vendredi, 27 février 2009
La France n'est pas protectionniste.
Par Luc Chatel,
secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation,
porte-parole du gouvernement.
Tribune publiée dans Le Monde,
le 26 février 2009.
Non le plan automobile français n'est pas protectionniste. J'irai même plus loin, en affirmant que si l'on s'efforce d'étudier sérieusement les mesures annoncées par le gouvernement français, il doit au contraire être considéré comme un atout pour l'Europe.
Le secteur automobile traverse une crise inégalée par sa rapidité, son ampleur, et son caractère mondial. Tous les pays, même les plus solides, tous les constructeurs, même les plus performants, sont touchés de plein fouet. Les chiffres sont éloquents. En janvier les marchés ont poursuivi leur chute : France - 7,8 %, Allemagne - 14 %, Italie - 33 %, Espagne - 41 %.
Le point de départ de cet effondrement est bien connu : la crise financière et sa mutation en crise économique. La crise économique incite des ménages, inquiets pour leur avenir, à différer leurs achats. Et la crise du crédit limite de facto leurs possibilités d'acheter. Ce qui est vrai pour les particuliers l'est encore plus pour les entreprises : les constructeurs européens ne trouvent tout simplement plus d'argent pour financer leurs projets.
Pour répondre à cette situation, un plan de soutien immédiat est nécessaire, s'inscrivant dans le cadre temporaire permis par la Commission européenne. A cet égard, nous avons opté pour des prêts aux constructeurs présents sur le territoire national. C'est l'instrument le moins protectionniste que l'on puisse imaginer. A la différence d'aides à l'investissement ou à la recherche et développement qui sont par définition subordonnées à des investissements dans le pays qui octroie l'aide, ces prêts viendront irriguer les constructeurs pour l'ensemble de leurs activités. Ils bénéficieront donc aussi bien aux usines implantées à l'étranger (soit environ 2/3 des capacités) qu'aux usines implantées en France.
Rappelons que les constructeurs français ont déployé leurs productions sur le territoire de nombreux Etats membres, que ce soit en République tchèque, en Slovénie, en Slovaquie, en Roumanie, en Espagne, au Portugal ou au Royaume-Uni. Les prêts vont donc bénéficier indirectement à tous ces pays. Et ce d'autant plus que, en l'absence de liquidités, les constructeurs auraient été tentés de se recentrer sur leur marché domestique et de renoncer aux investissements réalisés à l'étranger. Les taux pratiqués rendent cette aide largement compatible avec les lignes directrices communautaires du mois de décembre.
Il est donc pour le moins paradoxal que la France soit suspectée de protectionnisme, alors même que l'intervention publique offre des perspectives à de nombreux pays européens.
Par ailleurs, loin de se limiter aux seuls constructeurs nationaux, notre plan automobile s'adresse bien à tous les constructeurs présents en France, quelle que soit leur nationalité. En ce moment même, nous sommes en discussion avancée avec plusieurs groupes européens implantés en France. Et les prêts que nous consentons aux filiales de crédit des constructeurs - rappelons que 70 % des véhicules sont vendus à crédit - ne sont eux non plus pas seulement destinés aux seuls constructeurs nationaux, mais bien à l'ensemble des filiales bancaires françaises des grands constructeurs européens. Ceux-ci l'ont bien compris, puisque certains ont déjà approché la France.
J'ai conscience que le reproche qui nous est fait ne porte pas uniquement sur les prêts, mais aussi sur les engagements pris par les constructeurs en termes de pérennisation de leurs sites d'assemblage en France. Peut-on sérieusement imaginer que l'on dise aux contribuables français "nous prêtons 6 milliards d'euros aux constructeurs automobiles, mais cet argent servira à fermer vos usines et à détruire vos emplois" ? Que les 6 milliards d'euros aident à soutenir les investissements internationaux, c'est bien, mais qu'ils permettent d'obtenir l'assurance que des sites soient préservés et des emplois sauvés, c'est vraiment le minimum.
Pour autant, il n'y a pas lieu de crier au protectionnisme. Rappelons-le, en aucun cas le gouvernement ne demande évidemment aux constructeurs de fermer des sites hors de France ou de relocaliser des usines installées à l'étranger. Rappelons également que de nombreuses aides, comme les aides à finalité régionale, s'accompagnent de contreparties en termes de maintien ou de développement de l'emploi.
Le procès en protectionnisme se nourrit d'un deuxième argument : le gouvernement français aurait, dit-on, exigé de ses constructeurs qu'ils achètent des fournitures produites en France. C'est faux, tout simplement faux. A aucun moment il n'a été demandé aux constructeurs d'acheter français. En revanche, le gouvernement a exigé qu'il soit mis un terme à une pratique nuisible, qui consistait à imposer aux fournisseurs qu'une part minimum d'achats soit effectuée dans des pays à bas coûts. Cette pratique allait à l'inverse du principe de libre concurrence qui est au fondement du projet européen.
Nous disons simplement aux constructeurs présents sur notre territoire : "Que vous exigiez des prix faibles de la part de vos fournisseurs est légitime, mais en aucun cas vous ne pouvez leur imposer de produire hors d'Europe." Si les fournisseurs européens sont compétitifs, pourquoi s'interdire de se fournir auprès d'eux ?
Finalement ce débat va bien au-delà d'une querelle technique. Il s'agit d'un véritable débat politique sur la conception même que l'on a de l'Europe et des moyens de la relancer. Si la France contribue à préserver l'industrie automobile européenne, c'est l'Europe tout entière qui en sortira renforcée. Financer les constructeurs, c'est maintenir les projets d'investissements dans les usines européennes ; c'est se donner toutes les chances d'être au rendez-vous des grandes échéances en matière de véhicules propres ; c'est enfin permettre aux entreprises viables de préserver au maximum leurs emplois et leurs compétences qui seraient sinon menacés par la crise.
La France croit en l'Europe lorsqu'elle est ambitieuse et pragmatique. Ce que l'on a su faire en un temps record pour les banques, nous devons aussi être capables de le faire pour notre industrie. L'Europe doit afficher son volontarisme industriel. Un volontarisme qui n'est en aucun cas le refus de la concurrence, mais simplement le refus de la fatalité.
20:10 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, finances, politique, ump, sarkozy, bourse, ps, verts, pc





































































































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