe de pêcheurs qui n'y résidaient que le temps d'une saison. L'installation de la base eut lieu à Diego Garcia, l'île principale de l'archipel, après qu'une milice musclée eut expulsé de leurs îles les habitants, qui en réalité étaient là depuis des générations, pêcheurs et cultivateurs.

Ces malheureux durent abandonner leurs maisons et leurs biens dans des conditions dramatiques. A ceux qui refusaient d'obéir, les miliciens répondaient par la menace : "Partez, ou vous mourrez de faim." On raconte que, lors du dernier voyage, faute de place sur le navire, certains durent abandonner leur chien sur le rivage. La compensation financière promise par le gouvernement britannique ne suffit pas à dédommager les Chagossiens. Depuis plus de quarante ans, ils sont sans domicile, sans identité. Certains survivent dans des conditions précaires à Maurice, sans travail, sans aide. D'autres ont trouvé asile en Angleterre, où ils sont des citoyens de seconde catégorie. Mais rien ne saurait remplacer leur patrie.

Toutes leurs demandes de retour dans leurs îles sont restées sans effet. Pendant longtemps, l'armée américaine leur a même refusé de venir fleurir les tombes de leurs ancêtres sous le prétexte de la menace terroriste (Diego Garcia était le point de départ des bombardements sur Bagdad). Pourtant, à plusieurs reprises, des voix se sont élevées dans le Sénat américain afin qu'on reconnaisse le droit des Chagossiens, et qu'on dénonce le mensonge qui a causé leur déportation.

Monsieur le président, vous êtes un homme de paix et de justice, vous avez le pouvoir de changer le sort de ce peuple venu d'Afrique de l'Est au temps de l'esclavage. Vous avez le pouvoir d'autoriser ces gens et leurs enfants à revenir vivre sur le sol natal, à y travailler (sur la base militaire, pourquoi pas ?), à y honorer leurs défunts. Ce ne serait pas un acte de charité, mais de justice. Ecoutez, je vous prie, la voix de la grande dame des Chagos, Charleezia, qui chante sur un rythme de séga la douleur de l'exil et l'espoir du retour. Elle en dit plus long que tous les discours.

Très respectueusement vôtre.

Jean-Marie Gustave Le Clézio, Ecrivain français et mauricien Prix Nobel de littérature (2008)

samedi, 17 octobre 2009

La sécurité alimentaire est une priorité du gouvernement.

6f49b4de-b9c9-11de-a0a8-bfff12e8b6f5.jpgPar Hillary Clinton,

Secrétaire d'Etat américain.

 

Tribune publiée dans Le Figaro, le 17 octobre 2009.

 

Pour un milliard d'habitants du monde, le labeur quotidien consiste à cultiver, acheter ou vendre des aliments. Mais cela nous concerne tous.

Considérons la vie du petit agriculteur typique. C'est une femme, elle habite dans un village, se lève avant l'aube, fait des kilomètres à pied pour trouver de l'eau. Si la sécheresse, la rouille et les nuisances ne détruisent pas ses récoltes, elle pourra nourrir sa famille et aura peut-être même un petit supplément, qu'elle pourrait vendre. Mais il n'y a pas de route pour le transporter au marché le plus proche, ni personne pouvant le lui acheter.

Considérons maintenant un jeune homme dans une ville surpeuplée, à une centaine de kilomètres de ce village. Il gagne un salaire de misère. Au marché, il trouve des produits déjà gâtés ou hors de prix. La cultivatrice a donc des produits à vendre que le jeune homme veut acheter. Mais cette transaction toute simple ne peut se faire, en raison de forces complexes qui les dépassent.

Relever le défi de la faim dans le monde est au cœur de la sécurité alimentaire : il s'agit d'assurer aux producteurs du monde le moyen de semer et de récolter, d'élever le bétail et d'attraper du poisson, puis de faire parvenir ces aliments aux personnes qui en ont le plus besoin.

 

La sécurité alimentaire représente la convergence de plusieurs facteurs : les sécheresses et les inondations causées par les changements climatiques, les aléas de l'économie mondiale qui agissent sur les prix alimentaires, et les flambées des cours pétroliers qui augmentent le coût des transports. En fait, la sécurité alimentaire est liée à la sécurité tout court. La faim chronique met en danger des individus, des gouvernements, des sociétés et des frontières nationales. Les gens qui souffrent de la famine ou de la sous- alimentation et qui ne peuvent nourrir leur famille se sentent découragés et désespérés, ce qui peut provoquer des tensions, des conflits et même de la violence. Depuis 2007, des émeutes causées par la précarité alimentaire ont éclaté dans plus de 60 pays.

 

C'est pourquoi le gouvernement Obama a fait de la faim chronique une priorité maîtresse de la politique étrangère des États-Unis. D'autres pays se sont joints à cette lutte. Les principaux pays industrialisés se sont engagés à consacrer plus de 22 milliards de dollars au cours des trois prochaines années à la promotion d'une croissance économique fondée sur l'agriculture. Le 26 septembre, le secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon, et moi-même avons parrainé une conférence à laquelle ont participé les dirigeants de plus de 130 pays dans le but de mobiliser un appui international à cette cause.

 

Nous fondons notre initiative de sécurité alimentaire sur cinq principes. Premièrement, il n'y a pas de modèle unique d'agriculture. Nous allons collaborer avec les différents pays pour élaborer et adopter leurs plans. Deuxièmement, nous nous attaquerons aux causes premières de la faim, par des investissements tous azimuts, qu'il s'agisse de semences améliorées ou d'assurances pour les petits agriculteurs. Et nous encouragerons le savoir-faire et la persévérance des femmes qui représentent la majorité des agriculteurs. Troisièmement, nous allons accentuer la coordination à l'échelle nationale, régionale et mondiale car aucune entité ne saurait à elle seule éradiquer la faim. Quatrièmement, nous allons soutenir les institutions multilatérales qui ont des ressources et des moyens d'agir sans équivalent. Enfin, l'engagement à long terme et la transparence seront nos mots d'ordre et nous investirons dans des méthodes de suivi et d'évaluation qui rendront nos efforts transparents. Nos efforts dans l'aide au développement fondée sur l'agriculture viennent en complément de nos engagements de base pour ce qui est de l'aide alimentaire d'urgence et de notre réponse aux appels face aux drames et aux catastrophes naturelles - comme cela se produit actuellement dans la Corne de l'Afrique, où la sécheresse, les mauvaises récoltes et la guerre civile ont provoqué une crise humanitaire dévastatrice.

Revitaliser le secteur agricole mondial ne sera pas aisé. Il s'agit même d'une des tâches les plus ambitieuses sur le plan de la diplomatie et du développement que notre pays ait jamais entreprise. Mais elle peut s'accomplir et elle en vaut la peine. Notre réussite sera le gage d'une prospérité et d'une paix accrues dans les années à venir.

lundi, 03 août 2009

Kouchner : «Nous devons bâtir la paix avec les Afghans»

8791d248-7f8f-11de-9db5-e2a832491df4.jpgEntretien avec Bernard Kouchner, Ministre des Affaires Etrangères et Européennes.

 

Interview publiée dans Le Figaro,

le 03 août 2009.

 

LE FIGARO. - Que pensez-vous du rapport britannique publié dimanche qui déplore l'absence d'une «vision et d'une stratégie cohérentes basées sur les réalités de l'histoireet de la culture afghanes» ?

Bernard KOUCHNER. - Tout d'abord, je voudrai saluer le courage et le professionnalisme des soldats français. L'histoire de l'Afghanistan, je la con­nais bien. J'ai fréquenté l'Afghanistan pendant sept ans, plusieurs mois par an, en tant que médecin. Bien sûr qu'il faut se demander quels buts nous poursuivons et quels sont les résultats. Après les attentats du 11 septembre 2001, l'objectif était de lutter contre al-Qaida. Puis la communauté internationale s'est engagée à défendre l'existence d'un gouvernement démocratique. Même si les pratiques en Afghanistan ne sont pas toujours celles de la démocratie occidentale.

Nous n'allons pas imposer la paix, mais nous pouvons créer les conditions pour y parvenir. Pour cela, il nous faut être en phase avec la population. C'est notre stratégie, et j'ai pu moi-même constater qu'à Kapissa (zone sous commandement français, NDLR) cette collaboration avec les civils est devenue une réalité. Cette région est très pauvre. Nous avons contribué par exemple à la construction de hangars pour stocker les grains de grenade, seule richesse locale, et les vendre ainsi à un meilleur prix. Nous avons lancé également des projets médicaux, scolaires … La paix, nous voulons la construire avec les Afghans, je dirais même sous la direction des Afghans. Cela, évidemment, ne plaît pas aux talibans, mais c'est ainsi que nous devons agir si nous voulons instaurer la confiance.

Les Américains partagent-ils ce point de vue ?

Les Américains ont changé de stratégie depuis l'arrivée d'Obama. Ils ont compris que si on ne convainc pas la population, c'est perdu d'avance.

Certains experts estiment que la paix ne sera possible qu'en dialoguant avec les talibans.

Bien entendu qu'il faut négocier avec les talibans. En tout cas, avec ceux qui sont prêts à déposer les armes et à dialoguer. Mais ce n'est pas à nous de le faire, c'est un sujet qui relève de la responsabilité des autorités afghanes élues. Pour le moment, la seule tentative de négociations, ap­puyée par le président Karzaï, a eu lieu en Arabie saoudite sous la houlette du prince Saqri. Certains ont tenté localement de prendre contact avec les talibans pour diverses raisons, militaires, d'organisation locale. Il faut surtout une attitude coordonnée des alliés et il faut que les conditions soient réunie. C'est une opération des Nations unies, il ne faut pas l'oublier. Rien ne serait pire que de négocier chacun de son côté.

Pourquoi ces contacts n'ont-ils pas abouti ?

Parce que les talibans ne veulent pas la paix. Ou plus exactement, il y a deux sortes de talibans. Il y a ceux qui pourraient être intégrés dans un gouvernement légal, et le président Karzaï s'est déjà dit prêt à les accueillir à Kaboul dès qu'ils voudront négocier. C'est avec les talibans qui auraient le goût et surtout le respect d'un certain nombre de règles que la paix sera possible. À terme, c'est avec eux que le futur président fera la paix. Et puis il y a les partisans du djihad global. Ceux-là se refusent à négocier.

Dans ces conditions, quelle crédibilité accorder à la présidentielle du 20 août prochain ?

Si les Afghans parviennent à voter de la façon la plus régulière possible, ce sera un gros échec pour les talibans. Maintenant, il faut se demander comment procédera le futur gouvernement. La Constitution afghane ne prévoit pas de premier ministre. Il y a des propositions pour que les quatre départements ministériels les plus conséquents - l'armée, l'économie, l'éducation, la santé - soient administrés par un superministre ou un coordinateur, ce qui nous permettrait de suivre les efforts entrepris. Pour le moment, on sait par où ne passe pas l'argent, c'est-à-dire qu'il en arrive encore trop peu à la population et c'est cela que nous nous employons collectivement à corriger.

 

Propos recueillis par Arielle Thedrel

samedi, 01 août 2009

Nouveau départ pour la non-prolifération.

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Par Mohamed El Baradei,

Directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)

 

Tribune publiée dans Le Figaro, le 01 août 2009.

 

Barack Obama a donné une nouvelle impulsion aux tentatives de désarmement nucléaire qui étaient au point mort depuis une dizaine d'années. Il a embrassé la vision d'un monde sans armes nucléaires et reconnu le lien entre non-prolifération et désarmement des États dotés de l'arme atomique. Obama s'est engagé à revitaliser un régime vacillant de non-prolifération, dont le traité de non-prolifération (TNP) des armes nucléaires de 1970 est la pierre angulaire. Il n'est pas difficile d'identifier les problèmes majeurs.

Premièrement, les cinq grands États nucléaires n'ont pas pris au sérieux l'obligation de mesures de désarmement souscrite avec le TNP. Ensuite, comme la Corée du Nord, rien n'empêche les pays signataires de simplement déclarer que des « événements extraordinaires » ont mis en péril leurs intérêts suprêmes pour se retirer. Troisièmement, l'Agence internationale de l'énergie atomique, censée contrôler le système de non-prolifération, dispose de si peu de fonds que pour savoir si tel ou tel pays poursuit ou non un programme clandestin, ses inspecteurs ont les mains liées : soit ils n'ont pas l'autorité légale pour accéder aux lieux qu'ils jugent bon d'examiner, soit ils ne disposent pas des moyens techniques suffisants (laboratoires d'analyse ou imagerie satellite).

Par ailleurs, les contrôles des exportations n'ont pas réussi à empêcher la diffusion d'une technologie nucléaire sensible, notamment à cause des activités très élaborées de réseaux clandestins comme celui dirigé par le scientifique pakistanais A.Q. Khan. Neuf pays disposent déjà d'armes nucléaires ; il serait naïf de supposer que d'autres, en particulier dans les régions de conflits, ne tenteront pas de s'en procurer. Certains pourraient fabriquer des armes nucléaires en quelques mois ; ils maîtrisent déjà les techniques de base d'enrichissement de l'uranium et de retraitement du plutonium. Ce pourrait être le talon d'Achille de la non-prolifération.

Enfin, la communauté internationale a souvent été paralysée et inefficace pour réagir aux cas suspects de prolifération. Ces difficultés ne pourront être surmontées du jour au lendemain. Les États-Unis et la Russie ont entamé des négociations sur d'importantes réductions de leurs arsenaux nucléaires, qui représentent 95 % des 27 000 ogives nucléaires de la planète. Parmi les autres mesures qu'il conviendrait de prendre, citons l'entrée en vigueur du traité d'interdiction complète des essais nucléaires, la négociation d'un traité vérifiable pour mettre fin à la production de matériel fissile destiné à l'armement, et l'amélioration de la sécurité de matériaux nucléaires et radioactifs, pour empêcher ces derniers de tomber entre les mains de terroristes, et la consolidation de l'AIEA.

J'ai proposé au Conseil des gouverneurs de l'AIEA de créer une banque d'uranium faiblement enrichi utilisable par les pays qui ont besoin de combustible nucléaire et ne pouvant être utilisé pour construire des armes, qu'utiliseront en dernier ressort les pays rencontrant des difficultés d'approvisionnement pour des raisons non commerciales. Cette première étape devra être suivie d'un accord faisant passer l'ensemble des activités d'enrichissement et de retraitement du contrôle national au contrôle exclusivement multinational. Il y a soixante ans, nous manquions l'occasion de placer le cycle du combustible nucléaire sous contrôle multinational à cause de la guerre froide. Aujourd'hui, compte tenu des risques croissants de terrorisme nucléaire, nous n'avons pas le droit à l'erreur.

(Traduit de l'anglais par Magali Adams) © Project Syndicate.

lundi, 06 juillet 2009

La justice internationale, une idée française.

39cc2d92-6815-11de-a804-cef0ce95d318.jpgPar Bernard Kouchner et François Zimmeray

 

Tribune publiée dans Le Figaro,

le 03 juillet 2009.

 

Il en va de la diplomatie comme de la justice : leurs valeurs profondes sont en contradiction avec celles de notre temps. Par leur nature même, elles suscitent l'incompréhension, voire la déception. Car l'empire d'une opinion publique façonnée par les médias demande une lecture simple du monde, et cette simplicité heurte toute démarche qui justifierait au contraire l'exposition de sa complexité. Parce que aussi notre époque valorise l'immédiateté, exige la transparence, quand l'action des juges comme des diplomates s'inscrit dans la nécessaire discrétion qu'appelle la longue conversation entre les nations.

Mais ce qui les rapproche va bien au-delà de ce sentiment commun de découplage d'avec l'air du temps. En soixante ans, tous les domaines du droit se sont internationalisés, et les relations internationales, désormais irriguées par le droit, en sont devenues une source majeure. Songeons par exemple à l'apport décisif de la Cour européenne des droits de l'homme qui, depuis 1959, tire vers le haut nos pratiques jurisprudentielles et dont les arrêts sont à l'origine des avancées majeures du droit positif contemporain.

 

Mais s'il est un progrès révolutionnaire entre tous, c'est bien la création de la Cour pénale internationale. Révolutionnaire car, fait sans précédent dans l'histoire de l'humanité, 108 pays ont consenti à se soumettre à la souveraineté d'un organe qu'ils ont eux-mêmes créé et dont la finalité est de qualifier et sanctionner les violations les plus graves des droits fondamentaux. Révolutionnaire encore car, contrairement aux tribunaux montés sur le modèle de Nuremberg, la CPI préexiste aux crimes qu'elle a vocation à réprimer et, dès lors, crée un ordre juridique inédit réconciliant enfin les principes essentiels du droit pénal et l'outil chargé de les appliquer. Révolutionnaire enfin car la Cour consacre la responsabilité individuelle là où il n'était jusqu'alors question que de sanctions et de droits collectifs. Utopie hier, c'est une réalité concrète avec laquelle il faut aujourd'hui compter. Les dirigeants actuellement détenus à La Haye pour avoir enrôlé des enfants soldats et ordonné des crimes de masse le savent bien.

Mais cette justice, dont les inspirateurs attendaient qu'elle contribue à « un monde plus sûr » demeure fragile. D'abord parce qu'il y a encore de grands absents, dont les États-Unis, l'Inde et la Chine, ensuite parce que ses procédures suscitent de violentes polémiques et qu'il aura suffi de l'inculpation d'un seul chef d'État, le Soudanais Béchir, pour que plusieurs pays envisagent un instant de s'en retirer, ce qu'ils n'ont pas fait. Si les accusations de racisme formulées à l'endroit de la Cour sont pitoyables au regard des centaines de milliers de victimes du Darfour, l'écho qu'elles reçoivent signe le recul de l'idée d'universalité, et dit à quel point l'apport de cette juridiction doit être encore expliqué et toujours défendu.

Qu'il n'y ait pas de paix durable sans justice est une évidence. Mais jusqu'où le besoin de justice est-il compatible avec l'impératif de réconciliation ? Question difficile, dérangeante pour tous ceux qui, comme Jeanne Hersch, voient dans les droits de l'homme une exigence « absolue et insoluble ».

Car il serait irréaliste de nier que la CPI se situe à l'intersection de deux logiques, le droit et la politique, et que cette rencontre érige le Conseil de sécurité en une sorte de parquet général mondial, juge de l'opportunité des poursuites et garant de l'impartialité de sa politique répressive. C'est sans doute le prix à payer pour assurer une juridiction que fragilisent les attaques de ceux qui n'ont aucun intérêt à voir prospérer ses enquêtes, mais dont l'existence même est un acquis de la conscience universelle.

Sa pérennité dépendra aussi de la neutralité absolue de ses investigations, de l'application rigoureuse du droit - fût-ce au bénéfice des accusés. Car, si les droits de l'homme sont, par nature, des droits de victimes, c'est également dans la défense des coupables que s'accomplit toute leur force morale.

Mais surtout, l'avenir de cette aventure unique dans l'histoire dépendra du soutien des gouvernements les plus influents.

La France peut s'enorgueillir d'avoir porté depuis le premier jour le projet d'une juridiction pénale internationale, comme elle a participé à son édification et contribue aujourd'hui à son fonctionnement. Elle l'a fait sans effort, naturellement, parce qu'il y a l'universel, bien sûr, et parce qu'au fond c'est dans une idée bien française que s'enracine cette institution, l'idée sous-jacente, chère à Victor Hugo, que « la colère des droits est un élément du progrès ».

lundi, 04 mai 2009

«Un nouvel engagement américain pour le XXIe siècle»

19d08e64-34d2-11de-a6ee-dc69c19601bc.jpgPar le général James L. Jones (R), conseiller à la Sécurité nationale des États-Unis.

 

Tribune publiée dans Le Figaro,

le 30 avril 2009.

 

Principal conseiller stratégique du président américain, le général Jones dresse le bilan des cent premiers jours de Barack Obama au pouvoir, invitant à ne pas confondre les offres de dialogue de la nouvelle Administration avec de la faiblesse.

 

Il y a cent jours, les États-Unis fêtaient l'investiture de notre 44e président. Nombreux furent ceux à travers le monde qui se joignirent à nous dans la célébration de cette occasion historique pour le peuple américain et pour tous ceux qui espéraient un avenir meilleur.

L'enthousiasme et l'optimisme que nous, Américains, avons ressentis le 20 janvier n'ont fait que croître depuis, même confrontés à une grave crise économique mondiale, à l'apparition d'un nouveau virus de la grippe et aux défis colossaux du XXIe siècle (terrorisme et prolifération nucléaire, changements climatiques et pauvreté, conflits persistants et dangereuses maladies.) Ces problèmes n'ont pas été provoqués par une nation en particulier, et ils ne pourront être résolus par une nation toute seule. Comme l'a déclaré le président Obama dès son deuxième jour en fonction, « dans l'intérêt de notre sécurité nationale et des aspirations communes des peuples à travers le monde, l'ère d'un nouvel engagement américain dans le monde doit s'ouvrir maintenant ».

Durant les cent premiers jours de son Administration, le président Obama a déjà montré au monde à quoi ressemblera le nouvel engagement américain.

En premier lieu, il s'est engagé avec son gouvernement en faveur d'une politique étrangère qui assure la sécurité des Américains et celle de nos amis et alliés. Un engagement global sur la base d'intérêts et de respect mutuels constitue le point de départ de notre politique étrangère. Même s'il y a des circonstances dans lesquelles cette approche risque d'échouer, les États-Unis seront avant tout prêts à écouter et à parler avec des adversaires potentiels pour faire progresser nos intérêts et ceux de la communauté internationale qui compte sur notre leadership en matière de sécurité. Dans les cas où un usage plus démonstratif de notre puissance est inévitable, aucun adversaire ne doit se faire d'illusions sur ce qu'il adviendra. C'est pourquoi nous maintiendrons nos forces armées comme les meilleures du monde, mais aussi les plus admirées et les plus respectées.

Pour mettre en œuvre nos stratégies d'engagement, le président a désigné, pratiquement dès sa prise de fonction, quelques-uns des diplomates les plus talentueux pour servir comme représentants et émissaires spéciaux pour la paix au Proche-Orient, l'Asie du Sud-Ouest, le Soudan, l'Afghanistan et le Pakistan, le changement climatique.

Ce seul fait illustre combien au XXIe siècle les stratégies régionales seront au premier plan de nos efforts et de nos préoccupations. C'est une reconnaissance claire que nous devons nous occuper du monde tel qu'il est aujourd'hui et non tel qu'il était au XXe siècle. Au cours des trois derniers mois, notre appareil de sécurité nationale, incluant nos diplomates à l'étranger, a entamé une diplomatie active et efficace pour répondre aux nombreux défis qui nous sont posés. À ce jour, les résultats sont encourageants, mais il reste beaucoup à faire.

Le président Obama a, d'autre part, clairement exprimé son intention de poursuivre un dialogue profond et positif avec les communautés musulmanes à travers le monde. C'est la raison pour laquelle il a donné sa première interview télévisée à al-Arabiya. C'est aussi pourquoi il a dit au peuple et aux dirigeants iraniens qu'il recherche un nouveau dialogue sur l'éventail complet des questions en suspens, et c'est encore pourquoi il a défendu, dans son discours devant le Parlement turc, l'idée de nouveaux partenariats sur l'éducation, la santé et l'égalité des chances. Enfin, c'est pour cette raison qu'il a déclaré sans ambiguïté que les États-Unis ne sont pas, et ne seront jamais, en guerre avec l'islam.

En deuxième lieu, nous n'avons pas fait mystère de notre projet de désorganiser, de démanteler et de vaincre al-Qaida. En mars, le président a rendu publics les résultats d'une revue stratégique pour le Pakistan et l'Afghanistan, qui va enfin fournir les ressources dont nous avons besoin pour atteindre nos objectifs, tout en aidant les populations pour leur sécurité et leur développement. À Strasbourg, lors du 60e anniversaire de la création de l'Otan, il a reçu un large soutien international pour sa stratégie et un engagement de nos alliés à créer un nouveau concept stratégique, afin que l'Alliance réponde mieux aux défis du XXIe siècle. Et à Bagdad, le président a réitéré son engagement de réduire nos forces de manière responsable, conformément à l'accord négocié avec l'Irak, en aidant parallèlement les Irakiens à assumer la responsabilité de leur avenir souverain.

Troisièmement, le président Obama s'est employé à bâtir des approches communes sur toute une série de défis internationaux. À Londres, il a contribué à l'élaboration d'un solide consensus sur des mesures concrètes pour répondre à la crise financière mondiale, y compris un nouveau cadre de régulation internationale, une aide accrue aux pays en voie de développement et un engagement renouvelé en faveur d'un marché libre et équitable. À Prague, il a lancé un programme ambitieux pour sécuriser en quatre ans tous les matériaux nucléaires laissés sans surveillance de par le monde, pour inverser le courant de la prolifération nucléaire et tendre vers un monde débarrassé des armes atomiques.

Plus près de chez nous, le président Obama a admis notre responsabilité partagée dans la demande de drogue et le trafic illicite d'armes, et il a lancé un nouveau plan pour combattre la violence des cartels le long de la frontière avec le Mexique. Il a aussi annoncé la levée des restrictions sur les transferts d'argent et les voyages vers Cuba, et il a marqué un nouveau départ avec nos voisins (…) au Sommet des Amériques.

Le président a également travaillé de manière efficace avec les organisations multilatérales. Ces dernières semaines, les États-Unis se sont joints à la communauté des nations en réaction au lancement d'un missile nord-coréen, et ils intensifient l'effort international pour combattre la piraterie au large des côtes de Somalie. Enfin, ils montrent la voie en poussant des partenariats sur les énergies propres et les changements climatiques.

Pour terminer, le président Obama a rejeté comme une fausse alternative le choix entre la sécurité de l'Amérique et ses idéaux. Dès son premier jour au pouvoir, il a ordonné la fermeture de Guantanamo d'ici à un an, a interdit les techniques de détention renforcées et a fait savoir, sans exception ni équivoque, que les États-Unis soutiennent totalement les Conventions de Genève et ne pratiquent ni ne cautionnent la torture. Là aussi, on attend de nous que nous dirigions par la force de notre exemple.

Même si beaucoup a été dit et accompli durant les cent premiers jours, ceux d'entre nous qui ont le privilège de servir en ces temps remarquablement complexes et stimulants réalisent parfaitement que nous ne sommes qu'au début du voyage. Nous pensons que nous avons déjà fait des progrès en relevant certains des grands défis pour restaurer le standing de l'Amérique, amie et partenaire de tous ceux qui recherchent un avenir de paix, de prospérité et de dignité.

Traduit de l'américain par Philippe Gélie

mardi, 28 avril 2009

L'Union pour la Méditerranée: une opportunité historique.

euromed_nm_8mwvb1g5l400swcgkgwwogwwc_1n4kr7rgh18gs08gcg0csw4kg_th.jpgTribune publiée dans Le Monde,
le 28 avril 2009.


A l'occasion des réunions internationales consacrées à la crise mondiale, nous exprimons notre conviction que la Méditerranée peut être une source de croissance durable pour l'économie mondiale, un nouveau modèle de développement et de relations internationales.

Certes, la guerre à Gaza a plongé l'opinion publique mondiale dans la stupéfaction et le pessimisme. Elle a remis sur le devant de la scène cette image négative d'une Méditerranée source de problèmes pour l'ensemble du monde. Nous pensons qu'il y a erreur ! La Méditerranée peut être une chance !

Au-delà de conflits qui, pour être très douloureux, relèvent d'un passé qu'il faudra solder, le Bassin méditerranéen redevient un des carrefours stratégiques des échanges mondiaux. Il est la porte de l'Europe, avec un énorme potentiel de croissance : le sud et l'est de la Méditerranée, ainsi que l'Afrique subsaharienne.

Pour le grand dessein régional qui associe l'Europe à la Méditerranée puis plus tard à l'Afrique, l'Asie orientale a montré la voie : elle a su construire des relations internationales sur un modèle nouveau, dépassant les approches classiques d'échanges Nord-Sud fondés sur la domination, la délocalisation et le partage inégal. Les pays d'Asie de l'Est ont construit un espace commun fondé sur une économie productive, partageant de plus en plus la valeur ajoutée. Ils jouent au maximum des trois composantes des nouvelles relations internationales : la proximité géographique, la complémentarité, et les solidarités de fait - notamment environnementales.

La crise annonce une mutation fondamentale de l'économie mondiale et de la globalisation jusqu'ici sans régulation sérieuse, donc de nouveaux rapports sociaux et politiques. Cette mutation s'effectue selon trois axes : une économie fondée sur la production de valeurs dans l'économie réelle et non virtuelle ; une croissance économe des matières premières, promouvant de nouvelles activités durables et de nouveaux modes de consommation ; une géographie renouvelée par les solidarités de proximité, en lieu et place de la distinction obsolète entre Nord et Sud.

L'Union pour la Méditerranée doit être relue dans ce nouveau contexte qui appelle instamment à la redéfinition des relations entre les pays européens et les pays des rives sud et est. Tout ce qui manque à la rive nord, le dynamisme démographique, les marchés, l'énergie, on le trouve à quelques centaines de kilomètres au sud ; réciproquement tout ce qui manque au sud, notamment la technologie, l'organisation, et le cadre favorable à l'investissement et la productivité, on le trouve sur la rive nord.

Au-delà de ces nouvelles relations économiques, le Bassin méditerranéen peut être un laboratoire du nouveau modèle de développement, valorisant la diversité de ses civilisations, faisant face ensemble au terrible défi climatique de la région, inventant l'énergie de demain. Les besoins de rattrapage de la rive sud mais aussi ses potentialités sont tels qu'ils sont une occasion exceptionnelle pour l'essor d'industries nouvelles, de nouveaux comportements de consommation requis par la rareté des ressources et le danger climatique. Il est de l'intérêt du monde de voir cette Union se structurer sur ces bases nouvelles.

Nous sommes conscients que de nombreux obstacles se dressent sur ce chemin. En particulier, nous jugeons indispensable que l'Union européenne soutienne de manière plus décisive l'initiative arabe de paix au Proche-Orient. L'Europe se doit également d'aider la nouvelle administration américaine dans ses efforts pour trouver une solution juste au conflit entre Israéliens et Palestiniens en exigeant le respect par l'Etat d'Israël du droit humanitaire, des résolutions des Nations unies sur le conflit et des conventions de Genève.

Les mutations en cours commandent de mettre en oeuvre les projets qui se multiplient en Méditerranée dans le domaine de l'eau, de la dépollution, de l'énergie et notamment de l'énergie solaire, du transport, des technologies numériques, de la formation, de la santé, des mobilités circulaires. Cela passe prioritairement par la construction d'un espace financier intégré qui assure aux pays du sud et de l'est de la Méditerranée le flot des ressources et d'investissements nécessaires à une véritable convergence économique accélérée des deux rives, ainsi qu'un traité international qui sécurise les investissements et les transactions financières, et débouche sur une cour arbitrale euroméditerranéenne.

Notre appel est double :

- Aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne, nous disons qu'ils ont une opportunité historique : avec le renouvellement de leur Parlement, de leur Commission, de leur budget et de leur gouvernance, ils doivent avoir pour objectif de mettre en place une ambitieuse politique méditerranéenne commune.

- Aux chefs d'Etat des rives sud et est, nous disons qu'ils doivent être les acteurs de cette Union pour la Méditerranée.

Il s'adresse aussi aux chefs d'entreprise des deux rives de la Méditerranée pour qu'ils intègrent leurs projets de développement dans ce nouvel espace.

La croissance de cette région, son avenir et sa place internationale en dépendent. Le monde en a besoin.

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Les signataires sont tous membres du comité de parrainage politique de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen, l'IPEMed :

André Azoulay, président de la fondation Anna-Lindh (Maroc) ;
Emma Bonino, vice-présidente du Sénat (Italie) ;
Georges Corm, ancien ministre des finances (Liban) ;
Kemal Dervis, ancien ministre des affaires économiques et des finances (Turquie) ;
Felipe Gonzalez, ancien président de gouvernement (Espagne) ;
Elisabeth Guigou, députée, ancienne ministre (France) ;
Abderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la Banque centrale (Algérie) ;
Mouloud Hamrouche, ancien chef de gouvernement (Algérie) ;
Alain Juppé, ancien premier ministre (France) ;
Fathallah Oualalou, ancien ministre des finances (Maroc) ;
Josep Piqué, ancien ministre des affaires étrangères (Espagne) ;
Romano Prodi, ancien président du conseil, ancien président de la Commission européenne (Italie) ;
Panagiotis Roumeliotis, ancien ministre de l'économie et des finances (Grèce) ;
Ismaël Serageldin, ancien vice-président de la Banque mondiale (Egypte) ;
Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères (France).

lundi, 16 mars 2009

OTAN : "Le risque, c'est un rétrécissement de notre ambition"

1856_VILLEPIN028_jpg_0JUFLHXR.JPGInterview de Dominique de Villepin,
ancien Premier Ministre.


Entretien publié dans Le Monde,
le 16 mars 2009.


Le gouvernement engage sa responsabilité devant l'Assemblée nationale, mardi 17 mars, sur une déclaration de politique étrangère. Il évite ainsi un vote sur la réintégration par la France du commandement intégré de l'OTAN décidée par Nicolas Sarkozy. L'ancien premier ministre Dominique de Villepin critique cette décision.


Pourquoi êtes-vous hostile à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN ?

On a présenté cette décision comme le résultat d'un processus continu de régularisation. Ce n'est pas mon point de vue. Au fil des années, nous avons pris, c'est vrai, des initiatives pour maximiser la contribution de la France au fonctionnement de l'OTAN, mais avec toujours le même souci : préserver notre position originale et singulière au sein de l'organisation. Ce qu'on nous propose aujourd'hui est une rupture politique et symbolique.

Vous voulez absolument être le défenseur du gaullisme ?

Je m'exprime moins au nom d'une fidélité ou d'une doctrine qu'au nom d'une expérience et d'une conviction. L'OTAN ne doit pas devenir une ONU bis ou le bras armé de l'Occident.

M. Chirac avait envisagé cette réintégration lorsque vous étiez secrétaire général de l'Elysée.

Oui, mais c'était en 1995, dans un contexte très particulier, juste après la chute du mur de Berlin, l'effondrement de l'URSS et la fin de la guerre froide. Les attentats du 11 septembre et la guerre en Irak ont changé la donne. Le concept de "guerre contre le terrorisme" est une aberration. La peur a conduit à renouer avec la dangereuse logique des blocs. La position originale de la France permettait de la contrecarrer. Même en 1995, je n'étais pas personnellement favorable à cette réintégration, car j'ai toujours pensé que l'indépendance de la France était intimement liée à notre singularité et à notre vocation diplomatique de pont entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud. La France n'est pas un pays comme les autres du fait de son histoire, de sa présence outre-mer, de son statut de membre du Conseil de sécurité. Tout cela nous confère des devoirs et des responsabilités, comme nous avons pu le faire en Irak. Le risque qui nous guette, c'est un rétrécissement de notre ambition et une banalisation de la voix de la France, alors même que l'affirmation de notre spécificité constituait un élément de notre identité et une garantie de protection.

Si la France avait réintégré le commandement militaire de l'OTAN, elle n'aurait pas pu avoir un message fort sur l'Irak ?

Dans cette crise, il y a eu deux aspects. L'un, consensuel, a consisté à ne pas envoyer de troupes en Irak ; l'autre, beaucoup plus audacieux, a été d'empêcher les Etats-Unis, nos très proches alliés, d'utiliser la légitimité onusienne pour valider la guerre. Nous avons mené un combat et cherché à convaincre nos partenaires qu'il y avait un risque majeur d'affrontement avec le monde arabe et l'islam. C'était le devoir de la France d'éviter ce choc entre l'Orient et l'Occident. Beaucoup d'hommes politiques ne nous suivaient pas et plaidaient pour que la France ne fasse pas de vagues. Je crains que, désormais, nous ne puissions plus nous autoriser cette audace.

Le contexte a changé. N'est-il pas temps d'évoluer ?

Je ne veux pas faire de procès d'intention à Nicolas Sarkozy. Nous aurons très vite l'occasion de vérifier si nous sommes capables ou non de préserver une position originale. Ainsi en Afghanistan, Barack Obama a décidé d'augmenter la présence militaire américaine. Saurons-nous faire prévaloir notre propre vision ? En 2001, les choses étaient claires, il s'agissait de lutter contre un sanctuaire du terrorisme ; aujourd'hui, l'échec est patent. La présence de troupes étrangères coalise contre elles une grande partie des forces de ce pays. J'estime qu'il n'y a pas de solution militaire et qu'il faut entrer dans un processus de désengagement, couplé avec une nouvelle stratégie régionale et un fort soutien économique et social.

Ne faut-il pas renoncer à la singularité française, qui irrite nombre de nos partenaires, pour relancer l'Europe de la défense ?

Le président de la République fait ce pari. Je crains que l'inverse ne se produise. Dans l'immédiat, le signal que nous donnons est un renforcement atlantique dont la politique européenne de défense n'est qu'un élément marginal. Là encore, les tests concrets viendront très vite. Quid de l'agence européenne de défense ? De la constitution d'un état-major européen ? De la création d'une force d'intervention rapide qui était censée atteindre l'objectif de 50 000 à 60 000 hommes ? Nous en sommes extrêmement loin.

M. Fillon a-t-il raison d'engager la responsabilité du gouvernement sur ce sujet ?

D'un côté, il reconnaît l'importance du sujet ; de l'autre, il limite la liberté d'expression de la majorité en déplaçant la question. Ce n'est plus un vote pour ou contre la réintégration mais pour ou contre le gouvernement. La question mérite pourtant un débat de fond au-delà des clivages partisans. Je déplore que vole en éclats le consensus qui existait sur notre politique de défense. Tout cela me paraît malvenu en période de crise. Concentrons-nous plutôt sur l'essentiel : la réponse économique et sociale aux inquiétudes et souffrances des Français. Je crains que l'action du président de la République ne soit entachée aujourd'hui d'une trop grande dispersion et de confusion.

Que devrait-il faire ?

Revenir à un équilibre institutionnel plus conforme à notre Constitution et à nos traditions. Nous avons besoin d'un président qui défende une vision, soit capable de rassembler. En se substituant au premier ministre, il a du mal à jouer ce rôle de sage attaché à sa fonction. Et il prend le risque de voir sa légitimité contestée. Par la force des choses, le mécontentement se tourne vers celui qui semble détenir tous les leviers et prendre toutes les décisions. Dans ce contexte, s'ouvrir à des personnalités fortes, capables de marquer un rassemblement plus large, serait un bon signal. La majorité ne manque pas de talents désireux de servir, à l'image d'Alain Juppé.

Faut-il changer de politique ?

Il faut rassembler le pays autour de ses valeurs fondamentales : l'indépendance, les principes républicains, le sens de l'intérêt général. C'est nécessaire pour retrouver la confiance des Français. Cela ne relève pas d'une simple stratégie de communication. Il faut reconnaître certaines erreurs commises sur le plan institutionnel et politique et en tirer les leçons. C'est en faisant preuve d'écoute et d'humilité que l'on peut avancer.

Cela veut dire en finir avec la rupture ?

La rupture était une erreur. Elle a été un moyen de conquête mais elle ne correspond pas à la réalité du pays et, aujourd'hui, en temps de crise, elle est devenue dangereuse. On a le sentiment qu'il y a une idéologie au pouvoir qui obscurcit la capacité à avancer en rassemblant. Seul doit prévaloir l'intérêt de la France et des Français.

Propos recueillis par Françoise Fressoz et Patrick Roger.

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