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mardi, 22 avril 2008

Mai 68 et mai 58, le mythe et la réalité.

823564218.jpgPar Alain TERRENOIRE,
Président de l'Union des anciens
députés gaullistes, Vice-Président du
Club Nouveau Siècle.


Tribune publiée dans Le Figaro,
le 22 avril 2008.


Submergés par l'envahissement médiatique des célébrations et de la glorification des événements de Mai 68, les jeunes de mai 2008 risquent de s'en étourdir d'illusions et de frustration. Les anciens combattants de cette époque nous la décrivent avec suffisamment de complaisance pour accréditer une supposée révolution qui aurait transformé la société française sclérosée de l'après-guerre.

Nous étions en fait dans les Trente Glorieuses qui avaient apporté aux Français les progrès d'une croissance et d'une modernisation qu'ils n'avaient jamais connus à un tel degré dans toute leur histoire. Le développement économique sur l'ensemble du territoire national, l'augmentation permanente du pouvoir d'achat, l'ouverture de l'enseignement supérieur aux enfants issus du baby-boom, la démocratisation et l'allongement des congés, l'explosion du confort domestique, la télévision pour tous avaient, entre bien d'autres changements, modifié en profondeur la vie des Français et le visage de la France qui, dix ans auparavant, était traitée «d'homme malade de l'Europe» !

Certes, ce grand bouleversement avait ses revers et notamment un afflux de populations déracinées dans les villes, mal anticipé et mal maîtrisé, à l'origine d'une grave crise du logement. La situation la plus critique était à l'évidence le retard pris par les rémunérations des salariés par rapport à la croissance de l'économie, au plein-emploi et à la richesse des entreprises, dont la gestion sociale et le fonctionnement s'avéraient trop souvent conservateurs.

Mais ces retards et ces erreurs d'adaptation justifiaient-ils des semaines de barricades au Quartier latin, des manifestations multiples, l'occupation des facultés puis des usines et des administrations couvertes des drapeaux rouges du communisme totalitaire, oppresseur des Européens de l'Est et de tant d'autres ?

Fallait-il «interdire d'interdire» pour obtenir à l'automne suivant la loi Edgar Faure sur la modernisation des universités, bienvenue par ailleurs, et pour bénéficier d'une forte augmentation des rémunérations dont, hélas, près de la moitié fut rognée seize mois plus tard par la dévaluation d'un franc affaibli ?

Comment pouvait-on se griser des slogans «de groupuscules gauchisants», selon la formule célèbre du communiste Marchais, qui osaient nous donner en exemple la Révolution culturelle de Mao et la dictature de Castro ? Quels frissons, au bord du précipice, pouvaient faire rêver, au stade Charléty, d'un coup d'État et autoriser Mitterrand à se présenter en sauveur d'une République honnie ?

De tout cela aujourd'hui, en dehors de quelques attardés du trotskisme, nos anciens combattants de Mai 68, dont beaucoup paradent encore aujourd'hui dans les médias, ne s'en vantent plus guère. Seule la révolution des mœurs et la libéralisation des comportements sociétaux ont grâce à leur mémoire défaillante. Mais celle-ci était en marche partout en Occident et elle se serait imposée en France, comme ailleurs, sans les barricades et sans mettre notre pays aux abonnés absents.

Enfin, n'oublions pas que ces temps aventureux, mais sans effusion de sang, n'auront vécu qu'un court printemps. De Gaulle, après quelque flottement, ayant pris la mesure de cette «chienlit», retrouva le 30 mai les mots qui rassemblèrent un million de Français à la Concorde et qui lui donnèrent un mois après, par les urnes, une majorité exceptionnelle à l'Assemblée nationale !

En revanche, dix ans auparavant, mai 58 fut le début d'une vraie révolution que la France allait connaître. Quelques rappels sont nécessaires, tant pour nos soixante-huitards flamboyants que pour la jeunesse de 2008, souvent mal informée.

Depuis la Libération, la France souffrait de guerres coloniales permanentes. Celle d'Algérie était la plus douloureuse et les gouvernements de gauche au pouvoir étaient incapables d'y mettre fin. Par ailleurs, la France s'était dotée avec la IVe République d'institutions et d'un système électoral qui favorisaient l'instabilité gouvernementale. Cette situation n'avait pas permis à notre pays de s'approprier pleinement les bénéfices d'un développement généralisé.

Nous nous retrouvions aussi pour notre politique extérieure et de défense dans la dépendance des États-Unis. Enfin, malgré de bons débuts dans la nouvelle coopération européenne, la France avait dû demander,en raison de ses faiblesses au début de 1958, de reporter la mise en route du traité de Rome.

Dans cette impasse, les Français ont fait appel à l'Homme du 18 juin. Dès son retour au pouvoir, le général de Gaulle a mis en chantier une nouvelle Constitution qui a répondu à la nécessité d'équilibre et d'efficacité des pouvoirs démocratiques. Il a aussi réalisé la décolonisation en accordant l'indépendance à toutes nos colonies et en mettant fin à la guerre d'Algérie. De Gaulle a également redonné à notre pays son prestige perdu depuis la Première Guerre mondiale, en inaugurant une nouvelle politique étrangère, particulièrement appréciée par le tiers-monde, et en assurant à la France sa propre sécurité par une défense autonome.

Dans les domaines de la recherche et des nouvelles technologies, le chef de l'État a pris des initiatives spectaculaires, dont nous tirons encore de nombreux avantages, notamment en matière de défense, d'énergie, de nucléaire et d'espace.

Dès le retour de De Gaulle, la reprise de l'économie nous a permis de tenir toute notre place dans le concert européen et international.

Enfin, c'est la vision européenne du général de Gaulle, par ailleurs si dénaturée, qui à long terme a fini par s'imposer.

C'est pourquoi nous sommes toujours aussi nombreux à préférer, aux rappels nostalgiques des bobos reconvertis dans l'écolo-réformisme, la persistance d'un sillon gaullien qui, malgré les obstacles rencontrés et une charrue parfois hésitante, fait rimer la France avec l'espérance d'une Europe-puissance, indépendante, souveraine et solidaire et surtout déterminée à être un acteur majeur du processus de mondialisation, dont la marche souvent chaotique ne cesse de s'accélérer.

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