lundi, 14 décembre 2009
Le général Abrial aux manettes de l'Otan.
Par Jean-Louis Tremblais.
Article publiée dans Le Figaro Magazine, le 12 décembre 2009.
Pour la première fois depuis la création de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, un officier français dirige l'un de ses deux commandements militaires, à Norfolk (Etats-Unis). Un poste-clé qui signe le retour de la France au plus haut niveau de l'Alliance.
Au premier regard, c'est une famille comme les autres qui promène son chien sur la plage de Virginia Beach, banlieue aisée de Norfolk (Virginie). Les parents, leurs deux enfants - une fille et un garçon, adolescents -, et un terrier Jack Russel, qui gambade derrière eux. Scène ordinaire de l'American way of life. Sauf qu'ils s'expriment dans la langue de Molière et que le père, un quinquagénaire longiligne (1,90 mètre), raconte la bataille navale remportée au large par l'amiral de Grasse face aux vaisseaux anglais en 1781. Le prélude marin à la victoire franco-américaine de Yorktown, épisode fondateur de la Guerre d'indépendance. Cet historien improvisé mais inspiré n'est autre que le général Stéphane Abrial, ancien chef d'état-major de l'armée de l'air et premier Français jamais nommé à un poste-clé du commandement intégré de l'Otan.
Depuis le 9 septembre dernier, il dirige à Norfolk le SACT (Supreme Allied Command Transformation), l'un des deux commandements stratégiques de l'Alliance atlantique, l'autre étant le SACO (Supreme Allied Command Operations), commandé en Belgique par l'amiral américain James Stavridis (voir encadré). L'Européen aux Etats-Unis ; l'Américain en Europe : un symbole ? «C'est indéniable, admet le général Abrial, mais pas seulement. Le choix correspond à un rééquilibrage entre l'Amérique et l'Europe. C'est une chance pour la France: lorsque nous étions à l'extérieur de la structure militaire (de 1966 à 2009, ndlr), nos remarques étaient systématiquement perçues comme des critiques, et donc rejetées. Maintenant que nous sommes revenus à l'intérieur, elles sont écoutées et peuvent influer.
Il dissèque, prépare, adapte, invente la guerre de demain
Avec l'amiral Stavridis, nous sommes complémentaires. Il commande les opérations en cours (notamment en Afghanistan). En fonction de ce qui se passe sur le terrain et des besoins qu'il transmet, je travaille sur les concepts (entraînement, équipement, organisation) qui permettront de mieux employer nos forces. C'est ce qu'on appelle la transformation.»
Concrètement et pour faire court, son homologue américain fait la guerre, le général français la dissèque, la prépare, l'adapte, voire l'invente. Précision de l'intéressé : «Il s'agit d'une mission à trois niveaux. Primo, préparer l'avenir. C'est-à-dire élaborer les réponses à de nouvelles menaces (comme le terrorisme), mettre à disposition des capacités mieux adaptées (de la conception du véhicule à l'entraînement du combattant), analyser le retour d'expérience (tirer les leçons des échecs et y remédier : se protéger contre les engins explosifs improvisés, par exemple). Secundo, soutenir les opérations actuelles en formant les états-majors, en identifiant dans chaque armée de l'Otan les pratiques les plus efficaces. Tertio, développer les partenariats et accélérer l'intégration des nouveaux membres.»
Ce qui est tout sauf une sinécure, n'en déplaise aux grincheux qui susurrent que l'Oncle Sam a donné un hochet au coq gaulois pour prix de sa réintégration militaire. Sis dans la base navale de Norfolk, le QG du SACT, qui est en fait un laboratoire d'idées au service de la guerre, ne s'arrête jamais de fonctionner, décalage horaire oblige. La journée-type de Stéphane Abrial commence à 7 heures : réunion avec ses proches collaborateurs, point de situation avec ses chefs d'état-major, rapports d'experts, visioconférence avec ses interlocuteurs en Europe, etc. Sans parler des réceptions protocolaires et des déjeuners officiels. Car la fonction est dotée d'une forte composante diplomatique. D'ailleurs, le Commandeur suprême (son titre exact) s'absente une dizaine de jours par mois. Des déplacements en vol commercial - car il ne dispose pas d'un appareil personnel, à la différence de son prédécesseur américain ! - qui le mènent à Washington (visites au Pentagone ou au Département d'Etat) ou sur le Vieux Continent, pour sa rencontre mensuelle avec le chef politique de l'Otan : le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen.
Des obligations auxquelles il se plie volontiers. «Sans forcer son caractère», observe Alexandre Escorcia, diplomate détaché du Quai d'Orsay en tant que conseiller politique du Commandeur suprême : «Il n'a pas le profil de l'officier arrogant. C'est un homme qui aime la culture, le débat, les échanges. D'un abord simple et ouvert, parfaitement bilingue, il est très américano-compatible.» C'est l'une des raisons qui expliquent sa nomination à ce siège fort convoité en son temps chez les gradés français. Polyglotte (il parle aussi l'allemand, langue maternelle de son épouse), amateur d'art lyrique et féru de littérature, le général Abrial a de la conversation et peut évoluer dans tous les milieux. Le contraire du galonné à nuque raide, comme l'armée sait en produire...
Mais ce n'est pas le seul argument ayant plaidé en sa faveur. Son pedigree militaire en faisait le candidat idéal. Né en 1954 d'un père officier (colonel de hussards puis de dragons), il entre à l'Ecole de l'air en 1973. Il en sort breveté pilote de chasse en 1976, après un stage à l'US Air Force Academy du Colorado. Sa carrière de pilote se déroule autant à l'étranger qu'en France : commandant d'escadrille dans la Luftwaffe en Allemagne (1981-1984), puis chef de détachement sur Mirages 2000 dans l'armée de l'air grecque (1988). Pendant la première guerre du Golfe (1990-1991), il est à la tête de la 5e escadre de chasse qui opère au Koweït. L'année suivante, il intègre l'Air War College en Alabama.
Un long séjour à l'état-major international de l'Otan (1996-1999) l'initie au fonctionnement et à la bureaucratie de cette tour de Babel dont il occupe aujourd'hui l'un des étages ultimes. Suivent les affectations en cabinet ministériel, certes moins grisantes qu'un vol en jet (mais qui vous propulsent plus vite dans les hautes sphères !) : adjoint au chef d'état-major particulier de Jacques Chirac en 2000, chef du cabinet militaire du Premier ministre en 2002. Chef d'état-major de l'armée de l'air de 2006 à 2009, ce général cinq étoiles n'hésite pas une seconde lorsqu'on lui offre Norfolk sur un plateau, à l'été 2009.
Il n'aura pas trop de son mandat (trois ans) pour relever les défis qui l'attendent. Stéphane Abrial le sait et ne chôme pas. A peine installé, il vient de rendre au secrétaire général ses premières réflexions, lesquelles orienteront le « concept stratégique 2010 » de l'Otan (le dernier avait été conçu il y a dix ans, avant les événements du 11 Septembre) : «En changeant de siècle, nous avons changé de type de guerre. L'Otan a été fondée sur le concept de guerre totale, affrontement conventionnel de deux blocs, se terminant par la victoire de l'un ou l'autre. Or, nous vivons maintenant des guerres limitées, des conflits asymétriques, où les aspects civils sont aussi importants que les aspects militaires, où les belligérants n'ont pas les mêmes motivations (les uns se battent pour leur survie, les autres pas), où les façons de se battre sont dissemblables. En outre, la conjoncture économique est difficile, d'où la nécessité de rationaliser la gestion. Cela suppose une utilisation optimale des moyens actuels et une anticipation des besoins de demain. L'un de nos programmes, Multiple Futures, étudie ainsi les scénarios de conflits possibles à l'horizon 2030, et ce en fonction de plusieurs paramètres: évolution démographique, changement climatique, accès aux ressources...»
Science-fiction ? Peut-être. Ou peut-être pas. Dans le doute, mieux vaut (ne pas) s'abstenir.
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vendredi, 11 décembre 2009
le CEMAA élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d'honneur.
Le 10 décembre 2009, le Général d'armée aérienne Jean-Paul PALOMEROS, Chef d'état-major de l'armée de l'air (CEMAA), a été élevé à la dignité de Grand Officier de l'Ordre national de la Légion d'honneur par le Général d'armée Jean-Louis GEORGELIN, Chef d'état-major des armées (CEMA).
A cette occasion, je tenais à lui adresser mes sincères félicitations.
NCL
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lundi, 16 novembre 2009
«Il n'y a pas d'alternative à l'engagement en Afghanistan»
Interview d'Hervé Morin,
Ministre de la Défense.
Entretien publié dans Le Figaro, le 16 novembre 2009.
LE FIGARO. - Qu'allez-vous dire aux sénateurs de l'opposition qui s'interrogent sur le bien-fondé de l'engagement français en Afghanistan ?
Hervé MORIN. -Je leur répondrai qu'il n'y a pas d'alternative à cet engagement. Même si la France est depuis longtemps convaincue qu'il faut faire évoluer la stratégie et être davantage présent auprès de la population. Comme l'a dit un jour McChrystal, le patron des forces américaines en Afghanistan : 10 - 2 ne font pas 8 mais 20. Lorsqu'on supprime deux talibans, on multiplie le nombre de talibans par deux, car des frères ou des cousins ont l'obligation de prendre les armes. C'est le fonctionnement de la société afghane, basé sur les dettes d'honneur. Nous ne sommes pas face à un enjeu militaire en Afghanistan, mais à un défi de sécurisation d'un pays.
Pensez-vous que la France ait suffisamment de résilience pour pouvoir soutenir à long terme l'effort de guerre en Afghanistan, alors même que les sociétés américaines et britanniques donnent elles-mêmes des signes d'essoufflement ?
Les Français voient souvent l'Afghanistan comme un front armé classique, comme si on était dans les plaines de l'Europe centrale. Il est difficile de leur faire comprendre qu'on peut avoir des morts dus à l'explosion d'un IED (engin explosif improvisé) dans une région calme. Ce qui inquiète les Français, ce n'est pas le fait que l'on soit présent en Afghanistan, c'est que l'on soit contraint d'y rester pendant des années ! Il faut donner des perspectives, des objectifs à l'opinion publique. Il faut rappeler aux Français que laisser l'Afghanistan aux talibans, c'est laisser le terrorisme prospérer et nous menacer. Il faut enfin leur dire que le risque de contagion au Pakistan, puissance nucléaire, est loin d'être négligeable si nous partons.
L'impression d'indécision qui émane de la Maison-Blanche, le fait que le président Obama n'arrive apparemment pas à trancher sur la question des effectifs, ne risquent-ils pas d'avoir des conséquences en France ?
Soyons clairs : à l'échelle de l'Afghanistan, la zone couverte par les 3 000 soldats français représente 1 % du territoire… Pour pouvoir contrôler tout le pays, il faudrait des volumes militaires considérables et ce n'est pas envisageable. Alors le fait que l'on envoie 20 000 ou 40 000 hommes ne suffira pas. La seule stratégie qui vaille est de respecter la population afghane et de faire monter en puissance son armée et sa police. En Afghanistan, la victoire ne peut pas être uniquement militaire. La vraie question, c'est comment convaincre les Afghans que leur sécurité est garantie par l'alliance, qu'il leur faut coopérer pleinement avec nous et faire pression sur les talibans pour qu'ils rendent les armes. Aujourd'hui, ils sont pris entre le marteau et l'enclume.
Que pensez-vous de la plainte déposée par les familles des victimes d'Ouzbin ?
Elles vivent dans la douleur, avec un sentiment d'injustice que toutes les familles connaissent lorsqu'elles perdent un proche. Mais il n'y a pas eu de faute commise le 18 août 2008 à Ouzbin. On peut toujours dire qu'il manquait tel ou tel moyen ou qu'il n'y avait pas suffisamment de moyens de reconnaissance. Je vous rappelle que quelques semaines après Ouzbin, les forces françaises sont tombées dans une nouvelle embuscade qui a fait un blessé grave. Et bien, nos moyens de reconnaissance aériens mis en œuvre ont été inopérants : les talibans étaient indétectables parce qu'ils ne bougeaient pas ! On ne pourra jamais supprimer l'imprévu dans les opérations militaires, ce que Clausewitz appelait le brouillard de la guerre. L'action militaire, qui comporte toujours une part d'incertitude, ne peut pas faire l'objet d'une appréciation judiciaire au risque de paralyser nos forces.
Offensive franco-afghane dans la vallée de Tagab
Environ 700 soldats français et une centaine de militaires afghans, appuyés par des blindés et des hélicoptères de combat, ont lancé hier une offensive dans la vallée de Tagab, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Kaboul. Cette région montagneuse constitue une base arrière pour les talibans. L'opération vise à sécuriser la vallée où une route doit être construite. Celle-ci doit permettre de relier le Pakistan voisin au nord de l'Afghanistan, en contournant Kaboul, ce qui faciliterait le transport de marchandises. L'offensive se heurtait hier à des tirs de snipers.
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vendredi, 11 septembre 2009
Prise de commandement du général Abrial à l’Otan.
Le général d’armée aérienne Stéphane Abrial, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air, a pris, mercredi 9 septembre, la tête du commandement allié pour la transformation de l’Otan (ACT).
La cérémonie de passation de commandement s’est déroulée à bord du porte-avions USS Eisenhower, dans le port de Norfolk, en Virginie, aux Etats-Unis, ville où se trouve le quartier général de l’ACT.
Sources: Ministère de la Défense.
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mardi, 25 août 2009
Interview du général Paloméros, nouveau CEMAA.
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mercredi, 22 juillet 2009
Le général Moreau nommé inspecteur général des armées.
A l'issue du conseil des ministres du 22 juillet 2009, le général de corps d'armée Jean-loup MOREAU a été nommé inspecteur général des armées et élevé aux rang et appellation de général d'armée à compter du 1er septembre 2009.
Je tenais à lui adresser mes sincères félicitations et mes voeux de succès dans sa nouvelle mission !
NCL
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samedi, 18 juillet 2009
Le général Abrial élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d'honneur.
Une cérémonie officielle s’est déroulée le 16 juillet 2009 à l’École militaire, à Paris, au cours de laquelle le général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées, a décerné diverses décorations.
Parmi les récipiendaires figurait le général d'armée aérienne Stéphane Abrial, chef d’état-major de l’armée de l’air, qui a été élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur. Cette distinction précède de près son prochain départ aux États-Unis pour occuper son nouveau poste à Norfolk, dans l’état de Virginie. À partir de la mi-septembre, il sera en effet à la tête du commandement «transformation» (ACT-Allied Command Transformation), unité chargée de piloter les transformations de l’Otan (structures, emploi des forces, capacités et doctrine militaire).
Je profite de ce blog pour lui adressé mes plus chaleureuses félicitations.
NCL
sources: ministère de la Défense;
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mardi, 14 avril 2009
Le désarmement nucléaire est une urgence pour la planète.
Par Aleksander Kwasniewski, Lech Walesa et Tadeusz Mazowiecki.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 09 avril 2009.
Après la provocation de la Corée du Nord, les auteurs, respectivement anciens présidents de la Pologne et ancien premier ministre, plaident pour une dénucléarisation militaire.
L'accord entre les présidents américain et russe visant à renouveler l'accord de réduction stratégique de l'armement redonne l'espoir de parvenir à une abolition générale de l'armement nucléaire. Il est difficile d'en exagérer l'urgence : des pays susceptibles d'utiliser l'arme nucléaire pourraient bientôt l'acquérir, de même que des terroristes internationaux - créant de nouvelles menaces de proportion inimaginable.
Ce qui était un beau rêve il y a seulement quelques années, l'élimination de la bombe atomique, n'est plus l'apanage des populistes et des pacifistes, car l'idée a été reprise par des gens très bien placés - hommes politiques connus pour leur réalisme et universitaires connus pour leur sens des responsabilités.
L'invention de la bombe atomique - qui a permis la dissuasion durant la guerre froide, quand le monde était divisé en deux blocs opposés - répondait aux besoins et aux risques de l'époque. La sécurité reposait sur l'équilibre de la terreur, autrement dit la certitude de la destruction mutuelle en cas de conflit.
Dans ce monde bipolaire, seules cinq grandes puissances, toutes membres permanents du Conseil de sécurité, détenaient la bombe atomique. Aujourd'hui la situation est différente. Un mouvement amorcé par le mouvement polonais Solidarité a conduit à la dissolution du pacte de Varsovie, l'Union soviétique s'est désintégrée et le monde bipolaire avec son clivage Est/Ouest a disparu.
L'ordre basé sur la dangereuse doctrine de la dissuasion nucléaire n'a cependant pas été remplacé par un système basé sur la coopération et l'interdépendance. Il s'en est suivi déstabilisation et chaos, dans une atmosphère d'incertitude.
Trois pays détenteurs de la bombe sont maintenant engagés dans des conflits : l'Inde, le Pakistan et Israël. Et compte tenu du développement de leur programme nucléaire, la Corée du Nord et l'Iran pourraient bientôt en disposer aussi. Il y a un risque réel de voir le groupe des pays détenteurs de la bombe s'élargir jusqu'à inclure des pays qui ne sont pas toujours guidés par des considérations rationnelles - sans compter le risque de voir la bombe tomber dans les mains d'acteurs non étatiques, des groupes terroristes par exemple.
On ne parviendra à la non-prolifération que si les principales puissances nucléaires, notamment les États-Unis et la Russie, prennent de toute urgence des mesures en faveur du désarmement. Ensemble, ils détiennent près de 25 000 ogives nucléaires - 96 % de l'arsenal nucléaire mondial.
Nous espérons que le président américain Barack Obama a conscience de ces dangers. Nous notons avec satisfaction que le nouveau gouvernement américain ne fait pas la sourde orei lle aux hommes d'État et aux scientifiques responsables qui demandent le démantèlement de l'armement nucléaire. L'objectif d'un monde dénucléarisé figure dans le programme de désarmement et de contrôle de l'armement du gouvernement américain. Nous apprécions à sa juste valeur les propositions du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne, tandis que la Russie a indiqué récemment à Genève qu'elle était disposée à s'engager dans cette voie.
Les opposants au désarmement nucléaire disent que cet objectif n'est pas réalisable en l'absence d'un système efficace de contrôle et de vérification. Mais la communauté internationale peut disposer aujourd'hui des moyens de contrôle voulus. Les garanties que peut apporter l'Agence internationale pour l'énergie atomique sont de toute première importance.
Le monde doit pouvoir être assuré que les réacteurs nucléaires civils ne seront pas détournés vers des objectifs militaires - une condition pour que les pays non détenteurs de l'arme atomique aient un accès sans restriction à la technologie nucléaire, ainsi que l'a proposé récemment le premier ministre britannique Gordon Brown dans son initiative en faveur d'un pacte nucléaire mondial pour notre époque. C'est particulièrement urgent actuellement, avec la recherche de nouvelles sources d'énergie et la « renaissance » de cette source d'énergie.
La conférence 2010 de réexamen du traité de non-prolifération appelle de toute urgence à une reformulation des priorités. Son comité préparatoire va se réunir en mai à New York. C'est à ce moment-là que les décisions nécessaires devraient être prises.
On peut espérer que la réunion débouchera sur une réduction de l'armement nucléaire, une diminution du nombre d'ogives nucléaires en état d'alerte (de-alerting), ainsi que sur des négociations portant sur un traité d'interdiction de la production de matières fissiles, sur la ratification d'un traité mondial d'interdiction des tests nucléaires et sur d'autres moyens pour renforcer l'application du traité de non-prolifération nucléaire, notamment son adoption universelle.
Le temps est venu d'un changement fondamental dans le déroulement de la Conférence sur le désarmement à Genève qui, depuis des années, ne parvient pas à répondre à l'attente de la communauté internationale. Nous partageons le point de vue des universitaires, des responsables politiques et des experts internationaux du Groupe de réflexion international de Varsovie, qui estiment que l'option zéro doit être prise en considération comme base éventuelle d'un futur accord sur le désarmement nucléaire multilatéral.
Rédigé par l'universitaire britannique Ian Anthony du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), le rapport qu'a élaboré ce groupe sous la présidence du Polonais Adam D. Rotfeld est basé sur les travaux de spécialistes en matière de sécurité de pays qui ont déjà détenu l'arme nucléaire (l'Afrique du Sud) et de pays postsoviétiques où elles furent stockées dans le passé (Biélorussie, Kazakhstan et Ukraine). Le fait que ces pays aient été dénucléarisés dans le cadre d'un programme de désarmement constitue un exemple précieux.
Il faut amorcer le processus de désarmement nucléaire progressif. Cela ne donnera pas des résultats du jour au lendemain, mais cela indiquera une direction, fournira une occasion de renforcer les mécanismes de non-prolifération et sera l'occasion d'établir un système de sécurité non nucléaire mondial fondé sur la coopération.
La menace la plus grave pour la sécurité mondiale vient d'un nouveau type de prolifération nucléaire. Les puissances qui disposent de l'arsenal le plus important portent la principale responsabilité. Nous pensons que les présidents américain et russe, ainsi que les dirigeants des autres puissances nucléaires, en tant qu'hommes d'État, auront assez de sagesse et de courage pour engager le processus consistant à libérer le monde de cette menace.
» Copyright : Project Syndicate, 2009. www.project-syndicate.org (Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz)
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vendredi, 03 avril 2009
Assumons notre devoir d'indépendance.
Par Dominique de Villepin.
Tribune publiée dans Le Figaro,
le 3 avril 2009.
Alors que s'ouvre vendredi le sommet de l'Otan à Strasbourg, l'ancien premier ministre et ministre des Affaires étrangères avertit des risques que représente la décision française de réintégrer le commandement intégré de l'Alliance.
À Strasbourg et à Kehl, le soixantième anniversaire de l'Otan cache mal les doutes sur son avenir. Pourtant le président de la République a choisi de faire revenir notre pays dans le commandement intégré.
Il y a là une réelle rupture, alors que la France avait acquis une situation originale dans l'Otan, « un pied dedans, un pied dehors ». Ainsi depuis 1995, elle défendait ses intérêts et pesait sur la conduite des opérations, comme au Kosovo, tout en participant à trente-six des trente-huit comités et à toutes les missions.
Cette rupture est d'autant plus forte qu'elle tourne le dos à un héritage historique et à un consensus national. Est-elle opportune ?
Elle intervient à contretemps car, après la tentation unilatérale américaine, il s'agit aujourd'hui de construire un monde multipolaire pour faire face aux nombreux défis - prolifération nucléaire, terrorisme, crises régionales enlisées -, aggravés par la crise économique mondiale.
Elle est à contresens, car c'est l'Europe de la défense qui est notre avenir. C'est de l'affirmation d'une volonté européenne commune qu'ont résulté les avancées, de la déclaration de Saint-Malo en 1998 à la stratégie européenne de sécurité.
Elle est à contre-emploi, car il y a une originalité française qui s'enracine dans son histoire, dans sa présence outre-mer, dans son message universel. Elle nourrit sa vocation de trait d'union entre le Nord et le Sud, entre l'Est et l'Ouest, mettant sa voix au service du dialogue des cultures et de la paix.
En définitive, cette décision va à rebours de l'histoire, car l'Otan est la réponse d'hier, occidentale et militaire, aux défis de demain.
Cette réintégration n'est pas sans risques, chèque en blanc signé à une Otan en quête d'un rôle et d'une légitimité, tentée par la fuite en avant.
Elle est source de dangers, quand elle incarne une «famille occidentale » qui cristallise les rejets et réveille les logiques de blocs antagonistes, au risque de donner corps au «choc des civilisations».
Elle est source de blocages, quand elle bride les progrès d'une meilleure gouvernance en matière de sécurité. Substitut commode mais pernicieux, elle tend à empiéter sur de nombreux domaines comme la cybercriminalité, la sécurité des mers et la prolifération.
Elle est source de distorsions, quand elle prend l'allure d'une « ONU bis », sans limites et sans vision claire, ayant la tentation de s'étendre à toutes les démocraties du globe et de se voir déléguer la gestion des crises internationales.
Dès lors, cette décision doit être comprise comme un triple pari sur l'avenir.
Premier pari : la réintégration permettra de renforcer l'Europe de la défense. Mais certaines réticences britanniques, turques ou est-européennes, comme la lourdeur des procédures de non-dédoublement des opérations entre Otan et Union européenne la bloquent. Les occasions de mesurer les avancées possibles ne tarderont pas, qu'il s'agisse de l'État-major de planification, du développement de nos moyens d'intervention ou encore de l'Agence européenne de défense. Cela suppose aussi des efforts pour relever les crédits de défense.
Deuxième pari : la France sera à même de «codiriger» l'Otan. La tutelle américaine y reste lourde. Les postes attribués à la France, sans impact opérationnel réel, ne changent pas la donne.
Codiriger, c'est accepter d'être coresponsable de tous les choix, jusqu'à la logique de blocs et la militarisation du règlement des conflits, qui conduit à leur enlisement. En Afghanistan, nous devons tirer les leçons de l'Irak et faire prévaloir notre vision d'une solution politique.
Codiriger, c'est aussi peut-être lâcher la proie pour l'ombre. Ne bridons pas cette liberté d'action et de parole qui permettait à la France, en 2003, de poser la question de la légitimité de l'intervention en Irak et d'empêcher le vote d'une résolution aux Nations unies. Paradoxalement, la règle du consensus, si elle nous laisse libres quant aux modalités, tend à nous contraindre sur le fond.
Troisième pari : l'Otan sera capable de changer pour s'adapter à la multipolarité. En contrepoint d'une mécanique militaire lourde, la prééminence du dialogue politique doit être affirmée. L'Amérique de Barack Obama donne des signaux encourageants. Mais un vrai débat doit avoir lieu sur la modernisation de l'organisation, sur l'installation du bouclier antimissile ou sur l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie. L'Otan doit s'engager dans une logique de partenariats équilibrés.
Assumons notre devoir d'indépendance en nous tournant résolument vers l'avenir. Partout, l'initiative est nécessaire pour défendre notre vision, nos intérêts et faire entendre la voix de la France. Aussi, dès maintenant, il nous appartient de proposer aux États de l'Union une conférence pour la relance de la défense européenne. De même, le moment venu, il faudra refonder, dans la clarté et l'égalité, les relations transatlantiques. La France doit rester vigilante et exigeante, fidèle à ses valeurs et à son ambition.
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mardi, 17 février 2009
La France dans l'Otan: le choix de la responsabilité.
Par Michèle Alliot-Marie,
Ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer et des Collectivités territoriales.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 17 février 2009.
Le ministre de l'Intérieur et ancien ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie soutient la décision du président de la République de faire revenir la France dans le commandement militaire de l'Otan.
Le 3 avril prochain, la France rejoindra-t-elle le commandement militaire de l'Otan ? Aujourd'hui, cette perspective suscite des polémiques.
La France participe pourtant depuis 1949 à l'Otan, alliance de pays européens et nord-américains pour faire face à une agression majeure visant un de ses membres. En 1966, elle s'est retirée du commandement militaire. Son retour envisagé dès 1995 s'était heurté au refus des États-Unis de reconnaître notre place par l'attribution d'un des grands commandements.
Gaulliste de conviction, ministre de la Défense pendant cinq ans, aujourd'hui ministre de l'Intérieur, je suis sensible aux inquiétudes dès qu'un sujet engage la souveraineté du pays ou l'avenir de notre nation.
Je le dis sans ambiguïté, les craintes ne sont pas fondées dès lors que les conditions posées par le président de la République seront satisfaites.
Éviter les facilités démagogiques, c'est d'abord rappeler des réalités.
Première réalité : c'est en 1966 que le général de Gaulle a jugé nécessaire de quitter le commandement militaire de l'Otan. Entre 1958 et 1966, la France gaulliste y participait donc. Pourquoi l'avoir quitté ? Essentiellement pour préserver notre pleine autonomie sur le programme nucléaire naissant, gage de notre indépendance.
Aujourd'hui, la force de dissuasion nucléaire française existe et, à la différence de 1966, nous pouvons participer au commandement militaire sans renoncer en rien à notre souveraineté entière sur l'arme nucléaire.
Deuxième réalité : la France est membre de l'Otan. Contrairement à une idée reçue, elle ne s'en est jamais retirée ! Elle en est même l'un des principaux contributeurs en hommes et en financement. Elle a exercé le commandement des forces au Kosovo de 2004 à 2005, en Afghanistan en 2004, sans que quiconque, parmi les protestataires du jour, y trouve à redire. Paradoxe : elle n'a pas de poste dans le commandement militaire.
Troisième réalité : l'Otan prend ses décisions à l'unanimité. L'opposition d'un seul de ses membres interdit son engagement. En aucun cas, la France ne saurait donc être obligée de participer à une opération contre son gré. Il est foncièrement faux d'évoquer un alignement automatique sur nos alliés américains. La preuve, s'il en était besoin, c'est que lorsque les États-Unis ont décidé d'engager la guerre contre l'Irak, l'Allemagne, membre à part entière de l'Otan, a refusé d'y participer.
Ces réalités rappelées, que signifie la présence de la France au sein du commandement militaire ?
Dans le commandement de l'Otan, la France élargira sa capacité d'action sur le plan militaire et diplomatique, elle aura les moyens de peser plus sur les choix stratégiques.
En participant à toutes les structures, il devient possible d'exercer une réelle influence non plus seulement sur les décisions, mais aussi et surtout sur la conduite des opérations. Notre vision, notre savoir-faire dans le rapport aux populations, ce que nos alliés appellent la « French touch », pourra être prise en compte en amont et dans le déroulement de toute intervention.
Nos responsabilités seront ainsi davantage en conformité avec la réalité des moyens militaires que nous déployons.
Il devient possible de peser plus pour faire évoluer l'Otan vers un fonctionnement plus souple, plus simple, plus réactif. Renforcée en son sein, la France aura demain la capacité à peser réellement sur cette transformation.
Le monde de 2009 n'est pas celui de 1949 ou de 1966. L'Otan de 2009 n'est plus celle de 1949 ou de 1966. Son champ géographique d'action est plus large, ses cibles plus précises, son besoin de réactivité plus grand.
Avec la fin de la guerre froide, puis de l'Union soviétique, le sens et les missions de l'Otan devaient être redéfinis. Lorsque la France a accepté en 2003 que l'Otan intervienne en Afghanistan, elle lui a permis de refonder son ambition : affirmer la solidarité de nos démocraties et défendre leurs valeurs face aux nouveaux risques du monde et d'abord le terrorisme. Consolider notre place au sein de l'Otan, c'est aussi renforcer notre action contre le terrorismequi nous menace pas plus mais pas moins que les autres.
Bien sûr, notre présence dans le commandement militaire dépend de la satisfaction des conditions rappelées par le président de la République en septembre 2007.
La première d'entre elles, c'est la garantie de notre indépendance.
Nul ne songe à remettre en cause la règle du consensus qui garantit notre liberté d'engager ou non une opération au titre de l'Otan. Quelle idée méprisante de la France se font ceux qui prétendent que ses dirigeants pourraient céder à des pressions. Le renforcement du contrôle parlementaire français sur l'engagement de troupes en opérations constitue de plus désormais une garantie supplémentaire.
La souveraineté nationale sur la force nucléaire est la base intangible de notre indépendance. Personne ne la discute.
Deuxième condition, la reconnaissance de la Défense européenne comme pilier de l'Alliance.
Il m'est revenu, en 2003, de participer à la création de la première force européenne autonome en République démocratique du Congo. Depuis lors, les missions se sont multipliées, à l'extérieur et à l'intérieur de notre continent. La création des GT 1500, de l'Agence européenne de l'armement, de la force européenne de gendarmerie, de la cellule de planification lui a donné les structures de son opérationnalité.
L'Europe de la Défense est aujourd'hui une réalité : elle est déployée au Tchad et dans le golfe d'Aden contre la piraterie. Elle n'est nullement contradictoire avec l'Otan. Les nations européennes de l'Otan sont à peu de chose près celles qui composent l'Europe de la Défense. Une vraie complémentarité peut s'organiser. Les conflits actuels et probables sont suffisamment nombreux pour qu'on ne se dispute pas le « privilège » de participer à leur règlement.
Et les réticences de certains pays européens à faire les efforts nécessaires pour renforcer la Défense européenne seront d'autant plus faciles à surmonter qu'ils auront l'assurance que celle-ci ne se construit pas contre l'Otan.
Troisième condition fixée par le président de la République : la juste reconnaissance de notre poids dans l'Europe de la Défense et l'européanisation de l'Alliance.
Elle passe par l'attribution de grands commandements. C'est là que se mesurera la reconnaissance des alliés de notre rôle dans la sécurité commune.
La réintégration de la France dans le commandement militaire de l'Otan n'est donc pas le choix d'un quelconque renoncement. Au contraire ! C'est celui de la responsabilité assumée sans aucun complexe. Il répond pleinement aux défis du XXe siècle, à la volonté de défendre collectivement les valeurs qui unissent nos démocraties, dans la fidélité à l'une des plus fortes exigences du gaullisme : le refus de la fatalité et la grandeur de la France.
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Entretien avec le Général d'armée aérienne Jean-Paul Paloméros,