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lundi, 05 mai 2008

Pierre Mazeaud: "Le gaullisme est un exemple."

1205499393.jpgEntretien publié dans Le Télégramme.

Le 40 e anniversaire de Mai 68 fait la une de tous les journaux depuis des semaines. Les 50 ans de la V e République ne sont-ils pas un événement d’une autre importance ?

C’est incontestable. Nous fêtons cette année le cinquantenaire d’une Constitution qui a fait ses preuves. Les institutions ont résisté à l’affaire algérienne, mais aussi aux événements de Mai 68. Certes, cette Constitution a été quelque peu, et par trop, modifiée. On envisage encore aujourd’hui quelques bouleversements. Mais l’essentiel tient à la structure, à savoir la division claire entre exécutif et législatif.

Nicolas Sarkozy initie une réforme de la Constitution. L’idée du Président de renforcer les pouvoirs du Parlement n’induit-elle pas un retour au « régime des partis » que stigmatisait le général De Gaulle ?
Ayant fait partie de la commission Balladur, je suis à même de mesurer l’importance des modifications proposées. Je ne suis pas d’accord sur tout. Loin de là. Mais l’essentiel est que la France conserve le régime que les électeurs ont massivement choisi en octobre 1958. Cela étant, avant de donner davantage de prérogatives au Parlement, il faudrait que les parlementaires commencent par user vraiment des prérogatives qui leur sont déjà reconnues par la Constitution, les lois organiques et les règlements des deux assemblées. Pour avoir moi-même longtemps siégé au palais Bourbon, je sais que c’est possible. Je regrette de constater que chaque fois que les choses ne vont pas bien, on estime nécessaire d’accroître les pouvoirs du Parlement. Or, les élus disposent de prérogatives non négligeables.

Cinquante ans après le retour du général au pouvoir, que reste-t-il du gaullisme ? Est-ce une nostalgie de la grandeur ou est-ce un exemple ?
Il est incontestable qu’il y a de la nostalgie, même si celle-ci s’estompe peu à peu dans la mesure où ceux qui ont eu l’honneur de le servir et, surtout, la joie d’être à ses côtés, disparaissent peu à peu. Au-delà de la nostalgie, il y a incontestablement un exemple. Je constate d’ailleurs que toutes les formations politiques quelles qu’elles soient se réclament du général, qu’il s’agisse de politique intérieure ou de politique extérieure. Il reste également un exemple dans la mesure où le fondateur de la Ve République nous transmet un certain nombre de valeurs. Pour ma part, je retiens que l’essentiel tient au sens de l’intérêt général et au sens de l’État.

Que reste-t-il de la politique d’indépendance nationale mise en œuvre par le général De Gaulle ?
Il est vrai que De Gaulle a affirmé en de nombreuses occasions son souci de l’indépendance de la France et du respect de la souveraineté nationale. Il me semble que ces deux éléments ont quand même été maintenus par les différents successeurs du général. J’attire cependant l’attention des présidents et des gouvernements - quels qu’ils soient - sur la nécessité de veiller à ce qu’il n’y ait aucun recul en matière d’indépendance et de souveraineté. Or, hélas, il y a eu des retraits et des abandons, notamment du fait des traités européens.

Propos recueillis par Philippe Reinhard.

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