samedi, 28 février 2009

«On ne peut pas laisser Auschwitz disparaître»

59b4dfec-04d7-11de-b1f8-f5e336ebc36a.jpgInterview de Serge Klarsfeld,
vice-président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah .


Entretien publié dans Le Figaro,
le 28 février 2009.


Serge Klarsfeld soutient l'appel à l'aide européenne du gouvernement polonais pour entretenir le camp d'extermination. Le site tombe en ruines.

Si rien n'est fait, le camp d'Auschwitz-Birkenau va disparaître. C'est la raison pour laquelle le premier ministre polonais Donald Tusk, dont l'Etat finance l'entretien du site, a lancé un appel aux dons aux pays de l'Union européenne. «Si la Fondation récoltait 120 millions d'euros, elle pourrait affecter chaque année de 6 à 7 millions d'euros à la conservation du camp» a expliqué le ministre polonais des Affaires étrangères devant ses pairs de l'UE lundi. Pour lui, «c'est vraiment le moment de faire en sorte que le dernier camp d'extermination encore conservé soit maintenu pour les prochaines générations».

Lefigaro.fr : Le camp d'Auschwitz est-il très déterioré ?

Serge Klarsfeld : Ce sont surtout les baraques de Birkenau qui s'abiment. Construites en bois, elles n'étaient pas conçues pour durer soixante ans. Elles ont été entretenues de façon artisanale et respectueuse de l'authenticité des lieux, mais là, il faudrait les réhabiliter pour éviter qu'elles ne s'effondrent. D'autre part, les objets qui représentent les victimes, comme les valises ou les cheveux entassés dans une salle nécessitent une véritable protection pour ne pas disparaître.

Comment expliquez-vous cette détérioration ?

Par le temps qui passe, et par la hausse de la fréquentation également. Quand j'ai visité le camp pour la première fois, en 1965, j'étais seul sur les lieux. Aujourd'hui, c'est inconcevable. En 2008, 1,3 million de personnes s'y sont rendus. Le plus grand dilemme de cet endroit, c'est de préserver ce qui est authentique, tout en permettant aux gens de le voir et de le toucher.

En quoi est-ce important de préserver un tel lieu ?

Tout lieu où on a mis à mort beaucoup de gens a un caractère à la fois maudit et sacré. La préservation montre que l'on n'a pas oublié les victimes. Cela constitue également une preuve historique, dans la mesure où on trouve les ruines des chambres à gaz par exemple. C'est une étape de l'humanité dans son inhumanité.

Les négationnistes ne risquent-ils pas de s'emparer de cette restauration pour en mettre en doute la validité historique ?

Tout d'abord, il ne s'agit pas de reconstruction, mais bien de restauration. Et de toute manière, l'histoire du fonctionnement des chambres à gaz se trouve dans les plans et les documents, et non pas dans les ruines. Mais c'est important de pouvoir montrer où tous ces drames se sont déroulés.

Ne pensez-vous pas qu'il vaudrait mieux mettre de l'argent ailleurs que dans la restauration de ce lieu de mort ?

Faut-il arrêter de jouer des tragédies pour ne regarder que des comédies ? On n'a qu'à mettre Eschyle, Sophocle et Racine à la poubelle et ne jouer que «Bienvenue chez les Ch'tis» ! On ne peut pas faire des comédies sur tout ! Et l'histoire avance à coups de tragédies. Je suppose qu'à Srebrenica, on ne fait pas du camping sur la fosse commune non plus !

Comprenez-vous l'appel du gouvernement polonais à l'aide européenne ?

Il ne faut pas oublier que ce sont, entre autres, les policiers français, belges, hollandais et italiens qui ont rempli les trains [qui ont conduit les Juifs dans les camps de la mort] ! On ne peut pas faire porter à un seul pays le poids de la préservation d'un tel site. Je pense que l'Allemagne et la France seront sensibles à cela. Cette initiative doit être européenne car tous les pays ont un lien avec Auschwitz en Europe. Je n'ose pas envisager un refus. On ne peut pas laisser Auschwitz disparaitre.

Propos recueillis par Charlotte Menegaux pour Le Figaro.

vendredi, 27 février 2009

La France n'est pas protectionniste.

chatel.jpgPar Luc Chatel,
secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation,
porte-parole du gouvernement.


Tribune publiée dans Le Monde,
le 26 février 2009.


Non le plan automobile français n'est pas protectionniste. J'irai même plus loin, en affirmant que si l'on s'efforce d'étudier sérieusement les mesures annoncées par le gouvernement français, il doit au contraire être considéré comme un atout pour l'Europe.

Le secteur automobile traverse une crise inégalée par sa rapidité, son ampleur, et son caractère mondial. Tous les pays, même les plus solides, tous les constructeurs, même les plus performants, sont touchés de plein fouet. Les chiffres sont éloquents. En janvier les marchés ont poursuivi leur chute : France - 7,8 %, Allemagne - 14 %, Italie - 33 %, Espagne - 41 %.

Le point de départ de cet effondrement est bien connu : la crise financière et sa mutation en crise économique. La crise économique incite des ménages, inquiets pour leur avenir, à différer leurs achats. Et la crise du crédit limite de facto leurs possibilités d'acheter. Ce qui est vrai pour les particuliers l'est encore plus pour les entreprises : les constructeurs européens ne trouvent tout simplement plus d'argent pour financer leurs projets.

Pour répondre à cette situation, un plan de soutien immédiat est nécessaire, s'inscrivant dans le cadre temporaire permis par la Commission européenne. A cet égard, nous avons opté pour des prêts aux constructeurs présents sur le territoire national. C'est l'instrument le moins protectionniste que l'on puisse imaginer. A la différence d'aides à l'investissement ou à la recherche et développement qui sont par définition subordonnées à des investissements dans le pays qui octroie l'aide, ces prêts viendront irriguer les constructeurs pour l'ensemble de leurs activités. Ils bénéficieront donc aussi bien aux usines implantées à l'étranger (soit environ 2/3 des capacités) qu'aux usines implantées en France.

Rappelons que les constructeurs français ont déployé leurs productions sur le territoire de nombreux Etats membres, que ce soit en République tchèque, en Slovénie, en Slovaquie, en Roumanie, en Espagne, au Portugal ou au Royaume-Uni. Les prêts vont donc bénéficier indirectement à tous ces pays. Et ce d'autant plus que, en l'absence de liquidités, les constructeurs auraient été tentés de se recentrer sur leur marché domestique et de renoncer aux investissements réalisés à l'étranger. Les taux pratiqués rendent cette aide largement compatible avec les lignes directrices communautaires du mois de décembre.

Il est donc pour le moins paradoxal que la France soit suspectée de protectionnisme, alors même que l'intervention publique offre des perspectives à de nombreux pays européens.

Par ailleurs, loin de se limiter aux seuls constructeurs nationaux, notre plan automobile s'adresse bien à tous les constructeurs présents en France, quelle que soit leur nationalité. En ce moment même, nous sommes en discussion avancée avec plusieurs groupes européens implantés en France. Et les prêts que nous consentons aux filiales de crédit des constructeurs - rappelons que 70 % des véhicules sont vendus à crédit - ne sont eux non plus pas seulement destinés aux seuls constructeurs nationaux, mais bien à l'ensemble des filiales bancaires françaises des grands constructeurs européens. Ceux-ci l'ont bien compris, puisque certains ont déjà approché la France.

J'ai conscience que le reproche qui nous est fait ne porte pas uniquement sur les prêts, mais aussi sur les engagements pris par les constructeurs en termes de pérennisation de leurs sites d'assemblage en France. Peut-on sérieusement imaginer que l'on dise aux contribuables français "nous prêtons 6 milliards d'euros aux constructeurs automobiles, mais cet argent servira à fermer vos usines et à détruire vos emplois" ? Que les 6 milliards d'euros aident à soutenir les investissements internationaux, c'est bien, mais qu'ils permettent d'obtenir l'assurance que des sites soient préservés et des emplois sauvés, c'est vraiment le minimum.

Pour autant, il n'y a pas lieu de crier au protectionnisme. Rappelons-le, en aucun cas le gouvernement ne demande évidemment aux constructeurs de fermer des sites hors de France ou de relocaliser des usines installées à l'étranger. Rappelons également que de nombreuses aides, comme les aides à finalité régionale, s'accompagnent de contreparties en termes de maintien ou de développement de l'emploi.

Le procès en protectionnisme se nourrit d'un deuxième argument : le gouvernement français aurait, dit-on, exigé de ses constructeurs qu'ils achètent des fournitures produites en France. C'est faux, tout simplement faux. A aucun moment il n'a été demandé aux constructeurs d'acheter français. En revanche, le gouvernement a exigé qu'il soit mis un terme à une pratique nuisible, qui consistait à imposer aux fournisseurs qu'une part minimum d'achats soit effectuée dans des pays à bas coûts. Cette pratique allait à l'inverse du principe de libre concurrence qui est au fondement du projet européen.

Nous disons simplement aux constructeurs présents sur notre territoire : "Que vous exigiez des prix faibles de la part de vos fournisseurs est légitime, mais en aucun cas vous ne pouvez leur imposer de produire hors d'Europe." Si les fournisseurs européens sont compétitifs, pourquoi s'interdire de se fournir auprès d'eux ?

Finalement ce débat va bien au-delà d'une querelle technique. Il s'agit d'un véritable débat politique sur la conception même que l'on a de l'Europe et des moyens de la relancer. Si la France contribue à préserver l'industrie automobile européenne, c'est l'Europe tout entière qui en sortira renforcée. Financer les constructeurs, c'est maintenir les projets d'investissements dans les usines européennes ; c'est se donner toutes les chances d'être au rendez-vous des grandes échéances en matière de véhicules propres ; c'est enfin permettre aux entreprises viables de préserver au maximum leurs emplois et leurs compétences qui seraient sinon menacés par la crise.

La France croit en l'Europe lorsqu'elle est ambitieuse et pragmatique. Ce que l'on a su faire en un temps record pour les banques, nous devons aussi être capables de le faire pour notre industrie. L'Europe doit afficher son volontarisme industriel. Un volontarisme qui n'est en aucun cas le refus de la concurrence, mais simplement le refus de la fatalité.

Balladur : «Évitons le conservatisme et l'inertie»

211448b2-044b-11de-a467-dbe37b3f2dd9.jpgInterview d'Edouard BALLADUR,
publiée dans Le Figaro,
le 27 février 2009.


L'ancien premier ministre va adresser au chef de l'État deux projets de loi-cadre reprenant les propositions du comité sur les collectivités territoriales.

LE FIGARO. - Que vous inspirent les premières réactions au rapport du comité ?
Édouard BALLADUR. - À ce degré de mauvaise foi, elles m'inspirent une certaine surprise, aussi accoutumé que je sois à ce que sont les débats publics. Ce qui me frappe le plus, c'est qu'on puisse accorder crédit à des rumeurs colportées par les uns et les autres, sans avoir lu le texte du rapport. J'évoquerai les reproches tendant à accréditer l'idée que nous aurions voulu changer le régime électoral applicable aux élections régionales avec pour seul objectif de reconquérir les Régions aujourd'hui dirigées par la gauche. C'est faux. Il est expressément écrit dans le rapport que rien ne change pour les élections de 2010 et que la réforme du mode de scrutin n'entrera en vigueur, si on la décidait, qu'à partir de 2014.

L'émoi sur le devenir de certaines Régions est-il justifié ?
Sur cette question précise, la position du comité est simple et claire : nous considérons qu'il y a trop de Régions et qu'il vaudrait mieux qu'elles fussent plus puissantes. Pour autant, il ne nous appartenait pas de préconiser tels ou tels rapprochements qui, dans notre esprit, seraient fondés sur le volontariat des conseils élus des Régions.

Pourquoi cette agitation autour du rapport ?
Tout simplement parce que cette réforme est très difficile, beaucoup plus difficile que celle de la Constitution, puisqu'elle met en cause beaucoup d'intérêts et de positions de pouvoir.

Pierre Mauroy, membre du comité, déplore «une occasion manquée»…
Le comité a travaillé dans une ambiance bonne, cordiale, sereine, marquée par la considération réciproque. Nous sommes d'ailleurs parvenus à l'unanimité sur 16 des 20 propositions du rapport. Il y en a quatre que les représentants de la gauche, Pierre Mauroy et André Vallini, n'ont pas voté. Inutile de se le dissimuler, ce sont quatre propositions importantes, portant sur le maintien aux seules communes de la clause de compétence générale, le Grand Paris, l'élection lors du même scrutin des conseillers départementaux et régionaux, le transfert de compétences départementales aux « Métropoles » dont le rapport propose la création.

Quelles sont les lignes directrices du comité ?
Il y en a quatre : plus de puissance pour les collectivités locales, plus de démocratie, plus d'efficacité, plus de diversité. C'est à ces objectifs que répondent la création de « Métropoles », l'élection au suffrage universel des conseillers intercommunaux et de ceux des « Métropoles », une meilleure coordination des départements et des Régions, une meilleure définition des compétences pour chaque échelon, le souci que la suppression de la taxe professionnelle ne porte pas atteinte aux moyens des collectivités, la création du Grand Paris.

Le débat annuel au Parlement sur les finances locales n'est-il pas une atteinte à l'autonomie des collectivités locales ?
Il s'agit de choisir le sens de la démocratie. Je suis tout à fait favorable à la décentralisation, mais il est parfaitement légitime que le Parlement s'en préoccupe, dès lors que les collectivités locales ne perçoivent l'impôt que par autorisation parlementaire. Je souligne qu'il n'y a pas de risque d'inconstitutionnalité dès lors que cet objectif n'est pas contraignant. Nous avons d'ailleurs pris soin que l'intégralité de nos propositions ne nécessite aucune révision de la Constitution.

Une réponse institutionnelle peut-elle être apportée à la crise aux Antilles ?
Nicolas Sarkozy a proposé des États généraux de l'outre-mer. Il est probable qu'à cette occasion la question de l'avenir du statut des départements et des régions d'outre-mer sera posée. C'est une grande question qui nous invite à réfléchir aux institutions de l'outre-mer français, dans le respect, bien entendu, du principe d'égalité. En attendant que se tiennent ces États généraux, peut-être serait-il préférable que toute décision modifiant le statut actuel dans telle ou telle Région de l'outre-mer soit suspendue. Je pense au statut de Mayotte, dont la modification pourrait peut-être être reportée (Une consultation populaire est prévue le 29 mars à Mayotte, NDLR), chacun pourrait le comprendre, jusqu'à ce qu'on y voie plus clair sur l'ensemble des institutions d'outre-mer, mais je sais que cela pose le problème du respect du calendrier déjà fixé. Le comité ne s'est pas prononcé sur ces questions et s'est borné à proposer qu'une Assemblée unique se substitue aux conseils régionaux et aux conseils généraux qui régissent le même territoire.

Selon vous, quelles propositions du rapport seront retenues par le président de la République ?
Pour la révision constitutionnelle, il a retenu 80 % de nos propositions. Il faut lui laisser le temps de prendre connaissance de nos conclusions. Mais ces réformes doivent être engagées dès maintenant, il n'est que temps de décider. Il y a cinquante ans qu'on en parle, il faut passer aux actes. En même temps que mon rapport, je vais adresser au président de la République, par lettres distinctes, deux projets de loi-cadre, le premier sur le droit commun et le second sur le cas particulier du Grand Paris. Proposer deux projets distincts permet un échelonnement des concertations nécessaires et, je l'espère, un apaisement. Alors, le premier texte pourrait être discuté dès cet automne.

La crise va-t-elle compliquer votre tâche ?
Elle ne la facilite pas. Mais une des idées justes que défend Nicolas Sarkozy, c'est qu'il ne faut pas arrêter les réformes. Réformer les collectivités locales est une façon de préparer l'avenir dans un champ essentiel de la vie publique et de la vie économique. On pourra toujours nous expliquer qu'au moment où nous enregistrons près de 100 000 nouveaux chômeurs, il y a d'autres priorités. Mais on doit aussi préparer l'avenir et s'employer à faire comprendre les enjeux de cette réforme ; elle est essentielle pour notre pays, sa compétitivité, sa force économique, sa cohésion.

En prônant la concertation, ne prenez-vous pas le risque qu'il ne se passe rien du tout au final ?
Préféreriez-vous que je recommande la décision autoritaire immédiate ? Mon souhait est que le législateur décide au terme de la concertation. Quant à moi, je reprends ma liberté de parole, j'espère que nous éviterons le conservatisme et l'inertie. Quant au Grand Paris, qu'on demande aux Franciliens par référendum s'ils sont satisfaits de la situation des transports, du logement. Doutez-vous de la réponse ? Il est grand temps de sortir de la confusion.

Êtes-vous optimiste sur l'aboutissement de la réforme ?
Ce serait une belle réforme, une grande réforme. Jusqu'à présent, un effort louable de décentralisation a été engagé, mais on n'est pas allé jusqu'à son terme. On ne le pourra que si les collectivités locales sont plus puissantes. C'est notre but. Bien sûr, les premières réactions devant l'ampleur de notre projet ont été la surprise. Mais nous allons nous appliquer à expliquer, à clarifier et à débattre. Je remets le projet de loi à Nicolas Sarkozy qui nous reçoit jeudi. Ensuite, au gouvernement et au Parlement de décider.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Garat,Philippe Goulliaud et Paul-Henri du Limbert pour Le Figaro.

jeudi, 26 février 2009

France-Chine : il est urgent de rétablir le dialogue.

raffarin parc 2.jpgPar Jean-Pierre RAFFARIN,
ancien Premier ministre,
Sénateur de la Vienne.


Tribune publiée dans Le Figaro,
le 26 février 2009.


L'ancien premier ministre rentre de Chine, où il a emmené une délégation de jeunes élus (1), dans le cadre de sa fondation Prospective et Innovation. Ces derniers prennent la parole à ses côtés sur les conditions, à leurs yeux, d'une amélioration des relations entre les deux pays.

Lors de notre déplacement en Chine, nous avons rencontré en particulierle premier ministre Wen Jiabao : nous avons pu vérifier que les relations franco-chinoises traversent une période de turbulences. Les autorités chinoises ont insisté sur le caractère «excessif et flagrant» de la rencontre entre le président de la République française et le dalaï-lama,le 4 décembre 2008 en Pologne : cela constitue, selon eux, la source de nos difficultés diplomatiques.

Les Chinois attendent une initiative du président Sarkozy sur ce sujet, avant le sommet de Londres, le 2 avril prochain. Ce geste, ni excuse ni reproche, serait bienvenu pour redonner confiance sur le long terme aux deux parties, et retrouver le caractère d'excellence qui caractérisait les relations franco-chinoises. Plutôt que la dialectique stérile des reproches, nous proposons une réciprocité du respect.

Si la Chine se montre exigeante à l'égard de la France, c'est qu'elle n'appréhende pas la relation bilatérale sous le seul angle commercial, contrairement aux relations principalement mercantiles avec nos voisins. Nos liens sont d'abord politiques. Ils sont aussi anciens et stratégiques. Le général de Gaulle a été le premier chef d'État occidental à reconnaître la république populaire de Chine, le 27 janvier 1964 et à souhaiter qu'un dialogue fécond entre les deux peuples s'engage à la faveur des relations entre les deux États.

Le partenariat global stratégique voulu par le président Chirac, initié en 1997 et approfondi en 2004, a marqué la volonté de la France et de la Chine de discuter ensemble des grandes questions qui déterminent l'avenir du monde : volonté de promouvoir un monde multipolaire, rôle central du Conseil de sécurité des Nations unies où la France et la Chine adoptent souvent des positions communes, lutte contre la prolifération, fixation de règles du commerce international, développement durable…

La Chine considère que la France, pays «ami», a manifesté une forme d'ingérence dans ses affaires intérieures. En effet, l'opinion publique chinoise, dont la réalité est incontestable, voit dans le dalaï-lama un chef politique à la tête d'un gouvernement en exil, revendiquant l'autonomie du quart du territoire chinois et tenant d'un régime théocratique.

Dans un contexte d'incertitudes lié à la crise économique et financière internationales et à la mise en place d'une nouvelle Administration américaine, il est probable que la Chine se montrera intransigeante vis-à-vis de tout événement portant atteinte à sa stabilité et à sa souveraineté.

Durant cette semaine en Chine, nous avons eu l'occasion, après Pékin, de nous rendre dansle Hunan et dans le Guangdonget d'y rencontrer les dirigeants politiques et les décideurs économiques. Nous y avons rencontré un accueil des plus chaleureux et senti une volontéde mener à bien, ensemble,de multiples projets mettant en valeur les savoir-faire français. Raison de plus pour prendre au sérieux, et avec une certaine gravité les deux avertissements récents donnés par les autorités chinoises : le report du sommet Europe-Chine qui devait se tenir décembre dernier, le tour de la France effectué à l'extérieur des frontières françaises par Wen Jiabao, à la fin du mois de janvier.

La préoccupation actuelle des Chinois semble être d'évaluer si un revirement de la politique étrangère française à leur égard est en cours après une continuité de quarante-cinq ans. En effet, malgré la réaffirmation par le président de la République du respect, par la France, des principes de souveraineté et de laïcité, certaines images ont fait douter. Nous avons rappelé au premier ministre, à l'Assemblée nationale populaire et au ministère des Affaires étrangères que le président Sarkozy accordait une importance singulière et stratégique aux relations franco-chinoises, comme en témoignent ses trois visites dans le pays au cours de ses 18 premiers mois de mandat.

Le travail de clarification est désormais amorcé. Il est nécessaire de le mener à bien afin de retrouver confiance et constance dans nos rapports bilatéraux.

(1) Marc Laffineur, vice-président de l'Assemblée nationale, Jean-Claude Carle, sénateur de Haute-Savoie, Philippe Dallier, sénateur de Seine-Saint-Denis, Françoise Guégot, député de Seine-Maritime, Jacqueline Irlès, député des Pyrénées-Orientales, Antoine Lefèvre, sénateur de l'Aisne, Philippe Paul, sénateur du Finistère, Valérie Rosso-Debord, député de Meurthe-et-Moselle.

mardi, 24 février 2009

Pour l'hôtel Lambert, faites encore un effort, Monsieur l'architecte en chef !

hotel-lambert-344230.jpgLe 18 décembre 2008, la commission du Vieux Paris alertait l'opinion sur la dénaturation importante que subirait l'hôtel Lambert, l'un des grands chefs-d'oeuvre de l'architecture du Grand Siècle, classé Monument historique depuis 1862, si le projet de "réhabilitation" élaboré par l'architecte en chef des Monuments historiques (MH), M. Alain-Charles Perrot, pour le nouveau propriétaire, n'était pas profondément amendé. L'affaire de l'hôtel Lambert, dont Le Monde s'est plusieurs fois fait l'écho, commençait.

Réflexion faite, le plus étrange est que les points les plus discutables du projet, voire les plus scandaleux, tiennent moins aux exigences du client qu'aux choix techniques, aux caprices esthétiques et aux erreurs historiques de l'architecte.

Le premier point, celui par lequel le scandale est arrivé, est le parti de creuser et de cuveler de béton la cour et le jardin, pour installer un vaste parking souterrain et les lourds équipements techniques, électriques et géothermiques retenus par M. Perrot.

Il est assez ahurissant qu'un architecte en chef des MH ait pu proposer de creuser le seul authentique jardin "suspendu" du "Paris Grand Siècle" pour établir un garage trouvant son débouché en plein milieu du mur du XVIIe, dans un site classé au Patrimoine mondial.

Ce parti de plan serait écarté, dit-on, mais faut-il revenir simplement au projet initial, que les services de la Ville avaient déjà rejeté : parking sous la cour et plateau technique sous le jardin ? Il présente deux inconvénients majeurs : le passage de béton reliant les deux cuvelages passe sous les caves du corps principal et viendra couper les pilotis de bois sur lequel repose l'hôtel Lambert, comme tous les vieux hôtels de l'île Saint-Louis ; d'autre part, même si le cuvelage technique est un peu réduit, l'authenticité et la beauté du jardin resteront fortement altérées.

Une seule solution est correcte d'un point de vue patrimonial : garer les voitures en surface, dans les anciennes remises de carrosse et dans le passage cocher existant sur le quai, comme le faisaient les Rothschild, les précédents propriétaires, ce qui permettrait de placer tout le plateau technique sous la cour pour dégager les caves, sans creuser sous le jardin.

Le deuxième point, qui fait aussi scandale, touche la dernière pièce du grand appartement du premier étage, avec son plafond à poutres et solives peintes et dorées avec des figures - putti et médaillons -, que l'étude a reconnu comme authentique, avec des restaurations d'extension limitée. Le projet prévoyait de transformer le noble "cabinet" de M. Lambert en salle de bains et dressing, et de détruire un bon tiers du plafond pour faire passer un ascenseur et une énorme gaine technique. Devant la presse en janvier, l'architecte reconnaissait l'écueil, "concession faite au propriétaire", qui souhaitait un accès direct par ascenseur à sa chambre.

On attendait plutôt qu'il trouve la bonne passe pour l'éviter... derrière la cloison qui retranche depuis le XVIIIe ou le XIXe un quart environ du grand cabinet de travail d'origine, l'ascenseur pouvant remplacer le petit escalier de dégagement installé là. Et, si on y retrouve le quart manquant du plafond peint d'origine, il faudra savoir persuader le nouveau propriétaire, qui aime, dit-on, l'art et Paris, qu'on a des devoirs vis-à-vis du patrimoine qu'on occupe, et que, pour préserver cette découverte, il faudra se satisfaire d'un ascenseur s'arrêtant au premier étage (deux autres ascenseurs n'étant pas si loin) pour ne pas détruire ce qu'on viendrait à découvrir.

Le troisième point est sans doute moins spectaculaire, mais, pour l'architecture comme pour la haute couture, tout est dans les détails autant que dans le grand dessin. Il touche à la doctrine de restauration, qui a fait pourtant l'objet d'accords internationaux signés par la France, la charte de Venise en 1965 et la convention européenne de Grenade en 1985, et dont la règle majeure est le respect des strates de l'histoire.

Or le prince polonais Adam Czartoryski, qui rachète l'hôtel en 1842 et dont la famille le possède jusqu'en 1976, opère une importante restauration avant d'accueillir dans ses salons tous les exilés polonais de Paris et quelques-unes des gloires de la France littéraire. Pourquoi vouloir gommer toute trace de cette seconde brillante période pour restituer un pseudo-état XVIIIe ?

Il est absurde de vouloir remplacer dans la cage du grand escalier la balustrade haute, créée au XIXe, par une balustrade neuve, en s'appuyant sur une gravure dont on peut démontrer la fausseté, comme de substituer au lanternon zénithal en place un lanternon neuf, dont le modèle n'est pas documenté. Absurde aussi de changer le dessin des lucarnes, dont la plupart datent de cette même époque, d'autant que l'opération conduit à déposer les beaux vitraux qui éclairent le corridor de l'atelier installé dans les combles pour le prince polonais par J.-B. Lassus, le restaurateur de la Sainte-Chapelle, à Paris.

En fait, si les deux commissions, qui doivent se réunir prochainement, n'y mettent pas leur veto, c'est tout cet appartement néogothique, y compris l'escalier qui y mène, que s'apprêtent à faire disparaître M. Perrot et M. Pinto, le décorateur dont le rôle est sans doute plus important que ce qu'on en a dit jusqu'ici.

Pourquoi diable faut-il une campagne de presse et d'opinion pour obtenir le respect de notre patrimoine ? Tous les atouts semblaient pourtant ici réunis : un propriétaire amoureux des arts, prêt à dépenser sans compter et donnant carte blanche à un architecte des Monuments historiques, épaulé par un comité scientifique. Mais voilà : l'architecte a une vision archaïque de la restauration, le comité ne comprenait jusqu'il y a quelques semaines ni spécialiste d'architecture ni spécialiste du second-oeuvre, et le ministère pilotait le tout en direct dans le secret.

Maintenant que le dossier est public, espérons que le bon sens patrimonial l'emportera et que l'hôtel Lambert pourra retrouver sa splendeur.

dimanche, 22 février 2009

Les braconniers de la vie des autres.

699060aa-f486-11dd-9bf2-6ef6c660be38.jpgL'intime conviction de Paul Lombard.

Tribune publiée dans Le Figaro,
le 21 février 2009.


Notre vie est-elle encore notre propriété exclusive ? Est-elle devenue une indivision entre chacun d'entre nous et une société qui ignore la présomption d'innocence, se réjouit à chaque fois qu'une statue se craquelle et vacille ? Faisant fi du libre-arbitre, négligeant la complémentarité de la pensée et de l'action, elle délègue aux auteurs des biographies non autorisées le soin de se poser en professeurs de morale. À vrai dire, j'apprécie modérément l'expression «biographie non autorisée». En matière de création, en effet, il ne peut exister de consentement préalable. Je lui préfère l'appellation incontrôlée de «biographie braconnée» qui transforme les maisons d'édition en préaux de distribution des prix où les élèves moyens attribuent les mauvais points aux premiers de la classe. Ce genre discutable possède ses lois. Il s'agit de déstabiliser, déconsidérer, voire déshonorer une femme ou un homme public en racontant sa vie revue et corrigée par la partialité de l'auteur dont l'alibi ne varie guère : éclairer le bon peuple abusé par l'ambition, la rapacité, la roublardise. Pratiquant la méthode de l'amalgame et la technique des morceaux choisis, il tronçonne une existence comme le tronc d'un chêne, place les petitesses sur le podium, les mérites, sous le boisseau.

Il est malaisé de tracer la frontière entre le tolérable et le contestable. Autour de cette ligne de démarcation incertaine rôdent les fantômes de Plutarque et de Suétone, les célèbres duettistes de la biographie gréco-romaine. Si le premier, avec ses Vies parallèles, côtoie l'hagiographie, le second, dans sa Vie des douze Césars, s'ébroue dans la polémique, mais - soulignons-le - ni l'un ni l'autre ne s'est jamais attaqué aux vivants, parce qu'une vie, trahie par une analyse parcellaire, ne s'apprécie que dans sa globalité.

Au XVIIIe siècle, Voltaire s'indignait de ces Mémoires secrets qui écornaient la respectabilité de ses contemporains : «Je suis mécontent de ces Mémoires secrets. Je voudrais qu'ils fussent si secrets que personne ne les eût jamais lus.» Que dirait aujourd'hui le solitaire de Ferney ?

Manipulation

Quelques décennies plus tard, la Biographie des hommes vivants, publiée par Louis-Gabriel Michaud, semblait renouer avec cette tradition peu reluisante. En fait, il s'agissait d'un catalogue, à mi-chemin entre le Who's Who et le calendrier des Postes, dressant une liste non exhaustive des personnages illustres de l'époque, devenus, pour la plupart, d'illustres inconnus. Belle leçon d'humilité.

Pour trouver quelque noblesse à un genre qui n'en possède guère, il faudrait évoquer Saint-Simon et le cardinal de Retz. Mais ces deux surdoués de la méchanceté littéraire ne griffaient pas pour leur seul plaisir : ils s'efforçaient, s'inspirant des travers des grands, de mettre à nu les ressorts secrets de l'Histoire. De nos jours, il ne s'agit plus d'Histoire, mais de règlements de comptes, dont furent victimes, hier, Zinédine Zidane, Bernard-Henri Lévy (si ses détracteurs possédaient seulement le centième de ses qualités…) Michel Houellebecq et tant d'autres.

Aujourd'hui, c'est le tour de Bernard Kouchner. Se moquer d'un sac de riz, en oubliant Médecins sans frontières, parler de publicité et jamais de courage, contester à un homme public son droit au travail, oublier une volonté de vaincre le destin… relèvent de la partialité ; transformer un homme en figurant de la commedia dell'arte, de la facilité. Avec pareille méthode, il est loisible de faire passer une enfant de Marie pour une délurée, et le divin marquis, pour un émule de Perdican.

La liberté d'écrire sur tout et sur tous est une des règles d'or de la démocratie. Aucune position, aucun pouvoir ne met un homme à l'abri de la critique. Mais il ne faut pas confondre liberté d'écrire et manipulation. Les braconniers invoquent souvent un double patronage : les grands polémistes et les journalistes d'investigation. En vain. Il existe entre ces soi-disant parrains et leurs pseudo-filleuls une différence fondamentale. De Léon Daudet à François Mauriac, les rhétoriqueurs de l'hyperbole et de l'invective s'arrogeaient le droit d'être partiaux. Ils ne s'en cachaient pas, abandonnant à d'autres le masque de l'objectivité.

Équité

Les successeurs d'Albert Londres et de Joseph Kessel, détectives de l'imprimerie, traquent la vérité sous toutes ses formes et en dévoilent les arcanes, leurs convictions dussent-elles en souffrir. Dans les deux cas, nous sommes loin de ces biographies qui déforment une vie en projetant hors de leur contexte les matériaux du réel, métamorphosent leur victime en bouffon ou en bourreau d'elle-même. C'est d'autant plus grave que le syndrome de Gutenberg confère au livre une présomption de vérité ignorée du Code. Le premier exemplaire vendu, le mal est fait et, comme le temps judiciaire prend son temps, ne cesse de s'étendre. Comment en atténuer les effets ?

J'ai passé ma vie à défendre la liberté d'expression, à proscrire toute forme de censure, à déplorer la pénalisation de la pensée. Ce passé m'autorise à proposer à l'avenir de nouvelles balises.

La justice, quand elle concubine avec l'imagination, doit prescrire à l'équité des remèdes qui ne soient pas des placebos. Je souhaite que toute personne mise en cause dans une soi-disant biographie puisse saisir en référé le président du tribunal. Non, bien sûr, pour demander l'interdiction du livre, mais pour solliciter la nomination d'un mandataire chargé de dresser et de publier dans les délais les plus brefs, la liste des inexactitudes flagrantes et des contrevérités incontestables.

Face au braconnage, le contradictoire doit être la chasse gardée de la bonne foi. Telle est mon intime conviction.

vendredi, 20 février 2009

Un débat de fond est nécessaire sur un choix qui engage l'avenir du pays.

7b903184-b08b-11dd-87c5-3cde4ab219d3.jpgPar Alain Juppé,
ancien Premier Ministre,
Maire de Bordeaux.


Tribune publiée dans Le Monde,
le 20 février 2009.


La France a-t-elle intérêt à réintégrer, en 2009, le commandement militaire de l'OTAN qu'elle a quitté en 1966 ? La question n'est pas sacrilège. Nul ne sait comment le général de Gaulle y répondrait aujourd'hui. Sinon qu'il se déterminerait à la lumière du seul intérêt national.

C'est dans cet esprit que, en 1995, le président Chirac et le gouvernement que je dirigeais ont engagé un processus de rapprochement entre la France et l'OTAN. Nous y avions mis deux conditions clairement énoncées : d'abord parvenir à un partage équitable des responsabilités, c'est-à-dire des commandements, entre Américains et Européens ; ensuite obtenir de nos partenaires européens le lancement d'une politique européenne de sécurité et de défense (PESD) qui en soit une, ce qui supposait à la fois une volonté réelle de leur part et la levée de la réserve, voire du veto américain.

A l'époque, ces conditions ne furent pas remplies et la démarche fit long feu.

Depuis lors, les choses ont changé. En 1998, à Saint-Malo, Jacques Chirac et Tony Blair se sont mis d'accord sur une déclaration qui débloqua la situation. Ils y ont affirmé que l'Union européenne "doit avoir une capacité autonome d'action, appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales". Ce fut un tournant historique.

Tout au long de la décennie qui a suivi, la Politique euroépenne de sécurité et de défense a connu de notables avancées. De 1999 à 2000, les conseils européens de Cologne, Helsinki et Feira ont pris des décisions qui ont abouti à la mise en place de structures communes.

A Bruxelles, en 2003, l'Union a adopté sa stratégie de défense. Et surtout, de 2003 à 2008, elle a monté 23 missions sur des théâtres extérieurs, dont six opérations militaires significatives, par exemple en Bosnie-Herzégovine ou en République démocratique du Congo.

On comprend dès lors que le président Sarkozy, dans la droite ligne des efforts accomplis depuis 1995, reprenne aujourd'hui l'initiative.

Est-ce à dire que les conditions posées au départ et qui demeurent valables sont désormais remplies ?

Il faut y regarder à deux fois.

La nouvelle administration américaine est-elle prête à partager réellement les responsabilités militaires au sein de l'Alliance ? En d'autres termes, les commandements qui échoiront aux Européens, et notamment aux Français, auront-ils la même importance stratégique que ceux qu'exercent les officiers généraux américains ? On n'y voit pas encore assez clair sur ce premier point.

Quant à la défense européenne, il lui reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour devenir pleinement crédible. L'agence européenne de la défense créée, en juillet 2004, pour promouvoir la recherche-développement de défense et les acquisitions d'équipements militaires en coopération n'a pas donné les résultats attendus.

L'objectif capacitaire initial fixé à Helsinki en 1999, c'est-à-dire la constitution d'une force de réaction rapide européenne, capable de déployer de 50 000 à 60 000 hommes en soixante jours et pour une durée d'au moins un an, n'a pas été atteint. L'effort de défense moyen des Etats membres plafonne à 1,07 % du PIB européen. Et parmi les grands pays, seule la Grande-Bretagne atteint le seuil des 2 %.

Avons-nous dès lors les moyens de nos ambitions ? J'ajouterai, sans esprit de provocation : avons-nous seulement des ambitions ? Partageons-nous la même vision des intérêts européens au sein de l'Alliance ? Et que voulons-nous faire de cette Alliance ? Le monde actuel ne ressemble en rien à celui où elle est née. Conçue dans un contexte de confrontation entre les blocs, soviétique d'un côté, occidental de l'autre, elle doit aujourd'hui redéfinir sa raison d'être, ses missions, son territoire d'action. La vision qu'en a l'Amérique n'est pas forcément identique à celle des Européens, et notamment des Français.

On me répondra que notre pays a déjà fait les neuf dixièmes du chemin sur la voie de la réintégration. Que nous siégeons à nouveau dans toutes les instances de l'OTAN (sauf deux créées après notre départ). Que nous sommes devenus l'un des premiers contributeurs en troupes de l'Alliance. Que nous avons participé, sous commandement OTAN, aux opérations contre la Serbie en 1999. Que nous avons placé une centaine d'officiers dans la structure intégrée et que nous participons à la force de réaction rapide de l'Organisation.

L'argument est fort.

Mais on peut se demander s'il n'est pas réversible.

Si, malgré notre position spécifique dans l'OTAN, nous en sommes un membre si actif, quel avantage allons-nous retirer à perdre cette spécificité ?

Une influence accrue dans l'Alliance ? Nous y pesons déjà lourd et toutes les décisions s'y prennent à l'unanimité.

De la considération de la part de nos alliés américains ? Sera-t-elle durable dès lors que leurs propres intérêts seront en jeu ?

Une solidarité accrue de nos partenaires européens et une relance effective de la PESD avec, notamment, la création d'un commandement militaire opérationnel ? Nous voyons bien qu'ils ne partagent pas tous notre volonté d'autonomie ; je conviens que nous aurons peut-être plus de poids pour mettre en oeuvre une coopération renforcée ou structurée avec ceux qui en ont les moyens et l'ambition.

Qu'en conclure ? Qu'il y a, d'ici le sommet de l'OTAN prévu à Strasbourg début avril, place pour un débat de fond sur un choix qui engage l'avenir de la France.

mardi, 17 février 2009

La France dans l'Otan: le choix de la responsabilité.

d5fe21bc-d066-11dd-bf64-cdb958494877.jpgPar Michèle Alliot-Marie,
Ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer et des Collectivités territoriales.



Tribune publiée dans Le Figaro, le 17 février 2009.

Le ministre de l'Intérieur et ancien ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie soutient la décision du président de la République de faire revenir la France dans le commandement militaire de l'Otan.


Le 3 avril prochain, la France rejoindra-t-elle le commandement militaire de l'Otan ? Aujourd'hui, cette perspective suscite des polémiques.

La France participe pourtant depuis 1949 à l'Otan, alliance de pays européens et nord-américains pour faire face à une agression majeure visant un de ses membres. En 1966, elle s'est retirée du commandement militaire. Son retour envisagé dès 1995 s'était heurté au refus des États-Unis de reconnaître notre place par l'attribution d'un des grands commandements.

Gaulliste de conviction, ministre de la Défense pendant cinq ans, aujourd'hui ministre de l'Intérieur, je suis sensible aux inquiétudes dès qu'un sujet engage la souveraineté du pays ou l'avenir de notre nation.

Je le dis sans ambiguïté, les craintes ne sont pas fondées dès lors que les conditions posées par le président de la République seront satisfaites.

Éviter les facilités démagogiques, c'est d'abord rappeler des réalités.

Première réalité : c'est en 1966 que le général de Gaulle a jugé nécessaire de quitter le commandement militaire de l'Otan. Entre 1958 et 1966, la France gaulliste y participait donc. Pourquoi l'avoir quitté ? Essentiellement pour préserver notre pleine autonomie sur le programme nucléaire naissant, gage de notre indépendance.

Aujourd'hui, la force de dissuasion nucléaire française existe et, à la différence de 1966, nous pouvons participer au commandement militaire sans renoncer en rien à notre souveraineté entière sur l'arme nucléaire.

Deuxième réalité : la France est membre de l'Otan. Contrairement à une idée reçue, elle ne s'en est jamais retirée ! Elle en est même l'un des principaux contributeurs en hommes et en financement. Elle a exercé le commandement des forces au Kosovo de 2004 à 2005, en Afghanistan en 2004, sans que quiconque, parmi les protestataires du jour, y trouve à redire. Paradoxe : elle n'a pas de poste dans le commandement militaire.

Troisième réalité : l'Otan prend ses décisions à l'unanimité. L'opposition d'un seul de ses membres interdit son engagement. En aucun cas, la France ne saurait donc être obligée de participer à une opération contre son gré. Il est foncièrement faux d'évoquer un alignement automatique sur nos alliés américains. La preuve, s'il en était besoin, c'est que lorsque les États-Unis ont décidé d'engager la guerre contre l'Irak, l'Allemagne, membre à part entière de l'Otan, a refusé d'y participer.

Ces réalités rappelées, que signifie la présence de la France au sein du commandement militaire ?

Dans le commandement de l'Otan, la France élargira sa capacité d'action sur le plan militaire et diplomatique, elle aura les moyens de peser plus sur les choix stratégiques.

En participant à toutes les structures, il devient possible d'exercer une réelle influence non plus seulement sur les décisions, mais aussi et surtout sur la conduite des opérations. Notre vision, notre savoir-faire dans le rapport aux populations, ce que nos alliés appellent la « French touch », pourra être prise en compte en amont et dans le déroulement de toute intervention.

Nos responsabilités seront ainsi davantage en conformité avec la réalité des moyens militaires que nous déployons.

Il devient possible de peser plus pour faire évoluer l'Otan vers un fonctionnement plus souple, plus simple, plus réactif. Renforcée en son sein, la France aura demain la capacité à peser réellement sur cette transformation.

Le monde de 2009 n'est pas celui de 1949 ou de 1966. L'Otan de 2009 n'est plus celle de 1949 ou de 1966. Son champ géographique d'action est plus large, ses cibles plus précises, son besoin de réactivité plus grand.

Avec la fin de la guerre froide, puis de l'Union soviétique, le sens et les missions de l'Otan devaient être redéfinis. Lorsque la France a accepté en 2003 que l'Otan intervienne en Afghanistan, elle lui a permis de refonder son ambition : affirmer la solidarité de nos démocraties et défendre leurs valeurs face aux nouveaux risques du monde et d'abord le terrorisme. Consolider notre place au sein de l'Otan, c'est aussi renforcer notre action contre le terrorismequi nous menace pas plus mais pas moins que les autres.

Bien sûr, notre présence dans le commandement militaire dépend de la satisfaction des conditions rappelées par le président de la République en septembre 2007.

La première d'entre elles, c'est la garantie de notre indépendance.

Nul ne songe à remettre en cause la règle du consensus qui garantit notre liberté d'engager ou non une opération au titre de l'Otan. Quelle idée méprisante de la France se font ceux qui prétendent que ses dirigeants pourraient céder à des pressions. Le renforcement du contrôle parlementaire français sur l'engagement de troupes en opérations constitue de plus désormais une garantie supplémentaire.

La souveraineté nationale sur la force nucléaire est la base intangible de notre indépendance. Personne ne la discute.

Deuxième condition, la reconnaissance de la Défense européenne comme pilier de l'Alliance.

Il m'est revenu, en 2003, de participer à la création de la première force européenne autonome en République démocratique du Congo. Depuis lors, les missions se sont multipliées, à l'extérieur et à l'intérieur de notre continent. La création des GT 1500, de l'Agence européenne de l'armement, de la force européenne de gendarmerie, de la cellule de planification lui a donné les structures de son opérationnalité.

L'Europe de la Défense est aujourd'hui une réalité : elle est déployée au Tchad et dans le golfe d'Aden contre la piraterie. Elle n'est nullement contradictoire avec l'Otan. Les nations européennes de l'Otan sont à peu de chose près celles qui composent l'Europe de la Défense. Une vraie complémentarité peut s'organiser. Les conflits actuels et probables sont suffisamment nombreux pour qu'on ne se dispute pas le « privilège » de participer à leur règlement.

Et les réticences de certains pays européens à faire les efforts nécessaires pour renforcer la Défense européenne seront d'autant plus faciles à surmonter qu'ils auront l'assurance que celle-ci ne se construit pas contre l'Otan.

Troisième condition fixée par le président de la République : la juste reconnaissance de notre poids dans l'Europe de la Défense et l'européanisation de l'Alliance.

Elle passe par l'attribution de grands commandements. C'est là que se mesurera la reconnaissance des alliés de notre rôle dans la sécurité commune.

La réintégration de la France dans le commandement militaire de l'Otan n'est donc pas le choix d'un quelconque renoncement. Au contraire ! C'est celui de la responsabilité assumée sans aucun complexe. Il répond pleinement aux défis du XXe siècle, à la volonté de défendre collectivement les valeurs qui unissent nos démocraties, dans la fidélité à l'une des plus fortes exigences du gaullisme : le refus de la fatalité et la grandeur de la France.

lundi, 16 février 2009

Raymond Soubie : "L'Etat est le garant de la cohésion de la Guadeloupe"

Introduction_par_Raymond_Soubie_President_du_Conseil_d_Orientation_pour_l_Emploi.jpgInterview de Raymond SOUBIE,
conseiller social du Président de la République.


Entretien publié dans le Monde,
le 16 février 2009.


Comment analysez-vous le conflit qui se durcit de plus en plus aux Antilles ?

C'est un mouvement social assez classique qui porte sur le pouvoir d'achat. Mais c'est un mouvement social aggravé par les caractères spécifiques de la situation en Guadeloupe : des antagonismes anciens, une recherche identitaire qui n'est pas toujours facile. C'est l'addition de ces deux éléments qui fait que la situation doit être suivie avec beaucoup d'attention.

Le gouvernement n'a-t-il pas commis une erreur la semaine dernière en rappelant à Paris Yves Jégo, le secrétaire d'Etat à l'outre-mer, en pleine négociation sur les salaires ?

Yves Jégo s'était rendu en Guadeloupe pour intervenir, au nom de l'Etat, sur des sujets qui relèvent de l'Etat, notamment les prestations sociales. Au moment où il est parti, de très nombreuses mesures relevant de sa responsabilité avaient été prises. Une discussion très difficile s'est alors amorcée entre les organisations patronales et syndicales de l'île. Une demande a été formulée pour que les augmentations de salaire qui seraient accordées par les entreprises soient financées par le budget de l'Etat, c'est-à-dire par le contribuable. Il est impensable qu'aux Antilles, en métropole ou partout ailleurs, les hausses de salaires soient financées par le contribuable. M. Jégo a quitté la Guadeloupe pour bien montrer que ce sujet précis relevait de la discussion entre les partenaires sociaux, et eux seuls. Et maintenant, la situation est complètement bloquée… Une crise comme celle-là ne se règle pas en vingt-quatre heures.

Le patronat local doit-il lâcher sur les salaires ?

L'économie guadeloupéenne n'est pas en situation très facile. Mettre une charge trop importante de manière instantanée sur les entreprises pourrait faire basculer totalement l'économie de l'île et déboucher sur plus de chômage et moins de revenu.

Christine Taubira, députée de Guyane, demande une déclaration solennelle du chef de l'Etat…

Le président de la République a fait une déclaration au dernier conseil des ministres qui s'adressait à tous les Français. Il leur a dit que l'Etat était le garant de la cohésion de la Guadeloupe avec la métropole et le garant de la justice entre les différentes parties de la population guadeloupéenne.

Craignez-vous la contagion ?

Le conflit n'est pas a priori transposable. Mais un certain nombre de gens seraient ravis qu'il le soit. Ils ont tort. Ce ne serait pas de l'intérêt du pays, en pleine crise mondiale.

Que va-t-il sortir du sommet social qui se tient à l'Elysée mercredi 18 février ?

Il y aura des décisions immédiates et l'annonce d'un processus de négociation dans les prochaines semaines et les prochains mois. Il faut aider ceux qui vont le plus souffrir de la crise : les chômeurs, les jeunes, les classes moyennes aux revenus les plus faibles et introduire plus de justice et d'exemplarité dans le système. La part des salaires dans la création de richesses n'a pas bougé en France depuis 1990. Il faut regarder cela, voir comment on peut négocier dans les entreprises.

Nicolas Sarkozy a mis sur la table 1, 4 milliard d'euros. Pourrait-il aller plus loin ?

C'est à discuter mercredi.

Les syndicats demandent une hausse du smic. Y êtes-vous prêt ?

Beaucoup de PME sont en situation extrêmement difficiles. La hausse du smic est-elle vraiment la mesure à prendre si l'on veut protéger l'emploi ?

L'Europe a mal réagi au plan français de soutien à l'automobile. Certains y ont même vu du protectionnisme…

Nous connaissons des pays au nord-est de l'Europe qui appliquent, depuis des années, des dispositifs fiscaux qui sont du véritable dumping social. Il ne faut pas que ces pays nous disent "vous faites maintenant du protectionnisme" alors que, de manière délibérée, ils appliquaient cette politique-là… Etre protectionniste, ça veut dire installer des droits de douane, des contingents plus importants, la France ne le fait pas. Elle essaie simplement de rendre plus compétitive son industrie. C'est une question d'attractivité du territoire.

Propos recueillis par Jean-François Achilli, Michel Dumoret et Françoise Fressoz pour Le Monde.

samedi, 14 février 2009

Les 90 ans d'un grand Monsieur !

img297a.jpgAujourd'hui, notre ami Philippe DECHARTRE fête ses 90 ans.

Je tenais à lui adresser les voeux les plus affectueux de santé et de bonheur !

De la Résistance au Conseil économique, social et environnemental, en passant par l'Assemblée nationale et le gouvernement, Philippe, au cours de ces 70 dernières années, a toujours servi la France dans l'esprit des valeurs que nous a léguées le Général, dont il fut l'un des compagnons les plus fidèles depuis les tristes heures de 1940.

On ne peut pas rendre un hommage à Philippe sans évoquer son engagement humaniste de longue date, qui a été l'un des vecteurs de sa vie politique, et qu'il cultive au quotidien, notamment dans l'extrême courtoisie qu'il développe à l'égard de chacun.

Bon Anniversaire Mon Cher Philippe !

Nicolas



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