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jeudi, 10 avril 2008
Donnons-nous les moyens de sécuriser nos routes maritimes.
Vice-amiral d'escadre, ancien commandant de la zone maritime de l'océan Indien, ancien préfet maritime de l'Atlantique, écrivain auteur de Préfet de la mer (Équateurs, 2007) , Laurent Mérer revient sur le détournement du Ponant, la prise en otage de son équipage et la sécurité sur les mers du globe.
Tribune publiée dans Le Figaro, le 10 avril 2008.
Le monde est tragique. Des marins français sont retenus dans l'océan Indien par des pirates. Ces pirates réclament une rançon. On croit être revenu au XVIIIe siècle. On est pourtant à l'heure d'Internet.
En réalité, c'est toujours la même histoire. Partout où les États sont défaillants, l'anarchie s'installe. Elle a pour nom terrorisme, trafic de drogue, immigration clandestine et bien sûr piraterie.
Les zones les plus sensibles sont connues : détroits de l'Asie du Sud-Est, côtes nord-ouest de l'Amérique latine, golfe de Guinée, golfe d'Aden, côtes de Somalie. Les États riverains sont livrés au désordre et à la corruption, les populations soumises à la guerre et à la misère. Elles s'adaptent pour trouver des moyens de survivre ou pour alimenter les luttes et les combats. C'est la triste réalité.
Avec l'affaire du Ponant, nos concitoyens redécouvrent cette réalité, ils se sentent directement concernés parce que plusieurs de leurs compatriotes sont en grave danger.
Pour nos autorités nationales, le dilemme est redoutable. Faut-il qu'un grand pays se laisse ridiculiser par une poignée de bandits et qu'il cède à leurs injonctions, alimentant leurs caisses pour des actions ultérieures ?
Faut-il prendre le risque d'une intervention armée alors même que la vie d'hommes et de femmes est en jeu ? Il n'y a plus à cette heure que de mauvaises solutions.
En vérité, dès lors que la question se trouve comme aujourd'hui brutalement posée, il est déjà trop tard.
Dans ces affaires, le seul mode d'action à retenir est la prévention. À défaut d'autorités locales capables de sécuriser les espaces maritimes, il revient à la communauté internationale de se substituer aux riverains. Les pays européens n'ont pas le choix. Le golfe d'Aden est un passage obligé, sauf à faire le considérable détour du Cap.
La France à cet égard n'a pas à rougir. Malgré l'éloignement, elle a toujours entretenu dans cette région des forces navales adaptées et un commandement maritime permanent.
Après 2001, elle a été à l'origine, avec les États-Unis, du montage des opérations de surveillance renforcée du golfe d'Aden.
D'autres nations les ont rejoints depuis pour partager le fardeau, lequel est immense parce que les zones à surveiller sont immenses. L'opération dure toujours, elle a été plusieurs fois placée sous commandement français, c'est le cas aujourd'hui.
Nul doute que sans cette surveillance, les exactions redoubleraient.
Si la France a été capable depuis des dizaines d'années d'être utilement présente en océan Indien et dans les zones dangereuses du monde, c'est qu'elle a su entretenir une marine de haute mer apte en permanence à intervenir loin de ses bases, au service de nos concitoyens et de nos intérêts nationaux.
Ne nous voilons pas la face, cette capacité est aujourd'hui en danger.
Pour «tenir la mer » dans plusieurs zones sensibles, pour garantir dans le même temps une présence active autour de notre pays et assurer la sûreté de notre dissuasion, il faut, tous les stratèges sérieux le savent, une trentaine de frégates de haute mer.
La France en dispose encore, mais elle vit sur l'héritage. Aujourd'hui le capital vieillit. Certaines unités frisent la limite.
La marine a entrepris le renouvellement de cette flotte en lançant le programme des frégates multimissions. Ces navires pourront tenir la mer loin et longtemps pour les missions les plus variées.
Malheureusement, ce renouvellement a été entrepris très tard, les raisons en sont multiples, et dans quelques années le nombre de frégates réellement en ligne sera sensiblement inférieur à trente. Même si les bâtiments nouveaux seront plus performants que les anciens, ils n'auront pas le don d'ubiquité.
La première tranche a été commandée, il est vital que le rythme de construction soit respecté, que la deuxième suive sans délais.
Au moment où se finalise le livre blanc sur la défense, où s'élabore une loi de programmation militaire dans un contexte financier difficile qui imposera des choix, il est déterminant de regarder où sont les enjeux stratégiques : la sécurité de nos routes maritimes est assurément l'un des majeurs.
L'actualité est là pour le rappeler avec force à nos concitoyens et à nos hommes politiques si souvent oublieux et éloignés des affaires de la mer.
Aujourd'hui Le Ponant, demain des pétroliers, des gaziers…
Face au terrorisme, face aux pirates de mieux en mieux équipés, sans cesse alimentés par des rançons que les grands États ne peuvent éviter de payer, interpellés par la légitime inquiétude des familles, notre pays se doit de maintenir et renforcer la prévention.
En l'occurrence, ce sont des bâtiments de haute mer en nombre suffisant. Il faut à cet effet entretenir et renouveler notre capital. Ce capital est aujourd'hui en péril.
Faute d'un ressaisissement lucide, le monde deviendrait pour nous plus tragique encore.
20:40 Publié dans Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, transport, ump, sarkosy, ps, pc, modem













































































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