jeudi, 03 juillet 2008

Le général d'armée Elrick IRASTORZA nouveau chef d'état-major de l'armée de Terre

general_irastorza.jpgLe général d'armée Elrick IRASTORZA a été nommé ce jour en conseil des ministres chef d'état-major de l'armée de Terre pour succéder au général d'armée Bruno CUCHE à la tête de l'armée de Terre. Il occupait les fonctions de major général depuis le 1er août 2006.
Cette fonction sera assumée à présent par le général de corps d'armée François-Pierre JOLY jusqu'alors gouverneur militaire de Lyon, commandant de la région Terre Sud-Est et officier général de la zone de défense Sud-Est depuis le 1er octobre 2006.

Sources: EMAT.

mercredi, 02 juillet 2008

L'honneur d'un Général.

cd0c1c6e-47b1-11dd-b22a-c0e466ddee57.jpgPar Yves Thréard.

Editorial publié dans Le Figaro,
le 2 juillet 2008.


Moins de quarante-huit heures après la bavure de la caserne de Carcassonne, le chef d'état-major de l'armée de terre a démissionné. Pareille spontanéité doit être saluée. Est-elle le signe d'un changement de mentalité dans notre pays ? On le souhaite.

Responsable mais pas coupable : longtemps, la France s'est réfugiée derrière cette formule pratique, qui a autorisé l'absolution de nombre de dirigeants politiques, militaires ou industriels. Hors quelques exceptions, la culture de la défausse était la mieux partagée. Les tribunaux étaient davantage fréquentés par les seconds couteaux. Le doute profitait aux donneurs d'ordre, quand l'opprobre s'abattait sur les lampistes.

Beaucoup d'affaires d'État, à commencer par celle du Rainbow Warrior, qui a tout de même fini par la démission de Charles Hernu, alors ministre de la Défense, se sont perdues dans le labyrinthe des procédures. Nombre de malfaçons, de la vie économique cette fois, et chiffrées en milliards de francs ou d'euros, se sont égarées dans le maquis judiciaire.

Le général Cuche vient de faire mentir la tradition. Certes, il ne s'agit pas ici d'un de ces épisodes en eaux troubles dont l'État et ses représentants ont parfois le secret. Non, l'histoire est simple : un fait divers, par un dimanche d'été, dû à la méprise d'un sergent de 28 ans qui tire à balles réelles lors d'une journée portes ouvertes de sa caserne. Dix-sept blessés, dont quatorze civils, et beaucoup d'émotion.

Le soir même, Bruno Cuche évoquait son départ. Qu'il ne pouvait mettre qu'à exécution tant la pression morale exercée par le président de la République était forte. Lundi, à la télévision, Nicolas Sarkozy n'a pas mâché ses mots. D'autres démissions pourraient donc suivre.

Cette vague de transparence dans les rangs de la grande muette, qui est d'usage aux États-Unis et en Israël, marque peut-être une saine rupture. Mais elle doit être aussi remise dans son contexte. Celui de l'actuelle réforme de l'armée française.

Les choix du chef de l'État pour adapter nos forces aux défis de la guerre du XXIe siècle (terrorisme, cyberattaques…) ne sont pas approuvés par tous les militaires. Cette politique s'accompagne d'une cure d'amaigrissement sans précédent : baisse des effectifs de 54 000 hommes, fermeture d'une trentaine de bases, report de la construction d'un deuxième porte-avions. Autant de mesures d'austérité qui ont été critiquées par un groupe d'officiers généraux et supérieurs baptisé «Surcouf» dans les colonnes du Figaro. C'est peu de le dire, Nicolas Sarkozy n'a pas apprécié l'initiative. Elle a jeté un froid à l'Élysée, où l'humeur n'est pas au pardon.

Naguère, le drame de Carcassonne n'aurait peut-être pas entraîné la démission du patron de l'armée de terre. Mais, pour autant, il ne peut être seulement tenu pour une «victime collatérale» des tensions nées de l'actuelle réforme militaire. Même si certains ne manqueront pas de le dire. Sans respect pour le sens de l'honneur d'un général qui a su, en son âme et conscience, assumer le devoir de son grade. Exemple à suivre.

mardi, 01 juillet 2008

communiqué de presse du général d'armée Bruno Cuche, chef d'état-major de l'Armée de Terre.

CUCHE.jpgContrairement à certains commentaires que je peux lire ou entendre depuis que j’ai décidé de présenter ma démission de chef d’état-major de l’armée de Terre au Président de la République, je souhaite affirmer que cette décision, que j’avais évoquée dès dimanche soir avec le ministre de la Défense, est exclusivement liée aux événements dramatiques survenus lors des portes ouvertes du 3ème RPIMa à Carcassonne, le 29 juin dernier et aux dysfonctionnements qu’ils révèlent.

En tant que chef militaire, j’entends ainsi assumer pleinement les responsabilités qui sont les miennes et qui m’ont été confiées par le Président de la République, chef des armées.

La réforme en cours qui attend les armées, et à l’élaboration de laquelle j’ai participé, est absolument nécessaire. Je l’ai constamment portée et soutenue, et l’armée de Terre, sous les ordres de mon successeur, s’y engagera résolument.

Général d'armée Bruno CUCHE
Chef d'état-major de l'Armée de Terre.

Fusillade de Carcassonne: Démission du CEMAT.

2008-07-01T101855Z_01_NOOTR_RTRIDSP_3_OFRTP-FRANCE-DEFENSE-CARCASSONNE-DEMISSION-2008070_high.jpgMoins de 48 heures après le drame qui s'est produit à Carcassonne, au cours duquel un sergent du 3e RPIMA a confondu un chargeur à blanc avec un autre, contenant des balles réelles et faisant dix-sept victimes, le Général d'armée Bruno CUCHE, Chef d'état-major de l'Armée de Terre a présenté sa démission au président de la République qui l'a acceptée.

Dès hier, le Général CUCHE avait ouvert une enquête de commandement afin de clarifier les circonstances qui ont conduit au drame de dimanche dernier.

La démission présentée par le Général CUCHE illustre ici tout le sens des responsabilités et du devoir de cet officier supérieur qui sert l'Armée française depuis quarante ans et lui fait honneur. Qu'il me soit permis de saluer cet homme de conviction et ce militaire de haut rang qui a été élevé, il y a quelques semaines, à la dignité de Grand Officier de la Légion d'Honneur.

J'espère cependant que les réserves émises par le Général CUCHE il y a quelques mois, quant à la perspective du Livre Blanc sur la Défense Nationale (je pense notamment à un courrier qu'il avait adressé au CEMA), ne constituent pas la véritable raison de son éviction. Je souhaite préciser qu'en aucun cas je voudrais qu'un amalgame soit fait entre ces réserves internes à l'EMA et la tribune publiée par un groupe d'officiers généraux sous couvert d'anonymat, le 19 juin 2008, dans les colonnes du Figaro.

NCL

mercredi, 18 juin 2008

Livre blanc sur la défense : une espérance déçue

323275.jpgUn groupe d'officiers généraux et supérieurs des trois armées terre, air, mer , tenu à l'anonymat, commente le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale présenté le 17 juin par le président de la République.

Tribune publiée dans Le Figaro,
le 19 juin 2008.


Les éléments de la nouvelle politique de défense qui viennent d'être rendus publics ont été, ce qui est bien normal, présentés par leurs auteurs d'une manière très encourageante. La réalité est quelque peu différente. Personne ne peut, ou ne souhaite, à l'intérieur des armées, mettre en cause les choix politiques du jour. D'abord, ils sont incontestables par nature. Ensuite, le souhait du président de la République, chef des armées, est de disposer d'un instrument militaire plus efficace pour un moindre coût ; de raisonner en termes d'efficacité et non d'équipements de prestige ; de faire preuve de réalisme quant aux menaces ; et enfin de ne se laisser arrêter par aucun a priori dogmatique. Ce souhait ne peut rencontrer que l'approbation de tous ceux qui ont fait le choix de la carrière des armes et qui ont souffert, ces dernières années, de l'immobilisme des institutions de défense. Et, dirions-nous, plus que l'approbation, le désir, avec volonté et discipline, de faire passer ce souhait dans la réalité.

La vérité oblige à dire, cependant, qu'au-delà des déclarations, la volonté présidentielle a été largement dénaturée par ceux, politiques, militaires ou personnalités qualifiées, qui avaient la charge de la mettre en œuvre. Voici pourquoi.

Dès avant l'élection présidentielle et comme le président de la République l'avait bien vu, le système militaire français était à bout de souffle.

En termes, tout d'abord, de capacités opérationnelles réelles : à cause du choix dicté par les groupes de pression de programmes d'équipement, sans considération particulière pour les nécessités nées de la réalité des engagements (cela aboutit, par exemple et dès cette année, à une rupture de la capacité de transport aérien stratégique, ce qui est à tout le moins regrettable pour une armée très engagée à l'extérieur) ; à cause de l'interdiction faite par les autorités politiques de l'époque à l'état-major des armées de poursuivre une véritable «étude capacitaire», qui eût révélé que, comme de nombreuses fois au cours de notre histoire militaire, une conception de la défense centrée sur les «programmes d'équipement» aboutissait à une dépense publique considérable pour une utilité opérationnelle faible ; avec en résultante, une «impasse financière» mettant en cause la crédibilité même du gouvernement dans son exécution des lois de programmation militaire.

Ensuite, en termes de choix des engagements, la situation n'était pas plus satisfaisante. L'absence de critères politico-militaires d'intervention, le flou des priorités géopolitiques (Afrique), l'absence de gestion des engagements dans le temps (Kosovo) aboutissaient à un saupoudrage de forces dicté par les habitudes du passé et la logique moutonnière de la participation obligatoire («il faut en être»). Il en résultait un rythme d'emploi soutenu, indifférencié, affectant des unités aux équipements vieillissants, dégradant leur niveau de préparation opérationnelle. Et, dans l'autre sens, alors que les menaces terroristes prenaient plus d'ampleur, le gouvernement comme les armées se refusaient même à penser l'action militaire sur le territoire national, à partir d'un contrat opérationnel distinct (à la notable exception de l'action de l'État en mer).

Enfin, en termes d'organisation, la situation était marquée par une grande confusion. Les choix d'interventions étaient opaques, ne donnant lieu à aucun débat, notamment parlementaire, à l'extérieur du cercle présidentiel, ce qui, les phénomènes de cour et les ambitions personnelles aidant, n'était certes pas un facteur de qualité des analyses préalables à la décision. La nouvelle définition des pouvoirs du chef d'état-major des armées n'avait entraîné aucune véritable réflexion, fondée sur la subsidiarité, entre la logique interarmées et la logique de milieu, notamment pour le soutien. Les organisations militaires restaient lourdes, «doublonnantes», peu centrées sur l'opérationnel. Les désignations aux postes les plus importants étaient délibérées entre militaires sur le fondement des couleurs d'uniforme, dans le cadre d'un «troc» presque permanent, aboutissant d'ailleurs à une durée d'exercice des responsabilités abusivement courte. La procédure de choix des programmes d'équipement, entre la direction générale pour l'armement (DGA) et les états-majors, était caractérisée par l'opacité et le conflit d'intérêt (le «service aux industriels») aboutissant à la dérive de coûts opaques, non maîtrisés, et à l'inadaptation des équipements.

C'est dire si le début du quinquennat avait fait naître les plus grands espoirs. Il est malheureusement probable aujourd'hui qu'ils seront déçus. Tout d'abord, les instances de la décision n'ont pas fonctionné de manière satisfaisante, la mission budgétaire de la révision générale des politiques publiques (RGPP) ayant prévalu, y compris en termes calendaires, sur la mission conceptuelle du livre blanc. Quant à cette dernière, la sous-représentation des militaires compétents n'a pas permis d'y effectuer un travail réaliste, ce que ses conclusions montrent à l'évidence. L'ampleur enfin des conflits structurels internes propres au ministère de la Défense n'a pas permis un travail serein.

Plusieurs points positifs sont à relever : le principe du resserrement des implantations (dont il faudra attendre la mise en œuvre, les militaires étant habitués à ce que les logiques politiques locales prévalent, ce qui est le cas depuis plus de vingt ans). L'insistance mise sur la protection «interne» de la nation elle-même, en termes d'organisation centrale et de contrat opérationnel. La revalorisation des fonctions de renseignement.

Pour le reste, le modèle d'analyse présenté par le livre blanc est à notre sens déficient et, davantage, marqué par un certain amateurisme. Le livre blanc souffre en effet d'une quadruple incohérence.

Incohérence, tout d'abord, par rapport à l'évolution générale des crises et des réponses généralement adoptées dans le monde. Alors que les crises se multiplient et se superposent sans se résoudre, l'Europe en général et la France en particulier diminuent leur effort de défense au moment même où chacun les augmente (les dépenses militaires mondiales ont progressé de 45 % en dix ans). On ne peut certes nier la crise budgétaire. Au moins devrait-elle donner lieu à une analyse «priorisante» des arbitrages, entre la défense et les autres budgets, et à l'intérieur du budget de la défense. Le livre blanc n'en fournit pas l'armature conceptuelle, puisqu'au titre des menaces il retient à la fois l'attentat terroriste, la guerre de haute intensité, le désordre dans le tiers-monde et la pandémie grippale.

Incohérence, ensuite, par rapport à l'évolution de la «conflictualité», le paradigme de la «guerre industrielle» (entre arsenaux étatiques) ayant été remplacé par celui de la «guerre bâtarde», le plus souvent «au sein des populations». Ce dernier exige à la fois des forces terrestres plus nombreuses, une capacité de projection aérienne et navale plus affirmée, une réorientation des programmes en conséquence. Ces choix ont été faits par les Britanniques voici plus de cinq ans. Nous en sommes, nous, à la diminution des effectifs de l'armée de terre et au «report» de la décision de construire le deuxième porte-avions, qui signe une rupture capacitaire majeure. Notre incapacité à sortir de la «réduction homothétique», faute d'une véritable analyse que le livre blanc ne fournit pas, conduit le modèle 2008 à n'être que la version dégradée du modèle 1996, lui-même version amoindrie du modèle 1989. Autant dire qu'aucun choix sérieux, hors celui, purement budgétaire, d'une réduction proportionnelle, n'aura été fait depuis vingt ans. Sous ce rapport, la nouvelle orientation en faveur du satellitaire ou la création d'un «commandement interarmées de l'espace» font figure de gadgets, lorsqu'on connaît les besoins réels et actuels des armées. Non que de telles mesures soient en elles-mêmes absurdes. Mais elles ne pourraient valoir que si elles procédaient d'une véritable analyse doctrinale et pratique de la «conflictualité», fondée sur les exemples nombreux que présente l'actualité, du Proche-Orient à l'Asie centrale. Cette analyse est absente du livre blanc. Les «avancées» qu'il présente (satellites, etc.) ressemblent à des lubies parce qu'elles ne sont pas sérieusement argumentées en termes d'arbitrage (alors qu'on voit les intérêts industriels qu'elles servent). Une réduction prévisible et sans imagination du format des armées, à peine compensée par d'hypothétiques innovations technologiques et organisationnelles : il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l'efficacité de l'instrument militaire.

Incohérence, en troisième lieu, par rapport à la volonté politique affichée à juste titre par le chef de l'État. Nous revenons dans l'Otan, avec une capacité militaire affaiblie, et tout en y revendiquant des postes de commandement. Nous prétendons faire de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) un dossier majeur du renforcement de la défense européenne sous présidence française, et nous baissons la garde au moment où nous souhaitons entraîner nos partenaires vers un renforcement de la défense européenne. Mais surtout, nous abandonnons aux Britanniques le leadership militaire européen, alors que nous connaissons la nature particulière de leurs relations avec les États-Unis. La France jouera désormais dans la division de l'Italie. Il est inutile de se payer de mots.

Incohérence, en quatrième lieu, par rapport à la seule certitude que nous ayons : celle de nous engager vingt fois en Afrique dans les années qui viennent, pour y éviter des catastrophes humanitaires ou assurer l'évacuation de nos ressortissants. Si nous pouvons le faire aujourd'hui, c'est parce que notre réseau de bases nous confère une efficacité d'autant plus unique que l'ensemble des pays africains refuse le déploiement de l'US african command (commandement américain en Afrique) sur le sol africain. Pour gagner, et ceci est révélateur de la méthode retenue,
3 000 postes budgétaires, nous affaiblissons de manière définitive notre positionnement, avec ce paradoxe que nos abandons vont conduire mécaniquement à un accroissement du nombre de crises que nous ne pourrons plus prévenir et dans lesquelles nous ne pourrons intervenir qu'à un coût incomparablement plus élevé. En contrepartie, les structures administratives intermédiaires des états-majors n'ont pas été touchées par l'exercice RGPP, alors qu'elles représentaient un gisement d'économies d'au moins le double. Quant aux «bases de défense», il ne s'agira, faute de crédits budgétaires pour de vrais investissements d'infrastructure, que de circonscriptions administratives de mutualisation de certaines dépenses mineures (habillement, restauration, etc.), entraînant simplement la création d'un maillage administratif supplémentaire. La mise en regard de ces deux éléments permet de mesurer le caractère de trompe-l'œil des mesures présentées ces jours-ci.

Le propos de cet article n'est pas de présenter le modèle qu'une réflexion plus avisée, et plus conforme aux volontés du chef de l'État, aurait permis d'élaborer. Nous voulons simplement souligner qu'une grande dépense d'énergie intellectuelle a simplement abouti à une réduction homothétique du format des armées. Au mieux, nous serons mieux renseignés, mais nous pourrons moins agir. Il eût fallu, au contraire, mieux définir les ambitions militaires de la France, puis ses priorités géostratégiques, y compris en termes concrets, en désignant les théâtres utiles ; en déduire un modèle pour notre armée et ses équipements, sans se refuser à porter le fer dans l'organisation militaire ou dans celle de la DGA ; ne pas s'illusionner sur les bénéfices à attendre de la «mutualisation des soutiens», dans un domaine où l'expérience (notamment britannique) enseigne qu'elle ne peut concerner que des secteurs de second ordre, la «logique de milieu» continuant de gouverner l'entretien des équipements majeurs. Pour ne l'avoir pas fait, les autorités de la défense ont laissé passer l'occasion historique que leur présentaient les circonstances et que justifiaient les ambitions du chef de l'État. Le reste est affaire de communication politique, qui ne saurait masquer la réalité d'un véritable déclassement militaire de notre pays, dans un monde bien plus dangereux qu'hier.

mardi, 17 juin 2008

Publication du Livre blanc : message aux armées du général d'armée Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major des armées.

2.jpgOfficiers, sous-officiers, officiers mariniers, soldats, marins et aviateurs, personnel civil de nos armées,

le Président de la République, chef des armées, s'est exprimé.

Il a, avec le Livre blanc, fixé, pour les quinze années à venir, notre politique de sécurité nationale et, par conséquent, les nouveaux contrats opérationnels.

Ces contrats permettent de faire face aux menaces prévisibles et de parer à toute surprise stratégique. Membre de la commission du Livre blanc, j'y ai veillé et assume devant vous ses conclusions.

En tant que chef d'état-major des armées, investi de la confiance du Président de la République, je mettrai en oeuvre les réformes qui en découlent, sous l'autorité de notre ministre.

Je le ferai sans aucun état d'âme, avec détermination, avec le souci constant de la valeur opérationnelle de nos unités, et, avant tout, de notre identité militaire qui la conditionne.

J'attends de chacun d'entre vous, en particulier de ceux qui sont investis de fonctions d'autorité, qu'ils agissent, sous mes ordres dans le même sens.

Le chantier qui nous attend est immense. je n'ignore rien, soyez-en persuadés, de vos doutes et de vos légitimes interrogations. Mais nous devons, ensemble, tous ensemble, poursuivre, dans le cadre fixé par le Président de la République, l'adéquation permanente de nos armées aux réalités stratégiques et financières qui s'imposent à notre pays.

Nos armées sont unanimement respectées.

Elles le resteront dans l'avenir.

C'est le sens de notre engagement au service de notre pays, c'est le sens de mon engagement.

Relevons, avec ardeur, ce grand défi qui se dresse sur la route multiséculaire de nos armées.

lundi, 16 juin 2008

Prenons une défense d'avance.

herve-morin.jpgPar Hervé MORIN,
Ministre de la Défense.


Tribune publiée dans Le Monde,
le 17 juin 2008.


J'ai la plus grande admiration pour l'armée française, en particulier la capacité d'adaptation dont elle a fait preuve dans son histoire récente, en mettant en œuvre la professionnalisation. Mais aujourd'hui comme hier, elle se heurte à tous les conservatismes. Les responsables du ministère savent bien que la résistance au changement se situe le plus souvent à l'extérieur de l'institution militaire.

L'histoire serait-elle un éternel recommencement ? Notre défense s'est adaptée au cours de ces dernières années, elle doit continuer à le faire. Avons-nous d'autre choix que celui de bouger, de poursuivre l'adaptation de notre outil de défense, même si tous les conservateurs nous expliquent qu'il ne faut rien changer ? Ils étaient les mêmes à s'opposer à la professionnalisation; les mêmes à considérer lors du Livre blanc de 1994 qu'il était trop tôt pour tirer les conséquences de la chute du mur de Berlin; les mêmes à estimer que l'armée de terre allait s'effondrer lorsque le général de Gaulle décida de la réduire de moitié après la guerre d'Algérie, tout en lançant résolument la dissuasion.

Pourtant, notre pays a connu il y a soixante-huit ans l'une des pires humiliations de son histoire en préparant la guerre d'avant. Nous avons été enfoncés en quelques semaines en 1940, parce que la France bâtissait la ligne Maginot tandis que depuis 1934 le général de Gaulle expliquait sans relâche qu'on se trompait de guerre et que la prochaine serait une guerre de mouvement.

Engoncé dans ses certitudes et tout en consacrant 3 % de son PIB à sa défense, notre pays a connu de terribles désillusions lorsque la guerre du Golfe a éclaté en 1991. Péniblement, l'armée de terre a pu projeter 12 000 hommes (sur un effectif total de 300 000 !) ; nos avions Jaguar étaient impuissants dès que la nuit tombait et seuls quelques hélicoptères Gazelle étaient équipés d'un système de vision nocturne !

Et que dire de notre interopérabilité limitée avec les alliés ou de notre porte-avions transformé en porte-camions pour pallier nos capacités de transports défaillantes ? La comparaison avec les Britanniques fut cruelle, et nous en avons tiré des conséquences – la professionnalisation en était une, comme l'effort sur les moyens de projection.

Il ne faudrait pas bouger, alors que nos contrats opérationnels – c'est-à-dire ce que l'armée française doit être en mesure d'engager à la demande du président de la République – sont à la fois inatteignables et que leur pertinence est sujette à caution ? Quel est le sens d'un contrat qui demande à l'armée de terre de projeter 50 000 hommes en un an sur un théâtre centre-européen ? Contre qui ? Le pacte de Varsovie a disparu, et l'OTAN va jusqu'aux portes de la Russie; aucun Etat menaçant n'est susceptible d'envahir le territoire français.

Peut-on parler de dégradation quand le contrat opérationnel, arbitré par le président de la République pour l'armée de terre, prévoit une capacité de projeter 30 000 hommes en six mois – donc avec plus de réactivité – sur un arc de crise allant de la Mauritanie à l'Afghanistan ? Rappelons-nous que, depuis Suez, nous n'avons jamais projeté 30 000 hommes hors de France et que nous n'envisageons une intervention majeure qu'au sein de l'Alliance ou en coalition.

60 % DES RESSOURCES HUMAINES CONSACRÉES À L'ADMINISTRATION ET AU SOUTIEN

Si on y ajoute, dans le même contrat, une capacité supplémentaire de projeter 5 000 hommes sur un autre théâtre et celle de déployer 10 000 hommes sur le théâtre national au titre de la défense du territoire, faut-il avoir peur d'un déclassement militaire ? Certainement pas, lorsque nous affirmons dans le même temps notre capacité d'être une nation cadre dans une opération et d'entrer en premier sur un théâtre majeur.

Il ne faudrait pas bouger, alors que – même si les comparaisons sont toujours difficiles à effectuer – 60 % de nos ressources humaines sont consacrées à l'administration générale et au soutien, certes nécessaires, et 40 % aux forces opérationnelles ? Nos amis britanniques, dont l'armée est la seule à laquelle nous puissions nous comparer, ont un ratio au moins inverse : 60 % pour l'opérationnel, 40 % pour l'administration générale et le soutien.

Avec la professionnalisation, l'armée française a accompli un immense effort sur ses forces opérationnelles; il lui faut désormais faire ce même effort sur la structure, encore trop organisée selon des schémas hérités du XXe siècle, où l'on duplique encore trop les mêmes fonctions dans chaque armée.

Il ne faudrait pas bouger, alors que nos implantations militaires, trop dispersées, se situent sur plus de 450 communes, que leur éparpillement génère un coût de soutien considérable et que leur lieu de stationnement est parfois très éloigné de leur lieu d'exercice ? Il ne faudrait pas bouger alors qu'un conducteur de char dispose aujourd'hui d'un potentiel de 2 heures par semaine, 10 heures par mois, 120 heures par an; et que 120 d'entre eux sont "sous cocon" ?

Oui, vous avez bien lu, dans un régiment de chars Leclerc, on met le moteur en route deux heures par semaine en moyenne. Les simulateurs ne répondent pas à tout pour former un équipage ! Difficile, dès lors, de fidéliser nos militaires dans les régiments de chars !

Il ne faudrait pas bouger, alors que nous avons besoin de dégager des marges de manœuvre pour l'équipement de nos forces, dont la totalité des programmes lancés à juste titre par le président Chirac, sont en cours de renouvellement. Certains de nos équipements sont usés jusqu'à la corde – hélicoptères Puma, avions Transall… –, nos bateaux ont près de 21 ans d'âge en moyenne et il nous faudra 2 milliards d'euros supplémentaires pour financer les livraisons à venir.

Il nous aurait fallu la bagatelle de 5 milliards d'euros supplémentaires à partir de 2011 si nous avions laissé les choses en l'état ! Qui peut croire un seul instant que nos concitoyens soient prêts à accepter que la totalité des ressources budgétaires nouvelles du pays liées à la croissance soient affectées à notre défense, alors que les besoins du pays sont énormes dans tous les secteurs ?

Oui, il nous faut continuer à adapter notre défense au monde qui bouge. Le monde change très vite; notre outil militaire doit s'adapter à la globalisation et aux nouvelles menaces. C'est une évidence qu'il nous faut sans cesse rappeler. Nous avons besoin de favoriser l'infanterie, l'aéromobilité avec les hélicoptères de transport et la protection du soldat, notamment en zone urbaine grâce au Véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI).

BOUGER, S'ADAPTER, C'EST LE PRIX A PAYER

Nous avons besoin de plus de moyens d'observation pour anticiper les crises et connaître précisément les menaces; nous avons besoin de moyens de renseignement pour lutter contre le terrorisme, qui étrangement rend le cœur de nos cités beaucoup plus vulnérable que du temps de la guerre froide. Nous avons besoin de nous prémunir contre les cyberattaques qui pourraient désorganiser le système informatique de notre pays, et par là des installations vitales comme nos hôpitaux.

Nous avons besoin d'adapter notre système de dissuasion à l'évolution des centres de gravité du monde, au risque – tangible – de la prolifération nucléaire de pays qui peuvent dans quelques années disposer d'armes nucléaires, certes rustiques, mais néanmoins bien réelles !

Bouger, s'adapter, c'est le prix à payer; c'est le prix à payer pour le personnel de la défense qui a le sentiment d'avoir déjà beaucoup donné par rapport aux autres administrations. Mais c'est le prix à payer pour rester crédible. Un outil militaire qui ne s'adapte pas en permanence est un outil qui est menacé de ne pas répondre le jour venu à une crise majeure qui surviendrait. Ce serait d'ailleurs dommage de ne pas le faire, tant la qualité des femmes et des hommes qui servent notre défense est exceptionnelle, tant elle est reconnue dans le monde entier.

Nous le leur devons. Et c'est parce qu'ils sont meilleurs que les autres, que nous réussissons l'exploit de faire encore très bonne figure; mais ce que je sais au plus profond de moi-même, c'est que, si nous ne bougeons pas, nous courons le risque de graves désillusions dans dix ou quinze ans, alors que nous consacrons 37milliards d'euros à notre défense.

C'est un effort important pour la nation tout entière, environ 2 % de notre richesse nationale, d'autant que la décision du chef de l'Etat de laisser à la défense la totalité des économies qu'elle saura générer est une dérogation par rapport à toutes les administrations et nous met ainsi au rang des priorités gouvernementales. Par ce double arbitrage – ambition renouvelée, moyens consacrés à notre défense –, le président de la République a mis la défense au rang des priorités.

Les Français sont en droit d'attendre de nos armées l'assurance-vie et la protection que nous devons leur garantir. Cette responsabilité, nous l'assumons : nous construisons la défense de demain, nous préparons l'avenir de nos enfants. La France doit avoir une défense d'avance.

vendredi, 13 juin 2008

Oui à un second porte-avions financé par le nucléaire.

902a659e-38a7-11dd-920d-ec47f9b63604.jpgMichel Rocard, l'ancien premier ministre, détaille les raisons pour lesquelles la France ne peut se passer d'un deuxième porte-avions.

Tribune publiée dans Le Figaro, le 13 juin 2008.

Voilà bien sûr le communiqué que nous ne verrons jamais. Il serait pourtant parfois nécessaire, puisque nous venons d'apprendre que vraisemblablement le Charles-de-Gaulle n'aura pas de jeune frère, ce qui est une décision surprenante et dommageable.

L'extrême sophistication de tels engins exige beaucoup d'entretien et de révisions, quelques semaines chaque année, quelques mois tous les quatre ou cinq ans. Cela revient à dire que si l'on pense vraiment qu'on en a besoin, il en faut deux pour en avoir toujours un à la mer.

La vie d'un grand système d'armes est un parcours complexe. Quelques années de réflexions, évaluations et dessin des plans, sont suivies de quelques autres, en tout une bonne dizaine, pour «construire» l'objet. Enfin le système d'armes reste en service vingt à trente ans selon les cas. En adopter un est donc une décision très lourde. Il y a pourtant dans la vie de tout système un jour particulier. C'est celui ou le chef de projet peut enfin dire : «Voilà, nous savons ce que nous voulons, les objets définis sont aptes à remplir leur mission.» Il ne reste plus qu'à fabriquer. Et là bien sûr c'est le premier ministre qui arbitrera entre le ministre de la Défense toujours pour et le ministre des Finances toujours contre.

C'est moi qui ai pris cette décision pour le Charles-de-Gaulle. Je l'ai «portée» quatre ou cinq mois. Impérial, le président Mitterrand que j'avais naturellement consulté m'avait dit : «C'est un problème de gouvernement.» De fait la Constitution est claire. Si le président est chef des armées, le premier ministre met en œuvre la Défense nationale.

Les deux idées qui m'ont conduit à prendre une décision positive sont les suivantes. Bien plus petite que les États-Unis, la France est tout de même seule au monde à côté d'eux à être présente sur tous les continents, à s'intéresser à la totalité des conflits et des difficultés qui entravent le monde, à avoir charge de protéger, à l'occasion d'évacuer nombre de ses ressortissants et de ressortissants d'Europe vivant et travaillant partout dans le monde. Même la Grande-Bretagne n'exprime pas ses intentions avec la même ampleur. Pour ce faire, nous avons gardé longtemps et nous avons toujours des bases terrestres. Mais les bases terrestres à l'étranger on finit par les perdre, on peut en être chassé, on peut être empêché de les employer comme on le veut… Les bases flottantes, elles, demeurent.

La deuxième idée qui m'a conduit à la décision est un peu la même, mais vue dans l'autre sens, de manière plus stratégique. Je la tiens de l'amiral Le Pulloch : «Au fond, nous, le groupe aéronaval, on est faits pour intervenir dans tous les conflits où l'Union soviétique n'est pas partie.» Traduction libre : un porte-avions est un outil bien trop dangereux pour qu'on puisse ne pas s'en occuper mais bien trop fragile et trop visible. En cas de conflit mondial stratégique il est une cible prioritaire et il ne peut résister. Pour tous les autres conflits il est irrésistible. Il peut frapper jusqu'à plus de 3 000 km de là où il est, il est de taille à embarquer des rapatriés par milliers. Il est hors de portée des armements dont disposent la totalité des nations à l'exception d'une dizaine. Sa seule présence représente une menace terrifiante. Il est l'arme majeure pour tous les conflits de basse ou moyenne intensité dont le monde est constamment plein.

Pour la France, avoir un porte-avions à tout moment prêt à prendre la mer, ce qui veut dire en avoir deux, est aussi indispensable à son rang qu'à ses responsabilités.

Et c'est une affaire française. J'ai rêvé un demi-siècle de défense stratégique européenne. Cette partie est perdue maintenant. Nous ne ferons ensemble que du soutien militaire à l'humanitaire ou du maintien de la paix. Il serait sage de s'y faire.

Seulement voilà, cela coûte très cher. Or personne ne souhaite augmenter notre budget militaire. Il faut donc le financer sur le budget militaire. C'est difficile. On ne peut laisser dégrader encore la qualité de l'équipement de l'armée de terre, ni diminuer encore les heures d'entraînement de l'armée de l'air. Il y a pourtant un poste majeur dans ce budget, qui coûte lui aussi très cher et qui maintenant fait doute : c'est l'armement nucléaire.

Depuis la première explosion nucléaire expérimentale française en 1960, la France tire une grande fierté de son entrée dans le club nucléaire. Elle voit dans sa capacité nucléaire de dissuasion la clé suprême de sa défense et la garantie de son invulnérabilité. L'histoire lui donne de fortes raisons de penser de la sorte. Nous avons quasiment construit un mythe national.

Il y avait de quoi. L'histoire m'a donné de pouvoir recueillir successivement les confidences sur ce sujet d'Henry Kissinger, ancien secrétaire d'État des États-Unis, puis de Robert McNamara, ancien secrétaire à la Défense. Connus tous deux pour être fréquemment en désaccord, ils étaient pleinement d'accord sur ce point : de Gaulle a eu raison. Jamais un président américain n'aurait fait donner le feu nucléaire pour défendre autre chose que son propre peuple et son propre territoire. Or la doctrine par ailleurs sage de la riposte flexible par rapport à celle des représailles massives ouvrait aux Soviétiques un immense espace pour des gesticulations ou même des agressions purement conventionnelles. Dans ce dernier domaine, les forces stationnées en Europe, américaines comprises, étaient par rapport à celles des soviets dans un rapport de 1 à 6. La décision de la France maintenait donc pour le commandement soviétique le degré d'incertitude ou d'incalculabilité nécessaire pour les convaincre de ne pas explorer les limites que cette «latitude conventionnelle» leur ouvrait. Nous eûmes donc raison, de l'aveu même des plus grands connaisseurs américains.

Il y a de quoi être fiers, féliciter nos stratèges et nos généraux, et écrire cette histoire à notre avantage. Il n'y a pas de quoi en faire un dogme permanent.

Car l'efficacité démontrée de la dissuasion a dépendu de facteurs multiples. Il ne s'agissait que de deux camps, qui prétendaient se gouverner et se conduire au nom de la raison. Les signaux d'alerte qu'ils échangeaient étaient parfaitement compris par l'autre. Enfin la prolifération n'était qu'une crainte intellectuelle prospective.

Tout cela a profondément changé. Ni l'Inde ni le Pakistan ne prétendent s'occuper du reste du monde. Il n'y a de problème contemporain sérieux qu'avec la Chine. L'insistance qu'elle met à voir traiter pacifiquement par la négociation et dans le cadre des institutions internationales le problème de l'énorme place commerciale qu'elle demande sur les marchés devrait nous conduire à une évaluation limitée de ce danger. Mais de toute façon sa surface et sa population la mettent à l'abri d'une frappe qui puisse être décisive, l'inverse n'étant pas vrai pour nous. Traiter nucléairement un conflit avec la Chine serait parfaitement suicidaire.

Reste le cas de la Russie. Elle vit la relation avec la Chine largement comme nous. Elle a le même intérêt évident que nous à traiter cette relation en appui avec l'Occident, et notamment avec l'Europe. Maintenir pointée vers elle une menace nucléaire fondée sur la dimension patriotique ou nationale que prend sa réémergence serait une faute stratégique de première grandeur. Il n'y a plus aucune pertinence à maintenir une dissuasion contre les actuelles puissances nucléaires reconnues.

Mais il y a bien un danger, tout à fait grave et tout à fait contemporain. C'est la prolifération. L'arrivée à la détention d'armes nucléaires par des États gouvernés par des fanatiques religieux, en dehors de toute référence à la rationalité dans le traitement des conflits, est un danger extrême. Comme l'est, davantage peut-être, la saisie de bombes ou même seulement de matières nucléaires par des groupes terroristes non étatiques. Devant de telles menaces, qui sont celles d'aujourd'hui, il est clair que la destruction de populations entières n'est pas la bonne réponse. La bonne réponse, c'est la destruction ponctuelle et précise d'installations et d'engins voire de personnes. Le nucléaire n'est ici d'aucune utilité.

Il y a un peu plus de deux ans maintenant, quatre des plus hauts responsables américains ayant été en charge de ces domaines, Henry Kissinger, Sam Nunn, quinze ans président de la commission des forces armées du Sénat, William Perry, ancien secrétaire à la Défense, et Georges Schultz, ancien secrétaire d'État, ont ensemble écrit que la dissuasion nucléaire était de moins en moins pertinente devant l'état du monde et de plus en plus dangereuse devant la prolifération. Ils en concluaient à l'urgence de l'ouverture de négociations entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité pour organiser l'éradication progressive et négociée des armes nucléaires. Et Gordon Brown, premier ministre de Grande-Bretagne, vient de se rallier à cette idée.

La France s'honorerait de faire savoir qu'elle a perçu ce mouvement, qu'elle le comprend et qu'elle est prête à l'accompagner.

En tout cas la chose est claire : c'est dans le secteur du nucléaire qu'il faut commencer à faire les économies nécessaires pour fabriquer le deuxième porte-avions, qui, lui, répond concrètement à beaucoup des conflits d'aujourd'hui.

11:17 Publié dans Défense |