vendredi, 30 octobre 2009

Henri Guaino : "Nous avons besoin d'investir rapidement"

20071019_WWW000000500_31953_1.jpgInterview de Henri Guaino,

Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

 

 

Entretien publié dans Le Monde,

le 29 octobre 2009.

 

 

Quel doit être le montant de l'emprunt national ?

Je n'ai jamais donné de chiffre et je n'en donnerai pas, puisque le président de la République a décidé qu'il fallait d'abord consulter et qu'une commission présidée par MM. Juppé et Rocard fournirait une expertise sur ce sujet.

Alain Juppé évoque une fourchette de 20 milliards à 40 milliards d'euros.

Dans ma conception de la démocratie et de la République, la décision appartient au pouvoir politique, en l'occurrence au premier ministre et au président de la République. J'ai une conviction profonde : nous sommes au début d'un nouveau grand cycle de croissance, nous avons besoin d'investir massivement, ne serait-ce que pour rattraper le retard que nous avons pris. Si nous ne le faisons pas, nous commettrons une erreur historique. Si le montant de l'emprunt n'est pas très important, nous prendrons du retard sur la croissance à venir. Ceux qui ont raté la révolution industrielle des "trente glorieuses" ont mis trente ou quarante ans à s'en remettre. Voulons-nous la même chose ?

L'Etat ne dépense-t-il pas trop en ce moment ? On l'a encore vu voler au secours des agriculteurs mardi.

Soyons sérieux ! Aucune catégorie sociale ne pourrait résister à la baisse du niveau de vie que connaissent les agriculteurs. Je me souviens du gouvernement Balladur, confronté à la désespérance des pêcheurs, leur disant : "On n'a pas les moyens de vous aider." Les pêcheurs désespérés ont manifesté à Rennes. Ils ont ravagé le centre-ville. Le soir même, le gouvernement a négocié, la facture est passée du simple au double. Est-ce du courage pour un gouvernement d'aller jusqu'au drame ? Plus on agit en amont, moins c'est coûteux.

Il y a aussi ces dépenses engagées par l'Etat lors de la présidence française de l'Union européenne. La Cour des comptes vient d'en pointer le coût : un dîner de chefs d'Etat qui revient à 5 367 euros par convive pour célébrer l'Union pour la Méditerranée, c'est normal ?

J'ai entendu les caricatures, les discours populistes absolument navrants qu'on a répandus dans tout le pays, sur toutes les ondes de radio !

Mais c'est la Cour des comptes qui le dit !

On a réuni à Paris quarante-quatre chefs d'Etat et de gouvernement, plus le secrétaire général des Nations unies, plus le président de la Commission européenne. C'était un sommet absolument exceptionnel, une réussite diplomatique sans précédent pour la France. Alors, on peut considérer que la France ne peut plus du tout tenir son rang, que c'est une petite puissance, qu'elle n'a qu'à se replier sur ses frontières, ne plus avoir de diplomatie, ne plus avoir de politique étrangère, ne plus avoir de politique d'influence. C'est une façon de voir. Le gouvernement a fait le choix inverse.

Tout de même, ça ne pouvait pas coûter un peu moins cher ?

Le gouvernement a décidé d'organiser ce sommet dans des délais très brefs. Ensuite, l'administration a mis en oeuvre ce qu'il avait décidé. Le prix a-t-il été abusif ? C'est le rôle de la Cour des comptes de le dire. S'il y a eu des irrégularités, elles seront sanctionnées. Mais c'est à la Cour de le dire. Cessons de tout caricaturer. Je pourrais aussi vous dire que la Mairie de Paris a fait payer très cher à l'Etat la location du Petit Palais pour accueillir le dîner des chefs d'Etat et de gouvernement. Ça vous paraît normal ?

Charles Pasqua, condamné dans l'affaire de l'"Angolagate", réclame la levée du secret-défense. Est-ce envisageable ?

Je ne suis pas partie prenante à ce procès. Je n'ai donc rien à dire là-dessus, sauf que j'ai pour Charles Pasqua beaucoup d'estime et de respect, je le connais bien, il a été un grand serviteur de la République. Après, à la justice de dire si des fautes ont été commises et de les sanctionner.

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