vendredi, 04 juillet 2008

Bon anniversaire, Québec !

raffarin bureau.jpgPar Jean-Pierre RAFFARIN,
ancien Premier Minsitre,
Vice-Président de l'UMP.


Tribune publiée dans Le Figaro,
le 3 juillet 2008.


L'ancien premier ministre, qui préside le comité français d'organisation pour le 400e anniversaire de la fondation de Québec, salut les liens entre la France et la capitale de la Belle Province.

La France rend hommage au peuple québécois et à ses origines françaises. À Québec, elle marquera, par l'aménagement du Centre de la francophonie pour les Amériques, l'union de nos peuples d'une empreinte indélébile.

Mais quel message Samuel de Champlain a-t-il voulu adresser aux représentants des premières nations qui l'ont accueilli au bord du Saint-Laurent le 3 juillet 1608 ? Le temps nous a permis de le déchiffrer : la diversité fonde l'avenir.

Avec la ville de Québec, avec la nation québécoise, avec l'État canadien, la France reste fidèle à l'audace créatrice de ce «navigateur d'avenir». Nous faisons la fête avec Québec et construisons le futur de notre coopération. Sur le bord du Saint-Laurent, Québec vous tend les bras, répondez à l'appel du premier ministre Jean Charest qui vous dit «Français, venez chez nous», découvrez «cette voie rapide pour l'Amérique».

C'est à une rencontre de passion que l'on vous convie, et au-delà, ensemble, nous nous engageons pour que la diversité devienne une valeur universelle.

La France a mobilisé son affection généreuse et propose aux Québécois des événements inédits, et, en France, elle accompagne plus de 200 événements qui se déroulent sur tout notre territoire et expriment ainsi la diversité.

Diversité culturelle et linguistique par laquelle nous affirmons notre détermination à faire vivre la convention de l'Unesco sur la protection et la promotion des expressions culturelles, combat que nous avons gagné en commun.

Diversité économique qui permet d'accompagner nos entreprises sur le marché américain : Québec est la porte d'entrée pour ces marchés, la France la porte d'entrée sur l'Europe pour le Québec. Nous atteindrons l'objectif des 1 000 accords de PME de part et d'autre de l'Atlantique.

Diversité territoriale qui nourrit notre coopération de projets proches des populations. Le renforcement du partenariat entre les pôles de compétitivités et les créneaux d'excellence en est le témoignage, notamment dans l'aéronautique, la santé.

Il s'agit, pour la France, de réaffirmer la relation privilégiée et directe qui existe entre les deux gouvernements. Depuis quarante ans, cette volonté politique a toujours été réaffirmée. François Fillon reprend la tradition des visites alternées des premiers ministres, c'était nécessaire. Le président de la République française, à la mi-octobre, aura l'occasion de préciser la nature de la relation que la France souhaite développer avec l e Québec pour ce XXIe siècle. Une chose est certaine : notre fraternité historique caractérisera toujours nos liens ; personne ne peut en être jaloux, nous sommes nés comme cela.

Cette relation se situe au-dessus des partis politiques, les changements politiques, de chaque côté de l'Atlantique, ne l'ont jamais remis en question parce qu'elle est unique.

Le «400e» m'a permis de travailler «aux preuves d'amour» qu'il faut toujours ajouter à l'amour entre les peuples. Mais je n'oublie pas que le Canada, est un pays «né en français» selon les mots de son premier ministre, il peut compter sur l'amitié fidèle de la France, notre fraternité avec la nation québécoise nous oblige.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont mis leur intelligence au service de ce grand projet : «Ensemble, nous montrons qu'aimer la diversité c'est aimer l'avenir.»

samedi, 28 juin 2008

La culture au cœur du projet européen.

20070407_FIG000001150_23169_1.jpgPar Renaud DONNEDIEU DE VABRES,
ancien Ministre de la Culture.


Tribune publiée dans Le Figaro,
le 28 juin 2008.


L'ancien ministre de la Culture exhorte l'Europe à retrouver un contenu par la culture.

Identité, fierté, ouverture, racines, création, tradition, modernité, valeurs, autant de mots qui semblent avoir disparu du langage dès qu'il est question d'Europe !

Qui ne voit pourtant que les peuples européens sont en quête de repères, de sens, de réappropriation de leur propre histoire. De liberté et de pouvoir démocratique.

L'actualité, dans sa brutalité et sa violence, trouble en permanence nos concitoyens. Au fur et à mesure que les horizons resplendissants d'un univers mondialisé semblent s'ouvrir, le ciel politique, en fait, s'assombrit, la réalité quotidienne rappelant à chacun la dureté des temps.

Plus l'étranger est proche, plus les frontières s'estompent, plus est grand le besoin de s'identifier, de se localiser, de s'appartenir. De se retrouver.

L'individu, confronté à des cultures, des religions, des modes de vie qui ne lui sont pas familiers, se sent parfois ignoré, broyé, méprisé. Pour savoir accueillir « l'autre », quel qu'il soit, il faut être soi-même en situation de rayonnement, de réussite, d'harmonie.

Alors que l'Europe est le rempart politique le plus solide et le plus efficace pour que soit protégée et valorisée notre diversité, pour que nous réussissions à être une vraie puissance mondiale, force est de constater que les citoyens ont régulièrement une bonne raison d'exprimer leur refus.

Qu'il s'agisse du «plombier polonais» ou de la question de la viande, de la pêche ou de la chasse, il y a toujours matière à se focaliser sur un défi économique, une remise en cause d'acquis jugés menacés par l'aventure européenne. Tel est le paradoxe qu'il nous faut surmonter.

Face à l'inquiétude de l'avenir que manifeste avec force le refus d'Europe, lors des consultations référendaires, il est urgent et impératif de parler culture aux citoyens européens. Faire de la mise en valeur du patrimoine, de l'accueil à la création contemporaine, de la circulation des œuvres et des artistes, de l'éducation artistique de vraies priorités politiques, n'est plus aujourd'hui l'expression nécessaire d'un simple supplément d'âme ou la manifestation élégante de la vie artistique ; c'est, plus fondamentalement, une réponse à l'attente consciente ou inconsciente des peuples européens. Célébrer une langue, cultiver une tradition, accueillir l'architecture contemporaine, faire vivre les expressions culturelles nouvelles, honorer le répertoire, se projeter dans l'avenir grâce à l'histoire, donner le goût de la découverte et de l'innovation, préserver objets et métiers d'art, s'ouvrir aux cultures urbaines sont autant de projets de réconciliation, qui permettent même l'affirmation de notre identité européenne et la reconnaissance de chacun.

Il n'y a pas de contradiction entre l'Europe des arts et la révolution numérique, pas de conflit entre la dimension spirituelle et l'impératif du progrès social, pas d'opposition véritable entre la singularité d'une langue à protéger et la nécessité de la traduction, qui, selon Umberto Ecco, est «le langage de l'Europe». Ce sont des forces qui se nourrissent les unes des autres, dont nous pouvons et devons être fiers.

Comment ne pas voir, en outre, que notre attractivité et notre développement économiques sont principalement fondés sur notre capital culturel et artistique, sur notre potentiel d'intelligences, de savoirs, de créativité et d'imagination ? Culture et croissance sont une rime riche de sens et de conséquences concrètes pour le citoyen !

Nous devons placer la question de la culture au cœur même du projet politique européen. C'est le meilleur moyen d'inspirer une confiance populaire qui nous fera définitivement défaut si nous donnons le sentiment de renoncer à l'atout de la civilisation européenne. Ce n'est pas un repli, une fermeture, un recul de nos ambitions. C'est au contraire l'affirmation dynamique que notre diversité est une richesse et que notre unité est un projet et non un nivellement par le bas. La flamme culturelle européenne nous donne les moyens de tendre la main aux autres cultures du monde, de nouer un dialogue fécond en commençant naturellement par la Méditerranée, Mare Nostrum.

Face à l'intégrisme et aux violences, face à l'uniformisation et à la marchandisation excessives de nos sociétés, l'Europe de la culture est notre nouvelle frontière. C'est aussi le respect dû à chacun, à chaque peuple, à son histoire et à son devenir. C'est l'essence même de la démocratie.

Le président de la République a voulu que la France soit en «tenue» européenne pour mettre en lumière les 26 États membres lors de la présidence française. La saison culturelle européenne, qui débute le 1er juillet et qui accueillera partout en France de très nombreuses manifestations artistiques des 26 autres pays, n'est donc pas un divertissement. C'est un projet politique fondateur !

Commencer par la culture, c'est vouloir enrayer la spirale de la peur qui conduit au refus. C'est centrer notre projet politique sur l'essentiel. C'est conjuguer perspective collective et affirmation de soi. C'est placer l'homme au cœur de notre idéal politique et humaniste. C'est faire de l'Europe un modèle envié. C'est agir pour la prospérité et la paix.

Cela créera la dynamique populaire d'un oui à l'Europe, qui est le défi des temps actuels.

lundi, 02 juin 2008

Yves Saint Laurent: un génie s'est envolé...

1557669929.jpgLe couturier français Yves Saint Laurent est décédé hier soir, à son domicile parisien, à l'âge de 71 ans.

Symbole planétaire du luxe français, Yves Saint Laurent a révolutionné la mode de la seconde moitié du XXe siècle, tant par son génie créatif, que par l'accompagnement qu'il a apporté à l'évolution de la condition féminine. En effet, depuis la présentation du smoking ou de la saharienne dans ses collections haute couture des années 60, la femme n'hésite plus à porter le pantalon, sans pour autant perdre sa féminité et son élégance.

Son talent incomparable lui a valu la reconnaisance de tous; la dernière en date fut il y a quelques semaines, lorsque Nicolas Sarkozy lui remit les insignes de Grand Officier de la Légion d'Honneur à son domicile parisien.

Ses obsèques seront célébrées jeudi après-midi à 15H30 en l'église Saint Roch à Paris.

NCL

mardi, 13 mai 2008

L'hommage d'Alain Delon à Pascal Sevran.



Tout est dit...

Merci Alain!

Nicolas

vendredi, 09 mai 2008

Disparition de Pascal SEVRAN.

55630261.jpgOn aurait préféré une nouvelle fois que ce fût un canular de mauvais goût, mais la réalité est hélas sans équivoque: Pascal SEVRAN n'est plus; la chanson française est en deuil.

Jusqu'au bout, il se sera battu contre son cancer qui le rongeait depuis de nombreux mois, faisant fi des trahisons, de l'ingratitude de certains et de la connerie de beaucoup d'autres.

Pascal SEVRAN était un grand professionnel de la télévision, où durant de nombreuses années il a accompagné des millions de personnes grâce notamment à sa célèbre émission "La chance aux chansons". Il était aussi un grand parolier: on lui doit entre autres l'écriture de "Il venait d'avoir dix-huit ans" pour Dalida. Depuis quelques années, il s'était lancé dans la littérature avec la publication régulière de son journal intime, qui avait consacré ses réels talents d'écrivain.

Aujourd'hui, souvenons-nous du perfectionniste et de l'homme de fidèlité qu'il était...

NCL

dimanche, 10 février 2008

Non la culture française n'est pas morte!

b5be66dee296b277f6d5502fc96830a5.jpgPar Maurice DRUON,
de l'Académie française.


Et voilà ! Ça recommence. Tous les quatre ou cinq ans, les États-Unis sont pris d’une fièvre antifrançaise que l’un de leurs grands médias se charge de communiquer à l’univers. Assez de temps s’est écoulé depuis la crise précédente pour qu’on ait pu l’oublier. L’attaque paraît alors toute neuve. Si j’étais adolescent, je serais désespéré.

Cette fois, c’est Time qui mène l’opération, ayant jugé l’affaire d’assez d’importance pour lui consacrer sa page de couverture. «The Death of French Culture». C’est la mort d’une star mondiale. Alors sortons vite nos vêtements de funérailles. Cela ne fait que la quatrième ou cinquième occasion que l’on m’aura invité à m’en affubler.

L’attaque est perfide, car elle prend le ton de la déploration. Pauvre France, qui se saigne aux quatre veines pour ses artistes. Elle aura publié cette saison sept cent vingt-sept romans. Elle aura entretenu à prix d’or ses théâtres lyriques, ses musiciens, ses danseurs. Elle aura subventionné ses théâtres, maintenu dans le monde le plus grand nombre d’établissements culturels. Et tout cela pour rien. La moitié des billets de cinéma l’auront été pour voir des films américains.

J’abrège, mais je reste dans le propos. Tout cela semble sans queue ni tête, et n’en a aucune, effectivement, parce que l’auteur a l’esprit complètement faux et confond, comme la plupart de son public, culture et divertissement. Il met dans la même rubrique Proust, Monet, Piaf et Truffaut, et voit la France décédée parce que nous n’avons pas, dans l’instant, des célébrités de cette taille.

Facile de lui répondre, en s’en tenant à son barème, que nous avons Johnny Hallyday, qu’il cite lui-même.

La culture n’est pas déterminée par le box-office de la semaine. La culture s’exerce sur la durée. Il n’y a pas dix ans que Buffet est mort, et ses tableaux sont dans tous les musées de la planète. Sartre et Malraux sont encore nos contemporains. Et que tous les créateurs du monde soient accueillis par la France n’est pas un fléchissement, mais la preuve que cette terre est, depuis des siècles et, espérons-le, pour des siècles encore, celle de la culture.

Est-il jamais venu à M. Donald Morrison, auteur de ce factum, l’idée de se promener dans le vestibule du Collège de France ou de nos universités pour y recueillir les «idées» qui y circulent et influenceront les arts de demain ?

Inculte Amérique ! allais-je m’écrier. Mais non. Les États-Unis comptent maints chercheurs, érudits, penseurs, créateurs qui sont du plus haut niveau. Seulement, ils n’écrivent pas dans Time.

samedi, 08 décembre 2007

La culture française se porte bien, merci !

53b25d13533c09b70db0c5bac2b65d9c.jpgPar Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie.

Tribune publiée dans Le Figaro,
le 08 décembre 2007.


Pour Time, la culture française, hors de l’Hexagone, est morte ou sur le point de l’être. Sous perfusion, intubée, coupée du monde, nombriliste et passéiste, la culture française serait en coma dépassé… Le diagnostic est sé­vère. Le patient serait condamné. À tort. Reconnaissons toutefois une vertu à l’article de Time : il est bien documenté, car nourri à de bonnes sources tant les procès en déclin sont nombreux, dûment instruits et d’abord par nous-mêmes.

Mais qu’en est-il vraiment ?

Les industries culturelles, tout d’abord. Pour une nation de 63 millions d’habitants, à regarder de près les chiffres, le bilan est loin d’être désastreux.

Contrairement à la plupart des pays comparables, encore dotés d’une industrie cinématographique, la France résiste plutôt bien à la lame de fond hollywoodienne. La part de marché des films nationaux en France est stable depuis près de vingt ans : autour de 50 à 60 %. À comparer avec l’Allemagne (moins de 20 %), ou encore l’Italie (autour de 15 %). Le film français est également vu et apprécié en dehors du territoire national, avec 60 millions d’entrées dans le monde et 300 millions d’euros de recettes annuelles en moyenne.

Pour la musique, la situation française est encore meilleure : avec 25 % de parts de marché mondial, le groupe français Universal Music, filiale du groupe Vivendi, est le premier des quatre grands majors du disque.

L’industrie du livre n’est pas en reste. Deux groupes français dominent en France et à l’international : Hachette et Editis. Le premier a vu ses parts de marché doubler entre 2002 et 2007, passant de 950 millions d’euros à près de 2 milliards d’euros, les ventes en France ne représentant «que» 37 %. Le second est, avec 750 millions d’euros de chiffre d’affaires, un acteur majeur de l’édition francophone.

Les jeux vidéo, enfin, où là encore la France a su tirer le meilleur parti de ses talents et de ses jeunes créateurs. Le récent rachat d’Activision par Vivendi Games confirme la vitalité d’un secteur en pleine croissance et place le groupe français en tête du classement mondial des dix premiers groupes devant les Américains, les Japonais… et les Européens.

Comparaison n’est pas raison. Et, fort heureusement, le champ des industries culturelles n’épuise pas la question du rayonnement des œuvres françaises ou, selon les écoles, du déclin supposé de la culture française.

Il est indéniable, comme le rappelle Time, que la place de Paris n’a plus, depuis longtemps, le monopole des belles-lettres, ou celui de l’art contemporain.

Est-ce à dire que la pensée française est pour autant absente du débat d’idées international ? Comme l’ont rappelé d’autres avant moi, Michel Foucault et Jacques Derrida sont encore parmi les écrivains les plus étudiés aux États-Unis, et les enseignements de Michel Serres et de René Girard sont suivis avec passion par les étudiants américains.

Et s’il est vrai que la France ne fait que 8 % des ventes d’art contemporain dans le monde, à rapprocher des 50 % de parts de marché pour les États-Unis, la création française n’en suscite pas moins intérêt, curiosité et commandes. La Chine et le Brésil ne s’y sont pas trompés, qui ont fait appel au talent de Jean Nouvel pour la construction de l’Opéra de Pékin et du Guggenheim de Rio de Janeiro. À la Biennale d’arts plastiques de Venise, Louise Bourgeois, Annette Messager et tout récemment Sophie Calle ont également confirmé la force de la création contemporaine française.

Tout cela, nous le devons à notre histoire. Nous le devons aux talents de ce pays, aux artistes, aux créateurs, aux producteurs. Nous le devons aussi à l’engagement indéfectible des pouvoirs publics français, de droite comme de gauche, en faveur de la diversité culturelle, qui va bien au-delà de la seule défense de la culture française. Mais, comme le souligne fort justement Time, ce socle sur lequel nous avons bâti ce so­lide consensus, national, d’abord, puis, dans un second temps, international, avec l’adoption d’une convention à l’Unesco, ne doit pas être prétexte au repli sur soi. Il doit au contraire nous inciter à être audacieux, en pariant sur le talent des jeunes générations, en élargissant au plus grand nombre l’accès à la culture, en ouvrant plus largement encore la France aux sensibilités venant d’ailleurs.

Pour faire vivre pleinement notre culture dans le monde, nous devons bien sûr nous en donner les moyens. Mais nous devons également tirer un meilleur parti de la mondialisation en étant plus attentifs au désir de France qui s’exprime parfois sans recevoir d’échos, en sollicitant davantage l’initiative privée, qui n’est pas l’ennemi de la création, en accompagnant le succès au lieu de le décrier.

C’est, me semble-t-il, l’une des missions cardinales de la diplomatie culturelle de notre pays.

jeudi, 22 novembre 2007

Maurice BEJART fait désormais danser les étoiles.

3d5cd2388b792c9e365c7198e037e4c8.jpgLe chorégraphe français Maurice Béjart, qui a su mettre la danse à la portée d'un large public, est décédé à l'âge de 80 ans dans la nuit du mercredi 21 novembre 2007, à Lausanne, où il avait créé, il y a vingt ans, sa célèbre compagnie de ballets.

Elevé à l’Ordre du Soleil Levant (1986) par l’Empereur Hirohito, nommé Grand Officier de la Couronne (1988) par le Roi Baudouin de Belgique, la Japan Art Association lui décerne, en 1993, le Praemium Imperiale qui récompense, chaque année, cinq artistes de renommée internationale. Enfin, l’Association allemande des professionnels de la Danse lui a attribué son Prix 1994 pour sa "contribution exceptionnelle à l’évolution de cet art au cours de ce siècle".

Maurice Béjart était membre de l'Académie des Beaux-Arts (France) et Commandeur des Arts et lettres.

NCL

samedi, 20 octobre 2007

Pour une Europe des académies.

bb319ff61254ae8fdb659af60b9ca967.jpgPar Gabriel de BROGLIE, Chancelier de l'Institut de France.

Tribune publiée dans Le Figaro,
le 20 octobre 2007.


Depuis longtemps, les cinq Académies qui composent l'Institut de France entretiennent des liens étroits et fructueux avec les académies étrangères et tout particulièrement avec les académies européennes. Alors que nous correspondons avec régularité depuis souvent plus de trois siècles, nous n'avions jamais envisagé de nous réunir et de débattre ensemble.

C'est ce que nous ferons, les 22 et 23 octobre, grâce à la venue à Paris d'éminents représentants de plus de soixante académies européennes invités à s'exprimer sur le rôle des académies en Europe au XXIe siècle. Accueillir à l'Institut la Rencontre des académies européennes est une satisfaction profonde, preuve à mes yeux que l'esprit académique est toujours vivant, et avec lui le goût du débat qui le caractérise.

Mon initiative pourra surprendre et l'enthousiasme qu'elle a soulevé ne fera pas taire aussitôt les sceptiques. Il a toujours été de bon ton à Paris de se méfier de l'esprit académique assimilé, avec mauvaise foi, à l'académisme. Et, reconnaissons-le, nous avons tous souri au bon mot de Mme de Linange : « Les académies sont des sociétés comiques où l'on garde son sérieux. » Va pour le comique, s'il est perçu comme tel de se réunir chaque semaine pour « limer et frotter sa cervelle à celle d'autrui », parfois en habit vert brodé et au son du tambour ! Mais le sérieux ? Nous le gardons précieusement, nous veillons à la tâche essentielle qui consiste à donner plus de force aux idées qui font, à un moment de son histoire, la cohésion d'une nation. Or cette nation aujourd'hui, c'est l'Europe. Il me semble qu'il nous incombe d'abord, à nous autres académiciens, d'entretenir les outils qui permettent à une certaine idée de l'Europe d'être encore pensée, articulée, défendue.

Quand je parle de l'Europe, je n'envisage pas seulement une définition géographique ni historique ou politique. Paul Valéry estimait que pouvaient se considérer comme européens les peuples « qui ont subi au coeur de l'histoire, trois influences : (...) celle de Rome (...), modèle de la puissance éternelle et stable, celle du christianisme (...) et enfin, l'apport de la Grèce ».

Ajoutons à la vision méditerranéenne de Valéry la civilisation anglo-saxonne à qui l'on doit les bienfaits de la société de confiance, chère à Max Weber et à Alain Peyrefitte.

Il me semble pourtant que la géographie, l'histoire, l'espace ne doivent pas fixer l'Europe, qu'ils ne la contiennent pas entièrement, car l'Europe peut se penser aussi en termes de civilisation. Je dirais que l'Europe se définit comme une disposition d'esprit : une capacité à assimiler l'évolution des sociétés humaines, à accumuler le savoir et à se développer par la foi dans le progrès. De là découle une vision du monde, une conception de l'homme et de sa relation avec la création qui est commune à tous ceux qui défendent l'Europe.

Il nous faut pourtant reconnaître que cette idée de l'Europe ne s'est imposée que parce qu'il existait sur place une Europe des idées. Nous sommes les conservateurs de cette Europe des idées, mais notre lecture reste libre et l'on peut s'étonner que les pouvoirs ne se tournent pas davantage vers les académies plutôt que de s'entourer uniquement de leurs propres experts. Les académies se composent de penseurs libres, gardiens de la tradition et sourciers du progrès.

Quand les académies européennes se réunissent à Paris, elles entretiennent la flamme du savoir qui toujours attise le feu de la curiosité. Cela n'est pas autre chose que faire le lien entre la tradition et le progrès.

Puissent les académies européennes, en réfléchissant ensemble à leur situation au XXIe siècle, se persuader mutuellement de leur perpétuelle jeunesse.

vendredi, 10 août 2007

Les sages de l'Académie rendent hommage à celui qui incarnait l'héritage spirituel de l'Europe.

f28216ac0837a08fb9866efa4c88a039.jpgPar Hélène Carrère d'Encausse, Secrétaire perpétuel de l'Académie française.

Tribune publiée dans Le Figaro,
le 10 août 2007.


Le 15 juin 1995, le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, était élu à l'Académie française par 29 voix sur 31 dès le premier tour. Élection dite « de maréchal », ou de cardinal, qui, seule, pouvait convenir à cette personnalité hors du commun. Sans doute l'Académie a-t-elle toujours compté dans ses rangs des prélats, cardinaux ou évêques notamment. Mais ce n'est pas cette tradition qui explique le vote quasi unanime des académiciens.

Ont-ils été sensibles à quelques signes prémonitoires qui liaient le destin du cardinal Lustiger à celui de Richelieu, fondateur de l'Académie française ? C'est au centre Richelieu, en effet, que Jean-Marie Lustiger avait commencé son ministère, comme aumônier des étudiants. Et nommé archevêque de Paris, pouvait-il oublier que Paris fut érigé en archevêché en 1622, au moment même où Richelieu était créé cardinal ? Au-delà de ces coïncidences amusantes, l'Académie a surtout été consciente de tout ce qui, dans la personnalité, le destin et le discours du cardinal Lustiger, rejoignait ses ambitions.

Cette Compagnie s'est toujours voulue bastion de la tradition et, en même temps, partie prenante du monde moderne, acharnée à comprendre et participer à tous les débats de la modernité. Le mystère de l'homme, les rapports entre savoir et transcendance, entre raison et foi, autant de préoccupations de l'Académie.

Elle a été tout à la fois la famille de Bossuet, de Voltaire ou de Renan. Comment pouvait-elle alors ne pas s'ouvrir à celui qui, dans la seconde moitié du XXe siècle, aura posé avec un rare courage, avec violence parfois, mais surtout avec une intelligence incomparable, le problème de la mort de Dieu dans notre monde, celui du sens de la liberté de l'homme, de la morale et de la place de l'Église dans la société ?

Comment aussi l'Académie n'aurait-elle pas voulu compter parmi les siens celui qui incarnait, par son identité même, ce qui unit judaïsme et christianisme, la continuité des deux Testaments et, en définitive l'héritage spirituel de l'Europe que Jean-Marie Lustiger a parfaitement défini à l'heure des débats sur l'avenir et l'identité européens ? Quand il fut élu, le cardinal Lustiger avait averti ses confrères que sa charge et les combats qu'il menait sur tous les terrains ne lui permettraient pas d'être un académicien assidu. L'Académie serait présente dans sa pensée, dans ses prières, mais non dans son emploi du temps.

Et il est vrai que, s'il y apparut de temps à autre pour une élection, s'il prononça des homélies bouleversantes lors des obsèques de quelques confrères, le cardinal ne prit pas réellement part à la vie de la Compagnie durant ses années archiépiscopales. Mais il partagea avec ses confrères des moments exceptionnels. Au lendemain de l'élection du pape Benoît XVI, il vint à l'Académie pour lui faire une relation si précise et passionnante de l'événement qu'il donna à ses auditeurs le sentiment d'avoir vécu le conclave, et une vision claire de la personnalité du nouveau Souverain Pontife.

D'une certaine manière, ce récit faisait écho à la relation d'une autre élection pontificale, celle en d'autres temps de l'académicien Chateaubriand.

Durant des années, le cardinal fut pour ses confrères un repère et l'ami présent à l'heure des peines. En 2005, lorsqu'il remit sa démission au pape, il pensa pouvoir enfin siéger à l'Académie.

Mais le destin en décida autrement et la maladie anéantit son projet. Pourtant, c'est cette maladie inexorable qui précisément le conduisit une dernière fois à l'Académie dans un moment de grâce inoubliable pour ceux qui eurent le bonheur d'être présents.

Le cardinal prit prétexte d'une élection pour venir faire ses adieux à ses confrères, et il leur fit alors un don inestimable, l'enseignement d'un demi-siècle de pastorale délégué à sa famille académique. Certes, il venait annoncer la séparation prochaine, mais surtout, en prenant ainsi congé de ses confrères, comme le faisaient les mourants durant des siècles, il partageait avec eux sa mort, aboutissement de toute une vie, et l'entrée dans la vie véritable où tous seraient réunis.

Une dernière fois, le cardinal, fidèle à lui-même, balayait ainsi les déviations du monde contemporain, monde de jouissance et de quête de bonheur, qui dissimule la mort alors qu'elle est partie de la vie et qu'elle confère toute sa dignité à la personne - mot que le cardinal préférait à celui d'individu.

Par cette ultime démarche, qui a enrichi la Compagnie bien plus que des discours, le cardinal a définitivement dessiné l'image de lui qu'il nous lègue, celle d'un frère mais aussi celle d'un modèle de liberté, dont la devise serait « liberté de l'apôtre, parfois téméraire, toujours fidèle ».

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